EUROTEL

Sommes-nous plus proches du chat ou du chien ? La réponse des scientifiques n’est pas celle que vous croyez

Illustration comparant un chat, un chien et un humain face à un arbre phylogénétique montrant leur parenté génétique et leur distance évolutive.

Chats ou chiens : ces compagnons partagent notre quotidien, mais lequel nous ressemble le plus au regard des scientifiques américains ?

La question semble anodine, presque un débat de soirée entre amis. Pourtant, derrière l’opposition chats/chiens se cache un vrai sujet scientifique, comme le rapporte le site spécialisé américain Live Science : en termes d’évolution et de génétique, à quel animal sommes-nous réellement les plus proches ?

Évolution : match nul entre chats et chiens

Pour commencer, les biologistes rappellent que l’on parle ici de parenté évolutive, c’est‑à‑dire de liens de famille sur l’arbre du vivant. Chats, chiens et humains appartiennent tous à la grande classe des mammifères, mais leurs branches se séparent assez tôt.

Mark Springer, professeur émérite d’évolution, d’écologie et de biologie des organismes à l’université de Californie à Riverside, résume la situation dans un échange par courriel avec Live Science :

« D’un point de vue évolutif, nous sommes aussi proches des chiens que des chats. »

Dans l’arbre des mammifères, les chats et les chiens sont regroupés dans l’ordre des carnivores, tandis que les humains appartiennent à l’ordre des primates. Ces deux grands groupes auraient divergé à partir d’un ancêtre commun il y a environ 90 à 95 millions d’années, explique Springer.

Les chats et les chiens, eux, se sont séparés bien plus tard, autour de 55 millions d’années. Ils sont donc, logiquement, plus proches l’un de l’autre qu’ils ne le sont de nous. Mais cela ne signifie pas que nous soyons, nous, plus proches de l’un que de l’autre.

Des cousins plus inattendus que le labrador ou le siamois

Mark Springer insiste sur un autre point souvent méconnu : si l’on regarde uniquement la parenté, chats et chiens ne sont pas nos plus proches cousins dans le règne animal.

Selon le chercheur, chiens et chats sont plus proches de mammifères comme les pangolins, les chevaux, les vaches, les baleines, les chauves‑souris, les musaraignes ou les taupes que des humains.

Les humains, de leur côté, partagent une parenté plus étroite avec d’autres groupes de mammifères :

  • les colugos, parfois appelés « lémuriens volants »,
  • les toupayes ou « musaraignes arboricoles »,
  • les lapins,
  • les rats et les souris.

Autrement dit, sur l’arbre de la vie, notre branche rejoint d’abord ces animaux‑là avant de croiser la grande lignée des carnivores à laquelle appartiennent chats et chiens.

Gènes : un avantage clair pour le chat

Une autre façon de répondre à la question consiste à comparer les gènes et la manière dont ils ont évolué. Là aussi, les scientifiques américains interrogés par Live Science se sont penchés sur le sujet.

William Murphy, spécialiste de génomique comparative à l’université Texas A&M, indique d’abord que si l’on mesure simplement la quantité de changements accumulés dans le code ADN au fil du temps, humains, chats et chiens se tiennent dans un mouchoir de poche.

Sur ce critère, les humains sont « à peu près aussi proches des chats que des chiens », explique Murphy.

Mais les généticiens ne se contentent pas de comparer les lettres du code ADN. Ils observent aussi la façon dont l’ADN est organisé dans les chromosomes, c’est‑à‑dire la manière dont les gènes sont rangés, assemblés et ordonnés.

Un génome félin disposé presque comme le nôtre

C’est sur ce point que les différences deviennent nettes. Les ancêtres des chiens modernes ont connu, au cours de leur histoire évolutive, de nombreuses réorganisations de leurs chromosomes. Ces « remaniements chromosomiques » déplacent des blocs de gènes, les inversent, les fusionnent ou les séparent.

