Aux États-Unis, une fratrie a passé près de dix ans à chercher la cause de douleurs mystérieuses, tandis que leur chien, lui, était soigné sans attendre.
Le récit de Makalea, une Américaine très suivie sur Instagram et TikTok, a été rapporté par le média en ligne Newsweek. Pendant une décennie, elle et ses trois frères et sœurs ont enchaîné les consultations médicales pour des symptômes aussi réels qu’inexpliqués. Ironie cruelle : la chienne de la famille, elle, avait reçu très vite le bon diagnostic… la maladie de Lyme.
Un chien traité immédiatement, quatre enfants livrés à l’errance médicale
Makalea était encore adolescente lorsque les premières douleurs articulaires sont apparues. Intenses, persistantes, sans cause évidente. À la même période, ses trois cadets se plaignent eux aussi de symptômes étranges. Les rendez-vous médicaux s’enchaînent, sans réponse claire.
Dans la maison, un autre membre de la famille tombe malade : Molly, la chienne. Autour d’une morsure de tique, un érythème en forme de cible apparaît rapidement sur sa peau. La mère de famille conduit l’animal chez le vétérinaire. Le diagnostic tombe aussitôt : maladie de Lyme. Molly reçoit des antibiotiques, se remet vite et retrouve une vie normale. Elle vivra jusqu’à 16 ans.
Alors que les médecins restaient dans le flou pour les enfants, le vétérinaire a identifié dès le départ une maladie de Lyme chez le chien.
Ce contraste entre la rapidité du diagnostic pour l’animal et la longue errance des enfants deviendra, avec le temps, une sorte de blague familiale. Derrière l’humour, le constat est pourtant amer pour Makalea : la même infection se cachait chez eux, mais personne ne l’avait vue.
Dix ans d’incompréhension avant de mettre un nom sur la maladie
Ce n’est qu’en 2020, près de dix ans après l’apparition des premières douleurs, que Makalea obtient enfin une réponse : les médecins diagnostiquent une maladie de Lyme. Ses frères et sœurs recevront le même diagnostic dans les années qui suivront.
La jeune femme est convaincue que tous ont été infectés à peu près au même moment que Molly. Elle se souvient très bien d’avoir retiré des tiques de sa peau lorsqu’elle était enfant. Mais elle n’en a jamais parlé à un médecin, persuadée que cela n’était pas important puisqu’elle n’avait pas vu de fameuse « tache en cible » sur son corps.
Ses frères et sœurs n’ont jamais présenté ce type de lésion non plus. Là se trouve le nœud du problème : toute la famille associait la maladie de Lyme à ce seul symptôme spectaculaire, considéré à tort comme systématique.
Makalea résume ainsi sa découverte, citée par Newsweek : « En réalité, c’est un mythe de croire que la maladie de Lyme s’accompagne toujours d’une éruption en forme de cible. »
La maladie de Lyme ne se résume pas à une “cible” sur la peau
Les spécialistes américains confirment ce que la jeune femme a douloureusement appris. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l’équivalent américain de Santé publique France, rappellent que l’érythème migrant — cette grande plaque rouge ou violacée qui s’étend progressivement — n’apparaît que chez environ 70 à 80 % des personnes infectées.
Autrement dit, une part significative des malades de Lyme ne présente aucune éruption cutanée visible. Et, parmi ceux qui en ont une, la célèbre forme en « cible » avec un anneau plus clair au centre reste minoritaire.
la plupart des érythèmes migrans sont de simples taches rouges ou violacées, uniformes et ovales ;
ils s’agrandissent sur plusieurs jours ;
ils peuvent apparaître à des endroits peu visibles : cuir chevelu, arrière de la cuisse, dos…
Sans rash évident, les médecins se retrouvent parfois face à des signes diffus : fatigue intense, fièvre, frissons, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, ganglions gonflés. Selon le CDC, ces manifestations peuvent être les premiers signaux de l’infection, même en l’absence de marque sur la peau.
