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Bentley dévoile sa première voiture 100 % électrique : 600 km d’autonomie et un bruit de moteur… entièrement artificiel

Bentley dévoile sa première voiture 100 % électrique : 600 km d'autonomie et un bruit de moteur... entièrement artificiel

Au Royaume-Uni, Bentley investit massivement pour lancer son premier modèle 100 % électrique, un SUV de luxe au son de moteur recréé artificiellement.

Le constructeur britannique Bentley franchit une étape stratégique avec sa première voiture entièrement électrique, un SUV baptisé Torcal, assemblé dans son usine de Crewe. Comme le rapporte le journal britannique The Guardian, ce modèle marque un tournant pour la marque de prestige, à la fois par sa technologie zéro émission et par un choix étonnant : un bruit de moteur synthétique, inspiré de ses anciens V8, pour séduire une nouvelle génération de clients.

Un SUV électrique de luxe, mais présenté comme le « moins cher » de Bentley

Le Torcal sera produit à Crewe, en Angleterre, dans le cadre d’un plan d’investissement de 350 millions de livres sterling dans l’activité britannique de Bentley. Cet investissement doit contribuer à sécuriser les 4 000 emplois du site, même si l’effectif ne devrait pas augmenter.

Ce SUV est décrit comme le modèle le plus accessible de Bentley. Son prix de départ est fixé à 173 000 livres sterling, ce qui reste un tarif très élevé, mais inférieur aux créations uniques de la marque pouvant atteindre 1,7 million de livres pour des pièces destinées à une clientèle de milliardaires.

Avec le Torcal, Bentley complète une gamme jusque-là composée de trois modèles thermiques ou hybrides : la Continental, la Flying Spur et le Bentayga. Le Torcal devient ainsi le quatrième pilier du catalogue.

Le Torcal, premier modèle 100 % électrique de Bentley, se positionne comme un SUV de luxe « d’entrée de gamme » à environ 173 000 livres.

Un bruit de moteur entièrement artificiel pour séduire les réticents à l’électrique

Au-delà de son statut de première Bentley électrique, le Torcal se distingue par une particularité : son bruit de moteur a été recréé artificiellement. La marque a conçu un « son de moteur » synthétique à partir d’enregistrements de percussions inspirées de ses anciens moteurs huit cylindres.

Frank-Steffen Walliser, directeur général de Bentley, explique que cette bande-son a été pensée pour donner de « l’émotion à la voiture » et « combler le fossé » avec les nouveaux acheteurs potentiels, en particulier ceux qui restent attachés aux sensations des moteurs thermiques.

Objectif affiché : convaincre à la fois les réfractaires aux véhicules électriques et une clientèle plus jeune, sensible au style, au son et à l’image de marque. Le Torcal adopte d’ailleurs une carrosserie plus musclée que les précédents modèles, ce que le patron de Bentley met clairement en avant.

Le son artificiel, construit à partir de percussions inspirées des anciens V8, doit recréer une forme de « rugissement » pour ne pas désorienter les amateurs de moteurs thermiques.

Un pari sur l’émotion dans un marché encore hésitant

Ce choix d’un bruit de moteur synthétique vise aussi à se démarquer dans un marché du SUV électrique de luxe encore peu fourni. Rolls-Royce propose bien un modèle électrique, la Spectre, mais il s’agit d’un coupé deux portes, nettement plus cher, autour de 330 000 livres. Le Range Rover Electric, considéré comme du haut de gamme plutôt que du très grand luxe, doit débuter à 154 070 livres.

Bentley cherche donc une place intermédiaire : une marque de prestige, un pricing très élevé mais présenté comme une porte d’entrée plus « accessible » à son univers, avec une expérience sonore travaillée pour conserver l’ADN maison.

Autonomie et recharge : jusqu’à 600 km et une charge rapide en 20 minutes

Sur le plan technique, le Torcal revendique une autonomie pouvant atteindre 375 miles sur une charge complète, soit environ 600 kilomètres. Ce chiffre place le SUV dans le haut du panier des véhicules électriques actuels en termes de rayon d’action théorique.

La recharge rapide fait également partie des arguments avancés. Le Torcal peut passer de 10 % à 80 % de batterie en 20 minutes sur une borne ultra-rapide, selon les informations communiquées. Un délai qui vise à rassurer les clients fortunés habitués au confort d’utilisation des motorisations thermiques.

  • Type de véhicule : SUV de luxe 100 % électrique
  • Autonomie annoncée : jusqu’à 375 miles, soit environ 600 km
  • Recharge rapide : de 10 % à 80 % en 20 minutes (borne ultra-rapide)
  • Prix de départ : 173 000 livres sterling
  • Lieu de production : usine Bentley de Crewe, au Royaume-Uni

Un investissement majeur dans l’industrie auto britannique

Le lancement du Torcal s’inscrit dans une séquence de gros investissements annoncés au Royaume-Uni dans l’automobile. Selon The Guardian, il s’agit du troisième projet majeur en un peu plus d’une semaine.

Nissan a indiqué qu’il investirait 170 millions de livres pour produire un nouveau modèle dans son usine de Sunderland. McLaren prévoit, de son côté, 500 millions de livres pour une nouvelle usine, avec 1 000 emplois à la clé et la création de son premier SUV.

Jonathan Reynolds, secrétaire d’État aux Entreprises, a salué ces annonces, y voyant un « troisième succès en seulement sept jours pour notre industrie automobile mondiale », signe selon lui de la confiance des industriels dans le Royaume-Uni.

