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Des archéologues espagnols ouvrent une tombe de 4 400 ans en Égypte : ce qui les a stupéfaits n’est ni l’âge ni le sarcophage, mais les couleurs

Des archéologues espagnols ouvrent une tombe de 4 400 ans en Égypte : ce qui les a stupéfaits n'est ni l'âge ni le sarcophage, mais les couleurs

Dans la nécropole de Saqqara, en Égypte, une mission hispano-égyptienne a mis au jour une tombe vieille de 4 400 ans au décor étonnamment bien préservé.

Cette mission archéologique conjointe entre l’Espagne et l’Égypte, menée par l’Université autonome de Barcelone, a mis la main sur une tombe de la Vᵉ dynastie égyptienne près du Caire. Comme le rapporte l’agence de presse espagnole EFE, ce sont moins l’ancienneté du monument ou son architecture que l’état exceptionnel de ses couleurs et de ses reliefs qui ont fasciné les chercheurs.

Une tombe monumentale de la Vᵉ dynastie mise au jour à Saqqara

La découverte a eu lieu dans la nécropole de Saqqara, au sud-ouest du Caire, en Égypte. La zone était connue depuis les travaux de l’archéologue français Auguste Mariette au XIXᵉ siècle, mais n’avait jamais été fouillée et documentée de manière systématique. C’est dans ce secteur que la mission hispano-égyptienne a mis au jour une tombe de la fin de la Vᵉ dynastie de l’Ancien Empire (entre 2494 et 2345 avant notre ère).

La structure identifiée est une mastaba, type de tombe caractéristique de l’Ancien Empire : un massif de pierre à base rectangulaire et sommet plat, qui préfigure la forme de la pyramide. Ce genre de monument était réservé aux élites et aux hauts fonctionnaires proches du pouvoir royal.

Particularité de ce nouvel édifice : la mastaba abrite deux capelles funéraires distinctes. Selon les archéologues, elles ont été commandées par un dignitaire nommé Yunmen, haut fonctionnaire sous le règne du pharaon Djedkarê Isési. L’équipe est dirigée par l’égyptologue espagnol Josep Cervelló, professeur d’égyptologie à l’Université autonome de Barcelone (UAB).

La mastaba abrite deux chapelles funéraires : l’une pour Yunmen, puissant juge et chef des scribes, l’autre pour son père Iti, fonctionnaire de rang plus modeste.

Qui étaient Yunmen et son père Iti, les propriétaires de la tombe ?

Les inscriptions et la disposition de la tombe ont permis d’identifier les deux défunts. Dans la première chapelle repose Yunmen lui-même. Les textes le décrivent comme un personnage influent ayant cumulé plusieurs charges majeures :

  • juge, chargé des affaires judiciaires au sein de l’État pharaonique ;
  • directeur du tribunal ;
  • chef des scribes, poste clé dans une administration où l’écrit fonde le pouvoir.

La deuxième chapelle est dédiée à son père, Iti. Ce dernier occupait un rang inférieur dans la hiérarchie, mais jouait un rôle essentiel dans la gestion des ressources. Il exerçait des fonctions de scribe liées à l’administration des terres agricoles et aux offrandes, c’est-à-dire à la redistribution des produits collectés pour les temples et la cour.

Pour Josep Cervelló, interrogé par EFE, cette tombe met au jour « des personnages curieux, avec un intérêt historique, social et culturel très grand ». L’étude conjointe du père et du fils permet aux chercheurs de suivre une ascension sociale au sein de l’appareil d’État égyptien il y a 44 siècles.

Des couleurs intactes : ce qui a réellement stupéfié les archéologues

Au-delà de l’architecture de la mastaba, c’est l’état de conservation de sa décoration qui a le plus frappé l’équipe. Les reliefs, sculptés dans la pierre puis peints, présentent encore des teintes éclatantes après plus de quatre millénaires sous le sable.

Josep Cervelló souligne la qualité de l’ensemble, des textes funéraires aux scènes figurées en passant par l’élément architectural central :

Le chercheur met en avant la beauté de la décoration, la qualité des reliefs, la conservation étonnante des couleurs et les détails minutieux, comme des petits ânes et d’autres animaux encore visibles sur les parois.

