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Un nouveau groupe sanguin identifié 50 ans après la dernière découverte : ce que le groupe MAL change pour les patients rares

Illustration conceptuelle montrant des globules rouges microscopiques avec des antigènes à leur surface, représentant la découverte du nouveau groupe sanguin MAL.

Un nouveau groupe sanguin vient d’être mis en évidence au Royaume-Uni, après un demi-siècle de recherches sur des patients très rares.

Un travail de fourmi mené par des équipes du service britannique de transfusion sanguine, NHS Blood and Transplant, a permis de décrire un nouveau groupe sanguin baptisé MAL. Comme l’explique l’article de Futura, cette avancée scientifique repose sur un cas médical remontant aux années 1970 et pourrait transformer la prise en charge de certains patients à risque lors des transfusions.

Groupe sanguin : bien plus que A, B, AB ou O

Lorsqu’on parle de groupe sanguin, on pense spontanément aux lettres A, B, AB ou O, parfois au Rhésus positif ou négatif. En réalité, il s’agit seulement des systèmes les plus connus, ABO et Rh.

Un groupe sanguin correspond à une façon de classer les globules rouges en fonction des molécules présentes à leur surface, les antigènes. Ces antigènes, souvent des protéines ou des sucres, sont reconnus par notre système immunitaire. Ils servent de repères pour distinguer ce qui appartient à l’organisme et ce qui lui est étranger.

Les antigènes des globules rouges déterminent la compatibilité entre donneur et receveur, et donc la sécurité d’une transfusion.

Si un patient reçoit du sang dont les antigènes ne sont pas compatibles avec les siens, son système immunitaire peut attaquer les globules rouges transfusés. Cette réaction, parfois brutale, peut provoquer une destruction massive des globules rouges et mettre immédiatement la vie en danger.

Les exemples les plus connus sont :

  • les personnes O-, dites « donneurs universels » pour les globules rouges, qui peuvent donner à tous, mais ne recevoir que O- ;
  • les personnes AB+, « receveurs universels », qui peuvent accepter des globules rouges de tous les autres groupes ABO et Rh.

Derrière ces systèmes bien identifiés se cachent pourtant plus de 300 groupes sanguins différents, liés à des centaines d’antigènes possibles. Certaines combinaisons sont extrêmement rares et concernent parfois moins de 4 personnes sur 1 000.

Des groupes sanguins rares, un enjeu vital pour certains patients

En France, l’Établissement français du sang parle de groupe sanguin rare lorsqu’il est présent chez moins de 4 personnes sur 1 000. Futura rappelle que près de 250 types rares ont déjà été répertoriés dans l’Hexagone, pour environ 700 000 personnes concernées.

Ces groupes rares sont très souvent liés à des origines géographiques ou familiales spécifiques. Les personnes originaires d’Afrique subsaharienne, des départements et régions d’outre-mer ou de l’océan Indien présentent ainsi plus fréquemment certains profils rares. À l’échelle mondiale, on compte plus de 380 groupes rares, aux noms parfois méconnus du grand public : YT, MNS, Bombay, Lewis, Duffy, Diego, entre autres.

Ces spécificités sont parfois découvertes par hasard :

  • lors d’un bilan pré-transfusionnel à l’hôpital ;
  • au cours d’un suivi de grossesse ;
  • à l’occasion d’analyses génétiques ciblées.

La rareté dépend aussi de la région du monde. Un exemple cité par Futura : être Rh négatif est assez courant en Europe, où cela concerne environ 15 % de la population, alors que ce profil demeure très rare en Chine.

Pour ces patients à groupes rares, trouver un donneur compatible reste un défi. C’est là que l’identification fine de nouveaux groupes sanguins prend tout son sens.

Comment les chercheurs ont remonté la piste du groupe MAL

Une histoire qui commence en 1972 à l’hôpital

La découverte du groupe MAL ne date pas d’hier. Elle trouve son origine en 1972, lors de la prise en charge d’une femme enceinte hospitalisée en urgence au Royaume-Uni. Les médecins constatent alors que le système immunitaire de la mère attaque les globules rouges de son enfant à naître.

Malgré les soins, le fœtus décède. Les médecins identifient un élément troublant : l’absence d’un antigène spécifique sur les globules rouges, baptisé AnWj. Cette absence semble déclencher la réaction immunitaire de la mère contre les globules rouges de l’enfant.

