EUROTEL

Sa voiture le croit endormi au volant à chaque trajet : la vraie raison n’a rien à voir avec la fatigue

En Chine, un conducteur d’une berline électrique flambant neuve voit l’alerte de somnolence se déclencher sans arrêt, alors qu’il se dit parfaitement attentif.

Son cas, raconté par le site d’actualités insolites Oddity Central, met en lumière les limites des systèmes d’assistance à la conduite dopés aux caméras et à l’intelligence artificielle. Sa Xiaomi SU7 Max le considère systématiquement comme un conducteur épuisé… à cause de la forme de ses yeux.

Un conducteur chinois harcelé par l’alerte de fatigue de sa Xiaomi

Le protagoniste, présenté comme M. Li, est un jeune automobiliste de la province du Zhejiang, sur la côte est de la Chine. Il vient tout juste d’acheter une Xiaomi SU7 Max, grande berline électrique haut de gamme, très convoitée sur le marché chinois.

Dès ses premiers trajets, l’expérience vire pourtant au casse-tête. À chaque sortie, la voiture déclenche à répétition un avertissement sonore et visuel censé signaler la fatigue du conducteur.

Le message « Concentrez-vous sur la conduite, faites attention à la sécurité » s’affichait encore et encore sur l’écran, alors qu’il regardait bien la route.

Dans une courte vidéo publiée sur les réseaux sociaux chinois et relayée par Oddity Central, M. Li explique que l’alerte se met en route alors qu’il n’est ni somnolent ni distrait. Il roule normalement, yeux tournés vers la chaussée, mais le véhicule le considère comme un conducteur sur le point de s’endormir.

« Quand j’ouvre les yeux normalement, l’alerte se déclenche »

Intrigué, M. Li cherche l’origine du problème en observant le comportement du système. Au fil du trajet, il finit par faire un lien direct avec… la façon dont il ouvre les yeux.

Dans sa vidéo, il raconte avoir volontairement écarquillé les yeux pour tester la réaction de la voiture :

« J’ai ouvert grand les yeux et je n’ai plus entendu le signal sonore. Mais quand j’ouvrais les yeux normalement, le signal revenait. Apparemment, mes yeux sont tellement petits que la voiture pense que je suis sur le point de m’endormir. »

Selon lui, sur un trajet pourtant court, l’alerte se serait déclenchée près d’une vingtaine de fois. Un comble pour un système présenté comme une aide à la sécurité, mais qui, dans son cas, devient une source de distraction et d’agacement.

Un problème partagé avec d’autres automobilistes chinois

La séquence de M. Li est rapidement devenue virale sur les réseaux chinois. Dans les commentaires, de nombreux internautes disent reconnaître la même situation, parfois avec d’autres marques.

D’après Oddity Central, plusieurs conducteurs affirment avoir rencontré des alertes de fatigue injustifiées sur différents modèles de voitures chinoises, notamment de marques comme Lynk & Co ou Deepal. Certains propriétaires de Xiaomi SU7 disent aussi avoir signalé un phénomène similaire au constructeur.

  • Alertes de somnolence qui se déclenchent alors que le conducteur se dit parfaitement éveillé ;
  • Systèmes qui réagissent aux expressions du visage plutôt qu’à la conduite réelle ;
  • Sentiment d’être surveillé en permanence par la caméra embarquée ;
  • Agacement face au manque d’options simples pour ajuster la sensibilité.

Ces témoignages suggèrent que le cas de M. Li ne serait pas isolé, même si tous les détails techniques restent inconnus. Le point commun : des systèmes de surveillance du conducteur reposant sur une caméra et une analyse automatisée du visage.

Comment fonctionne la surveillance de fatigue sur la Xiaomi SU7 Max

Face au buzz provoqué par la vidéo, Xiaomi a réagi en publiant une mise au point. Le constructeur confirme que le conducteur a bien été confronté à la fonction de « surveillance de la fatigue » intégrée à la SU7.

Cette fonction repose sur une caméra installée sur le volant. Elle observe en continu le visage du conducteur pour évaluer son niveau d’attention. D’après les explications rapportées par Oddity Central, le système analyse plusieurs signaux potentiels :

  • Direction du regard ;
  • Ouverture des paupières ;
  • Signes de distraction (regarder ailleurs, par exemple un téléphone) ;
  • Indices de somnolence ou d’inattention prolongée.

En cas de distraction ou de fatigue présumée, la voiture déclenche un avertissement sonore et un message écrit sur l’écran. Sans réaction, elle commence ensuite à ralentir jusqu’à l’arrêt complet.

Ce type de dispositif existe déjà sur certains modèles européens, avec des variantes : certaines marques analysent les mouvements du volant et les corrections de trajectoire, d’autres combinent ces données avec une caméra centrée sur le visage.

Une désactivation possible, mais déconseillée

Dans sa réponse, Xiaomi précise que la surveillance de fatigue peut être désactivée dans les paramètres du véhicule. Le constructeur met toutefois en garde contre ce choix, en invoquant des « raisons de sécurité évidentes ».

