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Télétravail : une nouvelle étude révèle ce qu’il provoque chez les salariés restés à la maison

Aux États-Unis, une étude scientifique met en lumière les effets cachés du télétravail sur le moral et la vie sociale des salariés.

Alors que le travail à distance s’est imposé depuis la pandémie comme un nouvel horizon professionnel rêvé, une recherche publiée dans la revue scientifique américaine Science et relayée par le site spécialisé Futurism vient d’en montrer la face plus sombre. Menée sur des salariés américains, elle pointe une hausse marquée de la solitude, de l’anxiété et de la détresse psychologique chez ceux qui travaillent depuis leur domicile, en particulier lorsqu’ils vivent seuls.

Une étude de grande ampleur sur les salariés américains

L’étude a été conduite par une équipe dirigée par Natalia Emanuel, économiste à la Réserve fédérale de New York, la banque centrale régionale qui analyse notamment le marché du travail aux États-Unis. Les chercheurs ont exploité les données de cinq grandes enquêtes nationales portant sur les travailleurs américains.

Pour comparer les situations, ils ont distingué deux grandes catégories :

  • les « emplois télétravaillables » (remotable jobs), comme l’ingénierie logicielle ou certaines fonctions de bureau ;
  • les « emplois non télétravaillables », comme la chirurgie ou d’autres activités nécessitant une présence physique constante.

Cette approche a permis d’observer ce qui change, non seulement dans l’organisation du travail, mais aussi dans la vie quotidienne de ceux qui peuvent exercer leurs fonctions à distance.

Un bond massif du temps passé à travailler seul

Les résultats sont frappants. Les salariés occupant des postes télétravaillables ont vu le temps passé à travailler seuls augmenter de manière spectaculaire par rapport à ceux dont l’activité ne peut pas se faire à distance.

Selon l’étude, les heures de travail effectuées seuls ont bondi de 58 % pour les salariés dont le métier peut être réalisé en télétravail, par rapport à ceux exerçant des emplois non télétravaillables.

Ce constat semble logique : le salarié n’est plus entouré de collègues, ne partage plus les mêmes espaces, ne croise plus de monde dans les couloirs ou à la machine à café. Mais l’ampleur de la hausse alerte les chercheurs. Le travail à domicile ne se traduit pas seulement par un simple rééquilibrage entre bureau et maison : pour certains, il devient synonyme d’isolement quasi permanent.

Une probabilité en forte hausse de n’avoir aucun contact humain

L’étude relève un autre chiffre saisissant. Pour les salariés dont le métier peut être exercé depuis chez eux, la probabilité de passer une journée entière sans le moindre contact humain grimpe fortement.

Les chercheurs observent une hausse de 72 % de la probabilité de vivre une journée sans aucune interaction en face à face pour les travailleurs en emploi télétravaillable.

Ici, il ne s’agit pas seulement d’un bureau déserté. C’est la vie sociale au sens large qui s’amenuise : pas de collègues, pas de transports, pas de repas à l’extérieur, parfois aucun passage en magasin. Une journée peut s’écouler entièrement entre quatre murs, derrière un écran.

Vivre seul et télétravailler : un cocktail à risque

Pour les travailleurs qui vivent seuls, les effets décrits par l’étude se révèlent encore plus marqués. Sans famille ni colocataire à la maison, le risque d’isolement total explose.

Chez les télétravailleurs vivant seuls, la probabilité de passer une journée entière sans voir personne grimpe de 83 %, selon les données analysées.

L’impact psychologique suit la même courbe. L’économiste Natalia Emanuel et ses collègues constatent une augmentation de la détresse mentale, bien plus prononcée pour ces salariés isolés que pour ceux habitant avec d’autres personnes. Interrogé par la radio publique américaine NPR, Nicholas Epley, professeur de sciences comportementales à la Booth School of Business de l’université de Chicago, résume : l’augmentation de la détresse mentale « est presque deux fois plus importante pour ceux qui vivent seuls que pour ceux qui vivent avec leur famille ».

Solitude, anxiété, dépression : l’alerte des chercheurs

D’après l’article relayé par Futurism, les personnes travaillant à distance aux États-Unis sont plus nombreuses à se déclarer anxieuses, déprimées et socialement isolées que celles qui se rendent au bureau. La suppression des trajets et le confort de la maison restent des avantages concrets, mais ils ne compensent pas entièrement la disparition des interactions directes.

Pour Nicholas Epley, qui n’a pas participé aux travaux mais les a commentés pour NPR, beaucoup de salariés sous-estiment l’importance des contacts humains générés par le travail en présentiel. Selon lui, les travailleurs ne mesurent pas suffisamment la valeur du fait de pouvoir « tendre la main pour se connecter à d’autres personnes », et il estime que « les gens pourraient faire de mauvais choix » pour leur bien-être en privilégiant le télétravail sans garde-fous sociaux.

Les auteurs et les experts interrogés lient clairement le télétravail intensif à un risque accru de solitude, d’anxiété et de symptômes dépressifs, en particulier lorsque la personne vit seule.

