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Un saxophone en guise d’échappement, un microscope en phare : cette Harley-Davidson est assemblée avec des objets du quotidien

Un saxophone en guise d'échappement, un microscope en phare : cette Harley-Davidson est assemblée avec des objets du quotidien

Dans le musée Harley-Davidson aux États-Unis, une moto étonne les visiteurs : une vraie machine roulante construite en grande partie avec des objets détournés.

Au Harley-Davidson Museum de Milwaukee, aux États-Unis, un modèle très particulier attire l’œil des passionnés comme des curieux. Comme le raconte le média en ligne spécialisé The Autopian, cette Harley-Davidson Aermacchi des années 1970 fonctionne réellement, tout en étant composée d’une foule d’objets du quotidien, du saxophone au taille-crayon.

Une Harley-Davidson transformée en sculpture roulante

Dans les couloirs du musée dédié à la marque américaine, parmi plus de 300 motos conservées dans un vaste « coffre-fort », une machine se distingue immédiatement. Il s’agit d’une Harley-Davidson Aermacchi SS350 de 1972, entièrement revue par une préparatrice de Boston. Cette moto n’est pas qu’une curiosité esthétique : elle démarre, roule, et a été pensée comme une œuvre d’art fonctionnelle.

La base est un petit monocylindre quatre-temps de 344 cm³, un modèle issu de la période où Harley-Davidson collaborait avec le constructeur italien Aermacchi pour proposer des motos de moyenne cylindrée. Le moteur d’origine développait environ 25 chevaux, mais l’exemplaire exposé a été profondément modifié, notamment avec un turbo.

Cette Harley-Davidson Aermacchi SS350 turbo de 1972 est une moto roulante dont une grande partie des éléments provient d’objets du quotidien détournés de leur usage initial.

Le résultat est une machine déconcertante : chaque regard découvre un nouveau détail, chaque pièce semble avoir une histoire. Le visiteur passe de longues minutes à tourner autour, à repérer les trouvailles cachées dans ce puzzle mécanique.

Une créatrice bostonienne au croisement de la mécanique et de l’art

Cette préparation très particulière est signée J. Shia, préparatrice et artiste basée à Boston, à la tête de l’atelier Madhouse Motors. Issue d’une famille de métalliers originaires du Liban, elle a grandi entourée d’outils, de mécaniques usées et de motos hors d’âge stockées dans le jardin familial.

Diplômée du Massachusetts College of Art & Design, elle revendique un double héritage : la précision du travail du métal et une approche artistique nourrie par les arts visuels et la performance. Son atelier, créé en 2009, répare des motos de tous types, tout en abritant des projets d’« art fonctionnel » comme cette Aermacchi.

Selon le récit rapporté par The Autopian, son père, passionné de deux-roues fatigués, aurait rassemblé jusqu’à 70 motos sur la propriété familiale. Un voisin, pilote professionnel, et son mécanicien l’ont aussi initiée plus jeune aux ficelles de la mécanique, jusqu’à monter avec elle un petit business de réparation.

La série « Pareidolia » : quatre motos pensées comme un cycle artistique

La Harley-Davidson exposée à Milwaukee ne sort pas de nulle part. Elle appartient à une série de quatre motos imaginée par J. Shia, baptisée « Pareidolia Series ». Cette série, débutée en 2017, repose sur un principe : concevoir des motos qui fonctionnent réellement, mais à partir de matériaux et de schémas totalement non conventionnels.

Une première moto allumée avec un coupe-boulon

La première création de cette série est une BSA A65 de 1971 surnommée « The Manipulated ». Construite en 70 jours avec l’artiste Michael Ulman, elle utilise déjà des pièces improbables : un morceau de grille d’égout de Boston fait office de feu arrière, tandis que des guidons modifiés servent de collecteur d’admission.

Le détail le plus marquant reste son démarrage : la moto se lance en tirant physiquement le bras d’un ancien coupe-boulon, transformé en dispositif de mise en route.

Une Indian commandée… à la pédale d’accélérateur

La deuxième création, baptisée « Devil’s Advocate » et finalisée en 2019, s’appuie sur une Indian de 1957, époque où la marque américaine commercialisait des modèles importés et rebadgés. J. Shia en a fait un exercice de style autour d’une idée : remplacer la poignée tournante par une pédale d’accélérateur.

Sur cette moto, une ancienne pince à foin sert de pédale, les repose-pieds sont des appareils de mesure de pointure de chaussures, et la selle intègre des éléments de chariot pour enfant de type wagon jouet. Chaque détail détourne un objet familier vers une fonction nouvelle.

« Optical Conclusions » : deux sœurs de métal inspirées du Lac des cygnes

La SS350 du musée Harley-Davidson fait partie du duo final de la série, que J. Shia a baptisé « The Optical Conclusions ». Deux motos, jumelles dans leurs proportions et leurs silhouettes, mais pensées comme des miroirs l’une de l’autre.

Les deux motos, construites à partir de Harley-Davidson Aermacchi de 1972, partagent presque le même numéro de série, la même longueur et le même poids, tout en présentant des choix techniques à la fois complémentaires et contradictoires.

Leur présentation a eu lieu sur la scène du Boston Symphony Orchestra, sur la musique du ballet « Le Lac des cygnes » de Tchaïkovski. Un clin d’œil à la mère de la créatrice, ancienne chanteuse lyrique, qui relie l’univers mécanique à l’univers musical et scénique.

Les deux machines jouent le jeu du miroir : sur l’exemplaire blanc, le cadre forme une boucle qui enveloppe l’avant, tandis que sur la version noire, la structure se prolonge davantage vers l’arrière. La moto blanche reçoit un turbo en aspiration avec double pompe de récupération d’huile, quand la noire adopte un système de protoxyde d’azote humide.

