Un camion International MV modifié au Canada reçoit un étonnant second volant, pensé pour un usage bien particulier et très encadré.
Au Canada, une concession spécialisée a transformé un camion International MV pour un usage très précis dans la collecte de déchets. Comme le rapporte le site brésilien spécialisé dans les véhicules utilitaires et industriels Trucão, ce modèle nord‑américain reçoit un second poste de conduite… permettant au chauffeur de manœuvrer debout, au pas, lors des ramassages.
Un International MV transformé pour la collecte des déchets
L’International MV est un camion porteur semilourd largement diffusé aux États‑Unis et au Canada. Ce châssis polyvalent sert de base à des dizaines de carrosseries : benne, fourgon, dépanneuse, nacelle, ou encore engins municipaux. Cette polyvalence en fait aussi un candidat idéal pour les projets très spécifiques.
Dans le cas décrit par Trucão, la transformation est signée Southland International Trucks, une concession canadienne du constructeur. Le camion a été commandé par Haul‑All, entreprise nord‑américaine spécialisée dans la collecte de déchets urbains, notamment avec des systèmes de chargement latéral.
Extérieurement, la face avant reste celle d’un MV tout ce qu’il y a de plus classique. La modification se concentre sur la cabine, et plus précisément sur le côté droit, celui du passager en configuration d’origine.
Une porte type autobus et un second volant pour conduire debout
Du côté gauche, le poste de conduite traditionnel ne bouge pas. Le volant, les pédales, le siège conducteur et tout l’environnement restent en place pour les trajets « normaux », sur route ou en agglomération.
La vraie différence se trouve à droite de la cabine :
- une porte élargie, qui rappelle celles des autobus urbains, pour faciliter la montée et la descente fréquentes ;
- un second volant, placé beaucoup plus bas que le volant principal ;
- des commandes d’accélération et de freinage adaptées à cette position particulière.
Ce second volant, installé à la droite de la cabine et en position basse, est conçu pour être utilisé debout lors des manœuvres de collecte au pas.
Concrètement, ce poste secondaire permet au chauffeur d’actionner le camion tout en restant debout, la tête et le buste légèrement sortis de la cabine pour surveiller au plus près la zone de travail, les bacs et les obstacles éventuels sur le trottoir.
Pourquoi conduire debout facilite la collecte latérale
Haul‑All utilise des camions équipés d’un système de chargement latéral. Un bras ou un dispositif latéral saisit les conteneurs individuels, les soulève et les vide dans une caisse spécialisée montée à l’arrière du châssis.
Ce procédé impose des approches très précises : le véhicule doit s’aligner au centimètre près par rapport aux bacs pour que l’équipement fonctionne correctement, sans renverser le conteneur ni heurter piétons ou obstacles.
Dans ce contexte, le second volant joue un rôle clé :
Au moment d’approcher un conteneur, le conducteur se met debout, saisit le second volant et fait avancer le camion très lentement, tout en gardant le regard fixé sur la zone de chargement.
Trucão précise que le chauffeur peut également parcourir une courte distance jusqu’au prochain point de collecte en restant à ce poste droit, quand les bacs sont proches les uns des autres.
Une pratique surprenante mais déjà courante en Amérique du Nord
Pour un regard européen, l’idée de conduire debout, la tête à moitié hors de la cabine, peut sembler franchement risquée. Les images diffusées par Southland International Trucks donnent effectivement une impression d’inhabituel, voire d’inconfort, avec ce volant déporté et cette grande porte de type bus.
Trucão insiste toutefois sur le fait que ce mode d’exploitation est loin d’être marginal en Amérique du Nord. Dans l’univers des camions de collecte d’ordures ménagères, de nombreux modèles prévoient déjà :
- des commandes latérales, accessibles depuis le trottoir ;
- des postes de conduite alternatifs à droite ;
- des zones de conduite debout pour les manœuvres lentes.
La vitesse reste très limitée dans cette configuration. Le système est pensé pour des déplacements de quelques mètres à la fois, dans des rues déjà sécurisées par la présence du camion lui‑même et ses signalisations lumineuses. L’objectif n’est pas de rouler vite, mais de multiplier les arrêts en réduisant la fatigue et les gestes répétitifs du conducteur.
