Lancé dans les années 1960 par l’agence spatiale américaine, un satellite oublié vient de surprendre des astronomes australiens avec un bref signal radio.
Relay 2, satellite de télécommunications mis sur orbite par la NASA dans les années 1960, était considéré comme hors service depuis des décennies. Or, comme le rapporte le média technologique allemand t3n, des chercheurs en Australie ont capté à l’été 2024 un puissant signal radio en provenance de cet appareil supposé silencieux depuis près de 60 ans.
Un satellite de la première ère spatiale censé être éteint depuis 1967
Relay 2 a été lancé le 21 janvier 1964 par la NASA. Son rôle était alors d’expérimenter la transmission de signaux télévisés et de données entre continents, dans la lignée de son prédécesseur Relay 1.
- Date de lancement : 21 janvier 1964
- Mission : démonstration de la communication par satellite entre pays
- Exemple d’usage : Relay 1 a permis de relayer des signaux TV entre les États-Unis et le Japon
- Fin de service : premiers problèmes début 1967, arrêt complet en juin 1967
Selon t3n, le premier transpondeur de Relay 2 – l’équipement chargé de recevoir et renvoyer les signaux – est tombé en panne au début de l’année 1967. En juin de la même année, toute émission radio a cessé. Depuis, le satellite dérivait en orbite, catalogué comme un simple débris spatial, sans fonction opérationnelle.
Pour les spécialistes, Relay 2 faisait partie de ces objets de l’ère spatiale pionnière qui continuent de graviter autour de la Terre mais ne transmettent plus rien. Jusqu’à cet étrange sursaut capté en Australie, près de 60 ans après son dernier signal connu.
Un bref éclair radio détecté par un radiotélescope australien
L’événement relaté par t3n remonte à l’été 2024. Les astronomes utilisaient alors le radiotélescope Australian Square Kilometre Array Pathfinder (ASKAP), situé en Australie et dédié à l’observation des signaux radio en provenance du cosmos.
Au cours de ces observations, l’équipe dirigée par le chercheur Clancy James a repéré un signal extrêmement intense. Sur le moment, les scientifiques ont cru avoir affaire à un phénomène astrophysique inconnu ou à un objet céleste rare.
« Nous étions très excités et avons pensé que nous avions découvert un nouveau pulsar ou un autre objet », explique Clancy James, cité par t3n. « L’impulsion radio était si forte qu’elle a, pendant un court instant, éclipsé tout le reste dans le ciel. »
Ce flash radio n’a duré que quelques nanosecondes, soit quelques milliardièmes de seconde, avant de disparaître totalement. Une durée extrêmement brève, mais suffisante pour être enregistrée par l’instrument.
Une source identifiée à la surprise générale : Relay 2
Intrigués, les chercheurs ont remonté l’origine de ce signal fulgurant. En recoupant les données d’orientation du radiotélescope et les catalogues d’objets en orbite terrestre, ils sont finalement tombés sur un coupable inattendu : le vieux satellite Relay 2 de la NASA.
Pour l’équipe australienne, la surprise a été totale. L’objet était considéré comme inactif depuis depuis la fin des années 1960, incapable d’émettre la moindre onde radio.
Un satellite de télécommunications officiellement à l’arrêt depuis près de six décennies se retrouve soudain à produire une impulsion radio si intense qu’elle domine le ciel, même pendant une fraction de seconde.
Cette identification a transformé ce qui ressemblait à un phénomène astrophysique en un casse-tête d’ingénierie spatiale : que s’est-il passé à bord d’un satellite vieux d’un demi-siècle pour qu’il se manifeste encore, même fugitivement ?
Deux pistes avancées pour expliquer le signal mystérieux
D’après les informations relayées par t3n, les scientifiques restent très prudents. À ce stade, aucune explication définitive ne s’impose. Deux grandes hypothèses se dessinent néanmoins.
Une collision avec un débris spatial ?
La première piste évoquée est celle d’un impact avec un morceau de débris spatial ou un micrométéoroïde. L’idée : un choc brutal pourrait avoir provoqué un bref phénomène électrique dans la structure du satellite, suffisant pour générer l’impulsion radio détectée depuis la Terre.
Cette hypothèse s’appuie sur un contexte bien connu : l’orbite terrestre est de plus en plus encombrée de débris – anciens satellites, fragments de fusées, éclats issus de collisions. Une collision, même avec un objet minuscule, peut libérer beaucoup d’énergie en une fraction de seconde.
Mais les chercheurs ne disposent d’aucune preuve directe d’un impact sur Relay 2 au moment du signal. Faute d’observation visuelle ou de traces précises, ce scénario reste spéculatif.
La piste privilégiée : une décharge électrostatique après 60 ans
La deuxième explication, jugée plus crédible par l’équipe, repose sur l’accumulation de charges électriques dans le satellite au fil des décennies. Exposé en permanence au rayonnement solaire, au vent solaire et au plasma de l’environnement spatial, un objet métallique en orbite peut petit à petit se charger électriquement.