À l’époque, les spécialistes associent surtout l’absence d’AnWj à des maladies graves, notamment certains cancers ou troubles hématologiques. Pourtant, dans cette famille et chez d’autres patients, les médecins soupçonnent une origine génétique plutôt qu’un simple effet secondaire d’une pathologie.

L’antigène AnWj, un marqueur présent chez 99 % de la population

Les travaux menés dans les décennies suivantes montrent que 99 % de la population mondiale possède l’antigène AnWj. Le 1 % restant n’en dispose pas. Chez ces personnes, deux situations se dessinent :

  • une absence liée à une maladie, qui modifie l’expression de cet antigène ;
  • ou une absence héritée, d’origine génétique.

Le groupe MAL correspond à des individus dépourvus de l’antigène AnWj, en raison d’une particularité de leur gène MAL.

Pour le démontrer, les chercheurs de NHS Blood and Transplant ont eu recours au séquençage des régions du génome codant pour les protéines. Leur objectif : trouver une anomalie récurrente chez les personnes AnWj négatif.

En analysant les échantillons, ils repèrent des délétions, c’est-à-dire des pertes de fragments d’ADN, localisées principalement au niveau du gène MAL. Ce gène code une protéine présente dans la membrane des globules rouges. Lorsque ce gène est altéré, la protéine n’est plus produite.

Le groupe MAL : qui est concerné et quels risques ?

Les individus AnWj négatif, que ce soit pour des raisons génétiques ou pathologiques, ne produisent pas cette protéine MAL à la surface de leurs globules rouges. Les chercheurs montrent que cette caractéristique correspond à un véritable nouveau groupe sanguin.

Ils décrivent officiellement ce groupe comme le « groupe MAL » dans la revue scientifique Blood. Ce nouveau système vient s’ajouter à la longue liste des groupes déjà identifiés.

Pour les patients concernés, l’enjeu n’est pas théorique :

  • leurs globules rouges sont différents de ceux de la majorité de la population ;
  • s’ils reçoivent du sang contenant l’antigène AnWj (donc la très grande majorité des donneurs), leur organisme peut reconnaître ces globules rouges comme étrangers ;
  • une réaction immunitaire sévère, voire fatale, peut alors survenir après transfusion.

Futura rapporte que cette découverte va permettre de développer des tests de génotypage plus précis. Ces examens génétiques aideront à repérer à l’avance les personnes AnWj négatif et à sécuriser davantage leurs transfusions.

Recevoir du sang AnWj positif quand on est AnWj négatif expose à un risque de réaction immunitaire grave, d’où l’intérêt du groupe MAL.

Pour Louise Tilley, auteure principale de l’étude citée par Futura, « c’est une immense réussite et l’aboutissement d’un long travail d’équipe que de pouvoir enfin établir ce nouveau système de groupe sanguin et offrir les meilleurs soins à des patients rares, mais importants ».

Ce que change le groupe MAL pour les hôpitaux et les laboratoires

La description d’un nouveau groupe sanguin n’est pas un simple ajout à un catalogue. Elle se traduit par des changements très concrets dans les pratiques hospitalières :

  • mise à jour des batteries de tests pour le typage sanguin dans les laboratoires spécialisés ;
  • création de protocoles spécifiques pour les patients identifiés comme AnWj négatif ;
  • organisation de réseaux de donneurs compatibles, à l’échelle nationale voire internationale pour les cas les plus rares ;
  • surveillance renforcée des grossesses à risque lorsqu’une incompatibilité potentielle est détectée entre la mère et le fœtus.

Les recherches sur le groupe MAL illustrent aussi le rôle central de la génétique dans l’hématologie moderne. Là où, il y a quelques décennies, les médecins ne pouvaient que constater une réaction immunitaire inexpliquée, ils parviennent désormais à relier précisément ces phénomènes à des variations sur un gène identifié.

Groupes sanguins rares : où en est la France ?

En France, la gestion des groupes sanguins rares relève principalement de l’Établissement français du sang (EFS). L’organisme coordonne l’identification des profils rares et l’organisation de réseaux de donneurs compatibles, y compris au sein de populations peu représentées dans les fichiers de donneurs.

