Un service de traduction basé en Espagne s’est penché sur les langues les plus ardues à maîtriser pour un débutant complet.
Pourquoi certaines langues semblent-elles impossibles à apprendre quand d’autres paraissent plus intuitives ? Une étude récente du service de traduction espagnol Linguaserve, relayée par la presse en ligne en Espagne, s’est intéressée à cette question et a dégagé un vainqueur clair : une langue bien plus déroutante que l’espagnol ou l’anglais pour ceux qui partent de zéro.
Le mandarin, langue la plus difficile pour un apprenant débutant
Selon l’analyse de Linguaserve, le mandarin se place en tête des langues les plus difficiles à apprendre pour une personne qui commence sans aucune base. Cette variété du chinois, langue officielle en Chine, cumule en effet plusieurs obstacles rarement réunis ailleurs.
Le mandarin arrive en première position des langues les plus complexes pour ceux qui démarrent de zéro, selon l’étude de Linguaserve.
Premier frein : le système d’écriture. Le mandarin utilise une écriture dite logographique. Chaque caractère représente une unité de sens, et non un simple son comme dans un alphabet latin. Résultat, l’apprenant doit mémoriser des milliers de signes différents pour lire un journal ou un simple message.
À cette difficulté s’ajoute la dimension tonale. En mandarin, la hauteur de la voix sur une syllabe peut changer totalement le sens du mot. Un même enchaînement de sons, prononcé sur des tons différents, pourra désigner une « maman », « un cheval » ou une « insulte », ce qui implique un contrôle fin de la prononciation.
Une langue avec de nombreuses variantes régionales
L’étude rappelle aussi que le mandarin n’est pas uniforme à travers toute la Chine. Il existe des variations régionales importantes, tant dans l’accent que dans certains usages. Un niveau basique, même solide, ne garantit donc pas de pouvoir se faire comprendre partout dans ce vaste pays.
D’après Linguaserve, celles et ceux qui visent une vraie maîtrise doivent envisager un effort au long cours : plusieurs années d’apprentissage régulier, avec une exposition fréquente à la langue, sont recommandées pour atteindre un niveau confortable.
Les auteurs de l’analyse préconisent “de nombreux années de travail régulier” pour espérer dominer réellement le mandarin.
D’autres langues réputées très difficiles : arabe et japonais
Le mandarin n’est pas le seul à donner du fil à retordre. Linguaserve souligne aussi la complexité de l’arabe et du japonais, en particulier pour les hispanophones, dont la langue maternelle est une langue romane.
L’arabe, un alphabet différent et une écriture inversée
Pour l’arabe, l’étude pointe principalement trois éléments :
- un alphabet totalement différent de l’alphabet latin ;
- une écriture de droite à gauche, qui bouscule les habitudes de lecture ;
- des sons spécifiques, difficiles à reproduire pour un locuteur de langue romane.
Ce changement complet de repères graphiques et sonores rallonge le temps nécessaire pour atteindre une lecture fluide. L’oreille doit s’habituer à de nouveaux contrastes entre sons, et la main doit apprendre un tracé cursif continu.
Le japonais, trois systèmes d’écriture à maîtriser
Le japonais présente un défi d’un autre type. Linguaserve rappelle qu’il combine, dans une même langue, trois systèmes d’écriture :
- hiragana, un syllabaire utilisé pour la grammaire et de nombreux mots courants ;
- katakana, un autre syllabaire, employé notamment pour les mots d’origine étrangère ;
- kanji, des caractères d’origine chinoise, qui portent le sens principal des mots.
Concrètement, un texte japonais standard mélange ces trois écritures sur une même phrase. L’apprenant doit donc jongler en permanence entre systèmes graphiques, chacun ayant ses propres règles. Là encore, la quantité de signes à retenir est considérable, surtout pour les kanji.
Linguaserve classe l’arabe et le japonais parmi les langues à “accès difficile” pour les hispanophones, en raison de leurs systèmes d’écriture et de leur structure.
La difficulté dépend de votre langue maternelle
Linguaserve insiste sur un point central : la difficulté d’une langue n’est pas absolue. Tout dépend de la langue de départ de l’apprenant. Ceux qui parlent déjà une langue romane comme l’espagnol, le français, l’italien ou le portugais disposent d’un avantage pour d’autres langues de la même famille.
Vocabulaire proche, grammaire comparable, conjugaisons similaires : ces proximités réduisent l’effort à fournir. À l’inverse, dès que l’on passe à une langue structurellement très différente – mandarin, arabe, japonais –, les repères volent en éclats, ce qui renforce la sensation de difficulté.
