EUROTEL

Des empreintes de dinosaures vieilles de 166 millions d’années découvertes dans une carrière : elles forment la plus grande piste d’Europe

Au Royaume-Uni, des paléontologues ont mis au jour une série d’empreintes gigantesques de dinosaures, sur un site de carrière près de Bicester.

Au cœur de l’Oxfordshire, en Angleterre, un chantier d’extraction de pierre s’est transformé en site paléontologique de premier plan, rapporte un média scientifique en ligne. Sur la ferme Dewars, surnommée la « route des dinosaures » locale, des chercheurs viennent de révéler une piste de sauropode longue de 220 mètres, vieille de 166 millions d’années, aujourd’hui considérée comme la plus grande piste de ce type en Europe.

Une piste de 220 mètres laissée par un seul géant

Le site, situé près de Bicester au Royaume-Uni, abrite des centaines d’empreintes de dinosaures datant du Jurassique moyen. Au milieu de cette mosaïque de traces fossilisées, les chercheurs ont identifié une série continue d’empreintes de sauropode, ces dinosaures herbivores à long cou et longue queue.

Selon les informations diffusées par l’équipe scientifique, cette piste s’étend sur environ 220 mètres et correspond au passage d’un seul individu, un dinosaure géant qui a traversé la zone du nord au sud.

Les paléontologues estiment qu’il s’agit de la plus longue piste de sauropode connue à ce jour en Europe, conservée dans une ancienne carrière d’Oxfordshire.

Chaque empreinte mesure près d’un mètre de diamètre. Les fouilles ont permis d’en mettre au jour environ 80 à la surface, formant un alignement impressionnant. Ces marques correspondent aux pas successifs de l’animal dans un environnement alors très différent de l’Oxfordshire actuel, bien avant l’apparition de l’être humain.

« La taille et la quantité des empreintes » fascinent les chercheurs

Le site de Dewars Farm n’est pas seulement spectaculaire par la longueur de la piste. Les scientifiques y ont recensé des centaines d’empreintes appartenant à plusieurs dinosaures. Le Dr Duncan Murdock, spécialiste des sciences de la Terre au Musée d’histoire naturelle d’Oxford, résume ainsi l’ampleur des découvertes : « Le plus enthousiasmant dans ce site, c’est la taille et la quantité des empreintes », a-t-il expliqué dans un communiqué relayé par l’équipe britannique.

Les traces ne témoignent pas seulement du passage d’un individu isolé. Selon le Dr Murdock, les géologues et paléontologues réunis sur place disposent désormais « de preuves de dizaines d’individus se déplaçant dans cette zone au même moment, peut-être comme un troupeau ». Une telle concentration de pistes offre un instantané rare de la vie de ces animaux au Jurassique.

Les empreintes suggèrent que plusieurs dinosaures circulaient ensemble, donnant corps à l’hypothèse de comportements de groupe chez certains géants du Jurassique.

Pour les icnologues, ces spécialistes des traces fossiles, un site aussi riche permet d’étudier non seulement les espèces présentes, mais aussi leur façon de se déplacer, leur vitesse probable ou encore la consistance du sol au moment où les animaux y ont posé leurs pattes.

Des fouilles ardues sous une chaleur extrême

Les campagnes de fouilles menées en 2025 n’ont pas été de tout repos. D’après les scientifiques, la chaleur a rendu le terrain extrêmement difficile à travailler. Le sol, desséché, était « aussi dur que du béton ». Plus d’une centaine de personnes ont participé à l’expédition, entre experts, techniciens et bénévoles.

  • Sol très sec et compact, difficile à dégager
  • Températures élevées pendant les opérations
  • Plus de 100 personnes mobilisées sur place
  • Découvertes supplémentaires au-delà des empreintes

Malgré ces contraintes, l’équipe a mis au jour d’autres fossiles précieux. Des restes de plantes, des invertebrés marins et même une mandibule de crocodile fossilisée ont été extraits de la carrière. Ces éléments complètent le tableau de l’écosystème d’il y a 166 millions d’années. Ils montrent qu’à l’époque, la région connaissait un environnement bien plus humide, marqué par la présence d’eaux peu profondes et de zones côtières ou lagunaires.

Une « route des dinosaures » révélée par un ouvrier de carrière

La renommée du site de Dewars Farm tient aussi à la manière dont il a été identifié. Tout est parti de l’observation d’un ouvrier de carrière, intrigué par des « bosses inhabituelles » sous la surface argileuse. Ces reliefs étranges ont attiré l’attention et conduit à des investigations plus poussées.

L’intuition d’un travailleur de carrière, face à quelques irrégularités dans l’argile, a conduit à l’une des plus grandes concentrations d’empreintes de dinosaures au monde.

Les géologues ont alors compris qu’ils se trouvaient devant une couche de sédiments anciens renfermant des traces d’animaux disparus. Au fil des années, Dewars Farm a gagné son surnom de « route des dinosaures » de l’Oxfordshire, tant les pistes sont nombreuses et bien préservées.

