Longtemps symbole de tourisme de masse à bas coût en Espagne, Magaluf s’affiche désormais comme une station plus chic et familiale.
Sur la côte sud-ouest de Majorque, en Espagne, Magaluf tente de faire oublier son image de repaire pour fêtards britanniques. Comme le montre un reportage du média suédois qui a interrogé plusieurs acteurs locaux, la station balnéaire a investi dans ses hôtels, sa promenade et ses plages pour attirer un public plus large, sans renoncer totalement à la fête.
Une station qui veut tourner la page du tourisme « beuverie »
Magaluf a longtemps résumé, pour beaucoup d’Européens, le cliché du séjour « tout compris » à prix cassés : hôtels vieillissants, jeunes qui enchaînent les pintes sur des terrasses en plastique, rues saturées de bars à shots. Cette époque s’éloigne peu à peu, assurent les professionnels interrogés.
La municipalité et les hôteliers ont rénové massivement : hôtels montés en gamme, front de mer modernisé, plage replantée de palmiers et lits balinais.
Sebastian Svensson, responsable de destination pour le tour-opérateur Nordic Invasion, décrit un changement visible pour quiconque revient après quelques années d’absence. Selon lui, « le nouveau Magaluf est impossible à rater » après cette vague de travaux. Il parle même d’une station devenue « instagrammable », avec une esthétique travaillée, des décors colorés et des établissements conçus pour être photographiés.
Les terrasses délabrées ont laissé place à des restaurants au design étudié. L’un d’eux, Thai Pan, où les journalistes ont rendez-vous avec Sebastian, illustre cette mutation : fausses fleurs éclatantes qui tapissent les murs, carrelage vert méditerranéen, mobilier soigneusement choisi et vue sur mer à l’étage.
Magaluf, de la jeunesse débridée aux familles avec enfants
L’un des changements majeurs concerne le type de visiteurs. Sebastian Svensson rappelle qu’il existait auparavant de véritables « hôtels de jeunes » dédiés au party non-stop. Ce segment s’est réduit, laissant la place à une offre plus diversifiée.
Les familles avec enfants, autrefois quasiment absentes, réservent désormais dans des établissements qui n’auraient jamais envisagé de les accueillir il y a dix ans.
Le restaurateur suédois Philip Hanon constate la même évolution. Pour lui, la montée en gamme des hôtels a mécaniquement attiré une clientèle qui souhaite « mieux loger et mieux manger ». En parallèle, la station conserve l’une de ses cartes majeures pour les noctambules : la discothèque BCM, souvent présentée comme l’une des plus importantes du monde, qui attire des fêtards depuis Palma ou El Arenal.
Autour, la plage principale est désormais communément appelée « Calvià Beach », du nom de la commune dont dépend Magaluf. Plusieurs grands hôtels ont adopté cette appellation dans leur nom commercial, même si, dans la conversation courante, les touristes continuent de parler de Magaluf.
Une offre de restaurants plus variée et plus soignée
Le reportage détaille une scène culinaire bien différente de celle des snacks fatigués d’autrefois. Sur la plage et à proximité immédiate, le nombre de restaurants « de plage » a explosé, souvent avec de vastes terrasses ouvertes.
Des adresses comme Kalima Beach et Ibizza Pizzeria illustrent la tendance, aux côtés de Nikki Beach, Bondi Beach ou Chili Lounge, propriété de Suédois et spécialisée dans une cuisine mexicaine.
Thai Pan, à l’étage, propose une carte thaïlandaise avec vue mer, via de grandes fenêtres ouvertes.
Sur la « rue des bars scandinaves », Shotstugan cible encore une clientèle jeune, mais dans un décor plus léché.
À quelques minutes de là, Palmanova, la station voisine, renforce cette montée en gamme. Ses trois plages, séparées par des zones rocheuses et hôtelières, attirent plutôt un public adulte, même si Magaluf reste facilement accessible pour une soirée. La plage de Son Matias est présentée comme la plus tendance, avec promenade piétonne, restaurants prisés comme Turtle Beach et Siso Beach, et ambiance plus calme.
« Nouvelles mentalités » sur la rue des bars
Le cœur nocturne historique de Magaluf, la « rue des bars scandinaves », a aussi connu sa transformation. C’est là que s’est installé Shotstugan il y a quelques années, symbole d’un changement d’ambiance.
Après la pandémie de Covid-19, les jeunes accepteraient moins le chaos permanent : ils privilégieraient les soirées où l’on peut discuter, s’asseoir et rester plusieurs heures au même endroit.