Sur près de 60 ans, Relay 2 aurait ainsi pu stocker une quantité non négligeable de charges à sa surface ou dans certains de ses composants. Dans ce cadre, le signal capté serait lié à une brusque décharge, véritable « étincelle » électrostatique à l’échelle d’un satellite.
Dans leur publication, les chercheurs écrivent : « Notre observation ouvre de nouvelles possibilités pour détecter à distance des décharges électrostatiques qui peuvent représenter un grave danger pour les engins spatiaux. »
Ces décharges sont déjà connues des ingénieurs spatiaux : elles peuvent provoquer des dysfonctionnements, des erreurs de calcul ou même, dans les cas extrêmes, endommager des systèmes électroniques. L’intérêt de l’épisode Relay 2 serait d’avoir permis d’en mesurer la signature radio à très longue distance.
Quels enseignements pour la sécurité des satellites modernes ?
Si l’hypothèse de la décharge électrostatique se confirme, ce signal fugace pourrait avoir des conséquences concrètes pour la conception des engins spatiaux actuels et futurs.
| Risque lié aux charges électrostatiques | Enjeu pour les satellites |
|---|---|
| Accumulation de charges pendant des années | Montée progressive du risque de décharge brutale |
| Décharge soudaine | Possibles pannes électroniques, pertes de données |
| Détection à distance de l’impulsion | Surveillance de l’état électrique des engins en orbite |
L’épisode Relay 2 suggère que des instruments comme ASKAP pourraient, à terme, servir de système d’alerte pour repérer des décharges potentiellement dangereuses sur des satellites encore en service. Un opérateur pourrait alors adapter l’usage d’un appareil vulnérable, voire prévoir des mesures de sauvegarde.
Pour les ingénieurs, ces travaux apportent aussi des données utiles pour améliorer :
- les matériaux utilisés sur l’enveloppe des satellites ;
- les systèmes de mise à la masse et de drainage des charges ;
- les protocoles de surveillance des anomalies électriques ;
- la conception des futures constellations de satellites, plus exposées par leur nombre.
Ce que cela signifie pour les satellites opérés depuis la France
Les satellites gérés par des acteurs français comme le Centre national d’études spatiales (CNES) ou des entreprises telles qu’ArianeGroup et Eutelsat sont soumis aux mêmes contraintes physiques que les engins de la NASA. Ils évoluent dans un environnement spatial où rayonnements, plasma et débris peuvent provoquer charges électrostatiques et décharges soudaines.
En France, la mitigation de ces risques fait déjà partie du cahier des charges des missions spatiales : choix de revêtements spécifiques, dispositifs de mise à la masse, tests au sol en chambre de simulation. L’événement Relay 2 apporte toutefois un élément supplémentaire : la preuve qu’un satellite présenté comme inerte peut encore produire un signal mesurable des décennies après la fin de sa mission.
Pour les opérateurs français, ce type d’observation renforce l’intérêt :
- d’intégrer le comportement électrostatique des satellites sur la très longue durée, au-delà de la vie opérationnelle prévue ;
- de suivre aussi, quand c’est possible, les anciens engins considérés comme de simples débris ;
- de coopérer avec les grands radiotélescopes internationaux capables de capter ce genre d’impulsions.
La France participe déjà à des initiatives internationales de suivi des débris spatiaux et de surveillance de l’espace proche de la Terre. Les enseignements tirés de cas comme celui de Relay 2 peuvent nourrir ces travaux, sans nécessiter de modification immédiate de la réglementation nationale ou européenne.
Un rappel concret des dangers invisibles de l’environnement spatial
L’affaire Relay 2 illustre la manière dont des phénomènes invisibles à l’œil nu, comme l’accumulation de charges électriques, peuvent avoir des effets tangibles sur les engins en orbite. Contrairement à un impact de débris, qui détruit ou abîme physiquement, une décharge électrostatique reste discrète mais peut provoquer :
- des erreurs de fonctionnement temporaires dans les ordinateurs de bord ;
- la dégradation lente de certains composants électroniques ;
- la perte soudaine d’un sous-système, parfois difficile à diagnostiquer.
Pour les missions habitées comme pour les satellites d’observation de la Terre ou de télécommunications, la compréhension fine de ces risques conditionne la fiabilité des services rendus au sol : imagerie, navigation, téléphonie, internet, météo. Un cas extrême reste rare, mais une simple décharge au mauvais moment peut perturber une manœuvre délicate ou une phase critique d’une mission.
Cet épisode rappelle aussi que les objets laissés en orbite ne deviennent pas pleinement « inoffensifs » une fois leur mission terminée. Même silencieux pendant des décennies, ils peuvent interagir avec leur environnement et produire, à l’occasion, des signaux inattendus. Pour les chercheurs, chaque manifestation de ce type devient alors une source de données précieuse pour affiner les modèles de l’espace proche de la Terre et adapter progressivement les standards de la navigation spatiale.








