Très en vogue en Colombie, un coiffage ultra plaqué promet de camoufler les cheveux gras en quelques minutes, mais inquiète désormais les dermatologues.
Popularisé sur les réseaux sociaux, le « clean look » séduit des adolescentes, de jeunes adultes et même des professionnelles en quête de coiffures nettes et rapides. Interrogée par le média colombien EL TIEMPO, une dermatologue met toutefois en garde contre les risques de chute de cheveux liés à l’usage répété de ce style.
Qu’est-ce que le « clean look », ce coiffage ultra plaqué qui cartonne ?
Selon l’article d’EL TIEMPO, le « clean look » désigne un coiffage très lissé, avec les cheveux tirés vers l’arrière ou en demi-queue, fixés à l’aide de gel ou d’autres produits coiffants. L’objectif : un fini impeccable, brillant, sans une mèche qui dépasse.
Ce style s’est imposé comme une tendance virale auprès des adolescentes et des jeunes. Il se voit désormais aussi chez les femmes de tous âges, en particulier celles qui ont besoin d’un aspect très soigné : enfants pratiquant la gymnastique rythmique, employées de restaurant, hôtesses, métiers de service où l’apparence est très encadrée.
Le « clean look » est présenté comme une solution express pour dompter ou camoufler des cheveux gras, mais son usage répété peut favoriser certaines formes d’alopécie.
Son succès tient aussi à sa praticité : un peu de gel, une brosse, un élastique, et la chevelure semble propre et maîtrisée, même si elle aurait besoin d’un shampoing. C’est précisément ce « camouflage » répété qui préoccupe les spécialistes.
Une dermatologue met en garde contre l’alopécie par traction
La dermatologue Gloria Garnacho, citée par le service EFE Salud et relayée par EL TIEMPO, explique recevoir en consultation « de nombreuses femmes » souffrant d’alopécie liée à la répétition de ce type de coiffage.
Elle pointe un mécanisme bien identifié : l’alopécie par traction. Cette forme de chute de cheveux survient lorsque la fibre capillaire est soumise en permanence à une forte tension.
D’après la spécialiste, cette tension continue finit par provoquer une séparation entre le follicule pileux et sa gaine protectrice. Le cheveu se fragilise, tombe plus facilement et certaines zones, en particulier les tempes et la ligne frontale, commencent à se dégarnir.
L’alopécie par traction est souvent réversible si la traction cesse, mais une tension prolongée peut conduire à une inflammation chronique et à une perte cicatricielle irréversible.
Gloria Garnacho précise que cette alopécie se diagnostique aisément lors de l’examen clinique ou avec une dermatoscopie, qui permet d’observer les structures entourant le follicule. Lorsque le problème est pris tôt, l’arrêt des coiffures trop serrées suffit souvent à permettre une repousse progressive.
En revanche, si les coiffures tirées se poursuivent durant des mois ou des années, la tension constante peut entretenir une inflammation chronique du cuir chevelu. Dans ces cas-là, le follicule est détruit : on parle alors d’alopécie cicatricielle, et les cheveux ne repoussent plus dans les zones atteintes.
Cheveux gras : pourquoi le « clean look » ne doit pas devenir une habitude
Dans l’article, la dermatologue insiste sur un point clé : beaucoup de femmes ont recours au « clean look » lorsqu’elles jugent leurs cheveux trop gras, au lieu de les laver. Ce décalage répété du shampoing n’est pas anodin pour la santé du cuir chevelu.
Gloria Garnacho explique que prolonger la période entre deux lavages peut modifier l’équilibre du cuir chevelu et irriter la microbiote, l’ensemble des micro-organismes qui y vivent. Cette perturbation favorise plusieurs problèmes :
chute de cheveux accrue ;
démangeaisons et inconfort ;
lésions cutanées comme de l’acné sur le cuir chevelu ;
pustules inflammatoires ;
folliculite chronique, c’est-à-dire une inflammation répétée des follicules pileux.
La spécialiste recommande, si l’on opte pour ce genre de coiffure, de ne pas le garder plus d’un ou deux jours sans lavage. Au-delà, l’association cheveux gras + gel + traction devient un cocktail défavorable pour la fibre et le cuir chevelu.
Utiliser un « clean look » ponctuellement peut se tolérer, mais le reproduire fréquemment pour masquer des cheveux gras augmente les risques d’irritation et de chute.
Les produits de fixation ne sont pas les principaux coupables
L’article d’EL TIEMPO souligne un point nuancé apporté par la dermatologue : le problème ne vient pas, en premier lieu, des produits coiffants eux-mêmes.
Les gels et autres fixateurs utilisés pour le « clean look » sont souvent des produits siliconés qui enrobent la tige du cheveu. Gloria Garnacho rappelle qu’ils n’atteignent pas le follicule, situé à environ 4 millimètres sous la surface du cuir chevelu. Le gel, à lui seul, ne provoque donc pas directement d’alopécie.
La spécialiste insiste plutôt sur la combinaison de deux facteurs :
la tension prolongée exercée par le coiffage très serré ;
le maintien des produits sur un cuir chevelu pas ou peu lavé.
Elle avertit que, si ces produits ne sont pas correctement éliminés, ils peuvent finir par irriter le cuir chevelu et, indirectement, nuire au follicule. Des résidus accumulés favorisent rougeurs, démangeaisons et inflammation locale.
