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Everest : l’urine des alpinistes a fait fondre 154 tonnes de glace, selon une étude sur le glacier du Khumbu

Everest : l'urine des alpinistes a fait fondre 154 tonnes de glace, selon une étude sur le glacier du Khumbu

Au Népal, le passage massif des alpinistes sur l’Everest laisse une trace inattendue : leurs besoins naturels participent à faire reculer la glace.

Une étude scientifique relayée par le New York Times et repérée par le média en ligne italien Commenti Memorabili met en lumière un impact méconnu du tourisme de haute altitude sur l’Everest, au Népal : la chaleur émise par l’urine et les combustibles utilisés au camp de base ferait fondre des dizaines de tonnes de glace du glacier du Khumbu chaque saison.

Une étude qui chiffre l’effet de la « chaleur humaine » sur le glacier du Khumbu

Les chercheurs, dont les travaux sont publiés dans la revue scientifique Regional Environmental Change, se sont penchés sur le camp de base de l’Everest et le glacier du Khumbu, dans le nord-est du Népal. Objectif : mesurer l’impact énergétique direct des activités humaines sur cette zone glaciaire déjà fragilisée par le réchauffement climatique.

Pour la seule saison de printemps 2023, l’équipe a évalué la quantité d’urine produite par la population saisonnière du camp de base, composée d’alpinistes et de personnels d’appui (guides, porteurs, cuisiniers, logisticiens). Selon l’étude, cette communauté a généré chaque jour plus de 6 000 litres d’urine, déversés directement sur ou à proximité de la surface du glacier du Khumbu.

Au total, la chaleur dégagée par cette urine « chaude » aurait entraîné la fonte d’environ 154 tonnes de glace sur le glacier du Khumbu.

Les auteurs soulignent que cet effet n’est pas anecdotique. Il vient s’ajouter à l’élévation générale des températures dans l’Himalaya, où la perte de glace s’accélère. Sur la chaîne, les taux de recul des glaciers auraient quasiment doublé depuis 2009, indiquent les données reprises par Commenti Memorabili à partir de l’étude internationale et des analyses citées par le New York Times.

Un camp de base énergivore à plus de 5 300 mètres d’altitude

Le camp de base de l’Everest se situe à environ 5 364 mètres d’altitude. Durant la saison de printemps 2023, il a accueilli, selon l’étude, près de 2 000 personnes, réparties dans quelque 1 600 tentes. Faire vivre cette véritable petite ville temporaire demande une quantité importante de combustibles.

Les chercheurs ont recensé les consommations sur 50 jours de présence :

  • 824 bouteilles de gaz brûlées pour la cuisson et le chauffage ;
  • 18 935 litres de kérosène ;
  • 5 130 litres d’essence.

Ces carburants ont été utilisés pour préparer les repas, chauffer les tentes et produire l’électricité nécessaire au fonctionnement du camp. À cette consommation s’ajoute le « dégagement thermique biologique » lié aux corps humains eux-mêmes et à leurs déchets liquides.

En combinant combustibles fossiles et chaleur biologique, les chercheurs estiment que les activités humaines au camp de base ont libéré 849 174 mégajoules d’énergie thermique durant le printemps 2023.

D’après les données satellitaires Landsat analysées sur la période 1991-2023, la surface du camp de base se réchauffe à un rythme moyen de 0,28 degré Celsius par an. Ce taux atteindrait environ le double de l’augmentation enregistrée sur les secteurs voisins du glacier moins fréquentés par l’homme.

Un glacier déjà fragilisé par le réchauffement climatique

Le glacier du Khumbu, au pied de l’Everest, fait partie des glaciers himalayens particulièrement exposés à la hausse globale des températures. L’étude citée par Commenti Memorabili rappelle que la fonte des glaces s’est accélérée au cours des dernières décennies, sous l’effet combiné du climat et des pressions locales.

L’apport de chaleur lié aux activités humaines ne reste pas cantonné aux seules zones où l’urine ou les combustibles sont directement déversés ou brûlés. La chaleur se diffuse à la surface, modifie la structure de la neige et de la glace, fragilise les couches supérieures et peut contribuer à ouvrir des crevasses ou à déstabiliser certains secteurs du glacier.

Ce recul progressif de la glace pose plusieurs enjeux :

  • sécurité des itinéraires d’ascension, notamment sur la cascade de glace du Khumbu ;
  • stabilité des zones d’implantation du camp de base ;
  • impact à long terme sur les ressources en eau pour les vallées népalaises situées plus bas.

Dans ce contexte, l’étude sur la chaleur liée à l’urine et aux combustibles ne traite qu’une partie du problème, mais elle fournit un ordre de grandeur concret de l’influence directe des séjours humains sur un glacier de haute altitude.