L’architrave, grande poutre horizontale reposant sur les chapiteaux des colonnes, est également conservée avec ses inscriptions. Les textes funéraires renseignent à la fois sur les titres des défunts et sur les croyances liées au passage dans l’au-delà. Pour les archéologues, chaque couleur préservée, chaque animal sculpté, apporte une information sur la vie quotidienne, l’économie et la religion de l’époque.

Une zone connue depuis le XIXᵉ siècle, mais jamais fouillée en détail

La région de Saqqara est l’une des plus anciennes et des plus vastes nécropoles d’Égypte. Elle a servi de lieu de sépulture aux pharaons, aux hauts fonctionnaires et aux élites pendant des millénaires. Le pionnier français Auguste Mariette y avait déjà mené des recherches au XIXᵉ siècle, révélant notamment le Serapeum, vaste complexe souterrain dédié aux taureaux sacrés Apis.

La zone où se trouve la mastaba de Yunmen et Iti était répertoriée depuis ces campagnes anciennes, mais n’avait pas été fouillée ni enregistrée de manière systématique. La mission de l’UAB et du Conseil suprême des antiquités d’Égypte a engagé un travail de terrain beaucoup plus poussé, stratigraphique et documenté, qui a permis de révéler l’existence de cette double tombe.

Ce nouveau chantier ouvre des perspectives sur la manière dont certains secteurs de Saqqara ont été utilisés au fil du temps, et sur la composition sociale des personnages qui y ont été enterrés, en dehors des grands complexes royaux.

Une hypothèse forte : l’ascension sociale d’une famille de province

Les archéologues ne se sont pas contentés de décrire la tombe. À partir des inscriptions et de la disposition des chapelles, ils avancent une première interprétation du parcours de cette famille.

Pour Josep Cervelló, une « nouvelle hypothèse » se dessine. Il estime possible qu’Iti, le père, soit originaire d’une province éloignée, avant d’entrer au service de l’État à Menphis, l’ancienne capitale du pays. Son fils Yunmen aurait ensuite franchi un palier décisif en intégrant l’administration centrale du royaume.

L’idée avancée par l’équipe : Yunmen, devenu haut fonctionnaire de l’administration centrale, aurait voulu offrir à son père une place dans sa propre tombe, pour l’associer symboliquement à sa nouvelle condition sociale et à son voyage vers l’au-delà.

Le fait que la mastaba comporte deux chapelles, l’une pour Yunmen, l’autre pour Iti, va dans ce sens. Aux yeux des chercheurs, ce geste traduit à la fois un attachement familial et une volonté d’inscrire le père dans un statut plus élevé que celui qu’il avait atteint de son vivant.

Ce que cette tombe apprend sur la société égyptienne de l’Ancien Empire

Cette double sépulture illustre plusieurs traits majeurs de la société égyptienne il y a 4 400 ans :

  • le rôle central des scribes dans le fonctionnement de l’État et de l’économie ;
  • la possibilité d’une ascension sociale au sein de l’administration pharaonique, au moins pour certains fonctionnaires ;
  • l’importance de la filiation et des liens familiaux dans les représentations de l’au-delà ;
  • le recours à l’architecture et à la décoration funéraire pour afficher une position sociale.

Les scènes colorées, les animaux représentés et les textes hiéroglyphiques fournissent également des indices sur les activités agricoles, la gestion des offrandes et les rituels destinés à assurer la survie du défunt dans l’autre monde.

Comment ces découvertes résonnent pour un lecteur français

Pour un lecteur français, l’organisation de l’administration pharaonique évoque à certains égards la distinction, sous l’Ancien Régime, entre les officiers de province et les hauts magistrats des parlements ou des cours royales, ou encore, à l’époque contemporaine, entre services déconcentrés et administrations centrales à Paris.

Le métier de scribe au temps des pharaons peut se comparer, dans sa place au sommet de la hiérarchie administrative, à celui de cadre de l’administration ou de magistrat spécialisé dans la gestion des terres et des finances publiques. La maîtrise de l’écrit, rare et valorisée, ouvrait l’accès au pouvoir et aux privilèges, comme les grandes écoles et les concours de la fonction publique en France aujourd’hui.