Les produits de fixation doivent être retirés avec un shampoing adapté contenant des sulfates, en frottant et en massant soigneusement le cuir chevelu.
Gloria Garnacho recommande donc un rinçage minutieux : eau en abondance, shampoing adapté, massage doux mais efficace. L’objectif est d’éliminer complètement le film de produit qui enrobe le cheveu et le cuir chevelu.
Quelle situation en France pour ce type de coiffures tirées ?
En France, les dermatologues observent depuis longtemps les mêmes phénomènes avec d’autres styles : tresses très serrées, chignons plaqués, queues de cheval hautes portées en permanence, extensions trop lourdes. Le mécanisme reste identique : une traction répétée fragilise progressivement la racine.
Comme en Colombie, le risque concerne particulièrement :
les enfants et adolescentes pratiquant des disciplines artistiques ou sportives où les cheveux doivent être impeccablement tirés (danse, gymnastique, patinage artistique, etc.) ;
les professionnelles exposées au public, soumises à des codes de présentation stricts ;
les personnes qui utilisent des gels ou laques fortes pour masquer des lavages espacés.
Les recommandations des spécialistes français rejoignent celles rapportées par EL TIEMPO :
alterner les coiffures et éviter la tension continue toujours au même endroit ;
laisser régulièrement les cheveux détachés ou attachés plus lâchement ;
maintenir un rythme de lavage adapté à son type de cuir chevelu, sans recourir systématiquement à des artifices pour cacher le gras ;
surveiller la naissance des cheveux et les tempes : si la ligne frontale recule ou si des zones s’éclaircissent, consulter rapidement un dermatologue.
En cas de doute en France, le premier interlocuteur reste le dermatologue ou le médecin généraliste, qui peut ensuite orienter vers un spécialiste du cuir chevelu si nécessaire.
Comment limiter les risques tout en gardant un coiffage net ?
Pour celles et ceux qui apprécient le rendu plaqué d’un « clean look », plusieurs ajustements simples réduisent les risques évoqués par la dermatologue interrogée par EL TIEMPO :
garder ce type de coiffure pour des occasions ponctuelles, pas comme look quotidien ;
éviter de trop serrer les élastiques et les attaches, en particulier près des tempes ;
privilégier des accessoires plus doux (chouchous, pinces larges) plutôt que des élastiques très fins ;
espacer les jours où l’on plaque complètement les cheveux en arrière ;
laver les cheveux au plus tard le lendemain ou le surlendemain, avec un shampoing adapté ;
massoter doucement le cuir chevelu au moment du lavage pour réactiver la microcirculation.
Un autre point concerne la gestion du sébum. Plutôt que d’accumuler du gel sur des racines grasses, le recours ponctuel à un shampoing adapté, prescrit ou conseillé par un professionnel de santé, limite la sensation de gras sans agresser le cuir chevelu.
Alopécie par traction : un terme à connaître
Le terme « alopécie par traction » désigne une chute de cheveux directement liée à une forte tension répétée sur la fibre capillaire. Elle se distingue d’autres formes d’alopécie, d’origine hormonale, génétique ou auto-immune.
Dans ce cas précis, le facteur déclenchant est purement mécanique : tresses, tissages, postiches, chignons tirés, ou, comme dans la tendance « clean look », cheveux ramenés très fermement vers l’arrière. L’avantage, indiqué par la dermatologue colombienne, est que cette forme d’alopécie reste souvent réversible dès lors que la traction cesse suffisamment tôt.
Pour un lecteur ou une lectrice en France comme en Colombie, l’enjeu est donc moins de bannir totalement ce type de coiffure que d’en faire un usage raisonné : observer son cuir chevelu, varier les attaches, et ne pas transformer une solution express contre les cheveux gras en réflexe quotidien. Un suivi régulier auprès d’un professionnel de santé permet, en cas de doute, de repérer rapidement les premiers signaux d’alerte.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Il s'agit d'un coiffage très lissé, avec les cheveux tirés vers l'arrière ou en demi-queue, fixés à l'aide de gel ou d'autres produits coiffants pour un fini impeccable et brillant. C'est une tendance virale utilisée pour camoufler les cheveux gras et donner une apparence soignée.
Le gel utilisé pour le « clean look » endommage-t-il directement le cheveu ?
Non, les gels et produits siliconés n'atteignent pas le follicule situé à environ 4 millimètres sous le cuir chevelu. Le problème vient plutôt de la combinaison de la tension du coiffage serré et de l'accumulation de résidus de produits sur un cuir chevelu peu lavé, qui irrite et affaiblit progressivement le cheveu.
L'alopécie par traction est-elle toujours irréversible ?
Non, elle peut être réversible si la traction cesse rapidement. En revanche, si les coiffures serrées persistent pendant des mois ou des années, l'inflammation chronique peut détruire le follicule et causer une alopécie cicatricielle irréversible.
À quelle fréquence est-il sûr d'utiliser le « clean look » ?
La dermatologue recommande de ne pas garder ce coiffage plus d'un ou deux jours sans lavage. L'utiliser ponctuellement peut se tolérer, mais le reproduire fréquemment pour masquer des cheveux gras augmente les risques d'irritation et de chute.
Comment bien éliminer les produits coiffants du cuir chevelu ?
Il faut utiliser un shampoing adapté contenant des sulfates, en frottant et massant soigneusement le cuir chevelu avec de l'eau en abondance, pour éliminer complètement le film de produit qui enrobe le cheveu et le cuir chevelu.