Aux États‑Unis, une spécialiste du mensonge affirme qu’un simple détail de langage lors d’un entretien peut influer sur la décision du recruteur.
L’article du média économique américain Business Insider relate les conseils de Pamela Meyer, experte en fraude et en comportement humain, pour mieux convaincre lors d’un entretien d’embauche. À partir de son nouveau livre consacré à l’art de « lire la salle », elle décrit plusieurs techniques très concrètes qui aideraient les candidats à paraître plus crédibles, plus collaboratifs et plus sûrs d’eux aux yeux d’un recruteur.
Qui est Pamela Meyer, l’experte citée par Business Insider ?
Pamela Meyer dirige Calibrate, Inc., une société américaine qui forme des organisations à la détection de fraude, à la prévention des menaces internes et à la sensibilisation à la sécurité. Elle est aussi examinatrice certifiée en fraude, une qualification reconnue dans le domaine de l’enquête financière.
Dans son livre « How to Read the Room », elle explique comment la conscience sociale, c’est‑à‑dire la capacité à décoder ce qui se joue dans un groupe, influence le leadership, les négociations et la prise de décision. Business Insider rapporte qu’elle applique ces mêmes principes au contexte très concret de l’entretien d’embauche.
Pour elle, « lire la salle » ne concerne pas seulement les dirigeants : ce serait une compétence décisive pour tout candidat qui veut passer à l’étape suivante du recrutement. Elle la décrit comme une compétence « entièrement enseignable » et « fondamentale ».
Selon Pamela Meyer, les recruteurs jugent surtout la personnalité à partir de signaux non verbaux et de quelques choix de langage, bien plus que sur le contenu exact des phrases.
Elle rappelle que nombre de candidats redoutent d’oublier une réussite importante ou de trébucher sur une question, alors que l’évaluateur se forge souvent une impression globale à partir du contact visuel, de la façon de hocher la tête ou de l’aisance générale.
Dire « nous » plutôt que « je » pour paraître plus collaboratif
Premier levier, très simple : le choix des pronoms. Dans son ouvrage, Pamela Meyer explique que l’usage des pronoms au pluriel, comme « nous » plutôt que « je », donne l’image de quelqu’un de plus collaboratif et plus chaleureux.
Plutôt que de centrer chaque réponse sur sa performance individuelle, elle recommande de montrer comment on a travaillé avec une équipe, un manager ou des partenaires internes. Par exemple, au lieu de « j’ai augmenté le chiffre d’affaires de 20 % », évoquer « le projet que nous avons mené pour faire progresser le chiffre d’affaires ».
- « Nous » suggère l’esprit d’équipe et la capacité à coopérer.
- « Je » reste utile pour assumer ses responsabilités, mais ne doit pas dominer tout le discours.
- Le recruteur se projette plus facilement dans une future collaboration avec quelqu’un qui pense en collectif.
Business Insider souligne que, pour Meyer, le fond des réponses compte bien sûr, mais ce cadrage collectif change subtilement la perception du candidat, notamment dans des environnements de travail où la coopération prime.
Comment détourner une question gênante en entretien
L’experte s’intéresse aussi aux questions inappropriées qui peuvent surgir, par exemple sur la vie de famille ou certains aspects de la vie personnelle. D’après son livre, lorsqu’un recruteur aborde un sujet jugé intrusif, le candidat gagne à rediriger la conversation avec tact plutôt que de se braquer ou de répondre frontalement.
Elle recommande de « détourner stratégiquement » la question. Concrètement, il s’agit de répondre brièvement ou de rester évasif, puis d’enchaîner immédiatement avec une autre question adressée au recruteur, par exemple sur le poste ou les enjeux de l’équipe.
Pamela Meyer estime qu’un redirection élégante augmente les chances d’être embauché et la sympathie ressentie par le recruteur, davantage qu’une confrontation ou une réponse brute.
Dans ses échanges avec Business Insider, elle conseille à chacun de se demander de façon quasi systématique : « Est‑ce que ce que je m’apprête à dire va faire avancer cette conversation ? » Selon elle, beaucoup de candidats tombent dans le piège de trop parler, d’expliquer en détail des points secondaires ou de combler les silences à tout prix.
Elle rappelle qu’une invitation à s’exprimer ne signifie pas qu’il faille tout raconter. Savoir garder pour soi certains éléments et revenir au sujet professionnel reste, selon elle, préférable à l’étalage d’informations personnelles.
Parler moins, mais mieux : l’influence des silences
Dans cette logique, Meyer défend une approche plus maîtrisée de la prise de parole en entretien. Business Insider rapporte cette phrase forte : « Parler moins – et de façon plus significative – vous donnera une influence disproportionnée. »
Pour elle, un discours ramassé, concentré sur quelques messages clés, a plus de poids qu’un flot de détails. Faire des pauses, accepter le silence après une réponse, donne une impression de contrôle et de recul. À l’inverse, se précipiter pour combler chaque blanc peut suggérer de la nervosité ou une faible confiance en soi.
