Un simple shampoing au bac chez le coiffeur peut, dans de rares cas, avoir des conséquences neurologiques graves, alerte une étude américaine.
Une méta-analyse publiée dans l’American Journal of Emergency Medicine et relayée par le média américain People met en lumière un risque encore largement ignoré du grand public : le « beauty parlor stroke syndrome », un accident vasculaire cérébral associé à la position de la tête lors du shampoing au salon de coiffure. Les chercheurs se sont penchés sur plusieurs décennies de cas documentés, essentiellement aux États-Unis, pour comprendre ce phénomène et ses symptômes parfois retardés.
Un syndrome rare mais sérieux lié au bac à shampoing
Le « beauty parlor stroke syndrome » désigne un accident neurologique provoqué par l’hyperextension de la nuque au-dessus du bac à shampoing. La tête bascule en arrière, la nuque repose sur un rebord dur, et cette position peut, dans certains cas, comprimer ou léser des artères essentielles.
Les artères concernées sont les artères vertébrales, situées de chaque côté de la colonne cervicale. Elles acheminent une partie importante du flux sanguin vers le cerveau. Quand la nuque est trop penchée en arrière, ces vaisseaux peuvent être comprimés, voire se fissurer.
Le syndrome correspond à une hyperextension de la nuque sur le rebord du bac, qui peut comprimer ou déchirer les artères vertébrales alimentant le cerveau.
Dans la majorité des cas, cette position ne provoque aucune complication. Les spécialistes décrivent un phénomène rare, mais qui peut entraîner un accident vasculaire cérébral lorsque la paroi de l’artère est endommagée ou qu’un caillot se forme et migre vers le cerveau.
Ce que révèle l’étude publiée dans une revue médicale américaine
Selon la synthèse rapportée par People, les chercheurs ont examiné 22 études médicales ayant recensé 54 cas de « beauty parlor stroke syndrome » sur une période d’environ cinquante ans. Cette méta-analyse a été publiée dans l’édition de mai 2025 de l’American Journal of Emergency Medicine.
Les cas étudiés présentent un profil récurrent : environ 80 % des patients touchés sont des femmes, avec des âges allant de l’adolescence au grand âge. Les spécialistes soulignent un déclencheur à la fois très banal et potentiellement dangereux.
« Au sein du panorama des urgences neurologiques, le BPSS se distingue non seulement par son étiologie unique, mais aussi par la banalité de son déclencheur — l’hyperextension du cou pendant le shampoing en salon », écrivent les auteurs de l’étude.
Le caractère inhabituel du syndrome tient donc au fait que le geste à l’origine de la complication est totalement anodin : un shampoing au salon, dans une position adoptée chaque jour par des milliers de clients.
Des symptômes qui peuvent apparaître plusieurs jours après le shampoing
Les conséquences décrites par les chercheurs ne se résument pas à l’AVC lui-même. Le « beauty parlor stroke syndrome » s’accompagne de signes neurologiques parfois discrets au départ, puis franchement handicapants.
Les symptômes recensés incluent :
- vertiges et sensation de tête qui tourne ;
- étourdissements et impression de malaise ;
- vision floue ou double ;
- perte d’équilibre ou démarche instable ;
- maux de tête ;
- nausées ;
- difficulté à articuler les mots (parole pâteuse) ;
- faiblesse ou paralysie d’un côté du corps.
Selon l’article relayé par People, ces manifestations ne surviennent pas toujours immédiatement après le passage au salon. Elles peuvent apparaître plusieurs jours, voire quelques semaines plus tard, ce qui complique le lien avec le shampoing.
Les symptômes peuvent mettre des jours, parfois des semaines, à se manifester après l’hyperextension de la nuque au bac.
Cette latence explique que le syndrome soit probablement sous-diagnostiqué : ni les patients, ni parfois les soignants, ne pensent spontanément à un shampoing effectué quelque temps plus tôt.
Le cas d’Elizabeth Smith, frappée par un AVC après un passage chez le coiffeur
Parmi les situations mises en avant figure celle d’Elizabeth Smith, survenue en 2014 aux États-Unis. Son histoire illustre à la fois la gravité du syndrome et ses conséquences à long terme.
Selon son témoignage relayé par les médias américains, elle a subi un AVC près de deux semaines après s’être fait coiffer. Lors de ce rendez-vous, sa nuque aurait été fortement basculée vers l’arrière, en « hyper-extension », pendant le shampoing.
Elle explique que cet épisode a conduit à une lésion de l’une de ses artères vertébrales. D’après elle, cette atteinte a ensuite déclenché un accident vasculaire cérébral, avec des séquelles persistantes :
- démarche instable ;
- perte de certaines capacités motrices dans la main gauche ;
- atteinte de l’œil gauche, avec un déficit visuel durable.
