EUROTEL

Ce n’est ni un salut ni un signe amical : le langage secret des motards sur la route et ce que chaque geste veut dire

Motards sur une route européenne communiquant par signes gestuels, mains et jambes levées, casque visible.

Sur les routes d’Espagne, les motards se parlent sans un mot, uniquement par signes. Encore faut-il savoir les comprendre.

La revue de la Direction générale du trafic espagnole (DGT), équivalent de la Sécurité routière en France, détaille un véritable « code secret » utilisé par les motards dans le pays. Un langage de gestes, commun à une bonne partie de l’Europe, qui permet de communiquer malgré le casque, le bruit et la vitesse.

Un langage indispensable sur les routes espagnoles

En Espagne, la moto occupe une place majeure dans le trafic. Le climat doux et la géographie variée offrent de longues périodes favorables à la conduite sur deux roues, bien plus que dans le nord de l’Europe. Selon les chiffres de la DGT pour l’année 2021, les véhicules à deux roues représentaient 16 % du parc total, avec plus de 3,8 millions de motos et près de 2 millions de cyclomoteurs.

Face à cette présence massive, la communication entre motards devient un enjeu de sécurité autant que de convivialité. Les intercoms se répandent, permettent aux conducteurs de parler à leur passager ou à d’autres motards connectés. Mais cette technologie reste loin d’être généralisée. Sur route, la majorité des échanges continuent donc de passer par des signes non verbaux.

Ce langage gestuel permet d’alerter d’un danger, de signaler un besoin d’aide ou d’indiquer une manœuvre à venir, sans jamais lâcher totalement la maîtrise de sa moto.

De l’Andalousie à la Cantabrie, en passant par la Provence française, la Toscane italienne ou le Péloponnèse grec, la DGT rappelle que la plupart de ces gestes sont compris de la même façon. Les connaître peut rendre un trajet plus fluide et parfois éviter un accident.

La fameuse « V » : plus qu’un simple salut

Parmi ces gestes, la revue de la DGT commence par le plus emblématique : la « V » faite avec les doigts.

Comment se fait le geste ?

Le motard qui croise un autre motard sur la route tend la main gauche et écarte l’index et le majeur en formant un V. La main droite reste sur la poignée d’accélérateur pour garder le contrôle. Ce signe est souvent perçu comme un simple salut, un clin d’œil de solidarité entre motards.

Mais l’article insiste : ce n’est pas uniquement un geste amical. Ce V exprime aussi l’appartenance à une même communauté, une forme de reconnaissance mutuelle de vulnérabilité sur la route. Deux roues, peu de protection, une attention constante aux dangers : ce signe rappelle tout cela en un mouvement bref.

Lever la jambe : remercier sans lâcher le guidon

Autre geste très répandu en Espagne : sortir la jambe droite. Là encore, le premier réflexe est d’y voir un salut, et c’en est un. Mais la DGT en précise l’usage exact.

Un code adapté au dépassement

Lorsqu’un motard en dépasse un autre, le premier ne peut pas faire le signe de la V : le motard doublé ne verrait pas sa main gauche. Il sort donc brièvement la jambe droite pour manifester un salut ou un remerciement. Le motard dépassé peut répondre en sortant sa jambe gauche.

La jambe tendue juste après un dépassement signifie : « je t’ai vu, merci, tout va bien ».

Ce code s’avère aussi utile lorsqu’un automobiliste se décale ou ralentit pour laisser passer la moto : le conducteur peut lever légèrement la jambe pour remercier, sans lâcher son guidon.

Les gestes d’alerte et de sécurité entre motards

La DGT détaille ensuite plusieurs signes visant à signaler un danger, un oubli ou une manœuvre à autoriser. Ces gestes concernent tous les usagers : motos, mais aussi voitures juste derrière.

Ouvrir et fermer la main : un oubli d’éclairage ou de clignotant

La main qui s’ouvre et se referme sert à prévenir un autre conducteur qu’il circule sans clignotant ou sans lumière. Le motard agite la main comme pour « allumer » quelque chose. Ce signal rappelle qu’un simple oubli de clignotant peut provoquer une manœuvre brutale d’un autre usager.

Faire un mouvement avant-arrière : autoriser à dépasser

Lorsque la circulation est dense et qu’une moto ou une voiture hésite à dépasser, le motard placé devant peut faire un mouvement de la main, de l’avant vers l’arrière, pour indiquer que la voie est libre et que le dépassement peut se faire en sécurité relative.

Un mouvement de la main vers l’arrière signifie : « tu peux y aller, j’ai vérifié la voie ».

Ce geste ne dispense pas le véhicule qui dépasse de vérifier lui-même, mais il facilite la coordination, notamment dans les files de véhicules lents.

Paume tournée vers l’arrière : interdiction immédiate de dépasser

À l’inverse, montrer la paume de la main gauche tournée vers l’arrière signifie : ne dépasse pas. Ce geste avertit que la route est dangereuse, qu’un obstacle approche ou qu’un véhicule arrive en face.

La main qui monte et descend : danger et réduction de vitesse

Lorsque le motard fait un mouvement de haut en bas avec la main, il prévient d’un danger sur la route et invite les autres usagers à ralentir. Il peut s’agir de travaux, d’un contrôle de police, d’un accident ou d’un virage serré.

  • Paume vers l’arrière : ne dépasse pas, danger immédiat.
  • Main qui oscille de haut en bas : ralentis, risque devant toi.
  • Main avant-arrière : tu peux dépasser, voie libre.

