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Il découvre une pochette oubliée remplie de croquis datés de 1940 : ce sont les premiers dessins des plus grands designers automobiles américains

Collection de croquis automobiles datés de 1940 montrant des esquisses de berlines et coupés avec carrosserie ponton, signatures de designers, et en arrière-plan des véhicules futuristes

Dans une grange de l’État de New York, un passionné tombe sur un vieux dossier de 1940, rempli de dessins automobiles intrigants.

Ce qui ressemblait à un simple lot de papiers anciens s’est révélé être un véritable trésor pour l’histoire de l’automobile américaine. Comme le raconte le site spécialisé Carscoops, une pochette de croquis datés de 1940, retrouvée aux États-Unis, documente les débuts méconnus de futurs géants du design automobile.

Une trouvaille inattendue dans une grange de l’État de New York

L’affaire commence dans une grange située à Conesus, au sud de Rochester, dans l’État de New York. L’Américain Josh Quick, collectionneur et bricoleur, fouille les lieux à la recherche de pièces détachées pour tracteurs anciens. Au milieu du bric-à-brac, il met la main sur un dossier bien conservé, épais d’une centaine de pages.

À l’intérieur, plus de 80 croquis automobiles, tous soigneusement datés de 1940. Intrigué, Josh Quick emporte le dossier. Sur le moment, il mesure mal la portée de sa découverte. Les dessins lui semblent intéressants, mais rien ne laisse encore présager qu’ils constituent un morceau oublié de l’histoire du design automobile aux États-Unis.

Un simple dossier trouvé lors d’une vente de ferme à New York s’avère contenir les premiers travaux de futurs maîtres du style automobile américain.

C’est en observant de plus près les signatures apposées sous certains croquis que la situation bascule. Des noms reviennent, familiers à tout passionné de voitures américaines des années 1950 et 1960. Josh Quick, qui anime la chaîne YouTube Quick Speed Shop et connaît bien les modèles anciens, comprend progressivement ce qu’il a entre les mains.

Des dessins issus d’un programme de style piloté par General Motors

Les documents proviennent du Detroit Institute of Automobile Styling (DIAS), un programme de formation lancé à Detroit en 1938 par Harley Earl. Ce dernier est une figure fondatrice du design automobile américain, responsable notamment de la création du département de style de General Motors (GM) et de la popularisation des ailerons arrière sur les Cadillac.

Le DIAS avait un double objectif : former la nouvelle génération de designers automobiles américains et permettre à General Motors de repérer très tôt les talents les plus prometteurs. Les croquis retrouvés datent d’un semestre de cours de 1940.

Selon Carscoops, tous les dessins découverts par Josh Quick répondent au même exercice : imaginer une Buick pour l’année-modèle 1942. Les étudiants devaient donc proposer leur vision d’une berline ou d’un coupé de la marque, en laissant libre cours à leur créativité tout en respectant l’identité de Buick.

  • Lieu : Conesus, État de New York (États-Unis)
  • Période : semestre de 1940
  • Programme : Detroit Institute of Automobile Styling, fondé par Harley Earl
  • Constructeur visé : Buick, marque du groupe General Motors

Les croquis présentent une carrosserie dite « ponton », avec des ailes intégrées à la caisse, un style qui n’allait s’imposer à Detroit qu’à la fin des années 1940. En arrière-plan, certains dessins montrent des avions futuristes ou des monorails, clin d’œil à une vision très optimiste de « l’automobile de demain » au début des années 40.

Les futurs créateurs des icônes américaines réunis dans un seul dossier

L’intérêt historique du dossier tient aux signatures repérées sur de nombreuses planches. Carscoops détaille plusieurs noms qui seront, deux décennies plus tard, associés à des modèles devenus emblématiques dans l’histoire automobile américaine.