Un saxophone en échappement, un microscope en phare

La Harley blanche exposée à Milwaukee regorge d’objets détournés. La partie avant attire immédiatement l’attention. Le phare a été remplacé par un projecteur de microscope, dans un style presque steampunk. Le pied du microscope n’a pas été abandonné : il est fixé à l’arrière de la moto et sert de réservoir d’huile pour le turbo.

Autour, chaque fonction semble confiée à un objet recyclé :

  • le feu stop est un taille-crayon rempli de diodes électroluminescentes ;
  • la prise d’air est un presse-agrumes métallique ;
  • les repose-pieds sont d’anciens boutons de cuisinière ;
  • sous le moteur, un ancien mixeur à milk-shake est intégré à la structure ;
  • un élément de grossissement du microscope sert à passer des feux de croisement aux feux de route ;
  • le réservoir a été conçu sur mesure pour dissimuler la batterie à l’intérieur.

La créatrice a même prévu une alimentation électrique en 110 V pour que la moto puisse fonctionner comme une lampe d’appoint lorsqu’elle est branchée au secteur, jouant encore une fois sur cette frontière entre objet d’art, objet utilitaire et machine roulante.

La pièce la plus spectaculaire reste la ligne d’échappement : un saxophone soprano tronçonné puis soudé sur une bride, transformé en embout de pot.

Même la commande de frein arrière suit cette logique : une moitié de mâchoire de coupe-boulon a été réutilisée comme levier. L’ensemble donne une impression de débordement créatif : chaque recoin cache un clin d’œil mécanique.

Une vraie moto, pas seulement une installation artistique

Harley-Davidson et J. Shia affirment que cette Aermacchi reste pleinement fonctionnelle. Elle n’a pas été conçue comme une sculpture immobile, mais bien comme une moto capable de prendre la route, même si aucune séquence vidéo ne montre pour l’instant son comportement, ni le son exact de ce curieux échappement-saxophone.

Pour The Autopian, qui l’a approchée dans le musée, la machine reste l’une des plus marquantes de la collection temporaire : l’auteur décrit une envie réelle de rouler avec, quitte à enfiler des vêtements inspirés de l’esthétique steampunk et à prévoir une bonne protection pour compenser la très petite selle.

Une parenthèse inattendue dans l’histoire de Harley-Davidson

Les motos Aermacchi-Harley appartiennent à une période parfois jugée délicate pour la marque américaine. Face à l’arrivée massive de petites et moyennes cylindrées japonaises dans les années 1960, Harley-Davidson, davantage connue pour ses gros V-twin, a cherché à se positionner autrement.

En rachetant une partie du constructeur italien Aermacchi en 1960, l’entreprise a importé des petites motos sportives rebadgées Harley-Davidson. Longtemps déconsidérés par certains puristes, ces modèles se révèlent aujourd’hui plus recherchés dans le cadre de la mode des motos de collection. Ils ont, par ailleurs, signé de belles performances en compétition à l’époque.

Et en France : où voir ce type de créations mécaniques ?

En France, il n’existe pas de musée entièrement dédié à Harley-Davidson comme à Milwaukee, mais plusieurs structures mettent en avant des préparations et des motos artistiques. Des événements comme le Salon du deux-roues à Lyon, Wheels and Waves à Biarritz ou certains rassemblements de préparateurs accueillent des réalisations dans le même esprit : détournement d’objets, inspirations artistiques et machines pleinement roulantes.

Les préparateurs français, souvent qualifiés de « custom builders » ou de spécialistes du café racer, travaillent avec des contraintes similaires à celles de J. Shia : respecter les règles de sécurité, les points de fixation essentiels (cadre, freinage, direction), tout en s’éloignant le plus possible de l’esthétique d’origine.

États-Unis (Harley-Davidson Museum) France (scène custom)
Mise en avant de pièces uniques liées à l’histoire de la marque. Présence dispersée dans des salons, festivals et expositions temporaires.
Collaboration directe avec des artistes comme J. Shia. Préparateurs indépendants, parfois soutenus par des concessions ou des marques.
Moto exposée dans une galerie dédiée à la culture custom. Motos visibles en événements ponctuels ou dans certains ateliers ouverts au public.

Un lecteur français attiré par cette démarche peut s’intéresser aux ateliers de personnalisation qui mêlent art et récup’, ou aux expositions d’« art mécanique » qui associent designers, plasticiens et mécaniciens. Les mêmes logiques se retrouvent : détourner un objet familier pour lui confier une nouvelle fonction technique.

Quand les objets du quotidien deviennent pièces mécaniques

La moto de J. Shia illustre très clairement ce qu’est le détournement d’objet : une pratique artistique qui consiste à réutiliser un objet existant, sans forcément le modifier en profondeur, pour un usage complètement différent. Ici, un instrument de musique devient échappement, un appareil de laboratoire se transforme en phare, une machine de cuisine sert d’élément de moteur.

Au-delà du clin d’œil visuel, ce type de création pose une contrainte réelle : l’objet détourné doit supporter les contraintes d’une moto, qu’il s’agisse des vibrations, de la chaleur, de l’exposition aux intempéries ou simplement de la sécurité pour le pilote. L’exemple du saxophone, soudé sur une bride et exposé aux gaz d’échappement chauds, montre le niveau de réflexion nécessaire.

Ce genre de projet fonctionne aussi comme source d’inspiration pour les amateurs de mécanique qui souhaitent personnaliser des motos plus classiques. Sans aller jusqu’au saxophone ou au microscope, certains remplacent des poignées, des leviers, des sélecteurs ou des éléments de carrosserie par des pièces issues d’autres univers, à condition de rester dans le cadre de la réglementation française et de la sécurité routière.

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