Une infection à tique peut provoquer fièvre, fatigue et douleurs articulaires sans laisser de trace visible sur la peau.
Si elle n’est pas repérée et traitée, la maladie de Lyme peut évoluer vers des formes plus graves : arthrite touchant les grosses articulations, paralysie faciale, troubles du rythme cardiaque. Dans le cas de la fratrie américaine, les médecins ont finalement identifié la maladie de Lyme, mais aussi plusieurs co-infections transmises par les tiques, parmi lesquelles Bartonella, Babesia et la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses. Chaque frère et sœur a développé un tableau clinique différent.
Une fratrie marquée à vie, une volonté de prévenir les autres
Ce long parcours médical laisse un goût amer à Makalea. Elle confie à Newsweek qu’elle pense souvent à tout ce qui aurait pu être évité avec un diagnostic plus précoce. « Si j’avais attrapé Lyme tôt, ma vie aurait pu être tellement différente », explique-t-elle. « Alors j’espère que raconter notre histoire aidera d’autres personnes à éviter ce chemin. »
Sur ses comptes Instagram et TikTok, où elle publie sous le nom @heymakalea, la jeune femme raconte son expérience, met en lumière les symptômes méconnus et insiste sur la nécessité de prendre les morsures de tiques au sérieux, même sans éruption typique.
Dans sa famille, l’épisode de Molly la chienne reste un sujet de plaisanterie. Tout le monde se répète que le seul être vivant à avoir été pris en charge rapidement a été… le chien. Une manière de relativiser, tout en soulignant l’absurdité de la situation.
Ce que l’histoire de Makalea rappelle aux familles exposées aux tiques
Pour un lecteur français, le récit venu des États-Unis met en avant plusieurs points de vigilance concrets :
Une tique retirée tôt n’exclut pas un risque infectieux, surtout si des symptômes apparaissent dans les semaines suivantes.
L’absence d’éruption en forme de cible ne doit pas rassurer complètement.
Des douleurs articulaires chroniques, une fatigue persistante ou des maux de tête inexpliqués chez une personne exposée aux tiques doivent être signalés au médecin.
Cette histoire illustre aussi la difficulté du diagnostic quand les signes sont diffus et étalés dans le temps, notamment chez des enfants ou des adolescents qui banalisent parfois leurs douleurs.
La maladie de Lyme en France : mêmes tiques, mêmes pièges diagnostiques
En France, la maladie de Lyme est également transmise par des tiques, très présentes dans les zones boisées, les prairies, mais aussi certains parcs urbains. Les autorités sanitaires françaises insistent elles aussi depuis plusieurs années sur le fait qu’un patient peut être infecté sans présenter la tache en cible caractéristique.
Le parcours de soins passe d’abord par le médecin généraliste. En cas de doute, celui-ci peut orienter vers un infectiologue ou un spécialiste hospitalier. Comme aux États-Unis, un traitement antibiotique est utilisé, d’autant plus efficace qu’il est administré tôt après la piqûre de tique et l’apparition des premiers symptômes.
Les recommandations françaises rappellent généralement :
de retirer la tique le plus vite possible avec un tire-tique adapté, sans produit, sans brûlure ;
de surveiller la zone pendant plusieurs semaines, mais aussi l’état général (fièvre, fatigue, douleurs) ;
de consulter si une plaque rouge s’étend ou si des symptômes généraux apparaissent.
Les débats existent en France comme ailleurs sur les formes dites « chroniques » de Lyme, parfois associées à des symptômes variés et durables. Les autorités sanitaires privilégient une approche basée sur les preuves scientifiques disponibles, avec un encadrement strict des durées de traitement. Le cas de Makalea, lui, met surtout en lumière le risque d’errance médicale quand les signes initiaux sont passés inaperçus.
