EUROTEL

Des scientifiques apprennent à des perroquets à passer des appels vidéo : ils préfèrent les conversations en direct aux vidéos enregistrées

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, des chercheurs ont initié des perroquets aux appels vidéo, avec un effet surprenant sur leur comportement social.

Selon le média scientifique américain Popular Science, des équipes de Northeastern University, du MIT et de l’université de Glasgow ont mis au point un dispositif d’appels vidéo pour perroquets. Objectif : offrir à ces oiseaux très sociaux, mais souvent isolés en captivité, une forme de vie de groupe à distance grâce à des conversations par écran interposé.

Des oiseaux très sociaux enfermés… dans des salons

Les perroquets, en particulier les cacatoès et les gris du Gabon, sont réputés pour leur intelligence et leur capacité à imiter la voix humaine. Dans la nature, ils vivent en grands groupes, volent ensemble et passent une grande partie de leur journée à interagir entre eux.

En captivité, le tableau change complètement. Beaucoup de ces oiseaux vivent seuls, parfois avec peu de stimulation. Les spécialistes cités par Popular Science rappellent qu’un manque de contacts sociaux et d’occupation peut conduire à des troubles sérieux :

  • destruction des plumes, parfois jusqu’à se mettre à nu ;
  • stéréotypies, comme des allers-retours incessants sur le perchoir ;
  • comportements d’auto-mutilation liés au stress.

D’après les chercheurs, environ 40 % des cacatoès et des gris du Gabon présenteraient des comportements de destruction potentiellement dangereuse de leurs plumes. Une proportion très élevée, directement liée à des conditions de vie éloignées de leur habitat naturel.

Face à cet isolement forcé, des chercheurs ont voulu tester une idée simple : et si la technologie permettait à ces oiseaux d’échanger entre eux, même à distance ?

Comment des perroquets ont appris à passer un appel vidéo

Le protocole, mis en place par Northeastern University, le MIT et l’université de Glasgow, s’est déroulé sur trois mois avec 18 perroquets de plusieurs espèces et leurs propriétaires. Les scientifiques ont découpé l’expérience en deux grandes étapes.

Première phase : apprivoiser l’écran et la sonnette

Pendant environ dix semaines, les soigneurs ont appris aux oiseaux à interagir avec des tablettes et des smartphones munis d’écran tactile. Les perroquets se prêtaient particulièrement bien à l’exercice : ils voient très bien, comprennent vite et utilisent leur langue avec précision pour toucher l’écran.

Les chercheurs ont instauré une association simple :

  • une sonnette est accrochée près du perroquet ;
  • à chaque fois qu’on sonne pendant la phase d’apprentissage, le perroquet reçoit une friandise ;
  • les soigneurs en profitent pour lancer un appel vidéo via Facebook Messenger vers un autre oiseau participant à l’étude.

En parallèle, les humains sont formés à repérer les signes d’inconfort ou de stress de leur animal. À la moindre alerte, l’appel doit être immédiatement interrompu.

Au bout de cette phase, les perroquets savent deux choses : sonner attire l’attention et déclenche un appel vidéo, et l’expérience est globalement positive.

Deuxième phase : les oiseaux choisissent leurs interlocuteurs

Pour vérifier que l’intérêt des oiseaux ne repose pas uniquement sur la nourriture, les chercheurs ont ensuite retiré la récompense. Les friandises disparaissent, mais la sonnette reste accessible.

Tous les perroquets ont continué à sonner pour lancer des appels vidéo, parfois à de nombreuses reprises, même sans friandise à la clé.

Quand l’oiseau sonne, ses soigneurs lui présentent un écran d’accueil sur tablette, avec des photos des autres perroquets de l’étude. L’oiseau sélectionne, avec sa langue, le compagnon qu’il souhaite appeler.

Une fois le contact établi, la scène est souvent très animée : les perroquets sautent près de l’écran, poussent des cris, répondent aux vocalisations de l’autre oiseau, bougent la tête. Selon les chercheurs, ces échanges rappellent les interactions vocales observées dans la nature lorsqu’un groupe se répond à distance.

Naissance de véritables amitiés entre perroquets

Les vidéos collectées montrent que ces appels ne sont pas de simples curiosités ponctuelles. Des dynamiques sociales durables apparaissent entre certains oiseaux.

  • Certains perroquets se toilettent après avoir vu l’autre faire sa toilette.
  • D’autres synchronisent leurs vocalises et « chantent » ensemble.
  • Un ara mâle répète « Salut ! Viens ici ! ». Quand l’autre ara s’éloigne de l’écran, il sonne immédiatement, que les soigneurs interprètent comme un appel pour faire revenir son ami.

Un duo en particulier a marqué les équipes : une cacatoès de 11 ans, prénommée Ellie, et un gris du Gabon nommé Cookie. Popular Science rapporte que ces deux oiseaux continuent à s’appeler près d’un an après la fin de l’expérience.

Pour les scientifiques, la régularité de ces échanges montre à quel point les perroquets sont capables de nouer et maintenir des liens sociaux via un simple écran.

