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Laurier-cerise interdit à la vente depuis 2024 en Suisse : ce que risquent vraiment les jardins en Allemagne et en France

Laurier-cerise interdit à la vente depuis 2024 en Suisse : ce que risquent vraiment les jardins en Allemagne et en France

En Suisse, le laurier-cerise est déjà banni des jardineries depuis 2024. En Allemagne et en France, la question de son avenir se pose.

Alors que la Suisse a franchi le pas en interdisant la vente et la plantation de laurier-cerise, l’Allemagne s’interroge sur la suite à donner à cette plante d’ornement très répandue dans ses jardins, rapporte le site d’actualité allemand Focus Online. En France, cette haie star des lotissements reste autorisée, mais les mises en garde des écologistes se multiplient.

Une interdiction déjà actée en Suisse depuis 2024

En Suisse, le laurier-cerise (Prunus laurocerasus) est officiellement classé comme espèce invasive. Cette catégorie concerne les plantes qui se propagent rapidement et perturbent fortement les milieux naturels. Plusieurs cantons et communes ont ainsi adopté des règlements interdisant sa plantation, sa multiplication et sa commercialisation.

Le laurier-cerise est considéré en Suisse comme une espèce invasive qui forme des fourrés denses, fait disparaître les plantes locales et réduit la biodiversité.

Le problème vient de sa capacité à coloniser les milieux environnants. Les oiseaux disséminent ses graines, qui germent facilement. La plante supporte bien l’ombre, pousse vite, et finit par constituer des masses compactes où la lumière ne passe plus. Sous ces fourrés, les jeunes pousses des plantes sauvages ne parviennent plus à s’installer.

Une fois installée, la plante se révèle coriace. Focus Online rappelle que le laurier-cerise repart à partir de très petits fragments de racines. Une simple coupe ras ne suffit pas : pour l’éliminer, il faut souvent arracher profondément les souches et surveiller longtemps les rejets, ce qui complique la gestion des espaces verts publics comme des jardins privés.

La situation en Allemagne : pas d’interdiction, mais une surveillance renforcée

En Allemagne, le laurier-cerise reste légal. Il fait même partie, selon Focus Online, des haies les plus utilisées dans les jardins, apprécié pour son feuillage persistant, son aspect compact et sa croissance rapide, idéale pour se protéger des regards.

La plante n’est toutefois pas considérée comme anodine. Le Bundesamt für Naturschutz, l’Office fédéral de protection de la nature, la classe déjà comme « potentiellement invasive ». Cette expression signifie que des indices sérieux existent sur ses effets défavorables possibles, notamment par analogie avec la Suisse.

En Allemagne, les propriétaires peuvent encore planter du laurier-cerise, mais l’Office fédéral de protection de la nature le signale comme potentiellement invasif et les spécialistes incitent à s’en détourner.

Dans les faits, la décision de planter ou non dépend encore uniquement des particuliers et des communes. Aucune interdiction nationale n’est en vigueur. Les experts interrogés par le média allemand recommandent pourtant déjà d’anticiper et de privilégier des arbustes autochtones comme :

  • la haie de charme (Hainbuche), très utilisée en haie taillée ;
  • le troène (Liguster), apprécié des oiseaux ;
  • l’aubépine (Weißdorn), arbuste champêtre mellifère.

Ces essences locales nourrissent davantage les insectes et les oiseaux, tout en offrant elles aussi un bon écran végétal. L’enjeu porte donc autant sur la protection de la nature que sur la qualité de vie au jardin.

Une plante peu utile à la faune et potentiellement toxique

Le Bund für Umwelt und Naturschutz (BUND), grande association de protection de l’environnement en Allemagne, avance un autre argument contre le laurier-cerise : sa « faible valeur écologique ». Dans ses feuilles épaisses et brillantes, les insectes trouvent peu de nourriture. Les haies denses offrent aussi peu de cavités pour la nidification des oiseaux.

À cela s’ajoute la présence de substances toxiques. Les feuilles, les noyaux et d’autres parties de la plante renferment des composés qui peuvent libérer de l’acide cyanhydrique (blausäure en allemand), également appelé acide prussique. Inhalé ou ingéré en quantité suffisante, ce composé est dangereux.

Les défenseurs de l’environnement allemands mettent en avant la faible valeur écologique du laurier-cerise et rappellent la présence de composés pouvant libérer de l’acide cyanhydrique en cas d’ingestion.

Le BUND avertit surtout pour les jeunes enfants et les animaux de compagnie, comme les chiens ou les chats, susceptibles de mâchonner des feuilles ou des baies. Focus Online évoque le risque de troubles de santé en cas d’ingestion, sans détailler de cas précis ni de statistiques, et appelle à la prudence dans les jardins familiaux.

Pourquoi la Suisse a choisi d’interdire le laurier-cerise

Le choix de la Suisse repose sur un constat écologique préoccupant. Là où le laurier-cerise s’installe en masse, les espèces végétales indigènes reculent nettement. Cette diminution touche en cascade tout l’écosystème : plantes, insectes, oiseaux et petits mammifères voient leurs ressources se réduire.

Les autorités helvétiques mettent notamment en avant la formation de peuplements très sombres. Le laurier-cerise, avec ses grandes feuilles, produit un ombrage permanent. Les semis naturels d’arbres locaux, les plantes herbacées et les fleurs sauvages disparaissent progressivement dans ces zones devenues quasi monospécifiques.