Co-infections et symptômes multiples : pourquoi les tiques compliquent la donne
Le fait que les médecins américains aient identifié, chez les frères et sœurs, plusieurs infections transmises par les tiques montre que Lyme n’est pas toujours une maladie isolée. Une même tique peut porter différentes bactéries ou parasites et les transmettre en une seule morsure.
Dans le cas décrit par Newsweek, les soignants ont relevé la présence de Bartonella, de Babesia et de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, en plus de la maladie de Lyme. Ces agents pathogènes provoquent chacun leurs propres symptômes, ce qui peut brouiller encore davantage les pistes pour les médecins.
Pour un médecin, démêler ces tableaux cliniques demande de penser à ces infections spécifiques, surtout si le patient vit ou séjourne dans une zone à tiques. Pour un patient ou un parent, connaître l’existence de ces risques permet d’insister sur l’historique d’exposition lors de la consultation.
Retirer une tique, surveiller les symptômes : un réflexe à adopter
L’histoire de Makalea rappelle enfin quelques gestes simples à garder en tête après une promenade en forêt ou dans l’herbe, que l’on soit aux États-Unis ou en France :
inspecter soigneusement la peau, y compris le cuir chevelu et l’arrière des jambes, au retour d’une sortie à risque ;
retirer immédiatement toute tique visible avec un tire-tique, en tirant doucement sans torsion ;
noter la date et la zone de la morsure ;
être attentif, dans les semaines suivantes, à toute fatigue inhabituelle, douleur articulaire, fièvre ou plaque rouge qui s’agrandit.
Les vétérinaires proposent souvent des traitements préventifs pour les chiens et les chats vivant en zone à risque. L’exemple de Molly montre qu’un animal suivi régulièrement peut bénéficier d’un diagnostic rapide. Pour les humains, cette vigilance repose davantage sur les familles elles-mêmes et sur la capacité à signaler, sans les minimiser, des piqûres de tiques passées parfois inaperçues sur le moment.
En partageant son histoire sur les réseaux sociaux et auprès de Newsweek, Makalea cherche à transformer des années de souffrance en message de prévention. Son objectif : que des parents, des adolescents ou des médecins pensent un peu plus tôt à cette piste lorsqu’apparaissent des douleurs persistantes, surtout quand les tiques font partie du décor du quotidien.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
La maladie de Lyme s'accompagne-t-elle toujours d'une tache en cible ?
Non. Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l'érythème migrant n'apparaît que chez 70 à 80 % des personnes infectées. Parmi ceux qui en ont une, la forme en « cible » avec un anneau au centre reste minoritaire. La plupart des érythèmes sont de simples taches rouges ou violacées uniformes et ovales.
Quels sont les symptômes de la maladie de Lyme sans éruption cutanée ?
En l'absence de marque visible sur la peau, les premiers signaux peuvent inclure : fatigue intense, fièvre, frissons, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, ganglions gonflés. Ces manifestations peuvent être les seuls indicateurs d'une infection à tique.
Que risque-t-il si la maladie de Lyme n'est pas traitée rapidement ?
Si elle n'est pas diagnostiquée et traitée, la maladie de Lyme peut évoluer vers des formes graves : arthrite touchant les grosses articulations, paralysie faciale, troubles du rythme cardiaque. Un traitement antibiotique est d'autant plus efficace qu'il est administré tôt.
Dois-je consulter un médecin après une piqûre de tique même sans symptômes visibles ?
Une tique retirée tôt ne garantit pas l'absence de risque infectieux, surtout si des symptômes apparaissent dans les semaines suivantes. Il est recommandé de signaler au médecin tout retrait de tique et d'observer l'apparition de symptômes (douleurs articulaires, fatigue persistante, maux de tête).
La maladie de Lyme existe-t-elle en France comme aux États-Unis ?
Oui. En France, la maladie de Lyme est transmise par des tiques présentes dans les zones boisées, les prairies et certains parcs urbains. Les autorités sanitaires françaises insistent aussi sur le fait qu'un patient peut être infecté sans présenter la tache en cible caractéristique.