Le patron de bar Marcus Leveau confirme cette inflexion. Selon lui, les clients ne recherchent plus autant les excès bruyants qui ont fait la réputation sulfureuse de Magaluf. Ils préfèrent des lieux où l’on peut socialiser dans un cadre plus confortable, même si la musique reste présente.
Ce glissement se voit dans les établissements rénovés. L’ancienne boîte « Grabbarna Grus » a par exemple changé de nom pour devenir Oceans. La décoration a été revue, la carte s’oriente désormais vers les cocktails et une véritable partie restaurant, centrée sur une cuisine méditerranéenne, doit ouvrir pour la prochaine saison, avec vue sur la mer.
Des hôtels désormais majoritairement 4 ou 5 étoiles
Derrière cette mutation, le reportage décrit un travail de fond entre la municipalité de Calvià et les acteurs économiques locaux. Leur stratégie : repositionner Magaluf et Palmanova comme destinations ouvertes toute l’année, associées à un niveau de confort bien supérieur.
Près de 80 % des hôtels du secteur disposent aujourd’hui de quatre ou cinq étoiles après rénovation.
Les groupes Meliá et Globales ont joué un rôle de pionniers, avec des hôtels comme Innside Wave, Meliá Calvià Beach ou Globales Mimosa.
Des appart’hôtels tels que Vistasol ou Palmanova Suites by TRH visent en particulier la clientèle scandinave, avec une ouverture annuelle dans la plupart des cas.
Un peu à l’écart, la pointe rocheuse de Punta Negra, près de la plage de Son Caliu, concentre l’offre la plus haut de gamme, avec notamment le St. Regis Mardavall Resort et sa table Terra, souvent considérée comme l’une des meilleures du secteur.
Golfs, randonnées, plongée : Magaluf mise aussi sur les activités
Pour attirer une clientèle moins centrée sur l’alcool, la région met en avant un large éventail d’activités sportives et de loisirs accessibles toute l’année ou presque.
Quatre golfs à moins de dix minutes, des sentiers pour cyclistes et randonneurs, des parcs à thème ouverts hors saison : la zone veut vivre bien au-delà de l’été.
Quatre parcours de golf se trouvent à proximité immédiate : Bendinat, Poniente, Andratx et Santa Ponsa.
La « rue scandinave » abrite Norway Dive, qui propose de la plongée dans la réserve naturelle d’El Toro, ainsi qu’un loueur de vélos à assistance électrique, E-MTB Mallorca.
Les vacanciers peuvent s’initier au padel, au tennis ou au minigolf, notamment dans le parc à thème Katmandu Park à Magaluf ou à Golf Fantasía à Palmanova.
Le Western Water Park, un parc aquatique, et le circuit de Karting Magaluf fonctionnent toute l’année ou sur des périodes très étendues.
Les deux stations restent très fréquentées par les jeunes Britanniques et les retraités qui hivernent à Majorque. Mais les campagnes de promotion visent désormais autant les familles et les voyageurs « actifs » attirés par le sport, la gastronomie et les séjours de mi-saison.
Une histoire familiale qui résume la métamorphose
La transformation ne se lit pas seulement dans les chiffres des étoiles hôtelières. Elle se raconte aussi à travers des trajectoires familiales. À l’est de la plage de Magaluf, la terrasse de Kalima Beach illustre ce tournant.
Cette adresse, fraîchement rénovée, affiche un toit en chaume peint en blanc, une grande barre centrale ouverte et une végétation luxuriante qui donne une atmosphère presque caribéenne. La patronne, Monica Haar, gère le lieu avec sa famille, qui possède également Ibizza Pizzeria et Kalima Cocktail Bar.
Dans les années 1950, ses grands-parents vendaient de simples sandwichs aux premiers touristes depuis une petite maison de plage, aujourd’hui transformée en pizzeria.
Avec la construction des premiers hôtels de Magaluf, la maison s’est muée en restaurant, aux couleurs vives rouges et jaunes dans l’esprit de l’époque. Aujourd’hui, tout a été repensé, comme la station elle-même. Le décor est plus épuré, la clientèle plus variée, et les services étendus jusqu’en fin de saison.
Deux restaurants de plage de Palmanova, Il Chiringo Beach et Il Chiringo Pizzeria, restent ainsi ouverts jusqu’en novembre. Ils se situent sur Playa Palmanova, présentée comme la plus décontractée et sportive, avec plusieurs terrains de beach-volley installés dans le sable.
Magaluf et Palmanova face au tourisme français
Pour un vacancier français, Magaluf évoque moins spontanément les excès des séries télévisées britanniques que pour un public du nord de l’Europe. Néanmoins, le repositionnement vers un tourisme plus qualitatif rappelle des évolutions déjà observées sur d’autres côtes.
