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Sous le 19e arrondissement, les rames longent depuis 1921 un quai inaccessible : cette station reste fermée au public

Depuis plus d’un siècle, une station achevée sous Paris demeure hors de portée des voyageurs, malgré le passage régulier des rames.

Sous l’avenue Simon-Bolivar, dans le 19e arrondissement, le métro cache une scène presque irréelle. Derrière les parois du réseau, un quai carrelé attend toujours les voyageurs qu’il n’a jamais reçus. La station Haxo, construite au début des années 1920, existe bel et bien. Pourtant, aucun escalier ne permet d’y descendre depuis la rue.

Haxo, un arrêt sans entrée ni sortie

À première vue, Haxo possède tous les attributs d’une station parisienne ordinaire. On y trouve une voûte, du carrelage, des quais et une signalétique. Les rames circulent même à proximité. Ce qui manque change tout : les accès destinés au public.

Cette station se situe sur un raccordement technique reliant les secteurs de Pré-Saint-Gervais et de Porte des Lilas. La voie, souvent appelée voie des Fêtes, devait faciliter une liaison entre les anciennes lignes du réseau. Haxo devait faire partie de cette organisation et accueillir les passagers d’une navette.

Haxo a été construite comme une véritable station, mais les sorties vers la rue n’ont jamais été réalisées.

Le projet a rapidement perdu son intérêt. La navette prévue entre Pré-Saint-Gervais et Porte des Lilas attirait peu de monde. Le service a fini par être supprimé en 1939. Sans trafic suffisant, la création des couloirs et des escaliers n’a plus été jugée utile.

Depuis, les trains de la ligne 3 bis passent dans ce secteur sans effectuer d’arrêt à Haxo. La station demeure donc un élément achevé, mais inutilisable pour les habitants. C’est l’une des curiosités les plus saisissantes du métro parisien : un arrêt prêt à fonctionner sur le papier, resté absent de la vie quotidienne.

Pourquoi les voyageurs ne peuvent pas y accéder

L’absence d’accès extérieur ne relève pas d’une fermeture temporaire. Haxo n’a pas été condamnée après une période d’exploitation. Elle n’a tout simplement jamais ouvert comme station commerciale.

  • aucun escalier ne relie les quais à l’avenue Simon-Bolivar ;
  • aucun couloir d’accès n’a été aménagé pour les voyageurs ;
  • aucune validation de titre de transport n’y est possible ;
  • les rames ne marquent pas l’arrêt devant les quais.

La différence est nette avec une station fermée. Dans ce dernier cas, les voyageurs ont pu utiliser les quais avant l’arrêt du service. À Haxo, le public n’a jamais eu cette possibilité.

Un décor recherché par les équipes de tournage

Cette longue mise à l’écart a aussi protégé le lieu. Les quais n’ont pas connu l’usure quotidienne, les affiches arrachées, les flux de voyageurs ou les transformations répétées liées à l’exploitation. Leur aspect ancien séduit les équipes audiovisuelles qui recherchent un décor de métro crédible sans perturber le trafic.

La station servirait ainsi à plusieurs tournages chaque année, autour de cinq selon les périodes. Elle a notamment été utilisée pour Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. En 1993, elle a accueilli la présentation à la presse du MF 88, un matériel roulant conçu pour circuler sur les lignes de faible fréquentation.

Le temps semble s’être arrêté à Haxo : le lieu est entretenu pour des besoins techniques et audiovisuels, non pour recevoir des usagers.

Les tournages imposent tout de même une organisation précise. L’accès à une zone ferroviaire active reste strictement encadré. Les productions doivent obtenir des autorisations, respecter les impératifs de sécurité et composer avec les horaires de circulation du réseau.

D’autres stations parisiennes au destin interrompu

Haxo n’est pas le seul vestige du métro parisien. Plusieurs stations ou ouvrages ont été abandonnés, fermés ou détournés de leur usage initial. Chaque site raconte une décision d’aménagement, une fréquentation insuffisante ou un projet devenu inutile.

Lieu Particularité Usage actuel ou situation
Haxo Station sans accès public Voie technique et tournages
Porte Molitor Projet lié à la desserte du Parc des Princes Voies utilisées comme garage
Arsenal Station fermée en 1939 Hors service voyageurs
Champ de Mars Arrêt fermé avant la Seconde Guerre mondiale Non rouvert au public
Croix-Rouge Station fermée en 1939 Utilisée ponctuellement comme décor

Porte Molitor illustre bien les limites de certains projets. Cette station devait contribuer à la desserte du Parc des Princes grâce à un raccordement entre les lignes 9 et 10. Mais l’augmentation de la capacité du stade a rendu le dispositif peu adapté aux flux attendus. Le site n’a donc jamais accueilli le public dans les conditions imaginées à l’origine.

Ces lieux intéressent les passionnés d’histoire urbaine, mais ils ne se visitent pas librement. Les voies, les installations électriques et les zones confinées présentent des risques réels. S’aventurer dans les tunnels sans autorisation expose à des dangers graves, ainsi qu’à des sanctions.

À Berlin, des quais rendus invisibles par la frontière

L’histoire de Haxo repose sur un projet de transport abandonné. À Berlin, les stations désertes ont souvent été la conséquence directe de la division de la ville pendant la guerre froide.

Après l’édification du mur en 1961, certaines lignes exploitées depuis Berlin-Ouest traversaient brièvement le territoire de l’Est. Les autorités ont fermé les stations situées dans la partie orientale, tout en laissant les trains occidentaux emprunter les tunnels. Les voyageurs voyaient alors défiler des quais vides, éclairés de façon limitée et surveillés.

Ces stations ont gardé longtemps le surnom de « gares fantômes ». Les rames ralentissaient parfois, mais ne s’arrêtaient pas. Friedrichstrasse constituait une exception notable, puisqu’elle accueillait un point de passage frontalier sous contrôle.

Des traces encore visibles après la réunification

Après 1990, plusieurs stations berlinoises ont rouvert progressivement. Certaines ont conservé des éléments de décoration datant des années 1960. À Nordbahnhof, des documents et aménagements rappellent encore la période où les quais restaient visibles derrière les vitres, mais inaccessibles.

Le parallèle avec Haxo s’arrête là. À Paris, l’absence de voyageurs découle d’un choix d’exploitation et d’une navette mal fréquentée. À Berlin, elle résultait d’une frontière armée au cœur même de la ville. Dans les deux cas, les murs, les carreaux et les quais ont conservé la mémoire d’un métro qui ne remplissait plus sa fonction première : faire descendre des passagers.

Le mot « raccordement » désigne une portion de voie reliant deux lignes ou deux sections du réseau. Ces infrastructures permettent de faire circuler du matériel, de le garer ou de l’orienter vers un autre itinéraire. Elles peuvent aussi accueillir des projets de service public, comme celui imaginé autrefois autour de Haxo. Quand ce service disparaît, le raccordement conserve souvent une utilité technique, même si la station voisine tombe dans l’oubli.

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