Les artisans des grandes GM des années 50 et 60

Parmi les étudiants dont les premiers coups de crayon apparaissent dans cette pochette, on trouve notamment :

  • Ed Glowacke : il jouera un rôle clé dans l’évolution du style Cadillac, particulièrement au milieu de la période des grands ailerons arrière. Ses travaux participent à façonner l’image luxueuse et spectaculaire de la marque dans les années 1950.
  • Clare MacKichan : il deviendra l’un des principaux responsables du style Chevrolet. On lui doit notamment les lignes des fameuses berlines 1955, 1956 et 1957, surnommées « Tri-Chevy », aujourd’hui très recherchées par les collectionneurs, ainsi que les premières générations de Corvette.
  • Ned Nickles : son nom restera attaché à la Buick Riviera de 1963, un coupé aux lignes tendues et équilibrées qui reste considéré comme l’un des grands designs de l’industrie américaine.

Ces croquis de 1940 montrent donc les essais de style, parfois encore hésitants, de designers qui vont ensuite signer certaines des silhouettes les plus connues des États-Unis, comme les Chevrolet 1955-57, la Buick Riviera de 1963 ou encore des Cadillac spectaculaires des années 50.

Des carrières brillantes aussi chez Ford et Chrysler

Certains de ces jeunes talents ne resteront pas chez General Motors. Là encore, le dossier retrouvé illustre un moment où les futurs grands noms du style circulaient entre les différents constructeurs américains.

Parmi eux :

  • Joe Oros : il rejoindra Ford et participera à la conception de la Ford Mustang, lancée en 1964. Ce modèle deviendra l’archétype du « pony car » et l’une des icônes de l’automobile américaine.
  • Gene Bordinat : il occupera des fonctions de premier plan chez Ford, jusqu’à devenir vice-président en charge du design. Il supervise le style de nombreux modèles de grande diffusion.
  • Elwood Engel : il prendra ensuite la tête du style chez Chrysler dans les années 1960, après être notamment passé par Ford. On lui associe, par exemple, le style de la Lincoln Continental du début des années 60, notamment la version 1961, avant son départ vers Chrysler.

Les planches de 1940 réunissent, sur un seul exercice de Buick imaginée pour 1942, des signatures qui définiront le visage de l’automobile américaine des années 1950 et 1960.

Ces dessins d’étudiants témoignent d’un moment charnière : les constructeurs américains commencent à considérer le style comme un argument central, et non plus seulement comme un habillage technique. Le DIAS, piloté par Harley Earl, sert alors de vivier pour alimenter cette nouvelle culture du design.

Un retour aux archives de General Motors

La famille de l’agriculteur chez qui la pochette a été trouvée ignore totalement comment ce dossier est arrivé dans la grange, ni à quel moment. Le document a survécu ainsi, oublié, pendant des décennies, avant d’être exhumé lors d’une vente de succession.

Le dossier a depuis quitté la campagne de l’État de New York pour retrouver un environnement plus logique : les archives officielles de General Motors. Selon Carscoops, le constructeur a récupéré l’ensemble des croquis, les a numérisés, puis rangés avec d’autres documents provenant du Detroit Institute of Automobile Styling.

Les dessins originaux sont désormais conservés dans des conditions adaptées, ce qui leur évite tout risque de dégradation supplémentaire. Leur numérisation permet aussi un accès facilité pour les historiens de l’automobile, les conservateurs de musées ou les équipes de design de General Motors, qui puisent parfois dans ce patrimoine pour nourrir de nouveaux projets.

Que représente une telle découverte pour l’histoire automobile ?

Pour un lecteur français, l’existence de ces programmes de style peut évoquer, dans un autre registre, les écoles de design et les centres de style des constructeurs européens. En France, Renault, Peugeot ou Citroën disposent depuis longtemps de leurs propres bureaux de style, avec des archives internes recensant maquettes, croquis et projets avortés.

Aux États-Unis, le Detroit Institute of Automobile Styling jouait un rôle similaire, mais avec un lien particulièrement direct avec General Motors. Retrouver des dossiers complets de cette époque permet :

  • d’analyser comment les tendances stylistiques (ailes intégrées, lignes ponton, inspirations aéronautiques) ont été travaillées en amont des modèles de série ;
  • d’identifier les premières idées de designers qui deviendront influents ;
  • de mieux comprendre comment se construisait la culture du style dans le contexte industriel américain d’avant-guerre.