En France, dans des stations très fréquentées comme certaines communes de la Côte d’Azur ou du littoral occitan, les élus et les professionnels du tourisme ont également cherché à limiter l’image de « destination de fête sans limites ». Cela passe, comme à Magaluf, par :
la rénovation des fronts de mer et des promenades piétonnes ;
la montée en gamme de l’hôtellerie et des restaurants ;
la diversification des activités vers le sport, la culture, la gastronomie ou les événements hors été.
La différence tient au cadre réglementaire. En France, mairies, préfectures et forces de l’ordre peuvent encadrer strictement les nuisances sonores, limiter les terrasses de nuit ou imposer des horaires de fermeture. En Espagne, la ville de Calvià a adopté ses propres règles pour contrôler les excès liés à l’alcool, mais la stratégie détaillée dans le reportage repose surtout sur l’investissement privé et le repositionnement marketing.
Pour les touristes français, cette nouvelle image de Magaluf et Palmanova peut offrir une alternative aux séjours classiques en hôtel-club, avec un mélange de plage, de sorties nocturnes encadrées, d’activités sportives et d’hôtellerie modernisée, à quelques dizaines de minutes seulement de Palma de Majorque.
Ce que change une station « instagrammable » pour les visiteurs
Derrière le terme « instagrammable » employé par le représentant de Nordic Invasion, se cache une tendance de fond : les destinations balnéaires adaptent leur décor à la culture de l’image. Décors fleuris, néons soignés, cocktails photogéniques, terrasses blanches face à la mer… tout est pensé pour être partagé sur les réseaux sociaux.
Pour les voyageurs, cette évolution a plusieurs conséquences concrètes :
Aspect
Avant
Aujourd’hui
Hôtels
Nombreux établissements 2-3 étoiles, peu rénovés
Majorité d’hôtels 4-5 étoiles après travaux
Clientèle
Jeunes fêtards à petit budget
Mélange de jeunes, familles, retraités et sportifs
Ambiance nocturne
Bars à shots, forte consommation d’alcool
Clubs toujours présents, mais bars plus confortables et orientés cocktails
Ce virage vers le visuel améliore le confort général des visiteurs, mais peut aussi faire grimper les prix et modifier l’ambiance pour ceux qui recherchaient avant tout un séjour très économique. Les acteurs de Magaluf misent désormais sur un équilibre : conserver l’atout de la fête, tout en séduisant des voyageurs prêts à rester plus longtemps, à dépenser davantage dans les restaurants et à revenir en dehors du seul mois d’août.
Pour un Français qui prépare un voyage à Majorque, ces transformations invitent à regarder Magaluf et Palmanova autrement : non plus seulement comme des bastions de la nuit bon marché, mais comme un secteur de l’île où l’on peut alterner plage rénovée, soirées tardives encadrées, sorties nature et hébergements confortables tout au long de l’année.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Magaluf est-elle devenue une destination exclusivement familiale ?
Non, Magaluf conserve son aspect fêtard avec la discothèque BCM, l'une des plus importantes du monde, qui continue d'attirer les noctambules. Cependant, les jeunes recherchent désormais des lieux plus confortables où socialiser plutôt que des excès bruyants.
Quel pourcentage d'hôtels à Magaluf sont classés 4 ou 5 étoiles ?
Près de 80 % des hôtels du secteur disposent désormais de quatre ou cinq étoiles après rénovation, grâce aux efforts de la municipalité de Calvià et des groupes comme Meliá et Globales.
Quelles activités sont proposées à Magaluf au-delà de la fête ?
La région offre quatre golfs, des sentiers de randonnée et de vélo, la plongée en réserve naturelle, le padel, le minigolf, ainsi que des parcs à thème comme Katmandu Park et le Western Water Park, la plupart accessibles toute l'année.
Quels sont les meilleurs restaurants à Magaluf selon l'article ?
L'article mentionne Thai Pan avec vue sur mer, Turtle Beach et Siso Beach à Palmanova, le restaurant Terra au St. Regis Mardavall Resort réputé comme l'un des meilleurs du secteur, ainsi que plusieurs restaurants de plage comme Kalima Beach et Nikki Beach.
La station balnéaire voisine de Palmanova offre-t-elle une expérience différente ?
Oui, Palmanova attire plutôt un public adulte avec trois plages séparées par des zones rocheuses, notamment la plage tendance de Son Matias avec promenade piétonne et restaurants prisés, tout en restant facilement accessible depuis Magaluf.