EUROTEL

Voyager en Australie bientôt sans passeport : ce que prévoit le test qui pourrait tout changer à l’embarquement

Illustration conceptuelle d'un voyageur tenant un téléphone intelligent avec écran de reconnaissance biométrique, se dirigeant vers un portique automatisé d'aéroport futuriste.

La Nouvelle-Zélande veut tester un voyage « sans couture » avec l’Australie, où le passeport ne serait plus présenté physiquement à l’embarquement.

Un projet de « voyage sans passeport » entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande refait surface dans le débat politique néo-zélandais. Selon un article du média néo-zélandais Stuff, la coalition au pouvoir comme l’opposition travailliste soutiennent un test grandeur nature, qui pourrait transformer l’expérience des voyageurs sur l’axe trans-Tasman, l’un des plus fréquentés au monde.

Un test entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour voyager sans sortir son passeport

Le Parti national néo-zélandais, au gouvernement, promet de lancer un essai de « seamless travel », un voyage fluide, pour les citoyens australiens et néo-zélandais qui se déplacent entre les deux pays. L’idée n’est pas d’abolir le passeport, mais de ne plus avoir à le présenter au contrôle à l’aéroport.

Dans ce scénario, les voyageurs transmettraient à l’avance leurs données de passeport et leur déclaration numérique via leur smartphone. Le document de voyage resterait obligatoire au sens juridique, mais sa lecture se ferait en amont, à distance.

Le passeport ne disparaîtrait pas : il serait enregistré et contrôlé en ligne, avant même l’embarquement, sans passage systématique au guichet.

Les services de l’immigration, des douanes et de la biosécurité en Nouvelle-Zélande examineraient ces données avant l’atterrissage. Les passagers considérés comme présentant un risque, ou sélectionnés pour un contrôle, seraient automatiquement redirigés à leur arrivée vers un circuit spécifique.

Les autres emprunteraient un parcours simplifié, passant par les SmartGates, ces sas automatisés de contrôle des passeports déjà utilisés à Auckland, Wellington, Christchurch et Queenstown.

Un projet soutenu par le gouvernement… et l’opposition

Ce test est porté par Louise Upston, porte-parole du Parti national pour le tourisme. Elle y voit une nouvelle étape logique dans l’intégration économique très poussée entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Selon Louise Upston, faciliter l’arrivée des Australiens en Nouvelle-Zélande signifie plus de visiteurs, davantage de revenus pour les entreprises locales et davantage d’emplois.

Le calendrier est déjà esquissé : le gouvernement souhaite lancer ce test avant la Coupe du monde masculine de cricket T20 de 2028, qui sera organisée conjointement par l’Australie et la Nouvelle-Zélande entre le 21 octobre et le 19 novembre.

Fait notable, l’opposition travailliste ne s’y oppose pas. Interrogé sur cette politique, le chef du Parti travailliste, Chris Hipkins, a indiqué qu’il ferait avancer lui aussi ce projet de frontière fluide s’il revenait au pouvoir. Il affirme avoir déjà discuté de ce sujet avec le Premier ministre australien Anthony Albanese lors d’une visite en Nouvelle-Zélande en juillet 2023.

Chris Hipkins rappelle d’ailleurs que cette idée circule depuis plusieurs années. Il estime que les deux pays étaient prêts à avancer, et pointe des blocages du côté néo-zélandais qui auraient retardé le dossier, alors que la coalition actuellement au pouvoir n’a pris les rênes qu’en novembre 2023.

Un long processus de simplification des frontières entre les deux pays

Ce projet ne part pas de zéro. La première étape de simplification du voyage trans-Tasman remonte à 2009, lorsque les SmartGates ont été installées dans les aéroports pour les vols entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ces sas automatisés permettent déjà aux passagers de scanner eux-mêmes leur passeport et de passer la frontière sans intervention systématique d’un agent.

Les deux pays ont aussi créé en 2024 un groupe de travail dédié, le Trans-Tasman Seamless Travel Group, pour réfléchir à toutes les façons de rapprocher l’expérience du voyage international de celle d’un vol intérieur. Les Premiers ministres Christopher Luxon et Anthony Albanese ont officiellement soutenu ces travaux et se sont engagés à étudier des solutions concrètes.

Objectif affiché : une expérience de voyage trans-Tasman entièrement numérique, s’appuyant sur le smartphone, les identifiants numériques et la biométrie pour fluidifier chaque étape à l’aéroport.

Louise Upston décrit un parcours où le voyageur pourrait se contenter de son téléphone et de la reconnaissance biométrique tout au long de son trajet en aéroport. Elle insiste sur le maintien des contrôles, avec la possibilité pour les autorités d’intervenir dès qu’un risque est identifié.

Voyager sans passeport entre Australie et Nouvelle-Zélande : un retour à l’histoire

Pour la Nouvelle-Zélande, cette perspective ne serait pas totalement inédite. Entre 1973 et 1981, un accord trans-Tasman permettait déjà aux citoyens des deux pays de voyager sans passeport entre les deux rives de la mer de Tasman.

Cette liberté a pris fin pour des raisons de sécurité et de lutte contre le trafic de drogue. L’Australie a réintroduit l’obligation de passeport en 1981, et la Nouvelle-Zélande a aligné sa politique en 1987.

La nouveauté, cette fois, tient à la technologie. Le passeport existerait toujours, mais il serait intégré dans un écosystème numérique et biométrique qui permettrait de retrouver une fluidité proche de celle des années 1970, avec un niveau de contrôle largement renforcé.

D’autres exemples de voyages simplifiés à l’étranger

Le projet australo-néo-zélandais s’inscrit dans une tendance mondiale vers des frontières plus fluides pour certains flux de voyageurs.

