Une vaste étude menée au Royaume-Uni révèle qu’au-delà d’une certaine durée assise d’affilée, le risque de cancer s’élève nettement.
En s’appuyant sur les données de dizaines de milliers de Britanniques suivis pendant plus d’une décennie, une équipe de chercheurs, citée par le média scientifique anglophone ScienceAlert, montre que la façon dont nous restons assis au quotidien compte presque autant que le temps total passé sur une chaise.
Une étude de grande ampleur menée au Royaume-Uni
Les travaux, publiés dans la revue scientifique PLOS Medicine, s’appuient sur la cohorte UK Biobank, une vaste étude de santé publique menée au Royaume-Uni. Les chercheurs ont analysé ici les données de plus de 91 000 adultes, en moyenne âgés de 56 ans et n’ayant pas d’antécédent de cancer au moment de leur inclusion.
Chaque participant portait pendant sept jours consécutifs un capteur d’activité fixé au poignet. Ce dispositif enregistrait en continu les mouvements et permettait de distinguer :
les périodes de comportement sédentaire (position assise ou immobile) ;
l’activité physique légère ;
l’activité modérée ;
l’activité physique vigoureuse.
Les chercheurs ont ensuite suivi l’état de santé de ces personnes pendant environ douze ans. Ils ont examiné les diagnostics de cancer, les décès par cancer, ainsi que des sous-groupes de cancers associés à l’obésité ou au diabète de type 2.
La limite clé : 30 minutes assis d’un seul bloc
L’un des résultats centraux de l’étude concerne la durée maximale à rester assis sans interruption. Selon les auteurs, la barre à ne pas franchir d’un seul tenant est d’environ une demi-heure.
Les chercheurs observent qu’au-delà de 30 minutes assis d’affilée, le risque de cancer commence à augmenter sensiblement.
« Ce que montrent nos données, c’est que rester assis plus de 30 minutes à la fois est particulièrement lié à un risque plus élevé de cancer », explique l’épidémiologiste Frederick Ho, de l’université de Glasgow, cité dans la publication scientifique.
L’équipe distingue deux types de sédentarité :
la sédentarité prolongée : des périodes d’au moins 30 minutes, durant lesquelles 90 % du temps est passé assis ou immobile ;
la sédentarité interrompue : des périodes assises plus courtes, ou plus longues mais régulièrement entrecoupées de mouvement.
Les résultats montrent un contraste net entre ces deux profils.
Chaque heure de sédentarité prolongée fait grimper le risque
Lorsque les chercheurs se concentrent sur le temps assis prolongé, les chiffres deviennent préoccupants. En tenant compte de nombreux facteurs (âge, sexe, origine ethnique, niveau socioéconomique, alimentation, style de vie), ils observent que chaque heure quotidienne supplémentaire passée assis en continu entraîne :
+ 9 % de risque de décès par cancer ;
+ 3 % de risque de développer un cancer, tous types confondus ;
+ 5 % de risque de cancers liés à l’obésité ;
+ 5 % de risque de cancers associés au diabète de type 2.
Pris isolément, ces pourcentages peuvent sembler modestes. Les chercheurs insistent toutefois sur l’effet cumulatif de ces heures ajoutées jour après jour.
Ce sont les heures prolongées qui s’additionnent au fil du temps qui finissent par peser lourd sur le risque de cancer.
À l’inverse, le temps assis régulièrement interrompu par des mouvements, même légers, semble nettement plus protecteur pour la santé.
Se lever régulièrement protège : des effets mesurables
Les auteurs montrent que chaque heure de sédentarité « interrompue » s’accompagne de meilleurs indicateurs de santé. Par rapport au temps assis prolongé, les personnes qui bougent par petites touches dans la journée présentent :
18 % de risque en moins de mourir d’un cancer ;
6 % de réduction du risque global de développer un cancer ;
9 % de baisse du risque de cancers liés à l’obésité ;
10 % de baisse du risque de cancers associés au diabète de type 2.
Ces résultats rejoignent des travaux expérimentaux montrant que des pauses actives courtes améliorent la réponse métabolique du corps : meilleure gestion du glucose, de l’insuline, des graisses dans le sang ou encore de certains marqueurs de l’inflammation.
« Nos résultats suggèrent que les effets sanitaires du comportement sédentaire dépendent non seulement du temps total passé assis, mais aussi de la façon dont ce temps s’accumule, en longues périodes ininterrompues ou non », résument les chercheurs dans leur article.
Remplacer une heure assise par du mouvement : des bénéfices concrets
Les scientifiques ont également modélisé ce qu’il se passerait si une heure quotidienne de temps assis prolongé était remplacée par de l’activité physique.
Remplacer une heure de sédentarité prolongée par de l’activité légère réduirait de 12 % le risque de décès par cancer.
Dans le détail, les calculs suggèrent qu’une heure de sédentarité prolongée échangée contre une activité physique légère est associée à :
une baisse de 12 % du risque de mourir d’un cancer ;
une réduction de 6 % du risque de développer un cancer.
« Les recommandations de santé actuelles se concentrent fortement sur l’exercice modéré ou vigoureux, mais nos résultats montrent que les mouvements légers ne doivent pas être négligés », souligne Frederick Ho.
Les auteurs rappellent toutefois qu’il s’agit d’une étude observationnelle. Elle met en évidence des associations, sans pouvoir prouver qu’un changement individuel de comportement réduira automatiquement le risque de cancer dans tous les cas. Les résultats s’inscrivent néanmoins dans une série de recherches reliant la sédentarité à l’inflammation chronique et aux mécanismes impliqués dans l’apparition de cancers.