Elizabeth Smith décrit une « démarche instable », une perte de motricité de la main gauche et une atteinte de l’œil gauche depuis son AVC.
Son cas reste exceptionnel à l’échelle du nombre de shampoings réalisés chaque jour, mais il a contribué à alerter le public américain et certains professionnels sur ce risque spécifique lié à la position de la tête.
Comment réduire le risque au salon de coiffure
Les auteurs de l’étude et les spécialistes cités recommandent des mesures simples pour limiter l’hyperextension du cou pendant le shampoing. Ces ajustements concernent à la fois les coiffeurs et leurs clients.
Les conseils rappellent notamment :
- demander un soutien de nuque, sous forme de serviette roulée ou de coussin, posé sur le rebord du bac ;
- relever légèrement le dossier du fauteuil pour éviter que la tête ne parte trop en arrière ;
- signaler immédiatement au coiffeur toute douleur, gêne ou raideur dans la nuque pendant le shampoing ;
- éviter de maintenir la même position prolongée si l’on souffre déjà de problèmes cervicaux.
Les chercheurs recommandent aux salons de fournir un appui pour la nuque, comme une serviette roulée ou un coussin, afin de garder les clients plus redressés pendant le lavage.
Ces mesures ne suppriment pas totalement le risque, mais elles réduisent sensiblement la tension sur les vertèbres et les artères du cou. Elles sont particulièrement pertinentes pour les personnes âgées, les patients souffrant d’arthrose cervicale ou ceux qui ont déjà présenté un épisode vasculaire.
Ce que cela change pour les clients et les coiffeurs en France
Les cas recensés dans l’étude concernent en grande partie des salons situés aux États-Unis, mais les mécanismes en jeu sont les mêmes en France : même type de bacs, même posture de la tête, mêmes artères en cause.
Les salons français utilisent déjà parfois des coussins de nuque ou des supports en silicone pour le confort. Dans la perspective décrite par l’étude américaine, ces accessoires prennent une dimension de prévention. Ils permettent de limiter l’hyperextension, surtout lors de longues prestations (coloration avec plusieurs rinçages, soins approfondis, etc.).
En France, un lecteur concerné par des douleurs cervicales, une malformation vasculaire connue ou des antécédents d’AVC peut légitimement demander :
- un siège réglé plus haut ou un dossier moins allongé ;
- un appui supplémentaire sous la nuque ;
- ou, si la position reste douloureuse, un shampoing réalisé tête en avant, au lavabo ou à la maison.
Les coiffeurs, qui restent légalement tenus à une obligation de sécurité envers leurs clients, peuvent intégrer ces recommandations dans leurs pratiques sans changement majeur de matériel : une serviette roulée ou un petit coussin suffisent souvent à corriger l’angle de la nuque.
Pourquoi la nuque est une zone si sensible pour la circulation vers le cerveau
La fragilité évoquée par les chercheurs s’explique par l’anatomie même du cou. Les artères vertébrales cheminent au travers de petites ouvertures osseuses des vertèbres cervicales, au contact de structures rigides. Quand la tête bascule en arrière, elles se tendent et peuvent subir des contraintes mécaniques.
Dans les cas recensés, les médecins soupçonnent parfois une petite déchirure de la paroi interne de l’artère, appelée dissection. Un hématome peut alors se former dans la paroi du vaisseau, réduire le passage du sang ou favoriser la formation d’un caillot. Si ce caillot migre vers le cerveau, il peut obstruer une artère et déclencher un AVC.
Une hyperextension répétée ou forcée de la nuque peut entraîner une dissection de l’artère vertébrale, avec risque de caillot et d’AVC.
Ce mécanisme n’est pas propre aux salons de coiffure : des mouvements brusques du cou, certains sports, des manipulations cervicales peuvent aussi être mis en cause. L’étude met simplement en lumière un contexte du quotidien auquel personne ne pense spontanément.
Les signaux d’alerte à ne pas négliger après un shampoing au salon
Les neurologues rappellent que tout signe inhabituel après un épisode d’hyperextension du cou doit conduire à consulter sans attendre les services d’urgence. Même si les cas liés aux salons de coiffure restent très peu nombreux, certains symptômes imposent une vigilance accrue :
- maux de tête soudains et violents, différents des céphalées habituelles ;
- vertiges accompagnés de troubles de la marche ;
- vision troublée ou perte de vision d’un œil ;
- difficulté à articuler, à trouver ses mots ;
- faiblesse brutale d’un bras, d’une jambe ou d’un côté du visage.
Chercher un avis médical rapide permet d’identifier une possible dissection d’artère vertébrale ou un début d’AVC et d’engager un traitement approprié. Les spécialistes américains cités par People insistent sur la rareté du syndrome, mais estiment que le risque mérite d’être mieux connu, autant par les professionnels que par les clients des salons.









