Une équipe de chercheurs nord-américains avance qu’offrir ou donner de l’argent pourrait, chez des adultes hypertendus, améliorer certains indicateurs cardiovasculaires.
Selon une étude présentée par le média américain Greater Good Magazine, dépenser son argent pour aider les autres ne ferait pas seulement du bien au moral. Chez des personnes souffrant d’hypertension, ces dépenses « prosociales » seraient associées à une baisse de la tension artérielle, un facteur clé de risque cardiovasculaire.
Une étude qui lie générosité et santé cardiovasculaire
Les travaux, publiés en février dans la revue scientifique Health Psychology, se sont intéressés à ce que les chercheurs appellent les « dépenses prosociales » : le fait d’utiliser son argent pour autrui, via des dons à des associations ou des achats en faveur de proches, plutôt que pour soi-même.
Les chercheurs ont suivi des adultes déjà diagnostiqués hypertendus. L’objectif : savoir si la manière dont ils dépensent leur argent pouvait influencer l’évolution de leur tension artérielle dans le temps.
Les auteurs avancent que, chez des adultes souffrant d’hypertension, donner de l’argent à autrui pourrait participer à une baisse mesurable de la tension artérielle.
Le média Greater Good Magazine, spécialisé dans la vulgarisation de la recherche en psychologie et bien-être, rapporte que les résultats suggèrent un bénéfice réel, comparable à celui d’habitudes de vie jugées favorables comme l’activité physique ou une alimentation équilibrée.
Première enquête : ceux qui donnent le plus voient leur tension baisser
Dans un premier temps, les chercheurs ont mené une étude dite « observationnelle ». Ils ont recruté 186 adultes, tous diagnostiqués avec une hypertension artérielle. Chaque participant devait indiquer, au départ, combien d’argent il consacrait à des associations, des œuvres ou d’autres causes.
Ces personnes ont été revues deux ans plus tard. Les chercheurs ont alors comparé l’évolution de leur tension artérielle à la lumière de leurs comportements de dépense initiaux.
Les participants qui déclaraient avoir consacré davantage d’argent à des causes ou à des dons présentaient, au bout de deux ans, une tension artérielle plus basse.
Ce lien se maintenait même après prise en compte d’autres facteurs comme le niveau de revenus, le niveau d’études ou l’âge.
Cette première partie ne permettait pas de prouver un lien de cause à effet, mais elle montrait une association significative entre générosité financière et meilleure évolution de la tension artérielle.
Deuxième étude : donner à autrui ferait baisser la tension
Les chercheurs ont ensuite voulu tester directement l’effet du fait de dépenser pour soi ou pour les autres sur la tension artérielle. Ils ont donc mis en place une étude expérimentale, toujours auprès de participants hypertendus.
Soixante-treize adultes ont été suivis pendant six semaines. À trois reprises durant cette période, chacun recevait 40 dollars à dépenser, une somme fournie par les chercheurs eux-mêmes.
Groupe
Consigne de dépense
Groupe « pour soi »
Utiliser les 40 dollars pour leurs propres besoins ou envies
Groupe « pour les autres »
Utiliser les 40 dollars pour autrui (cadeaux, dons, aides…)
À l’issue des six semaines, les participants qui avaient régulièrement utilisé cet argent pour les autres présentaient une tension artérielle plus basse que ceux qui l’avaient dépensé pour eux-mêmes.
Selon les chercheurs, la réduction de la tension observée chez les personnes qui donnaient serait d’un ordre de grandeur comparable aux bénéfices associés à une alimentation saine ou à la pratique de l’exercice physique.
Cette observation reste à confirmer par d’autres travaux, mais elle suggère un effet potentiellement significatif sur la santé cardiovasculaire.
Pourquoi donner ferait-il baisser la tension ?
Plusieurs pistes explicatives sont avancées par l’équipe. La première concerne le sentiment de lien social. Dépenser pour un proche, offrir un repas, aider quelqu’un ou faire un don à une cause à laquelle on tient renforcerait le sentiment de connexion aux autres.
La recherche en psychologie a déjà montré que la qualité du réseau social et le soutien perçu influencent fortement la santé, en particulier le cœur et les vaisseaux. Un meilleur ancrage relationnel est associé à moins de maladies cardiovasculaires et à une meilleure survie.
Ashley Whillans, doctorante à l’université de la Colombie-Britannique au moment de l’étude et autrice principale, avance une autre hypothèse. Citée par Greater Good Magazine, elle indique que ce type de dépenses pourrait atténuer l’impact nocif du stress sur l’organisme. Elle estime que de futures recherches devront préciser si « aider les autres nous protège des tensions et contraintes de notre vie quotidienne ».
Des conditions pour maximiser les bénéfices du don
Les chercheurs se sont également penchés sur la manière de tirer le maximum de bénéfices de ces dépenses prosociales. Tous les dons ne se valent pas forcément du point de vue du bien-être.
Les participants semblaient en tirer davantage d’effets positifs lorsqu’ils choisissaient eux-mêmes la personne aidée et qu’il s’agissait d’un proche ou de quelqu’un avec qui ils se sentent en lien.
