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Un virement arrive sur votre compte et on vous demande de le renvoyer : la nouvelle arnaque qui peut faire de vous un complice

Un virement arrive sur votre compte et on vous demande de le renvoyer : la nouvelle arnaque qui peut faire de vous un complice

En Argentine, une nouvelle fraude bancaire se propage : de l’argent arrive sur votre compte, et on vous presse de le renvoyer aussitôt.

Un article du journal argentin Clarín met en garde contre une « estafa triangular », une escroquerie qui utilise les virements bancaires instantanés et les comptes de particuliers pour faire transiter de l’argent potentiellement frauduleux, en transformant des gens ordinaires en intermédiaires malgré eux.

Une « estafa triangular » qui repose sur un virement surprise

Tout commence par une situation en apparence banale : une personne reçoit une somme importante par virement sur son compte bancaire ou sa « billetera virtual », l’équivalent d’un portefeuille électronique. Peu après, elle reçoit un message urgent lui demandant de renvoyer cet argent.

Vous recevez un virement important, puis un message : « Je me suis trompé, renvoyez l’argent à ce compte ». C’est là que l’arnaque commence.

Dans la vidéo diffusée sur TikTok par le ministre de la Sécurité de la province de Buenos Aires, Javier Alonso, un policier résume la situation en langage local : on reçoit « de l’argent qui tombe » sur le compte, on vous dit que c’est une erreur et on vous presse de le retransférer, mais vers un autre compte que celui d’origine.

Le mécanisme est le suivant :

  • un escroc pousse une première victime à lui transférer de l’argent ;
  • cet argent n’arrive pas sur le compte de l’escroc, mais sur celui d’un tiers, choisi comme « intermédiaire » ;
  • ce tiers reçoit ensuite un message lui demandant de renvoyer la somme, mais vers un CBU (l’équivalent argentin du RIB/IBAN) différent ;
  • en obéissant, il devient un maillon du circuit de blanchiment d’argent ou de fraude.

Comme l’explique le policier dans la vidéo citée par Clarín, « l’argent te arrive, mais il n’est pas à toi ». L’escroc met la pression pour que la personne retransfère immédiatement les fonds à un autre compte, ce qui la fait participer au mouvement d’un argent d’origine potentiellement délictueuse.

Pourquoi cette arnaque est si redoutable pour les particuliers

Pour le spécialiste en sécurité informatique Agustín Merlo, interrogé par Clarín, cette fraude devient « de plus en plus commune » car elle exploite une réaction humaine très compréhensible : vouloir rendre rapidement un argent reçu par erreur. Le fait de manipuler une somme qui ne semble pas vous appartenir peut donner un faux sentiment de légitimité.

Contrairement à d’autres escroqueries, comme le « conte du tonton » argentin (proche des arnaques téléphoniques jouant sur la détresse d’un proche), la « estafa triangular » ne demande pas à la victime de livrer des identifiants bancaires ou des codes très sensibles. Elle utilise au contraire un geste qui paraît honnête : renvoyer un virement.

La manœuvre est plus rapide, semble plus naturelle et réduit le temps de doute de la victime, ce qui renforce l’efficacité des escrocs.

Agustín Merlo souligne que les escrocs peuvent viser des comptes ou des alias générés au hasard. Il n’est pas nécessaire de connaître la personne à l’avance, ce qui rend l’arnaque plus « aléatoire » et donc plus difficile à prévenir par ciblage classique.

Un intermédiaire involontaire au cœur de la fraude

Le spécialiste d’ESET Latinoamérica, Mario Micucci, décrit ce schéma comme une évolution des escroqueries par virement. Dans une fraude classique, la victime envoie directement l’argent au compte contrôlé par l’escroc. Ici, une troisième personne est introduite entre l’émetteur et le bénéficiaire final.

Cette troisième personne – vous, par exemple – devient ce que les experts appellent une « mule bancaire », mais sans organisation ni professionnalisation. Sa seule « faute » : avoir renvoyé l’argent de sa propre initiative, en suivant les instructions d’un inconnu.

