Au Royaume-Uni, une enquête révèle que les systèmes high-tech embarqués déroutent surtout les plus jeunes conducteurs, bien plus que leurs aînés.
Les aides à la conduite et les écrans tactiles se multiplient dans les voitures neuves. Mais selon une étude du comparateur automobile britannique Carwow, relayée par ce site spécialisé, ces technologies finissent par dérouter une partie des automobilistes, en particulier les plus jeunes, au point de les dissuader d’acheter certains modèles.
Une étude britannique qui bouscule les idées reçues
L’enquête de Carwow a été menée auprès de 1 500 conducteurs au Royaume-Uni. Elle s’est intéressée à la façon dont différentes générations perçoivent les technologies embarquées : aides à la conduite, systèmes d’info-divertissement, alertes sonores, modes de conduite spécifiques.
Selon Carwow, 39 % des conducteurs de la génération Z au Royaume-Uni ont déjà renoncé à acheter une voiture moderne parce que la technologie leur paraissait trop compliquée.
Ce chiffre tranche nettement avec celui des « Boomers » (les conducteurs les plus âgés de l’étude) : seuls 24 % d’entre eux déclarent avoir renoncé à une voiture pour cette raison. Le stéréotype du « jeune à l’aise avec la technologie » en prend un coup.
L’étude montre aussi que le regret après l’achat touche particulièrement les plus jeunes. Environ un tiers (34 %) des conducteurs de la génération Z interrogés disent regretter d’avoir acheté un véhicule moderne à cause de sa technologie. Chez les Boomers, ils ne sont que 13 % dans ce cas.
Autre paradoxe mis en lumière par Carwow : 23 % des jeunes conducteurs affirment vouloir des équipements modernes dans leur voiture, alors même qu’ils reconnaissent ne pas toujours comprendre comment ils fonctionnent. L’envie d’avoir « la dernière technologie » se heurte à la complexité des systèmes.
Boomers : moins équipés, mais plus prêts à apprendre
Carwow observe une autre divergence marquante entre générations : l’attitude face à l’apprentissage des nouvelles fonctionnalités. Les conducteurs les plus âgés se montrent, à la surprise générale, plus disposés à apprivoiser les systèmes sophistiqués.
Dans l’étude, 38 % des Boomers déclarent être prêts à apprendre à utiliser les nouvelles fonctions au fur et à mesure, contre seulement 20 % des conducteurs de la génération Z.
Ce rapport à la technologie s’explique en partie par l’équipement des véhicules. Les voitures des plus âgés sont souvent moins dotées des systèmes les plus récents. Carwow indique ainsi que :
- 69 % des Boomers ne disposent pas de dispositif de surveillance du conducteur (driver monitoring) ;
- 64 % n’ont pas de système de surveillance des angles morts (blind-spot monitoring).
Moins exposés aux alertes visuelles ou sonores et aux corrections automatiques de trajectoire, ces conducteurs abordent sans doute chaque nouveauté comme un outil ponctuel à apprivoiser, plutôt que comme un environnement numérique complet.
Les aides les plus souvent désactivées par les automobilistes
L’étude Carwow ne met pas seulement en lumière un malaise générationnel. Elle montre aussi que certains équipements crispent une bonne partie des conducteurs, tous âges confondus.
Certains systèmes finissent même régulièrement au placard… ou plutôt désactivés dans les menus de bord.
| Fonction désactivée | Part des conducteurs qui la coupent |
|---|---|
| Mode sport | 27 % |
| Assistant de maintien dans la voie (lane assist) | 23 % |
| Arrêt/redémarrage automatique du moteur (auto stop-start) | 23 % |
| Feux de route automatiques | 18 % |
| Avertissements de vitesse | 16 % |
Le maintien dans la voie, qui corrige la trajectoire ou fait vibrer le volant, est régulièrement jugé agaçant, en particulier sur routes étroites ou mal marquées. L’arrêt/redémarrage automatique du moteur en ville irrite parfois ceux qui le trouvent trop brusque ou trop intrusif aux feux.
Les systèmes d’info-divertissement ne sont pas épargnés. Carwow souligne que 14 % des conducteurs interrogés les qualifient carrément d’« intrusifs ». Entre les menus multiples, les notifications, les alertes et les réglages enfouis, l’ergonomie laisse souvent à désirer.
Quand la technologie donne l’impression de compliquer la conduite
Les aides à la conduite actuelles promettent des trajets plus sûrs, plus fluides et moins fatigants. L’étude révèle pourtant que nombre d’utilisateurs se demandent si ces systèmes ne finissent pas par rendre la conduite plus pénible.
Une alerte de franchissement de ligne qui secoue sans cesse le volant, un stop-start trop nerveux ou des bips répétés en cas de dépassements de vitesse peuvent rapidement sembler plus agaçants qu’utiles.
