Près du château de Rubens à Elewijt, en Belgique, des fouilles viennent de mettre au jour une construction médiévale longtemps tenue pour imaginaire.
À quelques pas du Rubenskasteel, le château d’eau du peintre flamand Peter Paul Rubens à Elewijt, en Flandre, des archéologues viennent d’identifier les vestiges d’une tour médiévale. Longtemps, spécialistes et amateurs d’art pensaient que cette tour, visible sur certains paysages du maître baroque, relevait de sa seule imagination. La radio publique flamande VRT, via sa rédaction régionale Radio 2, rapporte que ces fouilles changent aujourd’hui la lecture de plusieurs tableaux et s’accompagnent d’un vaste projet de restauration du domaine.
Une tour médiévale que l’on croyait sortie de l’imagination de Rubens
La découverte a été réalisée par une équipe d’archéologues de l’université de Gand (UGent) et de l’Agence flamande du patrimoine immobilier, Onroerend Erfgoed. En travaillant sur le domaine, ils ont mis au jour les contours d’une ancienne donjon, une tour défensive typique du Moyen Âge.
Cette tour n’est pas inconnue des historiens de l’art : Rubens l’avait déjà représentée sur plusieurs de ses paysages, dont un tableau emblématique daté de 1636. Jusqu’ici, beaucoup de spécialistes estimaient qu’il s’agissait d’un décor recomposé, inspiré de différents châteaux plutôt que d’un bâtiment réel.
Les fouilles montrent que la tour figurant dans plusieurs paysages de Rubens existait réellement à proximité immédiate de son château d’Elewijt.
Ben Weyts, ministre flamand du Patrimoine immobilier, résume la surprise suscitée par la découverte : tout le monde pensait que cette tour n’était qu’une invention picturale, elle s’avère aujourd’hui correspondre à une construction bien réelle dont les fondations subsistent encore.
Un paysage peint devenu document historique
La donjon désormais attestée se trouvait tout près du château d’Elewijt, connu sous le nom de « Het Steen ». Cette proximité explique sa présence récurrente dans les paysages conçus par Rubens pendant son séjour sur place.
Parmi les œuvres concernées, VRT rappelle notamment un tableau devenu célèbre : « Paysage d’automne avec vue sur le Steen ». Réalisé au XVIIe siècle, il est aujourd’hui conservé à la National Gallery de Londres. Sur cette toile, le château d’Elewijt et sa tour émergent dans un vaste paysage campagnard, baigné d’une lumière automnale.
- La donjon était jusqu’ici considérée comme un motif imaginé.
- Les fouilles ont mis au jour ses vestiges à proximité du château.
- Les paysages de Rubens prennent dès lors une valeur documentaire accrue.
Ce renversement de perspective intéresse autant les historiens de l’art que les archéologues. Les tableaux de Rubens, loin de n’être qu’une mise en scène idéalisée, se révèlent contenir des informations précises sur l’organisation du domaine et son environnement bâti au XVIIe siècle.
Le Rubenskasteel, refuge champêtre du maître flamand
Le château d’Elewijt, appelé « Het Steen », est un château d’eau du XVIIe siècle situé en Flandre, au nord de Bruxelles. Il a servi de résidence de campagne à Peter Paul Rubens, figure centrale de la peinture baroque flamande.
Selon VRT, Rubens y a vécu entre 1635 et 1640 avec son épouse Helena Fourment. C’est dans ce cadre rural que le peintre a conçu nombre de ses paysages tardifs, mêlant scènes de campagne, vie quotidienne et vues du château. L’édifice apparaît dans plusieurs de ses toiles majeures, tout comme la tour désormais identifiée.
Entre 1635 et 1640, Rubens transforme le domaine d’Elewijt en décor vivant de ses paysages, où château, tour et campagne flamande se répondent.
Aujourd’hui encore, le site garde une allure de décor de conte. Le château est entouré d’un parc de 26 hectares, avec plans d’eau, chemins et zones boisées. Longtemps, ce cadre est resté relativement confidentiel pour le public.
Un monument rarement accessible, malgré son aura
Malgré son importance pour l’histoire de l’art, le Rubenskasteel n’est presque jamais ouvert aux visiteurs à l’heure actuelle. L’édifice, marqué par le temps, nécessite une restauration lourde pour pouvoir accueillir régulièrement du public dans de bonnes conditions.
C’est dans ce contexte que les autorités flamandes ont décidé de confier la remise en état du domaine à Herita, une organisation spécialisée dans la gestion et la valorisation de sites patrimoniaux en Flandre, comparable à une fondation de type « National Trust » pour le territoire flamand.
Un vaste chantier de restauration annoncé pour 2029
Au cours d’une conférence de presse, Ben Weyts a profité de l’annonce de la découverte archéologique pour détailler le projet de remise en valeur du domaine. La restauration du Rubenskasteel doit s’étaler sur plusieurs années, avec un objectif affiché : rendre le site à la fois accessible et attractif pour le grand public.
