Une vaste étude menée au Royaume‑Uni et aux États‑Unis suggère que manger « cinq fruits et légumes par jour » ne suffit pas pour certains nutriments clés protecteurs du cœur.
Présentés comme un pilier de la prévention santé, les « cinq fruits et légumes par jour » restent la recommandation officielle au Royaume‑Uni, aux États‑Unis comme en France. Mais des travaux récents détaillés par le site britannique The Independent, à partir d’une étude conduite par un professeur de nutrition de l’université de Reading, montrent que ce repère ne garantit pas l’apport suffisant de certains composés végétaux particulièrement bénéfiques, notamment pour le cœur.
Une recommandation « cinq par jour » loin d’être parfaite pour le cœur
Depuis des années, la campagne « five-a-day » incite les Britanniques et les Américains à consommer au moins cinq portions de fruits ou de légumes par jour. L’idée reste simple : mieux vaut en manger un peu que pas du tout.
L’étude citée par The Independent pose une question précise : cette recommandation, même suivie à la lettre, permet‑elle réellement de couvrir les besoins en certains composés dits « bioactifs », au premier rang desquels les flavanols, connus pour leurs effets sur la santé cardiovasculaire ?
Les chercheurs montrent que respecter les recommandations officielles de fruits et légumes ne garantit pas d’atteindre un apport quotidien suffisant en flavanols.
Les auteurs se sont concentrés sur un seuil : environ 500 mg de flavanols par jour, quantité pour laquelle des bénéfices sur le risque de maladie cardiaque ont déjà été observés. L’enjeu n’était pas de vérifier si les gens mangeaient suffisamment de végétaux en général, mais s’ils atteignaient ce niveau précis d’apport.
Que sont exactement les flavanols ?
Les flavanols appartiennent à une grande famille de composés bioactifs présents dans les végétaux. On les retrouve dans de nombreux aliments d’origine végétale :
- le thé, notamment le thé noir ou vert ;
- les pommes ;
- les baies (comme les myrtilles ou les framboises) ;
- certains autres fruits et produits à base de cacao.
Ces substances ne sont pas des vitamines au sens classique, mais elles participent à la protection du système cardiovasculaire, en agissant notamment sur la fonction des vaisseaux sanguins et sur certains mécanismes impliqués dans l’athérosclérose.
Contrairement aux apports en fibres, en vitamines ou en minéraux, les recommandations nutritionnelles ne prennent quasiment jamais en compte ces composés bioactifs. Résultat : même une assiette bien remplie de végétaux peut, en pratique, rester pauvre en flavanols.
Une méthode de mesure plus fiable qu’un simple questionnaire alimentaire
Pour évaluer concrètement la quantité de flavanols réellement absorbée, les chercheurs n’ont pas utilisé de simples questionnaires alimentaires, souvent imprécis. Les participants oublient certains aliments, et le contenu en flavanols varie beaucoup d’un produit à l’autre.
Les équipes britanniques et américaines ont choisi une approche différente :
Près de 30 000 personnes ont ainsi été incluses, à partir de deux grands ensembles de données : une cohorte au Royaume‑Uni et une cohorte aux États‑Unis.
Au lieu de s’appuyer sur la mémoire des participants, l’étude repose sur une mesure biologique objective de l’apport en flavanols.
Moins d’un participant sur cinq atteint le seuil bénéfique
Les résultats mettent en évidence un contraste net entre la théorie des recommandations et la réalité des apports :
- il est tout à fait possible d’atteindre 500 mg de flavanols par jour avec une alimentation ordinaire ;
- mais moins d’une personne sur cinq y parvient réellement, même en déclarant suivre les recommandations officielles.
Au total, moins de 20 % des participants atteignaient ce seuil jugé bénéfique. L’écart vient du fait que tous les fruits et légumes ne se valent pas quant à leur teneur en flavanols.
Certains aliments en contiennent très peu, voire pas du tout : le chou‑fleur, les carottes ou le concombre n’en apportent quasiment pas. D’autres, comme la mangue, la nèfle ou le kiwi, en contiennent seulement de très petites quantités.
Avec une sélection totalement aléatoire de cinq portions de fruits ou de légumes, les chances d’atteindre 500 mg de flavanols par jour restent faibles.
Des différences marquées entre Royaume‑Uni et États‑Unis
Les chercheurs ont constaté des résultats contrastés entre les deux pays étudiés.
Aux États‑Unis, un léger avantage pour les adeptes des recommandations
Parmi les Américains, ceux qui suivaient les recommandations alimentaires (comparables à la règle des « cinq par jour » britannique) étaient plus nombreux à atteindre 500 mg de flavanols. Environ 20 % d’entre eux y parvenaient. Ce taux reste modeste, mais l’effet des recommandations va dans le bon sens.
