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Il fait payer 46 dollars la visite d’un amphithéâtre antique découvert sur ses terres : il l’avait construit lui-même

Un faux amphithéâtre théâtral construit sur une colline avec des gradins, des colonnes en ciment et des statues en plâtre, présenté comme un site archéologique grec antique.

Dans une petite commune du nord de l’Italie, un théâtre présenté comme grec antique attirait les touristes, payant cher pour admirer ces « ruines » prétendument découvertes après un glissement de terrain.

À Arcugnano, près de Vicence en Italie, un habitant a réussi pendant deux ans à faire passer pour un site archéologique un amphithéâtre qu’il avait lui-même fait construire, facturant l’entrée jusqu’à 46 dollars. L’affaire, révélée notamment par la chaîne américaine CNN et relatée par le site d’actualité historique américain All That’s Interesting, vient de se solder par une peine de prison pour l’auteur de cette incroyable supercherie.

Un faux amphithéâtre « grec » bâti sur une colline protégée

Tout commence sur les collines Berici, classées par l’Unesco, qui dominent Arcugnano, dans le nord-est de l’Italie. Cette zone est réellement riche en vestiges anciens, de la période néolithique à l’époque romaine. Dans ce décor, un nouveau « site antique » finit par attirer l’attention : un prétendu amphithéâtre grec mis au jour après un glissement de terrain.

Derrière ce récit romanesque se trouve Franco Malosso. Selon les documents cités par la justice italienne, l’homme avait officiellement demandé l’autorisation de construire… un garage. À la place, il commande la réalisation d’un théâtre en plein air à une entreprise locale de construction, avec une consigne très claire rapportée par un ouvrier entendu au tribunal : « Faites-le paraître ancien ».

Les artisans édifient ainsi de larges gradins et des marches vieillies artificiellement, entourés de colonnes en ciment et de statues en plâtre. L’ensemble surplombe un petit plan d’eau présenté comme un « lac ». Le site s’étend sur près de 5.000 mètres carrés, soit l’équivalent de plusieurs terrains de tennis.

Sur un terrain inscrit dans une zone protégée par l’Unesco, un simple projet de garage s’est transformé en pseudo-théâtre grec censé dater de l’Antiquité.

Des billets jusqu’à 46 dollars et des visites de groupe à 600 euros

À partir de 2014, Franco Malosso commence à promouvoir son théâtre auprès du public. Le lieu change plusieurs fois de nom pour gagner en crédibilité : « Anfiteatro Berico », « Anfiteatro Marittimo Berico » ou encore « Anfiteatro Porta degli Angeli ».

Les visites deviennent rapidement payantes. Les tarifs, rapportés par All That’s Interesting, sont clairement assumés :

  • 12 euros (environ 14 dollars) pour les visiteurs venant de l’extérieur ;
  • 40 euros (environ 46 dollars) pour les habitants de la région ;
  • 600 euros pour un groupe privé de 45 minutes, présenté comme une contribution à « l’entretien » du site.

L’écart entre le prix pour les locaux et pour les touristes intrigue. Certains observateurs y voient une manière de dissuader les habitants, plus à même de se rendre compte de la supercherie, de fréquenter les lieux. Des concerts et des spectacles sont organisés dans ce décor pseudo-antique, renforçant l’illusion d’un site historique rendu à la vie culturelle.

On ignore précisément combien de personnes ont été dupées. Selon les éléments relayés par CNN, l’activité se poursuit environ deux ans avant qu’un signalement n’alerte les autorités locales en 2016.

Des incohérences flagrantes dans le récit historique

À y regarder de près, les indices ne manquaient pourtant pas. L’accusation a mis en avant plusieurs incohérences relevées par les experts.

Le prétendu « amphithéâtre grec » n’était ni grec, ni un amphithéâtre, ni situé dans une zone historiquement liée à la Grèce antique.

D’abord, la forme même du bâtiment. Les spécialistes expliquent qu’il s’agissait en réalité d’un théâtre en éventail, ouvert, et non d’un véritable amphithéâtre, de forme ovale et fermé, comme le Colisée. Un détail architectural majeur passé sous silence auprès du public.

Ensuite, la localisation : les Grecs de l’Antiquité ont bien colonisé une partie de l’Italie, mais essentiellement dans le sud de la péninsule, loin d’Arcugnano. Présenter ce site comme un amphithéâtre grec relevait donc d’une construction totalement fantaisiste.