Pays Statut du laurier-cerise Motifs principaux
Suisse Vente et plantation interdites dans de nombreuses régions depuis 2024 Espèce invasive, réduction de la biodiversité, difficulté d’élimination
Allemagne Autorisé, classé « potentiellement invasif » par l’Office fédéral de protection de la nature Risque écologique identifié, recommandations d’éviter la plante
France Autorisé, aucune interdiction nationale à ce jour Débat écologique en cours, plante très répandue en haie ornementale

Dans ce contexte, plusieurs cantons suisses ont pris des textes locaux, généralement intégrés à leurs règlements sur les espèces exotiques envahissantes. Les jardineries ne peuvent plus proposer la plante. Les collectivités sont incitées à la supprimer des parcs publics et des bords de routes pour laisser la place à des espèces locales.

Que risque vraiment le laurier-cerise en Allemagne à moyen terme ?

L’article de Focus Online ne mentionne aucun projet immédiat d’interdiction générale en Allemagne. La situation actuelle ressemble davantage à une phase d’alerte. Le classement comme plante potentiellement invasive peut toutefois évoluer si les impacts observés se rapprochent de ceux documentés en Suisse.

Dans ce scénario, plusieurs types de mesures pourraient apparaître :

  • interdiction de vente dans les pépinières et jardineries ;
  • limitation ou interdiction de plantation dans les nouveaux jardins publics ;
  • campagnes de sensibilisation pour inciter les particuliers à remplacer leurs haies ;
  • plans de gestion dans les milieux naturels colonisés.
  • À ce stade, les autorités allemandes misent surtout sur la responsabilisation des jardiniers amateurs et des communes. De nombreux guides de jardinage écologiques diffusés dans le pays déconseillent déjà le laurier-cerise, même si la loi n’interdit rien.

    Quelle situation en France pour le laurier-cerise ?

    En France, le laurier-cerise est toujours largement présent dans les jardineries et les aménagements paysagers. Il figure parmi les haies standards proposées dans les lotissements, les copropriétés et les maisons individuelles. Aucune interdiction nationale comparable à celle adoptée en Suisse n’est en vigueur.

    Le sujet n’est pourtant pas absent du débat. Plusieurs associations de protection de la nature françaises alertent depuis plusieurs années sur le caractère peu favorable de cette haie pour la biodiversité et sur sa tendance à s’échapper des jardins vers les boisements proches. Les conservatoires botaniques et les gestionnaires d’espaces naturels commencent à suivre sa progression dans certaines régions.

    En France, le laurier-cerise reste autorisé, mais les naturalistes signalent déjà son extension dans certains milieux forestiers et appellent les particuliers à diversifier leurs haies.

    Pour l’instant, les recommandations passent surtout par la promotion de haies dites « champêtres » ou « mélangées », composées notamment de :

    • noisetier ;
    • aubépine ;
    • prunellier ;
    • cornouiller sanguin ;
    • viorne ;
    • troène commun.

    Ces essences fournissent baies, pollen, nectar et abris à une grande diversité d’espèces. Elles demandent un peu plus de patience pour atteindre la hauteur souhaitée, mais s’intègrent mieux au paysage local et aux écosystèmes.

    Jardins français : faut-il anticiper et remplacer sa haie ?

    Face aux décisions prises en Suisse et aux signaux envoyés par l’Allemagne, de nombreux jardiniers français s’interrogent. Rien n’oblige aujourd’hui à arracher une haie de laurier-cerise. En revanche, les conseils des spécialistes européens convergent sur plusieurs points pratiques.

    • Éviter de planter du laurier-cerise dans un jardin neuf si l’on cherche un aménagement durable.
    • Limiter sa propagation en ramassant les fruits et en contrôlant les semis spontanés aux abords de la haie.
    • Prévoir, sur le long terme, le remplacement progressif des gros massifs par une haie mélangée plus favorable à la biodiversité.
    • Prendre en compte la présence d’enfants ou d’animaux dans le choix des arbustes, en tenant compte des risques de toxicité.

    Un autre enjeu concerne la gestion des déchets verts issus de la taille. Les branches et feuilles de laurier-cerise ne doivent pas être abandonnées dans les milieux naturels ou les talus, au risque de favoriser des repousses incontrôlées. Le mieux reste de les déposer en déchetterie, où elles seront traitées dans des filières adaptées.

    Pourquoi les plantes invasives inquiètent les écologues

    Le cas du laurier-cerise illustre plus largement la question des espèces exotiques envahissantes. Ces plantes ou animaux, souvent introduits volontairement pour l’ornement ou l’élevage, s’échappent ensuite dans la nature. Faute de prédateurs ou de concurrents, ils peuvent prendre le dessus sur les espèces locales.

    Les impacts sont multiples : réduction du nombre d’espèces, modification des paysages, perturbations des cycles de l’eau ou du sol. Certains pays, comme la Suisse, choisissent donc d’agir tôt sur les espèces jugées à risque, avant que la situation ne devienne ingérable.

    Pour les particuliers, le choix des plantes du jardin n’est pas anodin. Opter pour des espèces locales ou des variétés bien intégrées au climat et aux milieux alentour limite les risques d’invasion tout en simplifiant l’entretien. En diversifiant les arbustes, en mélangeant floraisons, baies et feuillages persistants, il devient possible de conserver un bon niveau de confort visuel et de protection tout en favorisant la faune.

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