Ces bouleversements ne sont pas propres aux chiens : on en observe dans de nombreuses lignées animales et végétales. La fréquence de ces remaniements varie toutefois beaucoup d’un groupe à l’autre, et les chercheurs ne savent pas encore exactement pourquoi certaines lignées changent plus vite que d’autres.

Chez les chats, l’histoire est différente : l’organisation de leur génome est restée plus stable et se rapproche davantage de celle des humains.

« En termes de manière dont les gènes sont disposés dans les chromosomes, les humains et les chats sont deux fois plus semblables entre eux que les humains et les chiens », résume William Murphy.

Le chat prend donc un net avantage quand on s’intéresse à la structure intime du génome, au‑delà du simple code.

Pourquoi cette ressemblance génétique avec le chat compte pour la médecine

La façon dont les gènes sont organisés n’est pas un simple détail technique. Elle influence notamment la manière dont ces gènes sont activés ou désactivés dans nos cellules, un mécanisme central que les biologistes appellent la régulation de l’expression génétique.

Parce que l’organisation de l’ADN influence l’allumage et l’extinction des gènes, les chats pourraient servir de meilleurs modèles que les chiens pour comprendre la régulation des gènes chez l’humain, avance Murphy.

Cette proximité structurelle rend le génome félin particulièrement intéressant pour étudier certaines maladies d’origine génétique. Live Science rappelle plusieurs exemples parlants.

Maladies rénales, cancers : quand le chat éclaire la santé humaine

La polykystose rénale, une maladie génétique caractérisée par le développement de kystes dans les reins, touche à la fois les humains et les chats. Les mécanismes en jeu présentent des similitudes, ce qui ouvre la voie à des stratégies communes.

Selon les travaux cités par le média américain, des traitements testés ou développés chez le chat pourraient, à terme, inspirer des thérapies adaptées aux patients humains atteints de la même pathologie.

Les félins intéressent aussi les chercheurs sur le terrain du cancer. Une étude récente mentionnée par Live Science s’est penchée sur les gènes liés aux cancers chez le chat et a mis en évidence une proximité frappante avec ceux des humains, à la fois en nombre et en diversité.

Un gène en particulier, FBXW7, s’est révélé muté dans plus de la moitié des tumeurs mammaires félines analysées. Chez l’humain, des mutations du même gène sont associées à un pronostic plus défavorable dans le cancer du sein.

Ces parallèles renforcent l’idée que certaines formes de cancer chez le chat pourraient servir de modèles pour mieux comprendre la maladie, affiner les diagnostics et optimiser les traitements chez l’humain.

Les chiens restent des alliés précieux pour la recherche

Ce constat ne signifie pas que les chiens seraient peu utiles à la science. Au contraire : ils occupent depuis longtemps une place centrale dans l’étude de nombreuses pathologies humaines.

D’après Live Science, les chiens servent de modèles pour :

  • la maladie d’Alzheimer,
  • certaines formes d’épilepsie idiopathique,
  • des maladies oculaires,
  • plusieurs atteintes cardiaques.

Les liens étroits noués depuis des millénaires entre humains et chiens, la grande diversité de races et la qualité de leur suivi vétérinaire en font des sujets d’étude très documentés. À cela s’ajoute un facteur historique : le génome canin complet a été publié bien avant celui du chat.

Les chercheurs reconnaissent aussi un biais plus culturel : les chiens ont longtemps été jugés plus « coopératifs » que les chats en laboratoire, ce qui a contribué à concentrer l’attention sur eux pendant des années.

Pourquoi modèles animaux et génétique intéressent aussi la France

En France, comme aux États‑Unis, les laboratoires qui travaillent sur la génétique et les maladies humaines utilisent différents modèles animaux, dont les chiens et, dans une moindre mesure, les chats. Les équipes s’appuient notamment sur :

  • les données issues des cliniques vétérinaires, très riches pour les animaux de compagnie,
  • les comparaisons entre génomes humain, canin et félin,
  • des programmes communs entre vétérinaires et médecins, en cancérologie ou en cardiologie.