Au Royaume‑Uni, un résultat à contre‑courant
La situation britannique apparaît plus surprenante. Dans la cohorte étudiée :
- seulement autour de 10 % des personnes respectant les « cinq par jour » atteignaient 500 mg de flavanols ;
- alors que ce pourcentage se rapprochait de 20 % chez ceux qui ne suivaient pas les recommandations.
Autre observation marquante : les personnes déclarant manger le moins de fruits et de légumes présentaient, en moyenne, les apports en flavanols les plus élevés.
Au Royaume‑Uni, les plus faibles consommateurs de fruits et légumes se révélaient parfois ceux qui absorbaient le plus de flavanols.
Le rôle décisif… d’une simple tasse de thé
Pour expliquer ces paradoxes britanniques, les auteurs renvoient à une boisson emblématique : le thé. Le thé représente en effet une source très importante de flavanols. Quelques tasses par jour peuvent apporter à elles seules 200 à 300 mg.
Dans un pays où le thé constitue une boisson de base, cette habitude pèse lourd dans les apports totaux. De fait, le Royaume‑Uni figure parmi les pays d’Europe où l’apport moyen en flavanols est le plus élevé.
Dans la cohorte britannique, le thé, pourtant absent des recommandations officielles, semble jouer un rôle plus important pour les flavanols que de nombreuses portions de fruits ou de légumes.
Contrairement aux États‑Unis, où la consommation de thé est plutôt un marqueur de mode de vie sain dans une population très tournée vers le café, le thé britannique ne signale pas particulièrement un régime alimentaire équilibré. Autrement dit, boire beaucoup de thé au Royaume‑Uni ne signifie pas forcément manger davantage de fruits et de légumes.
Que faut‑il en retenir pour les recommandations nutritionnelles ?
L’étude soulève une limite structurelle des repères actuels : ils ne tiennent presque jamais compte des composés bioactifs comme les flavanols ou les caroténoïdes, alors que ces substances jouent un rôle reconnu dans la prévention de certaines maladies chroniques, notamment cardiovasculaires ou liées au vieillissement.
Pour les auteurs, deux messages se dégagent :
- la règle des « cinq par jour » reste utile, car une majorité de la population ne consomme toujours pas assez de végétaux ;
- mais le simple fait de compter des portions, sans choisir les aliments en fonction de leur richesse en composés protecteurs, ne suffit pas à optimiser la prévention.
Le débat pourrait s’élargir à d’autres familles de bioactifs comme les caroténoïdes, présents par exemple dans les carottes ou certains légumes verts, réputés soutenir la vision et avoir d’autres effets protecteurs. Eux non plus ne sont pas pris en compte explicitement dans les repères officiels.
Et pour un lecteur en France, que change cette étude ?
En France, la recommandation officielle « au moins cinq fruits et légumes par jour » est proche des campagnes britannique et américaine. Elle vise avant tout l’augmentation de la quantité globale de végétaux, pour apporter fibres, vitamines et minéraux, réduire le risque d’obésité, de diabète ou de maladies cardiovasculaires.
Les autorités sanitaires françaises ne formulent pas de recommandation chiffrée sur les flavanols. Le principe reste similaire à celui décrit dans l’étude : l’accent est mis sur le volume de fruits et de légumes, plus que sur la teneur en composés bioactifs spécifiques.
Pour un Français, ces résultats suggèrent donc une piste complémentaire : continuer à viser les cinq portions quotidiennes, tout en réfléchissant davantage aux choix concrets dans l’assiette. Les aliments végétaux riches en flavanols ou en autres bioactifs peuvent être intégrés dans le cadre des conseils habituels, sans les remplacer.
Comment orienter ses choix alimentaires au quotidien ?
Sans fixer de seuil chiffré en France, l’étude met en avant une idée claire : à quantité égale de fruits et de légumes, certains choix apportent plus de composés protecteurs que d’autres.
Quelques exemples de pistes pratiques inspirées des travaux cités :
- varier régulièrement les sources végétales, en incluant des fruits comme les pommes ou les baies ;
- alterner différentes boissons chaudes, notamment lorsque le thé fait déjà partie des habitudes ;
- ne pas se limiter aux légumes les plus neutres en goût, qui sont parfois pauvres en flavanols.
Les flavanols n’agissent pas isolément : ils s’ajoutent aux effets des fibres, des vitamines et d’autres composés présents dans les végétaux. Une alimentation diversifiée, basée sur des produits peu transformés, favorise ces « effets cumulés » sans nécessiter de calcul précis au milligramme près.
Les chercheurs évoquent enfin la variabilité naturelle de la teneur en bioactifs : deux fruits de la même espèce, récoltés dans des conditions différentes, peuvent ne pas contenir exactement la même quantité de flavanols. Cela plaide en faveur d’une approche globale : multiplier les sources végétales dans la journée, plutôt que se reposer sur un seul aliment présenté comme « miracle ».









