Dans un contexte de vie de couple déjà sous tension, une étude menée en Espagne s’est penchée sur ce qui se passe vraiment au lit avant de dormir.
Commandée par la marque de literie espagnole Pikolin et relayée par la presse espagnole, cette enquête menée auprès de 500 personnes vivant en couple révèle un changement profond des habitudes au moment du coucher. Le lit conjugal, autrefois lieu privilégié pour les échanges et les gestes tendres, se retrouve désormais concurrencé par les écrans, omniprésents jusque sous la couette.
Le lit, nouveau territoire des écrans
Selon l’étude de Pikolin, près de sept couples sur dix utilisent un appareil électronique au lit avant de s’endormir. Téléphone portable, tablette ou ordinateur ont intégré la routine nocturne, au point de devenir, pour beaucoup, un geste aussi automatique que se brosser les dents.
Dans 60 % des cas, la dernière lumière qui s’éteint dans la chambre n’est plus celle de la lampe de chevet, mais celle d’un écran.
Le smartphone tient la première place de ce nouveau rituel. Consulté jusqu’à la dernière minute, il occupe le temps et l’attention, souvent au détriment de la personne qui partage le lit. Le téléphone est devenu le dernier compagnon de la journée, parfois au sens littéral.
Une présence qui n’est pas neutre pour la relation
Si ce geste paraît anodin, il ne l’est pas pour celles et ceux qui le subissent. Près de 40 % des personnes interrogées considèrent que leur partenaire préfère son téléphone au moment partagé avant de dormir. Chez les 25-40 ans, cette impression grimpe à 45 %, ce qui révèle une fracture émotionnelle particulièrement marquée dans les générations plus jeunes.
La chambre reste perçue comme un lieu clé de l’intimité du couple, mais ce rôle s’effrite. Les écrans réduisent les instants de discussion, le contact physique et l’attention réciproque. Une personne sur trois reconnaît ne pas parler à son partenaire avant de s’endormir, tandis que près de la moitié utilise son téléphone au lit alors que l’autre est juste à côté.
Pour beaucoup de couples, les dernières minutes de la journée ne sont plus un tête-à-tête, mais un face-à-face avec l’écran.
Se sentir invisible ou coupable à côté d’un écran
Les conséquences se lisent directement dans le ressenti exprimé par les personnes interrogées. Selon l’étude, 46 % déclarent se sentir « invisibles » lorsque leur partenaire utilise son téléphone alors qu’ils sont ensemble dans le lit. Une personne sur trois dit se coucher avec la sensation d’avoir été ignorée.
Cette situation ne crée pas seulement de la frustration chez celui ou celle qui attend un signe d’attention. Elle génère aussi de la culpabilité chez l’utilisateur du téléphone : 37 % des répondants avouent se sentir coupables de passer plus de temps devant l’écran qu’avec leur partenaire.
Pour Anna Vicen Renner, coach spécialisée dans la thérapie de couples, interrogée dans le cadre de l’étude, ce phénomène s’installe progressivement :
« L’intimité ne disparaît pas d’un coup, elle s’érode peu à peu quand on cesse d’être présent. La couche est l’un des derniers espaces où le couple peut se retrouver sans interruption. Quand les écrans occupent cette place, la connexion émotionnelle s’affaiblit et, avec le temps, le désir aussi. »
Des disputes fréquentes autour du téléphone au lit
Ce tête-à-tête constant avec l’écran ne reste pas sans réaction. Pikolin relève que 43 % des personnes interrogées ont déjà eu au moins une dispute avec leur partenaire à cause de l’usage du téléphone dans le lit. Chez les couples les plus jeunes, ce pourcentage grimpe à 61 %.
Presque la moitié des sondés considère désormais les écrans comme une barrière directe à l’intimité et aux relations sexuelles. Cette perception est encore plus répandue chez les moins de 35 ans, signe que la « troisième personne » dans le lit s’appelle, très souvent, smartphone.
Le moment qui devrait être l’un des plus intimes de la journée devient une source de tension, voire un motif récurrent de conflit.
Tout le monde voit le problème, mais rien ne change
L’étude montre un décalage frappant entre ce que les gens souhaitent et ce qu’ils font réellement. 62 % des personnes interrogées aimeraient que leur chambre devienne un espace sans écrans. Une envie largement partagée… mais rarement suivie d’effets.
Dans le détail, 64 % affirment savoir que l’utilisation du téléphone au lit nuit à la qualité du temps passé en couple, tout en continuant à le faire. La routine numérique semble plus forte que la volonté de se reconnecter à l’autre.
Chez les plus jeunes, le constat est encore plus marqué : 76 % reconnaissent que leur intimité est affectée par les écrans au moment du coucher. La génération qui a grandi avec le smartphone ressent donc très clairement l’impact, sans parvenir à modifier durablement ses habitudes.