Un comté déjà mythique pour l’histoire des dinosaures

L’Oxfordshire occupe une place particulière dans l’histoire de la paléontologie. C’est dans cette région qu’a été identifié le Megalosaurus, considéré comme le premier dinosaure à avoir reçu un nom scientifique au XIXe siècle. Ce théropode carnivore a marqué les débuts de l’étude systématique des dinosaures en Europe.

Les nouvelles découvertes de Dewars Farm prolongent cette tradition. Les traces laissées par ces animaux fascinent toujours les icnologues, qui y voient une source d’informations directe sur le comportement des dinosaures, un domaine moins documenté que leur anatomie. Chaque empreinte renseigne sur la forme du pied, la répartition du poids, la direction du déplacement et la cohésion éventuelle d’un groupe.

Période Âge approximatif Particularités
Jurassique moyen 166 millions d’années Sauropodes géants, environnements côtiers et marins peu profonds
Découvertes à Dewars Farm Fouilles 2025 Piste de sauropode de 220 m, fossiles de plantes, invertebrés marins, mandibule de crocodile

Ce que change cette découverte pour la compréhension des dinosaures

La mise au jour de cette piste géante ne constitue pas seulement un record européen. Elle apporte des indices concrets sur le mode de vie des sauropodes. Une piste aussi longue d’un seul individu suggère un trajet régulier, peut-être le long d’une rive ou entre deux zones de nourriture.

Les multiples empreintes recensées autour de cette piste centrale indiquent la présence simultanée de nombreux animaux. Les chercheurs y voient la trace possible d’un déplacement de groupe, comparable à une harde d’herbivores actuels cherchant de nouvelles zones de pâture ou d’eau.

En reconstituant la disposition des empreintes, les scientifiques peuvent estimer la taille, la vitesse de marche et parfois le comportement collectif des dinosaures.

Les autres fossiles découverts sur le site — plantes, animaux marins, crocodile — apportent un cadre environnemental précis. Ils permettent de restituer un paysage où dinosaures terrestres et faune aquatique coexistaient à proximité, sur des berges boueuses régulièrement inondées, idéales pour conserver des empreintes dans la vase avant leur fossilisation.

Les empreintes de dinosaures en France : où les voir ?

Pour un lecteur vivant en France, ce type de découverte peut sembler lointain, mais le territoire français possède lui aussi plusieurs sites majeurs d’empreintes de dinosaures. Des gisements similaires, même s’ils datent parfois d’autres périodes, permettent d’observer des pistes complètes et des pas fossilisés.

Les équivalents français se trouvent notamment dans des anciennes zones littorales ou lagunaires aujourd’hui émergées. Comme en Angleterre, les couches de sédiments ont enregistré la marche d’animaux disparus sur un sol meuble, avant de se transformer en roche.

Les institutions françaises compétentes pour l’étude et la protection de ces traces sont les muséums d’histoire naturelle, les services régionaux d’archéologie et les laboratoires universitaires en géologie et paléontologie. Ils encadrent les fouilles, l’inventaire et parfois l’ouverture au public de certains sites, sur le modèle de ce qui se fait au Royaume-Uni avec le Musée d’histoire naturelle d’Oxford.

Empreinte, fossile, icnologie : quelques repères pour mieux comprendre

Une empreinte de dinosaure n’est pas un os fossilisé. Il s’agit d’une trace laissée dans un sédiment mou, comme de la boue ou du sable humide, qui s’est ensuite durci puis transformé en roche. On parle de fossilisation de trace. Ce type de vestige fait partie de ce que les scientifiques appellent les « ichnofossiles ».

L’icnologie est précisément la discipline qui étudie ces traces fossiles : empreintes de pas, terriers, galeries, crottes fossilisées (coprolithes), marques de griffes… Contrairement aux os, ces éléments renseignent directement sur le comportement : marche, course, repos, alimentation.

Les ichnofossiles complètent les squelettes fossiles en offrant une photographie des gestes, des déplacements et parfois de la vie sociale des animaux disparus.

Pour les passionnés, les sites d’empreintes accessibles au public, encadrés par des musées ou des collectivités, constituent une porte d’entrée concrète vers la paléontologie. Sur place, les visiteurs peuvent distinguer la forme des doigts, l’enfoncement du talon, et mieux visualiser la taille réelle des animaux qui ont laissé ces marques il y a des dizaines ou des centaines de millions d’années.

La découverte de la piste géante de Dewars Farm s’ajoute ainsi à une longue série de trouvailles qui transforment progressivement la vision que les scientifiques ont des dinosaures : non plus seulement à travers leurs ossements, mais aussi en suivant pas à pas, littéralement, leurs déplacements sur les rivages d’un passé très lointain.

Défiler vers le haut