Pour les musées et les historiens, ces documents ont une valeur comparable aux carnets de croquis d’un architecte ou aux premiers manuscrits d’un écrivain connu. Ils éclairent la genèse de modèles qui, par la suite, marqueront durablement les imaginaires, comme la Mustang, les grandes Cadillac à ailerons ou la Buick Riviera.

La situation en France : écoles de design et archives des constructeurs

En France, l’approche est différente, mais la logique de fond se rapproche : les constructeurs collaborent avec des écoles de design spécialisées. Des établissements comme Strate, l’ENSCI–Les Ateliers ou des départements design au sein d’écoles d’ingénieurs préparent les futurs stylistes automobiles. Ces derniers peuvent ensuite rejoindre les centres de design de groupes comme Stellantis (Peugeot, Citroën, DS, etc.) ou Renault.

Les constructeurs français conservent eux aussi des archives importantes : prototypes, maquettes à l’échelle, dessins préparatoires. Certains documents restent internes, d’autres sont peu à peu confiés à des institutions culturelles ou montrés lors d’expositions temporaires. À l’image de General Motors aux États-Unis, ces archives servent autant à préserver la mémoire industrielle qu’à nourrir les réflexions des designers actuels.

L’équivalent français d’une telle trouvaille serait la redécouverte, dans un ancien atelier ou une usine désaffectée, de croquis d’étudiants ayant ensuite contribué à des modèles emblématiques, comme la Citroën DS, la Renault 5 ou la Peugeot 205. Ces documents offriraient un regard précieux sur les choix esthétiques et techniques qui ont précédé les voitures de série.

Un intérêt concret pour les passionnés et les professionnels

Pour les passionnés de voitures de collection, ces croquis montrent que certaines lignes audacieuses avaient été envisagées bien avant leur adoption sur les modèles de série. Ils permettent de comparer ce qui était imaginé dans les années 40 et ce qui a réellement été produit après-guerre, une fois les contraintes industrielles, budgétaires et réglementaires prises en compte.

Pour les designers actuels, ces archives constituent un outil de travail. Elles rappellent comment une même marque peut évoluer tout en conservant certains repères visuels. Elles montrent aussi comment les inspirations – aviation, trains, architecture – irriguent les projets automobiles sur la durée. Un exercice qui, aujourd’hui, inclut aussi l’électrification, l’aérodynamique et l’intégration de nouvelles technologies à bord.

Questions fréquentes

Où et comment la pochette a-t-elle été découverte ?

Elle a été trouvée dans une grange de Conesus, au sud de Rochester, dans l'État de New York, par Josh Quick, collectionneur et bricoleur, qui la cherchait des pièces détachées pour tracteurs anciens. La pochette provient d'une vente de succession chez un agriculteur.

Quel était le but du Detroit Institute of Automobile Styling ?

Fondé par Harley Earl en 1938 à Detroit, le DIAS avait un double objectif : former la nouvelle génération de designers automobiles américains et permettre à General Motors de repérer très tôt les talents les plus prometteurs.

Quel était l'exercice pédagogique proposé aux étudiants en 1940 ?

Les étudiants devaient imaginer et dessiner une Buick pour l'année-modèle 1942, soit une berline ou un coupé de la marque, en respectant son identité tout en laissant libre cours à leur créativité.

Quels modèles emblématiques sont associés aux designers découverts ?

Clare MacKichan a travaillé sur les Chevrolet 1955-1957 et les Corvette, Ned Nickles sur la Buick Riviera 1963, Joe Oros sur la Ford Mustang 1964, et Elwood Engel sur la Lincoln Continental du début des années 1960 avant de rejoindre Chrysler.

Où sont conservés les croquis originaux aujourd'hui ?

General Motors a récupéré l'ensemble des croquis, les a numérisés et rangés dans ses archives officielles avec d'autres documents du Detroit Institute of Automobile Styling, les protégeant ainsi de toute dégradation et en facilitant l'accès pour historiens et conservateurs.
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