Pour les enquêteurs, cette étape intermédiaire complique la traçabilité directe entre la victime initiale et le véritable escroc. Sur les systèmes bancaires, on voit surtout un particulier qui reçoit des fonds, puis les transfère vers un autre compte. Ce schéma peut suffire à déclencher des alertes de blanchiment ou de fraude.

Les risques pénaux : comment un simple virement peut vous impliquer

Selon les experts cités par Clarín, la personne qui renvoie l’argent ne doit ni l’utiliser, ni le redistribuer, ni même le renvoyer à l’expéditeur supposé ou à un tiers de son propre chef. En agissant ainsi, elle peut se retrouver impliquée dans plusieurs infractions financières en Argentine : escroquerie, blanchiment d’actifs, voire appropriation indue.

La bonne foi ne suffit pas à vous protéger : ce qui compte, c’est la trace laissée par vos virements dans le système bancaire.

Mario Micucci insiste sur un point : même si la personne n’a jamais eu l’intention de participer à une manœuvre illégale, les registres informatiques montreront qu’elle a reçu des fonds, puis qu’elle les a transférés à une autre personne. Les banques peuvent alors :

  • bloquer préventivement le compte ;
  • exiger des explications détaillées ;
  • réaliser des signalements d’opération suspecte ;
  • et, en cas de lien avec une infraction, déclencher une enquête.

Les délinquants jouent en outre sur l’urgence. Les messages sont pressants, parfois menaçants, avec des formulations du type « je vais te dénoncer » ou « j’en ai besoin tout de suite ». Cette pression vise à empêcher la victime de prendre le temps de vérifier l’identité de son interlocuteur ou d’appeler sa banque.

Comment réagir si vous recevez un virement inconnu

Les autorités argentines et les spécialistes interrogés par Clarín recommandent une ligne de conduite très stricte face à toute somme inconnue créditée sur un compte.

Situation Réflexe recommandé
Vous recevez un virement d’origine inconnue Ne pas utiliser l’argent, ne pas le renvoyer par vous-même
On vous demande de renvoyer la somme vers un autre compte Considérer la demande comme suspecte, refuser le virement manuel
On vous met la pression ou on vous menace Couper la discussion, garder les preuves, contacter banque et autorités
Vous avez un doute sur l’origine des fonds Signaler immédiatement la situation à votre établissement financier

Le seul canal à utiliser pour « corriger » un virement suspect, c’est votre banque ou votre service de paiement, via une procédure officielle de réversion.

Les experts conseillent aux particuliers de :

  • ne jamais céder à l’urgence ou à la pression émotionnelle ;
  • contacter uniquement la banque ou la plateforme de paiement par leurs canaux habituels (application, téléphone officiel, agence) ;
  • expliquer clairement qu’un virement inconnu est arrivé et demander une réversion formelle ;
  • conserver tous les justificatifs : captures d’écran, messages, montants, identifiants de comptes, horaires.

Suivre ce « parcours officiel » permet de documenter votre bonne foi et votre volonté de clarifier la situation, souligne Agustín Merlo. Les banques disposent de protocoles dédiés à ce type de cas, avec souvent un délai court – Clarín évoque 48 heures comme horizon idéal pour signaler l’anomalie en Argentine.

Pourquoi cette arnaque prospère avec les virements instantanés

Mario Micucci rappelle que les transferts immédiats et les portefeuilles électroniques ont considérablement réduit la « friction » pour déplacer de l’argent. Les IBAN locaux, alias et autres identifiants (CBU, CVU en Argentine) permettent d’envoyer de l’argent en quelques secondes, parfois juste à partir d’un surnom choisi.

Ce confort a un revers : une simple erreur de destinataire ou une manipulation habile via un message sur WhatsApp, TikTok ou les réseaux sociaux suffit pour déclencher une opération difficilement réversible. Les escrocs exploitent cette facilité technique, mais aussi l’automatisme psychologique de la personne qui veut « régler le problème au plus vite » pour éviter des complications.

Qu’en est-il pour un titulaire de compte en France ?

Si cette alerte émane d’Argentine, le mécanisme décrit est transposable en France. Les virements instantanés existent, tout comme les applications bancaires, les néobanques et les solutions de paiement mobile. Un Français peut très bien recevoir un virement SEPA inattendu, puis un message pressant pour le renvoyer vers un autre compte.