D’après les informations relayées par VRT, la feuille de route prévoit plusieurs interventions ciblées :
- restauration des façades extérieures du château ;
- réhabilitation de la maison du receveur, bâtiment annexe du domaine ;
- transformation de l’orangerie en espace d’accueil et d’interprétation dédié à Rubens et au site ;
- ouverture progressive du parc et des abords, avant même la fin des travaux.
L’objectif est de rendre le domaine à son lustre d’antan d’ici 2029, tout en l’ouvrant beaucoup plus largement au public.
Herita ne compte pas attendre l’achèvement complet du chantier pour faire vivre le lieu. L’organisation prévoit d’ouvrir le domaine au public « le plus vite possible », avec sans doute des visites partielles ou des événements ponctuels, avant la réouverture totale programmée à l’horizon 2029.
Une « nouvelle vie » pour un site présenté comme magique
Pour le ministre Ben Weyts, cité par la radio flamande, Rubens reste « le maître flamand par excellence, l’un des peintres les plus célèbres au monde ». Ses œuvres, rappelle-t-il, ont une valeur considérable, autant artistique qu’économique et symbolique.
À ses yeux, le château d’Elewijt constitue un lieu unique pour raconter cette histoire. Il décrit le domaine comme un endroit où l’on peut « faire énormément de choses, à condition d’avoir le bon partenaire ». Le choix de Herita comme gestionnaire marque, selon lui, le début d’une « nouvelle future » pour ce site présenté comme « magique ».
Le rapprochement entre la restauration physique du château et la redécouverte de la tour peinte par Rubens renforce l’idée d’un ensemble cohérent : architecture, paysage, peinture et mémoire se répondent pour donner une nouvelle profondeur au site.
Ce que cette découverte change dans la lecture des tableaux de Rubens
La confirmation de l’existence réelle de la donjon représentée par Rubens ouvre plusieurs pistes pour les chercheurs. Les tableaux où apparaît la tour peuvent désormais être relus comme des témoignages bien ancrés dans le réel.
| Élément | Avant la découverte | Après la découverte |
|---|---|---|
| La tour médiévale | Motif jugé imaginaire ou recomposé | Bâtiment réel documenté par l’archéologie |
| Paysages d’Elewijt | Vues idéalisées du domaine | Représentations localisées et précises |
| Valeur documentaire des toiles | Considérée comme limitée | Renforcée par la correspondance avec le terrain |
Les archéologues peuvent s’appuyer sur les compositions de Rubens pour affiner la reconstitution du site au XVIIe siècle : position relative des bâtiments, relation entre le château, la tour et le paysage environnant, évolution des aménagements.
Pour le public, la visite future du domaine prendra un relief particulier : voir les vestiges de la tour sur le terrain et, en parallèle, leur interprétation par Rubens dans ses toiles offrira une expérience concrète de la rencontre entre art et archéologie.
Patrimoine autour des grands peintres : quel parallèle en France ?
En France, plusieurs sites liés à de grands artistes font l’objet d’un soin comparable à celui apporté au Rubenskasteel en Flandre. Des demeures d’écrivains ou de peintres, comme la maison de Claude Monet à Giverny ou la villa de Pierre Bonnard au Cannet, sont restaurées et ouvertes à la visite pour faire le lien entre lieu de vie, œuvre et paysage.
La démarche de valorisation repose sur des principes proches de ceux mis en avant par Herita : restauration des bâtiments, mise en scène de l’histoire du lieu, ouverture au public et travail de médiation. En France, ce rôle est souvent assuré par un mélange d’acteurs publics (collectivités, établissements publics patrimoniaux) et privés (fondations, associations).
Les découvertes archéologiques sur ces sites peuvent, comme en Belgique, modifier la compréhension des œuvres. Lorsqu’un peintre s’inspire de son environnement proche, chaque vestige retrouvé éclaire d’un jour nouveau ses tableaux, qu’il s’agisse de jardins, de bâtiments disparus ou d’éléments de paysage.
Un intérêt accru pour l’archéologie des sites artistiques
Au-delà du seul cas de Rubens, cette découverte souligne l’intérêt de mener des fouilles ciblées sur les lieux fréquentés par de grands artistes. Croiser les sources iconographiques, les archives et les vestiges matériels permet de mieux cerner la part de réalité et celle de recomposition dans leurs œuvres.
Pour les visiteurs, ces recherches enrichissent l’expérience sur place. Un parcours qui associe tableaux reproduits, vestiges visibles et explications claires aide à comprendre comment un peintre comme Rubens transformait ce qu’il voyait en composition baroque, tout en conservant des éléments fidèles du paysage réel.
Le futur espace d’accueil prévu dans l’orangerie du Rubenskasteel devrait justement servir à présenter ce type de contenu : contexte historique, vie de Rubens à Elewijt, résultats des fouilles, interprétation des paysages. Ce type de médiation permet de lier très concrètement l’histoire de l’art, l’archéologie et la valorisation touristique d’un site patrimonial.