Les bénéfices psychologiques étaient plus marqués lorsque le geste était librement consenti, sans pression extérieure ni obligation.
Selon les chercheurs, se sentir forcé de contribuer peut générer une impression de charge ou de contrainte, qui risque d’annuler une partie des gains sur le plan du cœur et des vaisseaux. Le sentiment de fardeau est en effet associé à des effets défavorables sur la santé cardiovasculaire.
Pour que le don fasse du bien au cœur, le geste devrait rester volontaire, choisi et tourné vers des personnes avec qui l’on se sent réellement connecté.
Ce que cela signifie pour un lecteur en France
Les études rapportées par Greater Good Magazine ont été menées en Amérique du Nord, mais les mécanismes évoqués intéressent directement un public français. Les facteurs en jeu – stress, isolement social, tension artérielle – concernent aussi les patients suivis en France pour hypertension.
En France, l’hypertension artérielle reste l’un des principaux facteurs de risque d’accident vasculaire cérébral et de maladie cardiaque. Les recommandations médicales reposent d’abord sur :
des traitements médicamenteux quand ils sont prescrits par un médecin ;
une alimentation adaptée, notamment en limitant le sel ;
la pratique régulière d’une activité physique ;
la réduction du tabac et de l’alcool ;
la gestion du stress et l’amélioration du sommeil.
Les résultats de cette étude ne remplacent pas ces approches. Ils suggèrent plutôt une piste complémentaire : intégrer davantage de gestes de générosité dans sa vie pourrait s’ajouter aux mesures déjà recommandées, en accord avec un avis médical.
En France, ce type de démarche peut passer par les dons aux associations, par le soutien matériel ponctuel à des proches en difficulté ou par de petites attentions régulières, comme offrir un repas ou un service. L’idée centrale reste la même : transformer une partie de ses dépenses en gestes tournés vers autrui, à condition que cela reste compatible avec sa propre situation financière.
Donner sans se mettre en danger : quelques repères pratiques
Les travaux présentés par Greater Good Magazine insistent sur le fait que même de petites sommes peuvent être utiles. Ashley Whillans rappelle que « il est possible de maximiser les bénéfices en termes de bonheur et de santé de chaque dollar ». Transposé à un public français, le principe vaut pour quelques euros consacrés à un proche ou à une cause.
Quelques pistes concrètes, à adapter avec prudence :
prévoir un petit budget mensuel, même modeste, dédié à un geste pour quelqu’un d’autre ;
favoriser les gestes qui créent une interaction : inviter un ami, offrir un café, participer à une cagnotte collective pour une personne que l’on connaît ;
éviter de s’engager dans des dépenses que l’on vit comme une contrainte ou qui créent de l’anxiété financière, ce qui irait à l’encontre de l’objectif de réduction du stress.
Sur le plan médical, la tension artérielle correspond à la pression exercée par le sang sur la paroi des artères. Quand cette pression reste trop élevée dans le temps, le cœur et les vaisseaux se fatiguent. Les comportements qui réduisent le stress chronique, renforcent le soutien social et donnent un sentiment de contrôle sur sa vie contribuent généralement à mieux la stabiliser, ce que ces travaux viennent illustrer sous un angle financier et relationnel.
Pour certaines personnes hypertendues, combiner les conseils habituels – alimentation, activité physique, arrêt du tabac – avec une démarche régulière de don ou d’aide pourrait donc offrir un bénéfice global, à condition que ces gestes restent choisis, adaptés à leur budget et discutés avec leur médecin si nécessaire.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Quels sont les deux types d'études menées par les chercheurs ?
Une étude observationnelle a suivi 186 adultes hypertendus pendant deux ans en examinant le lien entre leurs dépenses prosociales et leur tension. Une étude expérimentale a ensuite fait dépenser 40 dollars à 73 participants à trois reprises, en comparant deux groupes : l'un dépensant pour soi, l'autre pour autrui.
Pourquoi donner de l'argent ferait-il baisser la tension artérielle ?
Plusieurs mécanismes sont avancés : le renforcement du sentiment de lien social et de connexion aux autres, ainsi que la réduction de l'impact du stress sur l'organisme. Ces deux facteurs influencent fortement la santé cardiovasculaire.
Tous les types de dons ont-ils le même effet bénéfique ?
Non. Les bénéfices sont plus importants lorsque le don est choisi librement, sans pression extérieure, et dirigé vers une personne ou une cause avec laquelle on se sent vraiment connecté. Un don forcé ou obligatoire peut générer une impression de charge.
Ces résultats peuvent-ils remplacer les traitements médicaux contre l'hypertension ?
Non. L'étude suggère une piste complémentaire aux mesures déjà recommandées (médicaments, alimentation, exercice, gestion du stress), à ajouter en accord avec un avis médical.
Comment ces résultats s'appliquent-ils aux patients français ?
Bien que l'étude ait été menée en Amérique du Nord, les mécanismes (stress, isolement social, hypertension) concernent aussi les patients français. Intégrer davantage de gestes de générosité pourrait s'ajouter aux approches recommandées en France.