Signaler un besoin précis : essence, chaussée abîmée, panne

Le pouce vers le réservoir : halte obligatoire à la station-service

Lorsque le conducteur pointe son pouce vers le réservoir, il indique qu’il doit s’arrêter pour faire le plein. Dans un groupe, ce signal évite les malentendus : pas besoin de hurler à travers les casques, tout le monde comprend qu’une pause essence s’impose à la prochaine station.

Le pied qui désigne le bitume : danger au sol

Selon la revue de la DGT, montrer le sol avec le pied sert à prévenir d’un risque sur la chaussée : liquide renversé, nid-de-poule important, gravillons, objet volumineux. Le geste attire l’attention sur la zone exacte, utile quand on circule en file ou en virée à plusieurs motos.

Un pied tendu vers l’asphalte signifie que quelque chose, au sol, peut faire perdre l’adhérence ou déstabiliser la moto.

Casque posé au sol : demande explicite d’aide

Le signe le plus grave est le casque déposé par terre, à côté d’une moto arrêtée sur le bas-côté. D’après la DGT, ce symbole indique que le motard a besoin d’aide. Il peut s’agir d’une panne mécanique ou d’un malaise. Tout conducteur qui passe à proximité comprend immédiatement que la situation n’est pas un simple arrêt volontaire.

Un code partagé au-delà des frontières espagnoles

La DGT souligne que ces gestes sont en grande partie universels dans les régions où la moto est très présente : Méditerranée, Italie, France, Grèce. Un motard français qui roule en Espagne ou en Italie retrouvera ainsi la plupart de ces signaux, même si certains détails peuvent varier selon les habitudes locales.

Ce langage non verbal repose sur des principes simples : limiter au maximum la main droite, utiliser la main gauche ou les jambes, et privilégier les mouvements courts et lisibles. Il s’adresse autant aux groupes de motards qu’aux conducteurs isolés qui croisent un autre deux-roues.

Quels équivalents et quels usages en France ?

En France, la Sécurité routière ne publie pas de « code officiel » des gestes motards comme le fait la DGT en Espagne, mais les pratiques sont très proches. La V de la main gauche pour se saluer est courante, tout comme la jambe sortie pour remercier après un dépassement facilité.

Les motards français utilisent fréquemment :

  • la V pour le salut croisé ;
  • la jambe pour remercier un automobiliste qui se décale ;
  • la main qui s’abaisse pour inciter à ralentir ;
  • un pied pointé vers le sol pour signaler un danger sur la chaussée.

Ces codes restent tolérés tant qu’ils ne compromettent pas la maîtrise du véhicule. La règle juridique française demeure claire : les deux mains doivent rester disponibles pour le contrôle de la moto, et toute gestuelle ne doit pas mettre en péril la sécurité de l’usager ou des autres.

Ce que ce langage change concrètement pour un motard

Comprendre ces signes, en Espagne comme en France, apporte un avantage très concret. Un avertissement de danger transmis par un autre motard peut permettre de réduire sa vitesse à temps, d’éviter un dérapage sur du carburant répandu ou de repérer un obstacle imprévu.

Ce langage non verbal renforce aussi la cohésion des groupes lors de balades. En signalant une pause essence, un problème mécanique ou un besoin d’aide par gestes, on limite les risques de malentendus à haute vitesse. Les échanges restent brefs, lisibles, et ne nécessitent aucun équipement supplémentaire.

Geste Signification principale
V avec la main gauche Salut, reconnaissance entre motards
Jambe droite tendue Remerciement ou salut après un dépassement
Main qui s’ouvre et se ferme Oubli de clignotant ou de feux
Main avant-arrière Voie libre, dépassement possible
Paume tournée vers l’arrière Interdiction de dépasser, danger immédiat
Main haut-bas Danger plus loin, ralentir
Pouce vers le réservoir Besoin d’essence, arrêt à prévoir
Pied qui désigne l’asphalte Obstacle ou défaut sur la chaussée
Casque au sol Besoin d’aide

Pour un lecteur français qui envisage de rouler en Espagne, retenir ces signaux permet de s’intégrer rapidement au « langage » local, très proche de celui pratiqué en France mais davantage formalisé par la DGT. Un motard averti saura ainsi qu’un casque posé sur le bitume n’est pas un simple oubli, que la jambe sortie n’est pas un geste d’humeur, et que la main abaissée n’a rien d’un signe anodin.

Questions fréquentes

Que signifie le geste du « V » fait avec les doigts entre motards ?

La « V » faite avec l'index et le majeur de la main gauche exprime à la fois un salut et l'appartenance à une même communauté de motards. Ce signe reconnaît la vulnérabilité partagée des conducteurs sur deux roues et leur faible protection.

Comment un motard remercie-t-il lors d'un dépassement ?

Lorsqu'un motard dépasse un autre, il sort brièvement la jambe droite pour manifester un salut ou un remerciement. Le motard dépassé peut répondre en sortant sa jambe gauche pour confirmer qu'il a vu la manœuvre.

Quel geste signale qu'il est dangereux de dépasser ?

Montrer la paume de la main gauche tournée vers l'arrière signifie « ne dépasse pas ». Ce geste avertit que la route est dangereuse, qu'un obstacle approche ou qu'un véhicule arrive en face.

Que veut dire mettre son casque au sol à côté de sa moto ?

Le casque déposé par terre, à côté d'une moto arrêtée sur le bas-côté, indique que le motard a besoin d'aide, soit pour une panne mécanique, soit pour un malaise. C'est le signal d'alerte le plus grave du code gestuel.

Ce langage gestuel est-il utilisé uniquement en Espagne ?

Non, la DGT souligne que ces gestes sont universels dans les régions où la moto est très présente, notamment en Méditerranée, en Italie, en France et en Grèce. Un motard français retrouvera la plupart de ces signaux en roulant en Espagne ou en Italie.
Défiler vers le haut