Les principes appliqués sont comparables à ceux mis en œuvre par NHS Blood and Transplant au Royaume-Uni :

  • dépistage des particularités de groupe lors des dons de sang et des examens hospitaliers ;
  • constitution de fichiers de donneurs rares, susceptibles d’être rappelés pour un patient précis ;
  • recours à des analyses génétiques de plus en plus fines lorsque des incompatibilités imprévues sont observées.

Lorsqu’un nouveau groupe est reconnu à l’international, comme MAL, les autorités transfusionnelles françaises intègrent progressivement cette donnée dans leurs référentiels. Les laboratoires de référence adaptent alors leurs techniques, puis diffusent ces outils vers les services de transfusion régionaux.

Pour un patient vivant en France, la mise en évidence du groupe MAL signifie donc, à terme, une meilleure capacité à anticiper les risques lors d’une transfusion, en particulier pour ceux qui présentent des profils immunologiques atypiques.

Ce que révèle le groupe MAL sur la complexité du sang

La mise au jour du groupe MAL rappelle que notre classification des groupes sanguins reste incomplète. Malgré un siècle de recherche, des combinaisons inédites continuent d’être décrites chez l’humain.

Cette complexité s’explique par plusieurs facteurs :

  • la diversité génétique entre populations, façonnée par les migrations et l’histoire évolutive ;
  • les mutations ponctuelles ou les délétions qui modifient parfois l’expression des antigènes ;
  • l’interaction entre certaines pathologies et l’apparition ou la disparition de marqueurs à la surface des globules rouges.

Pour le grand public, ces recherches peuvent sembler très éloignées du quotidien. Elles prennent pourtant tout leur sens dans des situations très concrètes : accident grave nécessitant une transfusion massive, chimiothérapie avec besoin répété de concentrés de globules rouges, chirurgie lourde, hémorragie du post-partum, ou encore grossesse compliquée par une incompatibilité fœto-maternelle.

Un autre point clé concerne la signification même d’un « antigène ». Ce terme désigne toute structure capable de déclencher une réaction du système immunitaire. Dans le cas des groupes sanguins, ces structures se trouvent à la surface des globules rouges. Lorsque deux personnes ont des profils trop différents, le système immunitaire du receveur interprète le sang transfusé comme une agression et active ses défenses, ce qui explique la sévérité potentielle des réactions.

L’exemple du groupe MAL met aussi en lumière le rôle des études au long cours. Entre le premier cas repéré en 1972 et la publication de l’étude dans Blood, plus de cinquante ans se sont écoulés. Ce délai résulte des progrès techniques nécessaires, notamment en génomique, mais aussi de la rareté extrême des patients concernés.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le groupe sanguin MAL ?

Le groupe MAL est un nouveau système de classification sanguin identifié par les chercheurs britanniques, caractérisé par l'absence de l'antigène AnWj à la surface des globules rouges. Cette absence est liée à une altération du gène MAL et concerne environ 1 % de la population mondiale.

Pourquoi cette découverte a-t-elle pris 50 ans ?

L'identification du groupe MAL trouve son origine dans un cas médical de 1972. Les chercheurs ont dû mener des recherches génétiques approfondies pendant des décennies pour prouver que l'absence d'AnWj était d'origine génétique et non simplement liée à une maladie, avant de pouvoir décrire officiellement ce nouveau groupe sanguin.

Quel danger représente le groupe MAL pour les patients ?

Les patients du groupe MAL risquent une réaction immunitaire grave ou fatale s'ils reçoivent du sang contenant l'antigène AnWj, ce qui concerne la très grande majorité des donneurs. L'identification précise du groupe MAL permet de développer des tests de génotypage pour éviter ces risques.

Combien de groupes sanguins différents existent en réalité ?

Au-delà des systèmes ABO et Rh bien connus, il existe plus de 300 groupes sanguins différents liés à des centaines d'antigènes possibles, dont environ 250 types rares sont répertoriés en France et plus de 380 à l'échelle mondiale.

Comment identifie-t-on le groupe MAL chez un patient ?

Les chercheurs utilisent le séquençage des régions du génome pour repérer les délétions d'ADN au niveau du gène MAL. Des tests de génotypage plus précis sont en cours de développement pour identifier à l'avance les personnes AnWj négatif et sécuriser leurs transfusions.
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