  • Le Royaume-Uni et l’Irlande maintiennent une zone commune de voyage, la « Common Travel Area », où les citoyens des deux pays circulent sans obligation de passeport au sens strict, même si les compagnies de transport exigent souvent une pièce officielle d’identité.
  • En Indonésie, un « corridor sans friction » propulsé par l’intelligence artificielle scanne les visages des passagers en mouvement et peut traiter plus de 30 personnes par minute, sans les obliger à s’arrêter devant un portique.

Dans ces exemples, les technologies biométriques et les systèmes de données anticipées permettent d’automatiser une partie des contrôles, tout en gardant la main sur les profils jugés sensibles.

Ce qu’en pense le secteur du tourisme

Côté professionnels, le projet reçoit un accueil favorable. Heidi Walker, responsable de Flight Centre en Nouvelle-Zélande, y voit un avantage simultané pour les touristes et les entreprises.

Pour Heidi Walker, le corridor trans-Tasman est l’un des plus fréquentés au monde et il serait idéal qu’il devienne aussi simple qu’un vol intérieur.

Elle souligne qu’à ce jour, l’Australie reste la première destination des Néo-Zélandais, avec déjà une hausse des réservations pour 2026. Dans l’autre sens, les arrivées d’Australiens en Nouvelle-Zélande progressent également, avec une augmentation de 5 % rapportée par le secteur.

Une expérience entièrement numérique donnerait, selon elle, un vrai coup d’accélérateur aux projets déjà menés par Air New Zealand et l’aéroport d’Auckland en matière de digitalisation du parcours passager.

Quelles perspectives pour un voyage sans passeport en France ?

Pour un lecteur français, ce projet fait écho à certaines évolutions déjà visibles en Europe, même si la situation est différente. Au sein de l’espace Schengen, les ressortissants de l’Union européenne peuvent circuler librement, parfois en présentant uniquement une carte d’identité lors de certains trajets aériens ou ferroviaires.

Dans les aéroports français, les sas automatisés de type Parafe s’approchent des SmartGates néo-zélandaises. Ils fonctionnent avec un passeport biométrique et la reconnaissance faciale ou des empreintes digitales. La logique est similaire : accélérer le passage des voyageurs à faible risque, pour concentrer les moyens humains sur les cas à vérifier.

Nouvelle-Zélande / Australie France / espace Schengen
Projet de voyage trans-Tasman avec enregistrement préalable sur smartphone Usage de sas Parafe pour les contrôles aux frontières extérieures
Citoyens australiens et néo-zélandais ciblés en priorité Ressortissants de l’Union européenne principalement concernés
Objectif : ne plus présenter physiquement le passeport à l’embarquement Le passeport reste à présenter au sas ou à l’agent de police aux frontières

La France n’a pas annoncé de projet visant à supprimer la présentation physique du passeport pour les voyages internationaux, mais la tendance à la dématérialisation progresse. L’identité numérique régalienne, actuellement en déploiement, pourrait à terme faciliter des procédures à distance pour certaines formalités.

Quels enjeux concrets pour les voyageurs et les États ?

Pour les voyageurs, l’avantage principal serait la fluidité : moins de files d’attente, moins de documents à sortir, un parcours qui se rapproche de celui d’un vol domestique. Sur un axe aussi fréquenté que le couloir trans-Tasman, cela représente des milliers d’heures de temps gagné collectivement.

Pour les autorités, l’enjeu est double : maintenir, voire renforcer, la sécurité des frontières tout en offrant une expérience plus attractive à des visiteurs qui soutiennent fortement l’économie locale.

La clé technique repose sur plusieurs briques :

  • un enregistrement sécurisé des données de passeport à distance ;
  • des déclarations numériques standardisées avant le départ ;
  • un traitement anticipé par l’immigration, les douanes et la biosécurité ;
  • un parcours en aéroport appuyé sur la biométrie et l’automatisation.

Ce type de dispositif pose aussi des questions sur la protection des données personnelles et la dépendance croissante aux smartphones. Un voyageur sans téléphone compatible ou peu à l’aise avec les outils numériques devra disposer d’un parcours alternatif, sous peine d’être pénalisé.

Pour les compagnies aériennes et les aéroports, l’intérêt est évident : accélérer le flux réduit les coûts opérationnels et libère des ressources humaines pour la gestion des situations complexes, tout en améliorant la satisfaction des passagers.

Questions fréquentes

Le passeport disparaîtra-t-il vraiment ?

Non, le passeport resterait obligatoire au sens juridique. La seule différence est qu'il ne serait plus présenté physiquement au contrôle, mais enregistré et contrôlé en ligne avant l'embarquement.

Comment les voyageurs partageraient-ils leurs données ?

Ils transmettraient leurs données de passeport et leur déclaration numérique via leur smartphone, en amont du vol. Les services d'immigration, de douanes et de biosécurité examineraient ces informations avant l'atterrissage.

Quand ce système pourrait-il être mis en place ?

Le gouvernement souhaite lancer le test avant la Coupe du monde masculine de cricket T20 de 2028, qui se déroulera entre le 21 octobre et le 19 novembre.

Ce concept est-il totalement nouveau ?

Non, entre 1973 et 1981, un accord trans-Tasman permettait déjà aux citoyens de voyager sans passeport entre les deux pays. Cette liberté a pris fin pour des raisons de sécurité et de lutte contre le trafic de drogue.

Les contrôles de sécurité seront-ils maintenus ?

Oui, les passagers jugés à risque ou sélectionnés pour contrôle seront automatiquement redirigés vers un circuit spécifique à l'arrivée. Le système conserve donc la possibilité d'intervenir dès qu'un risque est identifié.
Défiler vers le haut