Le principe reste le même que dans les travaux cités par Live Science : comprendre comment une mutation ou une organisation particulière de l’ADN se traduit par une maladie chez l’animal pour mieux cibler la prévention et les traitements chez l’humain.

Chats, chiens, humains : une parenté multiple selon les critères retenus

À la question initiale – sommes‑nous plus proches du chat ou du chien ? – les scientifiques américains apportent donc une réponse nuancée.

Critère Résultat
Évolution (ancêtre commun) Égalité : humains aussi proches des chats que des chiens
Quantité de changements dans l’ADN Égalité approximative entre chats et chiens par rapport à l’humain
Organisation des gènes dans les chromosomes Avantage net pour le chat, deux fois plus similaire à l’humain que le chien
Usage en recherche sur la santé humaine Chats et chiens utiles, mais tradition plus ancienne pour le chien

D’un point de vue évolutif, c’est un match nul entre le chat et le chien. Sur le plan de la structure du génome, l’avantage revient clairement au chat.

Cette distinction entre parenté évolutive et proximité génétique montre comment une même question peut recevoir des réponses différentes selon l’angle choisi. Elle rappelle aussi que la ressemblance ne se mesure pas uniquement au nombre de gènes communs, mais aussi à la façon dont ils sont ordonnés et contrôlés dans l’organisme.

Ce que cela change – ou non – dans notre regard sur nos animaux

Dans la vie quotidienne d’un propriétaire de chien ou de chat en France, cette nuance scientifique ne bouleverse évidemment pas la relation avec son animal. En revanche, elle éclaire la manière dont les chercheurs sélectionnent les espèces les plus pertinentes pour étudier certaines pathologies humaines.

Pour un lecteur français, retenir que le génome du chat est organisé de façon particulièrement proche du nôtre aide à comprendre pourquoi les félins pourraient prendre davantage de place dans la recherche biomédicale dans les années à venir, aux côtés des chiens, déjà très présents.

Cette parenté génétique plus fine n’a pas d’impact direct sur le quotidien, mais elle peut, à terme, influer sur le développement de nouveaux traitements inspirés d’observations réalisées chez ces compagnons que l’on croit si bien connaître.

Questions fréquentes

Sommes-nous génétiquement plus proches du chat ou du chien ?

D'un point de vue évolutif, nous sommes aussi proches des deux. En revanche, l'organisation interne du génome félin se rapproche davantage de celle des humains : le chat et l'humain disposent leurs gènes de manière deux fois plus semblable que l'humain et le chien.

Depuis quand chats, chiens et humains partagent-ils un ancêtre commun ?

Chats et chiens appartiennent à l'ordre des carnivores, tandis que les humains sont des primates. Ces deux grands groupes se sont séparés d'un ancêtre commun il y a environ 90 à 95 millions d'années. Les chats et les chiens, eux, ne se sont séparés que vers 55 millions d'années.

Pourquoi l'organisation du génome du chat importe-t-elle pour la médecine ?

La façon dont les gènes sont organisés influence leur activation ou désactivation dans les cellules. Comme le génome félin s'organise de manière similaire au nôtre, les chats constituent de meilleurs modèles pour comprendre la régulation des gènes humains et étudier les maladies génétiques.

Quels exemples de maladies humaines les chats aident-ils à étudier ?

Les chats aident les chercheurs à comprendre la polykystose rénale et certains cancers. Par exemple, une mutation du gène FBXW7 touchant les tumeurs mammaires félines correspond à celle associée à un pronostic défavorable dans le cancer du sein humain.

Les chiens restent-ils utiles à la recherche scientifique ?

Oui, les chiens demeurent des alliés précieux pour étudier des pathologies comme la maladie d'Alzheimer, certaines formes d'épilepsie, les maladies oculaires et les atteintes cardiaques. La diversité de leurs races et le suivi vétérinaire en font des sujets d'étude particulièrement documentés.
Défiler vers le haut