Constructeur Investissement annoncé Projet
Bentley 350 millions de livres Production du Torcal à Crewe, premier SUV 100 % électrique
Nissan 170 millions de livres Nouveau modèle à Sunderland
McLaren 500 millions de livres Nouvelle usine, 1 000 emplois, premier SUV

Un contexte économique tendu pour les constructeurs

Ce mouvement d’investissement ne doit pas masquer les difficultés du secteur. Les constructeurs automobiles restent soumis à de fortes pressions : nouveaux droits de douane américains, concurrence accrue des marques chinoises, coûts énergétiques industriels élevés au Royaume-Uni comme en Europe.

Jaguar Land Rover a récemment annoncé la suppression de 4 000 postes, en évoquant une « concurrence intense et une incertitude géopolitique persistante ». Le groupe Volkswagen, propriétaire de Bentley, prévoit pour sa part 100 000 suppressions d’emplois d’ici 2030.

Interrogé sur un éventuel impact de ces réductions chez Bentley, Frank-Steffen Walliser a nuancé : « Immunisé serait le mauvais terme. Mais il y a une règle très simple chez Volkswagen. Si vous avez du succès, vous pouvez piloter votre activité. Et nous considérons que nous sommes une entreprise performante… cela ne me préoccupe pas trop pour l’instant. »

Bentley n’est pas totalement épargné : 245 postes ont été supprimés à Crewe plus tôt cette année pour réduire les coûts, alors que les ventes ont chuté d’un tiers depuis un pic à 15 200 voitures en 2022. Le dirigeant parle d’un « boom post-Covid » concernant la période de marges élevées, estimant que la situation est aujourd’hui « revenue à la normale ».

Après un pic de 15 200 voitures vendues en 2022, Bentley a vu ses ventes reculer d’un tiers et a supprimé 245 postes à Crewe.

Une entrée plus prudente que prévu dans l’électrique

Le Torcal symbolise aussi un ajustement de stratégie. Bentley avait auparavant annoncé un plan ambitieux : lancer chaque année un nouveau modèle électrique entre 2025 et 2030. En 2024, ce programme a été abandonné, faute de demande suffisante sur le marché.

Frank-Steffen Walliser reste prudent quant aux perspectives commerciales du Torcal. Il évoque des signaux encourageants au Royaume-Uni, en Europe et au Moyen-Orient, mais reconnaît une part d’incertitude : « Nous, les dirigeants, disons toujours que nous savons, mais pour être honnête, nous ne savons pas » à quel niveau se situera réellement la demande.

Le dirigeant indique qu’« il n’y a pas de projet pour le moment » pour un second modèle 100 % électrique. Il explique avoir revu « tellement de plans à long terme au cours des dix dernières années » qu’il juge désormais nécessaire d’avancer avec prudence.

Un pari sur un segment encore étroit

En misant sur un SUV électrique de luxe, Bentley se positionne sur un marché encore étroit mais stratégique. Les marges unitaires restent élevées sur ce type de véhicules, ce qui correspond au modèle économique de la marque.

Le Torcal cherche à créer un pont entre les clients historiques, attachés aux moteurs à combustion, et une clientèle plus jeune, plus sensible à l’électrification et aux critères environnementaux, mais sans renoncer au prestige de la marque ni à certaines sensations liées au « son » du véhicule.

Ce que cela signifie pour les conducteurs français amateurs de marques de luxe

Pour un conducteur français, le Torcal restera un véhicule ultra-confidentiel, réservé à une clientèle internationale fortunée. En France, l’équivalent le plus proche en termes de positionnement serait un grand SUV électrique très haut de gamme, issu de constructeurs comme Mercedes ou BMW, mais avec un niveau de personnalisation et de prestige généralement inférieur à celui de Bentley.

Les règles d’homologation européennes s’appliquent également au Torcal, notamment sur le plan sonore. Les véhicules électriques doivent déjà émettre un bruit artificiel à basse vitesse pour des raisons de sécurité, afin d’être entendus par les piétons. Dans le cas de Bentley, ce principe est poussé beaucoup plus loin, avec une approche presque « musicale », inspirée des anciens moteurs V8.

En France, la transition vers les SUV électriques haut de gamme suit une trajectoire comparable : demande réelle mais encore limitée, contraintes réglementaires et fiscales, et interrogations sur les infrastructures de recharge à très haute puissance nécessaires pour exploiter réellement une recharge de 10 % à 80 % en une vingtaine de minutes.

Pourquoi les constructeurs misent sur le son dans les voitures électriques

Le cas du Torcal illustre une tendance de fond : pour les voitures de luxe, le passage à l’électrique ne se limite pas à la batterie et au moteur. Le son et les sensations perçues à bord deviennent des éléments de différenciation majeurs.

Un moteur électrique classique émet peu de bruit mécanique. Sur une citadine, ce silence est souvent vu comme un atout. Sur une voiture de luxe ou de sport, il peut au contraire être vécu comme une perte d’identité. D’où ces recherches sonores sophistiquées, parfois proches du travail d’un designer sonore de cinéma ou de jeu vidéo.

Pour un acheteur potentiel, ce type de dispositif artificiel comporte un avantage concret : il permet de conserver une impression de puissance et de caractère, tout en bénéficiant des accélérations instantanées propres aux moteurs électriques et d’une conduite plus souple. Le risque, pour le constructeur, est que ce son soit perçu comme trop artificiel ou gadget si l’expérience globale ne suit pas.

Le Torcal devient ainsi un test grandeur nature : si le mariage entre luxe, autonomie importante, recharge rapide et bruit de moteur recréé convainc la clientèle, Bentley pourra consolider sa stratégie électrique. Dans le cas inverse, la marque devra ajuster une fois encore son calendrier de transition.

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