Un enjeu aussi physique que psychique

La question n’est pas seulement psychologique. Nicholas Epley rappelle que l’isolement prolongé touche aussi la santé physique. Toujours auprès de NPR, il évoque les liens entre solitude et dégradation de la santé générale.

Selon lui, « être seul compromet le fonctionnement de votre système immunitaire, le fonctionnement de votre système cardiovasculaire ». En d’autres termes, un salarié qui passe journée après journée sans contact direct avec d’autres personnes pourrait voir son organisme se fragiliser, pas seulement son moral.

Les chercheurs ne plaident pas pour un retour massif au bureau

Les auteurs de l’étude, comme les experts interrogés, ne tirent toutefois pas une conclusion radicale contre le télétravail. Nicholas Epley précise ainsi que les résultats « ne suggèrent pas que chaque bureau devrait forcer tout le monde à revenir travailler » en présentiel.

Les données invitent plutôt à repenser la manière dont le télétravail est pratiqué :

  • en combinant jours à domicile et jours sur site ;
  • en organisant des temps d’échanges structurés à distance (visios d’équipe, appels réguliers, binômes) ;
  • en encourageant une vie sociale en dehors du travail, notamment pour ceux qui vivent seuls ;
  • en restant attentif aux signaux de mal-être mental chez les salariés.

Les chercheurs soulignent que les études précédentes se concentraient surtout sur la productivité et la satisfaction au travail. Cette fois, l’objectif était de mieux comprendre le lien entre travail à distance, solitude et santé mentale. Le résultat : un rappel que les relations sociales créées par le travail en présentiel jouent un rôle structurant dans l’équilibre de nombreux individus.

Télétravail en France : un enjeu de santé au travail émergent

En France, le télétravail s’est fortement développé depuis 2020, avec des accords d’entreprise ou de branche qui généralisent un à plusieurs jours à domicile par semaine dans de nombreux métiers de bureau. Les constats américains font écho aux débats français sur les risques psychosociaux liés au travail à distance.

Le cadre français repose sur le Code du travail et les accords collectifs, qui insistent sur la prévention de l’isolement du salarié en télétravail. Les employeurs restent tenus à une obligation de protection de la santé physique et mentale des salariés, qu’ils travaillent sur site ou à domicile.

Concrètement, cela passe par :

  • des échanges réguliers entre le manager et le salarié à distance ;
  • la mise en place de temps d’équipe en présentiel ou en visioconférence ;
  • la possibilité pour le salarié de revenir au bureau s’il en ressent le besoin ;
  • un accès au service de santé au travail et aux dispositifs de soutien psychologique, lorsqu’ils existent.

Les entreprises françaises s’appuient également sur les services de prévention et de santé au travail, qui peuvent alerter sur les effets d’un isolement prolongé et recommander une organisation mixte entre présentiel et distanciel.

Un équilibre à trouver entre flexibilité et lien social

Pour un lecteur français, les résultats de l’étude américaine interrogent directement les pratiques de télétravail déjà bien installées : journées enchaînées en visio, repas pris seul, horaires étirés, effacement des frontières entre vie privée et vie professionnelle. Le risque est d’installer, sans s’en rendre compte, un quotidien où les interactions ne passent plus que par des mails ou des messageries instantanées.

Les spécialistes de la santé au travail en France recommandent souvent un mode hybride, combinant plusieurs jours de présence pour entretenir la vie d’équipe et le sentiment d’appartenance, tout en conservant la souplesse du travail à domicile. La question de la vigilance est particulièrement aiguë pour les salariés qui vivent seuls, comme le montre l’étude américaine.

Comment limiter les effets du télétravail sur la santé mentale

Sans remettre en cause le télétravail, les données publiées dans Science suggèrent des pistes concrètes pour limiter ses impacts négatifs. Un salarié qui travaille depuis chez lui peut, par exemple, structurer sa semaine autour de moments de contacts humains en présentiel.

Risque identifié Exemple de situation Piste d’action possible
Isolement social Plusieurs jours sans croiser personne en dehors des visios Prévoir des sorties régulières (sport, café, association) les jours de télétravail
Détresse psychologique Sentiment croissant d’anxiété ou de tristesse En parler à son médecin traitant, au médecin du travail ou à un service d’écoute
Effacement des limites vie pro/vie perso Journées rallongées, mails tard le soir Fixer des horaires clairs, couper les notifications en dehors de ces plages

Les employeurs peuvent aussi adapter leurs pratiques : points réguliers en visioconférence qui ne portent pas seulement sur les tâches, rencontres physiques récurrentes de l’équipe, temps informels organisés au bureau pour maintenir les liens, vigilance accrue vis-à-vis des salariés isolés géographiquement.

L’étude américaine rappelle enfin le rôle structurant des interactions « ordinaires » sur un lieu de travail : discussions de couloir, entraide spontanée, petites conversations avant une réunion. Ces échanges paraissent anodins, mais ils nourrissent le sentiment d’appartenance et soutiennent la santé mentale. Dans un contexte où le télétravail s’installe durablement, la question n’est donc pas seulement de savoir d’où l’on travaille, mais avec qui, et comment garder des liens humains solides en parallèle de l’écran.

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