En France aussi, renvoyer spontanément un virement inconnu peut vous placer au centre d’une enquête pour escroquerie ou blanchiment.

Le principe à retenir pour un lecteur français :

  • un virement arrivé sur votre compte ne vous oblige jamais à renvoyer l’argent de vous-même à un tiers ;
  • la seule démarche à adopter en cas de doute consiste à contacter votre banque (ou votre établissement de paiement) et à lui signaler la situation ;
  • si la banque doit corriger une erreur, elle dispose de mécanismes internes ou de procédures interbancaires, sans que vous ayez à effectuer un nouveau virement sur simple message d’une personne inconnue.

En France, comme ailleurs, participer sans le vouloir à la circulation d’argent issu d’une fraude peut être assimilé à du blanchiment ou à un rôle de « mule financière ». Même si les sanctions et procédures varient d’un pays à l’autre, la logique des systèmes de lutte contre le blanchiment reste la même : tout mouvement atypique sur un compte peut être analysé, bloqué, voire signalé à des services spécialisés.

Un réflexe à adopter : tout virement inattendu est suspect

Les spécialistes interrogés par Clarín recommandent de considérer comme suspecte toute somme reçue d’une source inconnue, quel qu’en soit le montant. L’arnaque peut porter sur de grosses sommes, mais aussi sur des montants plus modestes, précisément pour paraître plus crédibles.

Certains indices doivent alerter :

  • l’argent arrive d’une personne, mais on vous demande de le renvoyer à une autre ;
  • les messages insistent sur l’urgence, avec des menaces ou des reproches ;
  • la communication se fait via des numéros non vérifiables, des profils anonymes ou des comptes fraîchement créés sur les réseaux ;
  • on vous demande de fractionner la somme en plusieurs virements.

Comprendre cette mécanique permet aussi d’éviter d’autres variantes de la fraude : demandes de remboursement de faux paiements par carte, fausses annulations de transactions ou scénarios où un pseudo-acheteur sur une plateforme de petites annonces prétend s’être « trompé de compte ».

Pour un titulaire de compte, le meilleur réflexe reste constant, quel que soit le pays : ne jamais agir sur la base d’un simple message ou appel d’un inconnu, et toujours faire passer la banque ou le service de paiement par le circuit officiel de résolution du litige. Ce réflexe simple évite à la fois de perdre de l’argent et d’être entraîné, parfois longtemps, dans une enquête dont on n’avait aucune intention d’être le protagoniste.

Questions fréquentes

Puis-je être poursuivi pénalement si je renvoie l'argent après cette arnaque ?

Oui, même en bonne foi. Selon les experts, la trace laissée dans le système bancaire (argent reçu puis transféré) peut suffire à déclencher des accusations d'escroquerie, blanchiment d'actifs ou appropriation indue. Ce qui compte, c'est la trace dans le registre bancaire, pas votre intention.

Pourquoi cette arnaque est-elle plus difficile à détecter que d'autres ?

Parce qu'elle ne demande pas vos identifiants ou codes sensibles, mais utilise un geste qui paraît honnête (renvoyer de l'argent). Elle est aussi plus aléatoire, car les escrocs visent des comptes générés au hasard, ce qui rend la prévention par ciblage classique très difficile.

Qu'est-ce qu'une « mule bancaire » et comment devient-on involontairement ?

Une mule bancaire est une personne qui reçoit de l'argent puis le transfère à un autre compte sans en être propriétaire. Dans cette arnaque, vous le devenez involontairement en renvoyant les fonds sur ordre d'un inconnu, transformant votre compte en intermédiaire d'un circuit de fraude.

Que dois-je faire si j'ai déjà renvoyé l'argent ?

Contactez immédiatement votre banque et les autorités pour signaler la situation. Conservez tous les justificatifs (captures d'écran, messages, montants, horaires). Documenter votre bonne foi et votre volonté de clarifier la situation est crucial pour votre protection légale.

Quel est le seul canal officiel pour « corriger » un virement suspect ?

Votre banque ou votre service de paiement, via leurs canaux habituels (application, téléphone officiel, agence) et une procédure officielle de réversion. N'acceptez jamais de demandes manuelles de retour de fonds.
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