Ana Robledo, directrice marketing de Pikolin, résume cette contradiction :
« Nous vivons hyperconnectés, mais de plus en plus déconnectés de la personne à nos côtés. Prendre soin de l’intimité du quotidien commence par le lit. La chambre devrait rester un espace de repos, de soin et de connexion. La récupérer comme lieu sans distractions constitue un premier pas pour améliorer la relation avec nos partenaires. »
Que se passe-t-il en France avant de dormir ?
En France comme en Espagne, les écrans se sont invités au lit. Les enquêtes menées par différents instituts de sondage français ces dernières années montrent une montée constante de l’usage du smartphone au moment du coucher, avec des chiffres qui s’approchent souvent de ceux relevés par Pikolin.
Les psychologues et sexologues français alertent sur les mêmes mécanismes :
disparition des temps de discussion en fin de journée ;
diminution des gestes d’affection spontanés ;
sentiment de mise à l’écart quand l’autre « scrolle » sans fin ;
fatigue accrue liée à l’exposition à la lumière bleue, qui perturbe le sommeil et, à terme, la vie de couple.
Les campagnes de prévention menées en France insistent sur deux axes : préserver un temps sans écran le soir et recréer des rituels de partage (conversation, lecture ensemble, câlins…) avant l’extinction des feux. L’objectif reste le même que celui mis en avant par Pikolin : redonner au lit son rôle de lieu d’échange et non de consommation solitaire de contenus.
Quelques pistes simples pour les couples français
Les spécialistes des relations de couple suggèrent des mesures concrètes, applicables autant en France qu’en Espagne :
Se fixer une « heure limite écran » au moins 30 minutes avant l’endormissement.
Laisser les téléphones charger hors de la chambre ou sur un meuble éloigné du lit.
Remplacer le défilement sur les réseaux sociaux par un échange de la journée, une série regardée ensemble ou un moment de tendresse.
Se mettre d’accord à deux sur des règles partagées, pour éviter que l’un se sente visé ou surveillé.
Ces solutions n’éliminent pas la technologie, mais la replacent à sa juste place : en dehors du dernier moment d’intimité de la journée.
Quand la technologie grignote l’intimité
L’étude de Pikolin illustre un phénomène plus large : la confusion entre hyperconnexion numérique et véritable lien affectif. Être joignable à tout moment n’empêche pas de négliger la personne qui dort à côté.
Le lit concentre plusieurs enjeux :
Enjeu
Ce que montre l’étude
Communication
Une personne sur trois ne parle pas à son partenaire avant de dormir.
Reconnaissance
46 % se sentent invisibles quand l’autre utilise son téléphone au lit.
Culpabilité
37 % se reprochent de consacrer plus de temps à l’écran qu’à leur relation.
Conflits
43 % ont déjà disputé à cause du téléphone dans le lit.
Pour les thérapeutes de couple, ces signaux doivent servir de déclencheur. Le téléphone en soi n’est pas l’ennemi, mais son usage non maîtrisé au moment du coucher devient le symptôme d’un déséquilibre : la priorité donnée au contenu numérique plutôt qu’à la relation réelle.
Un moyen concret d’agir consiste à transformer le rituel du soir. Prévoir cinq ou dix minutes pour parler de sa journée, échanger un geste tendre ou simplement se regarder sans écran peut suffire à réinstaller une forme de présence mutuelle. Pour certains, instaurer une « nuit sans écran » par semaine permet aussi de tester une autre façon de finir la journée.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi les écrans au lit affectent-ils vraiment la relation de couple ?
Selon Anna Vicen Renner, coach spécialisée, l'intimité s'érode peu à peu quand on cesse d'être présent. Le lit est l'un des derniers espaces où le couple peut se retrouver sans interruption, et quand les écrans l'occupent, la connexion émotionnelle s'affaiblit et le désir diminue.
Quel est le pourcentage de couples ayant eu des disputes à cause du téléphone au lit ?
43 % des personnes interrogées ont déjà eu au moins une dispute avec leur partenaire à cause de l'usage du téléphone dans le lit. Ce chiffre grimpe à 61 % chez les couples les plus jeunes.
Les Français vivent-ils le même phénomène que les Espagnols ?
Oui, en France comme en Espagne, les écrans se sont invités au lit. Les enquêtes françaises montrent une montée constante de l'usage du smartphone au moment du coucher, avec des chiffres proches de ceux relevés par l'étude espagnole.
Comment expliquer que 64 % continuent malgré la conscience du problème ?
L'étude révèle un décalage frappant : bien que 64 % sachent que l'utilisation du téléphone au lit nuit à la qualité du temps en couple, ils continuent à le faire. La routine numérique semble plus forte que la volonté de se reconnecter à l'autre.
Quelles sont les solutions concrètes recommandées ?
Les spécialistes suggèrent de se fixer une heure limite écran 30 minutes avant l'endormissement, laisser les téléphones charger hors de la chambre, remplacer le scrolling par des échanges ou moments de tendresse, et convenir ensemble de règles partagées.