Que faire concrètement quand on travaille assis ?
Pour un salarié de bureau, ou toute personne passant de longues heures devant un ordinateur, la limite des 30 minutes peut sembler difficile à tenir au quotidien. Les données de l’étude donnent toutefois des pistes très pratiques :
se lever au moins toutes les demi-heures pour marcher quelques instants ;
téléphoner debout ou en marchant lorsqu’une conversation le permet ;
boire régulièrement de l’eau pour s’obliger à se lever (remplir une carafe, se rendre aux toilettes) ;
alterner position assise et debout si un bureau réglable est disponible ;
profiter des pauses pour faire quelques pas plutôt que de rester assis sur un autre siège.
L’étude souligne que même des activités légères – faire quelques mètres dans le couloir, monter un escalier, se déplacer dans son logement – peuvent contribuer à réduire le temps de sédentarité prolongée et donc, potentiellement, le risque.
Quelle situation pour la France ?
En France, les recommandations officielles s’alignent globalement sur celles de l’Organisation mondiale de la santé. Elles encouragent les adultes à limiter le temps passé assis et à pratiquer régulièrement une activité physique, sans toujours détailler la durée maximale d’un épisode assis continu.
L’Agence nationale de santé publique, Santé publique France, insiste depuis plusieurs années sur la sédentarité comme facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers. Les messages de prévention rappellent que l’on peut réduire ce risque en adoptant des gestes simples :
fractionner le temps passé devant les écrans ;
favoriser la marche ou le vélo pour les petits trajets ;
intégrer des pauses actives dans la journée de travail ;
multiplier les occasions de se lever et de bouger à domicile.
Les résultats venus du Royaume-Uni apportent donc un élément chiffré qui renforce ces conseils : la barre des 30 minutes de temps assis d’un seul tenant apparaît comme un repère concret, facile à retenir. Même si cette durée n’est pas formalisée dans les recommandations françaises, elle peut servir de guide pratique pour adapter son quotidien.
Pourquoi rester assis trop longtemps favorise-t-il le cancer ?
Les auteurs de l’étude évoquent un mécanisme « biologiquement plausible ». D’autres travaux, indépendants, montrent que la sédentarité prolongée peut :
ralentir la dépense énergétique et favoriser la prise de poids ;
perturber la régulation du sucre et de l’insuline ;
augmenter certains marqueurs inflammatoires dans le sang ;
modifier l’action de certaines hormones impliquées dans la croissance cellulaire.
Or plusieurs cancers sont liés à des états de surpoids, d’obésité, de résistance à l’insuline ou d’inflammation chronique de bas grade. En brisant de longues périodes assises, même par de courts moments d’activité, on réactive régulièrement la circulation sanguine et le métabolisme, ce qui pourrait limiter ces dérèglements.
Petites habitudes, effets cumulatifs
Les auteurs rappellent qu’« à leur connaissance », il s’agit de la première étude à distinguer aussi clairement les effets de la sédentarité prolongée et de la sédentarité interrompue sur les issues liées au cancer. Ils soulignent aussi que la sédentarité est extrêmement répandue dans les pays industrialisés, ce qui donne à leurs résultats une portée de santé publique non négligeable.
Même de modestes associations statistiques peuvent avoir un impact collectif important lorsque la majorité de la population passe une grande partie de la journée assise.
Pour un lecteur français, le message principal reste pragmatique : au-delà de la pratique régulière d’un sport, il s’agit d’apprendre à ne pas rester figé sur sa chaise. Une alarme toutes les 30 minutes sur son smartphone, un collègue pour se rappeler de se lever, ou quelques déplacements supplémentaires dans la journée peuvent transformer un long bloc de sédentarité en temps assis « fractionné », associé à des risques sensiblement plus faibles dans cette étude.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi 30 minutes est-elle la durée limite à rester assis ?
Selon l'étude, c'est au-delà de 30 minutes d'affilée que le risque de cancer commence à augmenter sensiblement. Cette limite distingue la sédentarité prolongée (au moins 30 minutes ininterrompues) de la sédentarité interrompue (régulièrement entrecoupée de mouvement).
Combien de risque supplémentaire ajoute chaque heure supplémentaire assise ?
Chaque heure quotidienne supplémentaire de sédentarité prolongée entraîne une augmentation de 9 % du risque de décès par cancer, 3 % du risque global de cancer, 5 % des cancers liés à l'obésité et 5 % de ceux associés au diabète de type 2.
Les petits mouvements suffisent-ils vraiment à réduire le risque ?
Oui, selon l'étude, même des activités légères comme faire quelques mètres dans un couloir ou monter un escalier réduisent le risque de 6 à 18 % selon le type de cancer. Les chercheurs soulignent que les mouvements légers ne doivent pas être négligés.
Que se passerait-il si je remplaçais une heure assise par du mouvement ?
Si une heure de sédentarité prolongée était remplacée par une activité physique légère, le risque de décès par cancer diminuerait de 12 % et le risque de développer un cancer de 6 %.
S'agit-il d'une preuve définitive que je dois changer mes habitudes ?
L'étude est observationnelle, elle met en évidence des associations sans prouver qu'un changement individuel réduira automatiquement le risque dans tous les cas. Cependant, les résultats s'inscrivent dans une série de recherches confirmant le lien entre sédentarité et inflammation chronique.