Pour accueillir un collègue à bord, la cabine dispose tout de même d’un siège passager pliant, fixé à la cloison arrière. Il s’utilise avec ceinture de sécurité, mais Trucão note qu’il ne doit pas être très confortable.
Un camion encore en attente de sa caisse à déchets
D’après les informations publiées par Trucão, le camion modifié vient tout juste d’être livré par Southland International Trucks. La prochaine étape consiste à installer la caisse spécifique de collecte d’ordures, adaptée au chargement latéral utilisé par Haul‑All.
Une fois la carrosserie terminée, l’ensemble devrait rejoindre la flotte d’engins de collecte de l’entreprise, affectée vraisemblablement à une municipalité canadienne ou à un contrat privé de gestion des déchets.
Quelle situation en France pour les camions de collecte de déchets ?
En France, les camions de collecte d’ordures ménagères répondent à un cadre réglementaire très strict, notamment sur la sécurité des ripeurs et des conducteurs. La majorité des véhicules sont équipés pour le chargement arrière, avec un lève‑conteneurs et une plateforme où prennent place les ripeurs, ces agents chargés de manipuler les bacs.
On voit aussi se développer des systèmes de chargement latéral, surtout pour des collectes automatisées en zones résidentielles. Certains modèles proposent une conduite à droite, plus pratique pour surveiller le trottoir, ou des commandes secondaires à l’extérieur de la cabine, mais la conduite debout à l’intérieur, volant en main, reste marginale.
Les constructeurs et carrossiers présents sur le marché français – qu’ils soient nationaux ou filiales de groupes internationaux – travaillent plutôt sur :
- l’amélioration des angles de vision par de grands vitrages et des caméras ;
- la réduction des efforts physiques pour les agents ;
- la limitation des montées et descentes de cabine grâce à des marches basses et des portes bien dimensionnées ;
- l’automatisation progressive de la prise des bacs, notamment en habitat pavillonnaire.
Le principe reste toutefois proche de ce qui se fait en Amérique du Nord : permettre au conducteur de garder un contrôle maximal sur la zone de collecte tout en réduisant sa fatigue. Les solutions techniques diffèrent, mais l’objectif est identique.
Conduite debout : quels enjeux techniques et de sécurité ?
Instaurer un second poste de conduite modifie en profondeur le véhicule. Les ingénieurs doivent adapter :
- la colonne de direction secondaire, reliée mécaniquement ou électroniquement au train avant ;
- les commandes d’accélérateur et de frein pour éviter toute confusion entre les deux postes ;
- le câblage des aides à la conduite et des systèmes de sécurité ;
- la structure de la cabine, afin de supporter la nouvelle porte et le matériel ajouté.
Côté sécurité, la clé réside dans la limitation de la vitesse en mode « collecte » et dans la formation des conducteurs. La conduite debout n’est pas pensée pour un usage routier classique, mais pour :
- des déplacements très lents, sur quelques mètres ;
- des manœuvres à visibilité maximale le long des trottoirs ;
- une surveillance constante des piétons, vélos et voitures en stationnement.
Les constructeurs canadiens ou américains qui proposent ce type de poste complémentaire associent généralement ces aménagements à des dispositifs de signalisation renforcés : gyrophares, flashs latéraux, avertisseurs sonores lors des déplacements au pas.
Un exemple concret de l’adaptation des camions à leur mission
Le cas de cet International MV illustre une tendance lourde dans le véhicule industriel : la personnalisation extrême. À partir d’un même châssis, un concessionnaire comme Southland International Trucks peut livrer :
- un camion benne pour travaux publics ;
- un porteur frigorifique pour livraison urbaine ;
- un engin de collecte des déchets aussi spécifique que celui de Haul‑All.
Pour un lecteur français, ce type de transformation montre à quel point un camion de base peut être adapté aux contraintes locales : densité urbaine, habitudes de collecte, réglementation et coûts de main‑d’œuvre. Là où certaines collectivités privilégient encore une forte présence humaine autour des camions, d’autres, comme Haul‑All en Amérique du Nord, misent davantage sur l’automatisation et des postes de conduite spécialisés.
À terme, ce genre de solutions pourrait inspirer d’autres marchés, y compris en France, notamment si les systèmes de collecte latérale automatisée se généralisent. Les constructeurs devront alors arbitrer entre posts de conduite multiples, caméras, capteurs et aides électroniques pour offrir à la fois productivité et sécurité.








