À partir de septembre 2026, certaines générations pourront partir avant 62 ans en France, mais les nouvelles règles de carrière longue réservent des surprises.
Un projet de décret vient préciser les effets de la suspension partielle de la réforme des retraites de 2023 sur le dispositif des carrières longues en France. Selon les informations issues de ce texte, relayées par un média spécialisé, les natifs des années 1960 ne seront pas tous logés à la même enseigne, entre trimestres gagnés, âges minimums ajustés et promesses revues à la baisse.
Carrière longue : un dispositif phare, mais sous conditions renforcées
Le dispositif « carrière longue » permet un départ anticipé pour les assurés ayant commencé à travailler jeunes. En France, il concerne environ 120 000 départs anticipés par an, rappelle le projet de texte. Pour en bénéficier, il faut notamment avoir validé cinq trimestres de cotisation avant la fin de l’année de ses 20 ans, ce qui limite déjà le nombre d’éligibles.
Avec la réforme des retraites de 2023, puis sa suspension partielle votée fin 2025, les règles s’enchaînent et se transforment. Le projet de décret présenté doit s’appliquer à compter du 1er septembre 2026. Il vise à corriger certains effets jugés trop généreux ou incohérents pour les générations nées entre 1964 et 1970.
Le cœur du changement : à partir du 1er septembre 2026, seules certaines générations profiteront réellement d’un départ avant 62 ans grâce à la carrière longue, et souvent avec un gain limité à un trimestre.
Les assurés concernés doivent donc regarder de très près leur année et parfois leur mois de naissance, car de petits décalages peuvent modifier l’âge minimum de départ de plusieurs semaines, voire faire perdre l’intérêt d’un départ anticipé.
Qui gagne vraiment avec la suspension partielle de la réforme ?
La loi de suspension adoptée fin 2025 avait laissé espérer un véritable assouplissement. Le principe annoncé : un trimestre de gain sur l’âge légal pour les personnes nées entre 1964 et 1968, et, pour certaines d’entre elles, un trimestre supplémentaire de durée cotisée pris en compte. Mais ce bénéfice ne vise que les pensions qui prendront effet à compter du 1er septembre 2026.
Ce détail de calendrier change tout. Ceux qui avaient prévu ou déjà engagé un départ avant cette date ne profiteront pas des règles plus favorables.
Âge minimal de départ : des écarts parfois décevants selon l’année
- Nés en 1964 : âge minimum en carrière longue fixé à 60 ans et six mois.
- Nés en 1965 : âge minimum porté à 60 ans et neuf mois.
- Nés en décembre 1965 : petite exception, âge minimal abaissé à 60 ans et huit mois, permettant un départ dès le 1er septembre 2026.
Pour de nombreux assurés, le gain théorique d’un trimestre annoncé lors de la suspension de la réforme ne se traduit finalement pas par un avantage concret. Claude Wagner, de la CFDT retraités, le résume ainsi : « Dans les faits, l’abaissement de l’âge d’un trimestre ne leur apportait pas de gain, vu la date tardive d’entrée en vigueur. Certains étaient même déjà partis à la retraite ! »
Autrement dit, plusieurs personnes nées au milieu des années 1960 ne verront pas de changement réel par rapport au calendrier de départ qu’elles avaient anticipé.
Des règles de durée de cotisation ajustées selon les générations
Le projet de décret ne joue pas seulement sur l’âge minimal, il retouche aussi la durée de cotisation exigée pour profiter du dispositif carrière longue. Là encore, les différences se font génération par génération.
- Nés en 1964 et 1965 : un trimestre « gagné » sur la durée exigée, soit un léger bonus par rapport à la réforme de 2023.
- Nés au premier trimestre 1965 : avantage supplémentaire, avec deux trimestres de moins à valider, soit une durée abaissée à 170 trimestres au lieu de 172.
- Nés à partir de 1966 : retour aux exigences pleines en durée, sans allègement, mais avec un âge minimal de départ abaissé d’un trimestre pour les générations 1966 à 1970.
Pour les natifs de 1966 à 1970, le projet prévoit un âge de départ en carrière longue avancé de trois mois, mais sans réduction de la durée totale de cotisation.
Ce « petit mieux » reste loin des attentes de nombreux assurés qui espéraient un véritable rattrapage après les annonces politiques de 2023. Dans les faits, il s’agit souvent d’un simple décalage calendaire plutôt que d’une refonte profonde des conditions.
Mères de famille : des améliorations ciblées à confirmer
Le projet de décret ne clôt pas le dossier des carrières longues. D’autres textes sont attendus, en particulier pour les mères de famille, traditionnellement pénalisées par les interruptions de carrière et le temps partiel.
Parmi les pistes évoquées :
- La prise en compte de deux trimestres supplémentaires pour les mères, au titre notamment de la maternité ou de l’éducation des enfants.
- Un calcul de la pension non plus sur l’ensemble de la carrière, mais sur les 23 ou 24 meilleures années, contre une base plus large aujourd’hui.