Les noms choisis par Franco Malosso pour baptiser le lieu posaient eux aussi problème. L’un d’eux incluait le terme « marittimo », qui suggère une proximité avec la mer, alors que la commune se situe à environ 80 kilomètres de la côte. L’appellation « Porta degli Angeli » laissait supposer l’existence d’une ancienne « Porte des Anges », impossible à localiser sur place.

Jules César, Cléopâtre et… Juliette Capulet parmi les « visiteurs »

Les récits fournis aux touristes ajoutaient une couche d’invraisemblance. D’après le réquisitoire rapporté par All That’s Interesting, Franco Malosso affirmait que la scène avait été fréquentée par Jules César et Cléopâtre. Il allait jusqu’à évoquer une autre « habituée » : Juliette Capulet, héroïne de fiction créée par William Shakespeare dans « Roméo et Juliette ».

Pour les archéologues, un autre élément faisait tiquer : Malosso racontait que le théâtre avait été dévoilé par un glissement de terrain. Or, la mise au jour d’un site archéologique suit en principe un protocole long et méthodique. Les fouilles demandent des autorisations, un encadrement scientifique et un signalement systématique aux autorités.

Une enquête express et une condamnation confirmée

En 2016, après un signalement, la police locale et des membres de l’organisme italien chargé du patrimoine se rendent sur place. L’illusion ne résiste pas longtemps. D’après le lieutenant-colonel Giuseppe Marseglia, cité par CNN, l’expertise ne dure qu’une journée, tant les anomalies sautent aux yeux.

Interrogé par la chaîne américaine, l’archéologue Darius Arya, directeur de la plateforme Ancient Rome Live, rappelle le cadre légal en Italie : « Vous n’avez pas le droit de creuser des antiquités dans votre jardin. Vous devez le déclarer, ils enquêtent, ils fouillent. C’est terrible. »

Le même officier de la police italienne se montre particulièrement sévère à l’égard de Malosso : « Parmi les criminels, les faussaires sont ceux qui ont le plus de talent, parce qu’ils sont capables de créer des œuvres d’art. Puis viennent les escrocs… Je n’ai aucun respect pour lui. Le qualifier de faussaire est une insulte pour les faussaires. »

La justice italienne a finalement confirmé une peine de 28 mois de prison et une amende de 3.000 euros à l’encontre de Franco Malosso.

Condamné une première fois en 2019, Franco Malosso fait appel, sans succès, en 2020. Il saisit ensuite la Cour de cassation italienne. Là encore, sa demande est rejetée. La plus haute juridiction du pays confirme la peine : 28 mois d’emprisonnement et 3.000 euros d’amende.

Le site, lui, a été placé sous séquestre. Franco Malosso a reçu l’ordre de démolir son faux théâtre. Un point reste en suspens : le maire d’Arcugnano a indiqué qu’il ne souhaitait pas utiliser d’argent public pour financer cette destruction, sans que l’on sache encore comment cette injonction sera concrètement exécutée.

Pourquoi l’Italie protège autant ses sites archéologiques

L’Italie détient une partie considérable du patrimoine antique mondial, entre vestiges romains, étrusques et grecs. Cette richesse a conduit le pays à adopter un cadre juridique particulièrement strict pour encadrer les fouilles et les découvertes.

Lorsqu’un particulier découvre potentiellement des antiquités sur un terrain, il doit en principe en informer les autorités compétentes. Des experts évaluent alors la valeur historique du site et peuvent décider de le protéger. Dans certains cas, l’État italien peut même revendiquer la propriété des objets mis au jour.

Dans ce contexte, le cas d’Arcugnano illustre une double infraction : une escroquerie envers les visiteurs, trompés sur la nature et l’ancienneté du lieu, et une atteinte au régime de protection du patrimoine dans une zone reconnue par l’Unesco.

Faux vestiges et vrais risques : ce que cela représente pour les visiteurs

Les visiteurs qui ont payé leur billet pensaient financer la préservation d’un trésor archéologique. Ils se retrouvent, en réalité, à soutenir une construction récente sans valeur historique. Dans certains pays, les autorités peuvent envisager un remboursement des victimes lorsque le nombre de plaignants est élevé et l’escroquerie caractérisée. L’article d’All That’s Interesting ne précise pas, à ce stade, si une telle démarche est envisagée en Italie dans cette affaire.

Au-delà de la perte financière, ces faux sites contribuent à brouiller la perception du public sur l’archéologie. Un décor fabriqué et vieilli artificiellement ne reflète ni les techniques de construction antiques ni les méthodes de restauration modernes. Il peut ancrer des idées fausses sur l’histoire et l’architecture anciennes.