Selon l’étude, « la difficulté n’est pas universelle : elle dépend de la langue maternelle de l’apprenant ».
Ainsi, une personne hispanophone aura généralement moins de mal avec l’italien ou le français qu’avec le mandarin. Un locuteur chinois, lui, trouvera probablement le mandarin évident, mais pourra juger l’espagnol ou le français plus complexes, notamment à cause de la conjugaison ou du genre grammatical.
Et pour un francophone, qu’est-ce que cela change ?
Pour un lecteur français, les conclusions de Linguaserve restent largement valables. Le français et l’espagnol appartiennent à la même famille de langues romanes. Les francophones partagent donc, dans les grandes lignes, le même profil d’apprenant que les hispanophones étudiés en Espagne.
En France, les organismes publics comme France Éducation international ou les centres de langues universitaires constatent depuis longtemps que :
- les langues voisines (espagnol, italien, portugais, roumain) sont généralement plus rapides à acquérir, grâce à un lexique proche et des structures comparables ;
- les langues germaniques comme l’anglais ou l’allemand demandent un effort intermédiaire, avec un alphabet familier mais une grammaire et une phonétique différentes ;
- les langues à écriture non latine (russe, grec, arabe, hébreu, japonais, chinois) nécessitent souvent un investissement beaucoup plus long, en particulier au début.
Pour un francophone, le trio mandarin–arabe–japonais reste donc parmi les plus exigeants, pour des raisons similaires à celles relevées par Linguaserve pour les hispanophones : nouvelle écriture, autre système sonore, autre manière d’organiser les phrases.
Pourquoi ces langues demandent autant de temps d’étude
Au-delà du nombre de caractères ou de la difficulté à les tracer, ce qui rallonge l’apprentissage, c’est la nécessité de reconstruire presque entièrement ses automatismes linguistiques. En mandarin, l’ordre des mots et l’usage des particules ne suivent pas les mêmes réflexes que dans une phrase française.
En arabe, la racine des mots se décline en de nombreuses formes, ce qui oblige à s’habituer à une autre logique de vocabulaire. En japonais, l’usage des niveaux de politesse et des particules de phrase impose d’intégrer des nuances sociales supplémentaires à chaque énoncé.
| Langue | Principal obstacle | Type d’écriture |
|---|---|---|
| Mandarin | Tons et mémorisation de milliers de caractères | Logographique (caractères chinois) |
| Arabe | Alphabet différent, écriture de droite à gauche | Alphabet arabe cursif |
| Japonais | Coexistence de trois systèmes d’écriture | Hiragana, katakana, kanji |
Comment un apprenant peut contourner ces difficultés
Linguaserve recommande, pour le mandarin, un engagement sur la durée et une grande constance. Cette approche vaut aussi pour l’arabe ou le japonais : un rythme régulier, même modeste, reste plus efficace qu’un effort intense mais ponctuel.
Pour ces langues, plusieurs stratégies pédagogiques se révèlent particulièrement utiles :
- commencer très tôt par l’oral, afin d’habituer l’oreille aux sons et aux tons avant de s’attaquer massivement à l’écrit ;
- fractionner l’apprentissage des caractères ou de l’alphabet en petites unités quotidiennes mémorisables ;
- multiplier les contacts avec des locuteurs natifs, en présentiel ou en ligne, pour ancrer les automatismes ;
- associer chaque nouveau signe écrit à un contexte concret (image, situation, phrase clé) plutôt qu’à une liste abstraite.
Pour un francophone qui hésite à se lancer, un premier pas peut consister à se familiariser avec le principe des tons en mandarin ou avec l’écriture de droite à gauche en arabe, par le biais de vidéos ou d’applications gratuites. Cette prise de contact réduit l’effet de choc au moment d’entrer dans un véritable cursus.
Certains linguistes conseillent aussi de s’appuyer sur une première langue étrangère déjà apprise. Un Français à l’aise en anglais, par exemple, pourra tirer parti des nombreuses ressources pédagogiques disponibles en anglais pour le mandarin ou le japonais, souvent plus abondantes que les supports francophones.
La difficulté pointée par Linguaserve ne signifie pas que ces langues seraient réservées à une élite. Elle rappelle surtout que le mandarin, l’arabe ou le japonais exigent de la patience, une méthode adaptée et l’acceptation d’un progrès plus lent que pour des langues proches du français ou de l’espagnol.