Une enseignante-chercheuse de Northeastern University évoque l’apparition de « fortes dynamiques sociales » entre certains participants. Les appels ne sont donc pas seulement un divertissement : ils deviennent une forme de vie relationnelle structurée.

Les perroquets boudent les vidéos enregistrées

Les chercheurs ont voulu vérifier si les perroquets réagissaient simplement à la présence d’images en mouvement, ou si l’interaction en temps réel faisait la différence. Une étude associée, menée à l’université de Glasgow, a donc comparé les réactions des oiseaux face à :

  • des appels avec d’autres perroquets en direct ;
  • des vidéos préenregistrées d’oiseaux.

Sur six mois d’observation, le contraste est net. Les perroquets passent en tout 561 minutes en communication avec des oiseaux en direct, contre seulement 142 minutes face à des vidéos enregistrées.

Les propriétaires décrivent des oiseaux nettement plus curieux, attentifs et expressifs lorsque l’autre perroquet est lui aussi présent en temps réel de l’autre côté de l’écran.

Une chercheuse de Glasgow souligne que l’« impression de vie » change radicalement l’engagement des oiseaux : leurs comportements en direct ressemblent à ceux observés lors d’interactions physiques avec des congénères, ce qui n’apparaît pas, ou très peu, avec des enregistrements.

Un impact positif sur le bien-être des oiseaux

Les retours des propriétaires à l’issue du projet vont tous dans le même sens. Aucun ne parle d’expérience négative. Une large majorité – 71,4 % – estime que leur perroquet a vécu ces échanges de façon très positive.

Certains signalent des évolutions concrètes :

  • apprentissage de nouvelles compétences en observant les autres, comme la recherche de nourriture ou une meilleure aisance en vol ;
  • augmentation de l’activité générale et de la curiosité ;
  • un animal qui « reprend vie » pendant les appels, selon le témoignage rapporté d’une participante.

Les chercheurs restent prudents : ces appels ne remplacent pas la liberté ni la complexité sociale d’une vie en milieu naturel. Leur ambition est plus modeste : proposer un outil supplémentaire pour améliorer la vie des perroquets déjà maintenus en captivité.

Les scientifiques ne prétendent pas rendre la captivité idéale, mais offrir un filet de sécurité social à des animaux très sensibles à l’isolement.

Et en France, que fait-on pour le bien-être des perroquets ?

En France, la détention de perroquets comme animaux de compagnie est encadrée par la réglementation sur les espèces protégées et les animaux non domestiques. Certaines espèces nécessitent des autorisations spécifiques et un certificat de capacité. Les refuges spécialisés et parcs zoologiques accueillent régulièrement des oiseaux présentant des troubles liés à l’ennui ou à la solitude.

Les vétérinaires spécialisés en « nouveaux animaux de compagnie » (souvent abrégés en NAC) insistent sur plusieurs points pour limiter ces problèmes :

  • proposer une volière ou une cage suffisamment grande, avec plusieurs niveaux de perchoirs ;
  • fournir des jouets à détruire, à manipuler, à fouiller ;
  • maintenir une interaction régulière avec l’oiseau ;
  • éviter autant que possible de garder un perroquet totalement seul, surtout les espèces les plus sociales.

Des initiatives individuelles existent déjà en France, comme des groupes de propriétaires qui organisent des rencontres encadrées entre perroquets ou des échanges de conseils pour enrichir leur environnement. L’idée d’utiliser la visioconférence pourrait, à terme, inspirer des praticiens ou des associations, même si aucun protocole standardisé comparable à celui mené par Northeastern University et ses partenaires n’est encore largement documenté.

Vers une nouvelle forme de « réseaux sociaux » pour animaux ?

Pour un lecteur français, ces travaux illustrent un mouvement plus large : l’usage d’outils numériques pour tenter de répondre aux besoins psychologiques d’animaux domestiques ou captifs. Des études ont déjà porté sur les écrans pour chats ou chiens, voire sur des dispositifs interactifs pour d’autres espèces sauvages en parc zoologique.

Avec les perroquets, la particularité vient de leur niveau de cognition et de leur capacité à comprendre la logique d’un appel à distance. L’étude montre qu’ils ne se contentent pas de réagir à des images : ils choisissent leurs interlocuteurs, insistent pour les rappeler, et développent des comportements sociaux complexes à travers un écran.

Cette approche ouvre une piste : utiliser les écrans non comme un simple divertissement, mais comme une extension contrôlée du groupe social de l’animal, lorsque la vie en groupe réel n’est pas possible.

Reste une question très concrète pour les propriétaires : ces dispositifs demandent du temps, un apprentissage et une surveillance constante. Ils ne remplaceront ni une volière adaptée, ni une présence humaine suffisante, ni, lorsque c’est possible, la cohabitation avec d’autres oiseaux. En revanche, pour des perroquets très attachés à leurs congénères mais contraints à la solitude, les appels vidéo pourraient devenir un outil de plus dans la panoplie des moyens de lutte contre l’ennui et le stress chronique.

Défiler vers le haut