Autrement dit, l’utilisateur a la main pour couper l’alerte, mais il assume alors de se passer d’un filet de sécurité potentiellement crucial en cas de vrai coup de barre au volant. Aucune précision n’est en revanche donnée sur la possibilité d’ajuster la sensibilité du système ou de le calibrer au visage du conducteur.

Quand l’IA au volant se heurte aux particularités physiques

L’histoire de M. Li illustre un angle mort fréquent des systèmes dits « intelligents » : ils reposent sur des modèles statistiques, calibrés sur des bases de données de visages et de comportements, qui ne représentent pas forcément toute la diversité réelle.

Dans le cas présent, le conducteur estime que la petite taille de ses yeux perturbe l’algorithme, qui assimilerait ses paupières partiellement fermées à un signe de somnolence. Le constructeur, lui, ne confirme pas ce point précis, se contentant de décrire le fonctionnement général du système.

Objectif du système Effet constaté par M. Li
Détecter la fatigue et l’inattention pour éviter les accidents Multiplication d’alertes infondées qui perturbent la concentration
Rassurer l’utilisateur sur la sécurité de sa voiture Frustration, impression d’être mal jugé par la machine
Intervenir automatiquement en cas de danger réel Risque théorique d’arrêt intempestif si les alertes persistent

Cette situation soulève aussi une question plus large : jusqu’où laisser ces systèmes automatisés intervenir sur la conduite, alors même qu’ils peuvent se tromper sur l’état réel du conducteur ? Certains automobilistes préfèrent renforcer leur vigilance par eux-mêmes plutôt que d’accepter des alertes jugées intrusives.

Ce que cela signifie pour un conducteur en France

En France, plusieurs constructeurs intègrent déjà des dispositifs de détection de somnolence et d’inattention sur leurs modèles récents. Ils peuvent prendre plusieurs formes :

  • Analyse des mouvements du volant et des trajectoires pour repérer les écarts anormaux ;
  • Caméra orientée vers le conducteur, comme sur la Xiaomi SU7 ;
  • Rappels visuels et sonores pour inciter à faire une pause.

Ces systèmes ne reposent pas tous sur une analyse détaillée du visage. Certains surveillent plutôt la façon de conduire : petites corrections incessantes, coup de volant tardif, etc. Quand une anomalie est détectée, la voiture peut afficher un message ou recommander un arrêt sur une aire de repos.

En France, ces aides restent des assistances à la conduite : le conducteur reste légalement responsable et doit garder le contrôle permanent de son véhicule.

Les constructeurs encouragent l’activation de ces fonctions, mais leur usage passe souvent par un compromis : trouver un réglage supportable pour ne pas être harcelé d’alertes, tout en conservant un niveau de sécurité jugé suffisant. Selon les marques, le conducteur peut parfois régler la sensibilité ou la fréquence des avertissements.

Pourquoi ces alertes existent et quels risques elles ciblent

La somnolence au volant fait partie des facteurs majeurs d’accidents graves, en Chine comme en France. Perte de vigilance, micro-sommeils, temps de réaction allongé : les conséquences sont souvent dramatiques, notamment sur autoroute.

Les systèmes de surveillance cherchent donc à repérer le plus tôt possible les signes d’alerte : yeux qui se ferment, tête qui tombe, regard tourné ailleurs, conduite erratique. Le principe consiste à donner au conducteur une « piqûre de rappel » pour l’inciter à se réveiller, à s’arrêter ou à se reconcentrer.

Mais le cas de M. Li rappelle qu’un dispositif mal calibré peut produire l’effet inverse :

  • Le conducteur finit par ignorer les alertes répétées, même lorsqu’elles sont justifiées ;
  • Il peut couper complètement la fonction, perdant au passage un outil utile ;
  • La frustration prend le pas sur la confiance envers la voiture.

Pour les constructeurs, l’enjeu est donc double : fiabiliser les algorithmes pour qu’ils tiennent mieux compte des particularités physiques et comportementales, et laisser au conducteur un minimum de marge de réglage sans compromettre la sécurité.

Vers des systèmes plus personnalisés à l’avenir ?

L’épisode de la Xiaomi SU7 met en avant une piste souvent évoquée par les spécialistes : l’intérêt de systèmes qui s’adaptent progressivement à chaque conducteur, plutôt que d’appliquer le même modèle à tous.

Un dispositif de surveillance du conducteur pourrait, par exemple, apprendre progressivement :

  • La morphologie du visage et la forme des yeux de l’utilisateur habituel ;
  • Ses habitudes de regard (rétroviseurs, écrans, route) ;
  • Son style de conduite normal, pour mieux détecter un vrai changement de comportement.

Une telle personnalisation limiterait le risque d’alertes injustifiées pour des motifs purement physiques, comme ceux avancés par M. Li. Elle poserait toutefois davantage de questions sur la collecte et le traitement des données biométriques, sujet déjà sensible en Europe.

En attendant ces évolutions, les conducteurs doivent composer avec des systèmes parfois perfectibles. L’expérience du jeune automobiliste chinois rappelle qu’une technologie pensée pour protéger peut devenir agaçante, voire contre-productive, lorsqu’elle interprète mal ce qu’elle voit… tout en gardant la main sur la conduite.

Défiler vers le haut