Pour les femmes remplissant déjà les critères de carrière longue (début précoce d’activité, trimestres validés avant 20 ans), ces ajustements changeraient beaucoup de choses. Elles pourraient partir plus tôt tout en évitant une chute trop marquée de leur pension.
Deux trimestres supplémentaires et un calcul sur les meilleures années pourraient limiter la double peine pour les mères : carrière hachée et pension plus faible.
Reste une inconnue majeure : la date et les conditions exactes d’application de ces mesures. Tant que les décrets d’application ne sont pas publiés au Journal officiel, les assurées ne peuvent pas bâtir un projet de départ définitif sur ces seules annonces préparatoires.
Faut-il décaler son départ après le 1er septembre 2026 ?
Pour les assurés nés entre 1964 et 1970, une question pratique se pose : a-t-on intérêt à repousser son départ pour profiter des nouvelles règles ? La réponse dépend de plusieurs paramètres :
- l’année et parfois le mois de naissance ;
- le nombre de trimestres déjà validés ;
- la date possible de départ en carrière longue avec les règles actuelles ;
- l’impact d’un trimestre ou deux trimestres de plus ou de moins sur le montant de la pension.
Pour certains profils, attendre le 1er septembre 2026 permet de gagner un trimestre sur l’âge ou sur la durée exigée. Pour d’autres, notamment ceux qui auraient déjà rempli toutes les conditions avant cette date, patienter ne changera rien, voire retardera inutilement le versement de la pension.
Les syndicats et les caisses de retraite conseillent généralement de réaliser des simulations personnalisées, à partir de son relevé de carrière, pour mesurer l’effet concret d’un départ avant ou après l’entrée en vigueur du nouveau décret.
Ce que cela signifie pour un lecteur en France
Le dispositif décrit par le projet de décret concerne directement le système de retraite français de base, géré notamment par l’Assurance retraite (régime général) et les régimes alignés. La « carrière longue » en France fonctionne sur deux piliers : un âge de départ anticipé inférieur à l’âge légal, et une durée de cotisation élevée, condition indispensable pour éviter une décote.
Pour un lecteur installé en France, les points à retenir sont les suivants :
- Le départ avant 62 ans restera possible après 2026, mais uniquement pour ceux qui ont commencé tôt et validé assez de trimestres.
- Les générations nées entre 1964 et 1970 verront leurs paramètres légèrement retouchés, sans révolution pour la plupart.
- Les futures mesures en faveur des mères de famille pourraient améliorer significativement certains parcours professionnels très hachés.
Les régimes complémentaires, comme l’Agirc-Arrco pour les salariés du privé, appliquent leurs propres règles, mais s’alignent en pratique sur l’âge et la durée de cotisation retenus par le régime de base pour la définition du taux plein. Là encore, il faut vérifier cas par cas, car les effets de seuil peuvent être marqués, notamment lorsque quelques mois de travail supplémentaire permettent d’éviter une minoration définitive.
Bien comprendre quelques notions clés
Pour appréhender ces changements, plusieurs notions techniques méritent d’être clarifiées :
- Trimestre validé : il ne s’agit pas forcément de trois mois calendaires travaillés. Un trimestre est validé dès lors que le salaire soumis à cotisation atteint un certain seuil sur l’année. Des périodes comme le chômage indemnisé ou la maladie peuvent aussi donner des trimestres assimilés.
- Durée d’assurance requise : c’est le nombre total de trimestres (cotisés et assimilés) à atteindre pour bénéficier du taux plein dans le cadre de la carrière longue. Dans le projet de décret, cette durée varie selon l’année de naissance, avec parfois un ou deux trimestres de moins pour certaines générations.
- Âge légal : c’est l’âge à partir duquel on peut demander la retraite, même sans carrière longue. Le dispositif de carrière longue permet de partir avant cet âge, mais en respectant une durée de cotisation renforcée.
Un exemple concret aide à visualiser les enjeux : une personne née en janvier 1965, ayant commencé à travailler à 18 ans et validé cinq trimestres avant 20 ans, peut entrer dans le champ de la carrière longue. Avec les nouvelles règles évoquées, elle pourrait bénéficier d’une durée d’assurance abaissée à 170 trimestres au lieu de 172, tout en voyant son âge minimal d’ouverture des droits ajusté. Sur une carrière complète, ces deux trimestres représentent plusieurs mois de travail en moins et un départ un peu avancé, ce qui n’est pas négligeable, même si l’avantage reste modeste par rapport aux attentes initiales.
Pour ceux qui sont encore en milieu ou fin de carrière, l’enjeu consiste à consolider les trimestres manquants, par exemple via le rachat de trimestres d’études ou d’années incomplètes, ou en prolongeant l’activité quelques mois de plus. Ces décisions ont un coût ou un impact sur la vie personnelle, mais elles peuvent transformer une retraite anticipée pénalisante en départ anticipé serein grâce au dispositif carrière longue.