Fuir les tics de langage et soigner les transitions
Autre recommandation : limiter au maximum les tics de langage, notamment les fameux « euh » ou « tu vois » (ou, en anglais, « um » et « like ») qui ponctuent parfois chaque phrase. D’après Pamela Meyer, une parole plus claire, avec peu de mots de remplissage, signale la maîtrise de soi et l’assurance, plutôt que le doute.
Pour y parvenir, elle suggère un entraînement ciblé : répondre à des questions de façon spontanée, à voix haute, plutôt que d’apprendre un texte par cœur. L’objectif est de s’habituer à structurer sa pensée en temps réel, sans réciter, tout en restant fluide.
Elle recommande aussi d’utiliser des transitions franches, par exemple une formulation du type : « Ce qui compte davantage ici, c’est… ». Ce type de phrase aide à reprendre la main sur l’entretien, à ramener l’échange sur les enjeux principaux et à montrer que l’on sait hiérarchiser l’information.
Pour l’experte américaine, les mots de remplissage renvoient une impression de flottement. Des formulations de transition claires font au contraire ressortir la capacité à piloter la discussion.
Soigner la dernière impression laissée au recruteur
Meyer rappelle, citée par Business Insider, qu’il existe un poids particulier de la première impression. Les premières réponses d’un candidat orientent fortement la perception globale de l’entretien. Néanmoins, selon son livre, une fin bien maîtrisée peut compenser en partie un démarrage plus hésitant.
Elle encourage les candidats à utiliser les dernières minutes pour poser des questions réfléchies. L’objectif n’est pas de paraître surexcité ou de multiplier les hochements de tête, mais de montrer une curiosité réelle pour le poste, l’équipe et les missions.
Une question pertinente, posée calmement, peut selon elle renvoyer une image de confiance tranquille. Elle affirme qu’« une des meilleures manières de paraître confiant consiste simplement à poser une question intéressante et à la laisser en suspens ». Elle décrit le « vrai style » de confiance comme « plus contenu, plus réfléchi, et plus curieux ».
Exemples de questions finales jugées pertinentes
- « Quels sont les principaux défis de l’équipe sur les six prochains mois ? »
- « Quelles qualités distinguent les personnes qui réussissent dans ce poste ? »
- « Comment décririez‑vous la façon de travailler au sein de ce service ? »
Ce type de questions montre que le candidat se projette déjà dans la fonction et cherche à comprendre le terrain, plutôt qu’à simplement décrocher une offre.
Ce que ces conseils changent pour un candidat en France
Les propos rapportés par Business Insider concernent avant tout le contexte américain, mais plusieurs principes rejoignent les pratiques courantes des entretiens en France. Que l’entretien ait lieu dans une grande entreprise, une PME ou une administration, le recruteur observe, comme aux États‑Unis, la posture, la clarté du discours et la capacité à travailler en équipe.
L’usage de « nous » plutôt que « je » rejoint les attentes françaises en matière de travail collectif. Dans beaucoup d’entreprises, la réussite se mesure à l’échelle d’un projet ou d’un service. Mettre en avant le rôle de l’équipe aide à montrer que l’on s’insère sans difficulté dans un collectif déjà en place.
Sur les questions intrusives, le cadre légal français interdit certaines discriminations, notamment liées à la situation familiale. Les spécialistes du recrutement en France conseillent souvent, comme Pamela Meyer, de recentrer poliment la discussion sur l’expérience professionnelle ou sur le poste à pourvoir, plutôt que de s’engager dans un échange détaillé sur sa vie privée.
En contexte français comme américain, recentrer l’entretien sur les missions, la collaboration et les résultats attendus reste un réflexe généralement apprécié des recruteurs.
Les tics de langage et le débit de parole constituent également des points d’attention pour les candidats français. Les cabinets de recrutement recommandent souvent de s’entraîner à voix haute, parfois avec un proche ou un conseiller, afin d’identifier les habitudes de langage qui nuisent à la clarté.
Des pistes concrètes pour s’entraîner avant son prochain entretien
Les conseils partagés par Pamela Meyer peuvent facilement alimenter une préparation pratique. Un candidat peut, par exemple, s’enregistrer en train de répondre à trois questions classiques : se présenter, détailler une réussite, évoquer une difficulté surmontée.
| Point à travailler | Exercice possible |
|---|---|
| Usage de « nous » / « je » | Réécrire ses exemples en intégrant l’équipe et le collectif. |
| Tics de langage | S’enregistrer puis repérer les « euh », les répétitions, les phrases inachevées. |
| Questions finales | Préparer une courte liste de questions ouvertes à poser systématiquement. |
| Gestion des silences | Marquer volontairement une seconde de pause avant de répondre à une question. |
Un autre exercice consiste à s’entraîner à détourner une question personnelle vers un sujet professionnel, sans agressivité. Cette mise en situation permet d’éviter de se sentir pris au dépourvu si une question gênante survient réellement en entretien.
Enfin, l’idée centrale du livre de Pamela Meyer – « lire la salle » – peut servir dans d’autres contextes professionnels : réunion d’équipe, négociation de salaire, présentation de projet. Observer les réactions non verbales, ajuster son niveau de détail, surveiller ses tics de langage et garder quelques questions bien choisies en réserve aide, dans de nombreuses situations, à peser davantage dans les échanges sans avoir à parler en continu.