Face à cette accumulation, certains automobilistes optent pour la solution radicale : couper ce qui les dérange, parfois sans mesurer ce qu’ils perdent en matière de sécurité. Or ces aides ont été conçues pour limiter les accidents liés à la distraction, à la somnolence ou au manque de vigilance.
Carwow rappelle que ces équipements « ne sont pas là par hasard ». Ils résultent de choix réglementaires et industriels, notamment au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, où certaines aides deviennent progressivement obligatoires sur les voitures neuves.
Un conseil adressé aux acheteurs de voitures neuves
Pour les automobilistes britanniques qui se sentent perdus face au foisonnement de technologies, Carwow recommande de ne pas renoncer trop vite à un modèle uniquement pour cette raison. Le site encourage les acheteurs à :
- faire un véritable essai routier, suffisamment long pour tester les systèmes ;
- manipuler les menus, boutons et réglages, sans hésiter ;
- demander au vendeur des explications précises sur les fonctions incomprises.
L’idée : apprivoiser la voiture moderne plutôt que la subir, et ne pas rester avec des aides mal réglées ou inutilisées par méconnaissance.
Ce que cela dit des jeunes conducteurs
Le fait que 39 % des jeunes conducteurs britanniques interrogés aient déjà renoncé à une voiture moderne à cause de la technologie interroge. La génération Z a grandi avec le smartphone et les applications, mais se retrouve face à une interface automobile souvent bien moins intuitive.
Dans une voiture, les menus sont parfois profonds, la logique de navigation dépend de chaque constructeur, et certaines fonctions cruciales se cachent à plusieurs niveaux. Pour un jeune conducteur, qui doit déjà gérer la route, la circulation et le stress des premiers trajets, cet ajout de complexité peut devenir anxiogène.
L’étude Carwow suggère que, loin de rendre la conduite plus accessible aux débutants, certaines voitures high-tech intimident les nouveaux venus sur la route. Une problématique qui concerne aussi les écoles de conduite et les familles qui choisissent un premier véhicule pour un jeune permis.
Et en France, comment les conducteurs vivent-ils ces équipements ?
En France, la tendance est similaire : les voitures neuves embarquent de plus en plus d’aides à la conduite, en raison des réglementations européennes et des stratégies des constructeurs. Avertisseur de franchissement de ligne, freinage automatique d’urgence, reconnaissance des panneaux, limiteur de vitesse intelligent : ces systèmes se généralisent.
Les automobilistes français peuvent, comme au Royaume-Uni, désactiver certains équipements via les réglages, dans la limite du cadre légal. Beaucoup s’interrogent sur la pertinence de laisser tout activé en permanence, surtout lorsque les alertes se multiplient. Les forums d’automobilistes et les retours d’expérience font régulièrement remonter des critiques proches de celles relevées par Carwow.
Les organismes français de sécurité routière rappellent de leur côté que ces aides ne remplacent pas la vigilance du conducteur. Elles constituent un filet de sécurité, pas un pilote automatique. Les fabricants sont d’ailleurs tenus de rappeler ce rôle dans leurs notices et leurs campagnes de communication.
Pour les conducteurs français, la démarche la plus prudente consiste à :
Comprendre quelques technologies clés pour mieux les apprivoiser
Une partie du malaise vient souvent d’une méconnaissance des systèmes. Quelques exemples :
- Assistant de maintien dans la voie : il surveille les lignes au sol et corrige légèrement la trajectoire ou alerte le conducteur lorsqu’il dévie sans clignotant. Mal réglé ou dans certains contextes (routes étroites, travaux), il peut donner l’impression de « lutter » contre le conducteur.
- Système d’arrêt/redémarrage automatique : il coupe le moteur à l’arrêt pour réduire la consommation et les émissions, puis le relance au démarrage. Sur certains modèles, ce fonctionnement peut sembler brusque, d’où la tentation de le désactiver.
- Surveillance des angles morts : elle signale la présence d’un véhicule dans une zone que les rétroviseurs montrent mal. Une aide utile sur autoroute, mais que certains jugent trop sensible en circulation dense.
- Surveillance du conducteur : une caméra ou des capteurs analysent l’attention du conducteur et détectent une éventuelle somnolence ou distraction. Un outil de sécurité, qui peut être ressenti comme intrusif.
Pour un jeune conducteur, comprendre à quoi sert chaque système, et comment l’ajuster, réduit la sensation de subir la voiture. Les constructeurs et les vendeurs ont ici un rôle clé : des explications claires, des démonstrations concrètes et des interfaces plus lisibles peuvent limiter ce rejet.
À l’avenir, la question de l’ergonomie risque de devenir centrale. Les automobilistes, qu’ils soient de la génération Z ou Boomers, accepteront plus facilement de nouveaux systèmes si ceux-ci s’intègrent de manière discrète, cohérente, et si leur utilité apparaît immédiatement. Faute de quoi, beaucoup continueront à les couper, comme le montrent déjà les chiffres mis en avant par Carwow au Royaume-Uni.