Vrai site archéologique Site factice comme à Arcugnano
Présence d’études scientifiques publiées ou d’un suivi par des services du patrimoine Aucune trace de fouilles officielles ni de documentation scientifique
Signalisation institutionnelle claire (ministère, commune, organisme de patrimoine) Communication centrée sur un propriétaire privé ou une association isolée
Datations cohérentes avec l’histoire de la région Récit mélangeant époques, personnages réels et fictionnels
Accès souvent encadré par des règles strictes de conservation Utilisation intensive pour des spectacles, événements, locations privées

Que se passerait-il dans un cas similaire en France ?

En France, le code du patrimoine encadre lui aussi très étroitement les fouilles archéologiques. Les recherches sur un terrain, même privé, nécessitent une autorisation de l’État. Les « fouilles clandestines » ou non déclarées peuvent faire l’objet de sanctions pénales et de lourdes amendes.

Si un particulier découvrait un site ancien en aménageant son jardin, il serait tenu de le signaler à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), qui évalue et supervise les opérations. Un propriétaire qui fabriquerait de faux vestiges pour les présenter comme authentiques, en les monétisant auprès du public, pourrait être poursuivi pour escroquerie et tromperie, en plus d’éventuelles infractions en matière d’urbanisme ou de protection du patrimoine.

Les contrôles restent ponctuels, mais les grands chantiers, en particulier, font l’objet d’une surveillance systématique via l’archéologie préventive, assurée notamment par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Le cas italien souligne l’utilité de ces dispositifs pour limiter les abus et garantir la crédibilité des sites ouverts au public.

Comment un voyageur peut repérer un « faux » site historique

L’affaire d’Arcugnano rappelle qu’un touriste peut se retrouver face à des installations présentées comme « historiques » sans réel fondement scientifique. Quelques réflexes simples peuvent aider à limiter les risques :

  • Vérifier si le site figure sur les ressources officielles locales (office de tourisme, ministère de la Culture, liste du patrimoine) ;
  • Observer si des panneaux mentionnent des fouilles, des dates de découverte, des équipes d’archéologues identifiable ;
  • Être attentif aux récits qui mélangent personnages historiques et figures de fiction ;
  • Se méfier des lieux très chers, gérés uniquement par un propriétaire privé, sans aucune trace d’encadrement institutionnel.

Un site reconstitué ou inspiré de l’Antiquité peut offrir une expérience intéressante, à condition d’être présenté comme tel. Le problème survient lorsqu’un décor récent est prétendu authentique, comme dans cette histoire italienne où l’« amphithéâtre grec » n’était qu’un décor de béton patiné vendu très cher aux visiteurs.

Questions fréquentes

Comment Franco Malosso a-t-il réussi à tromper les touristes pendant deux ans ?

Il a obtenu l'autorisation officielle de construire un garage, puis a commandé à une entreprise locale la réalisation d'un théâtre en plein air avec des gradins vieillies artificiellement, des colonnes en ciment et des statues en plâtre, en lui ordonnant de « le faire paraître ancien ». Le site s'étendait sur 5.000 mètres carrés et était présenté comme découvert après un glissement de terrain.

Quels éléments auraient dû éveiller les soupçons des visiteurs ?

Plusieurs incohérences majeures existaient : le site était présenté comme grec alors que les Grecs antiques colonisaient le sud de l'Italie, pas le nord ; il incluait le nom « Marittimo » (maritime) alors qu'il se trouvait à 80 kilomètres de la mer ; et Malosso affirm&ait que Juliette Capulet, héroïne de fiction, y avait joué, aux côtés de Jules César et Cléopâtre.

Pourquoi les tarifs d'entrée différaient-ils pour les locaux et les touristes ?

Le texte ne l'explique pas directement, mais les observateurs y voient une manière de dissuader les habitants, plus susceptibles de repérer la supercherie, de fréquenter les lieux.

Quel a été le dénouement judiciaire pour Franco Malosso ?

Condamné en 2019 à 28 mois de prison et 3.000 euros d'amende, il a fait appel en 2020 sans succès, puis a saisi la Cour de cassation italienne qui a confirmé la peine. Le site a été placé sous séquestre et Malosso a reçu l'ordre de le démolir.

Comment l'escroquerie a-t-elle été découverte ?

En 2016, un signalement a alerté les autorités locales. Une expertise menée en une seule journée par la police locale et l'organisme italien chargé du patrimoine a suffi à révéler l'illusion, tant les anomalies étaient évidentes pour les spécialistes.
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