Pourquoi l’urine fait fondre autant de glace

L’urine expulsée par les alpinistes se trouve à une température proche de celle du corps humain, largement supérieure à celle de la glace environnante. À chaque jet, le liquide transmet une partie de sa chaleur au glacier, ce qui entraîne une fonte locale. Les chercheurs ont additionné :

  • la quantité estimée d’urine produite par jour ;
  • sa température moyenne ;
  • la durée de la saison de présence au camp de base.
  • En convertissant cette chaleur totale en équivalent de masse de glace fondue, ils aboutissent à ces 154 tonnes pour la saison étudiée. Rapportée à l’échelle du glacier entier, cette masse peut sembler modeste, mais elle s’ajoute à toutes les autres sources de chaleur, y compris l’air plus chaud, le rayonnement solaire accru sur les zones déneigées et la chaleur dégagée par les installations humaines.

    La présence de tentes, de structures temporaires et de surfaces sombres (bâches, équipements, bidons) contribue aussi à modifier l’albédo, c’est-à-dire la capacité de la surface à renvoyer ou absorber le rayonnement solaire. Pour un glacier, une surface plus sombre absorbe davantage de chaleur, ce qui accélère là encore la fonte.

    Quelles pistes pour limiter l’impact au camp de base de l’Everest ?

    Face à ces constats, plusieurs pistes sont régulièrement évoquées par les autorités népalaises, les agences d’expédition et les associations environnementales, même si l’article de Commenti Memorabili ne détaille pas de mesures précises. L’une des idées déjà mise en avant dans d’autres débats consiste à mieux gérer les déchets humains, y compris l’urine, à l’aide de systèmes de collecte ou de zones dédiées plus contrôlées.

    Certains promoteurs de l’écotourisme de haute altitude défendent aussi l’usage de solutions énergétiques moins émettrices de chaleur et de pollution locale, comme :

    • réduire le recours aux combustibles fossiles en améliorant l’isolation des tentes ;
    • recourir davantage à des panneaux solaires pour l’électricité ;
    • rationaliser le nombre d’équipements gourmands en énergie au camp de base.

    Ces pistes visent autant à limiter la chaleur directe qu’à réduire les émissions globales de gaz à effet de serre liées aux expéditions, même si le cœur du réchauffement climatique se joue évidemment à une échelle bien plus large que celle d’un seul camp de base.

    Ce que cela signifie pour un lecteur français : protections et gestion des glaciers

    En France, les glaciers alpins connaissent eux aussi un recul rapide, en particulier dans le massif du Mont-Blanc, la Vanoise ou les Écrins. Le phénomène est principalement lié au réchauffement climatique global. Les activités humaines locales, comme l’alpinisme, la fréquentation touristique ou l’exploitation des refuges de haute montagne, restent d’une ampleur bien moindre que sur l’Everest, mais elles font l’objet d’un suivi.

    La surveillance des glaciers français relève notamment de services publics et d’organismes scientifiques spécialisés : Météo-France, le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement ou encore l’Office national des forêts dans certaines zones de montagne. Des campagnes régulières de mesures permettent de suivre l’épaisseur de glace, l’étendue des langues glaciaires et la stabilité des zones d’accès utilisées par les alpinistes.

    Les refuges de haute altitude en France tendent à réduire leur impact énergétique grâce à des installations plus sobres, un meilleur contrôle des approvisionnements et un recours croissant aux énergies renouvelables, comme le solaire. Les gestionnaires doivent respecter des règles environnementales encadrées par le droit français et, dans les parcs nationaux ou les réserves naturelles, par des réglementations spécifiques.

    Les pratiques encadrant les déchets humains en montagne évoluent également. Dans certains sites sensibles, des consignes strictes s’appliquent déjà pour limiter les rejets directs sur les sols gelés ou les zones glaciaires, notamment sur les itinéraires les plus fréquentés du Mont-Blanc. Ces orientations vont dans le même sens que les préoccupations mises au jour par l’étude consacrée au glacier du Khumbu.

    Une alerte sur les effets cumulés des activités de haute montagne

    L’étude publiée dans Regional Environmental Change montre surtout la logique d’effets cumulés qui pèse sur un glacier très fréquenté. Chaque source de chaleur, prise isolément, peut sembler faible : une bouteille de gaz, une tente chauffée, des litres d’urine dispersés. Additionnées sur des années, elles s’ajoutent à un contexte climatique déjà défavorable.

    Pour les pratiquants de la haute montagne, que ce soit au Népal ou dans les Alpes françaises, ce type de travaux rappelle l’intérêt d’adopter des comportements plus sobres : limiter les consommations d’énergie inutiles, respecter les consignes de gestion des déchets, soutenir les opérateurs qui investissent dans des solutions moins polluantes. Les glaciers, qu’ils soient au pied de l’Everest ou au-dessus de Chamonix, réagissent à l’ensemble de ces pressions, locales et globales, qui finissent par transformer durablement le paysage d’altitude.

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