Les tombes monumentales de Saqqara rappellent par certains aspects les grands tombeaux familiaux présents dans certaines cathédrales ou cimetières monumentaux français : ils marquent le rang social, affichent une réussite et perpétuent la mémoire d’une lignée.

La mastaba, les textes funéraires et les couleurs : des clés pour comprendre l’au-delà égyptien

Pour mieux saisir l’enjeu de cette découverte, il faut rappeler ce que représente une mastaba et ce que recouvrent les « textes funéraires » mentionnés par l’équipe de la mission.

La mastaba est à l’origine destinée aux rois et aux grandes figures de l’État. Son plan rectangulaire, ses murs massifs et sa chambre funéraire souterraine répondent à une logique de protection du corps et des offrandes. Les reliefs et peintures qui tapissent les parois de la chapelle ne sont pas décoratifs au sens moderne : ils ont une fonction magique.

Les textes funéraires et les scènes colorées ne se limitent pas à raconter la vie du défunt. Ils servent à activer des formules, à rappeler son nom et ses titres, à lui garantir des offrandes éternelles et à l’aider à franchir les étapes du voyage vers l’au-delà. Chaque bande de hiéroglyphes, chaque couleur appliquée, participe à un programme religieux précis.

L’état exceptionnel des pigments retrouvés dans la tombe de Yunmen et Iti offre donc aux spécialistes une occasion rare : celle d’étudier, presque comme à l’époque, le langage visuel et symbolique de l’élite égyptienne sous la Vᵉ dynastie, période charnière de l’Ancien Empire.

Un intérêt durable pour la recherche et le grand public

Cette découverte s’inscrit dans une série de fouilles récentes menées à Saqqara qui, régulièrement, livrent de nouvelles tombes de fonctionnaires, de prêtres ou d’artisans. Chaque mise au jour enrichit la compréhension des rouages de l’État pharaonique, de ses réseaux d’élites et de l’évolution des pratiques funéraires.

Pour le grand public, les couleurs préservées, les animaux sculptés et les scènes de la vie quotidienne rendent ces monuments particulièrement accessibles. Ils permettent de visualiser, de manière concrète, la vie d’un juge de l’administration centrale ou d’un scribe chargé des terres agricoles, bien plus qu’une simple liste de titres ou de dates.

Pour les archéologues, la mastaba de Yunmen et Iti représente enfin un laboratoire à ciel ouvert. Les méthodes de relevé, de conservation des pigments et d’analyse des textes permettront de tirer, dans les années à venir, un maximum d’informations d’un monument resté enfoui pendant près de 4 400 ans dans les sables de Saqqara.

Questions fréquentes

Où précisément a été découverte cette tombe en Égypte ?

La tombe a été mise au jour dans la nécropole de Saqqara, au sud-ouest du Caire. Cette zone était connue depuis les travaux de l'archéologue français Auguste Mariette au XIXe siècle, mais n'avait jamais été fouillée de manière systématique jusqu'à cette mission hispano-égyptienne.

Qui a dirigé cette mission archéologique ?

La mission hispano-égyptienne a été menée par l'Université autonome de Barcelone en partenariat avec le Conseil suprême des antiquités d'Égypte. L'équipe est dirigée par Josep Cervelló, égyptologue espagnol et professeur à l'UAB.

Qu'est-ce qu'une mastaba et pourquoi était-ce un type de tombe prestigieux ?

Une mastaba est une tombe caractéristique de l'Ancien Empire égyptien : un massif de pierre à base rectangulaire et sommet plat qui préfigure la forme de la pyramide. Ce genre de monument était réservé aux élites et aux hauts fonctionnaires proches du pouvoir royal.

Quels étaient les titres et l'importance de Yunmen et Iti ?

Yunmen était un puissant haut fonctionnaire exerçant plusieurs charges majeures : juge, directeur du tribunal et chef des scribes. Son père Iti occupait un rang inférieur mais jouait un rôle essentiel en tant que scribe gérant l'administration des terres agricoles et les offrandes.

Pourquoi les archéologues pensent-ils que Yunmen a voulu associer son père à sa tombe ?

Les archéologues interprètent le fait que la mastaba contient deux chapelles distinctes comme une volonté de Yunmen d'inscrire son père dans un statut plus élevé que celui qu'il avait de son vivant, combinant attachement familial et affichage social de son ascension.
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