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À Pompéi, deux chevaux retrouvés ensevelis vivants dans une boulangerie : ce qu’ils faisaient là intrigue les archéologues

À Pompéi, deux chevaux retrouvés ensevelis vivants dans une boulangerie : ce qu'ils faisaient là intrigue les archéologues

En Italie, de nouveaux fouilles à Pompéi ont mis au jour deux équidés morts dans une ancienne boulangerie, révélant une scène figée au cœur de l’éruption.

Dans la célèbre ville antique de Pompéi, au sud de l’Italie, une équipe d’archéologues a mis au jour les restes de deux grands équidés ensevelis dans une boulangerie en travaux au moment de l’éruption du Vésuve. Ce scénario, détaillé par le parc archéologique de Pompéi et relayé par la presse spécialisée, éclaire d’un jour inattendu la place des animaux de travail au sein d’une maison romaine.

Une découverte dans la boulangerie des « Castos Amantes »

Les recherches se concentrent sur la maison et la boulangerie de l’« Insula des Castos Amantes », un îlot déjà fouillé dans les années 1980-1990. Entre 2024 et 2026, un nouveau projet de réexamen systématique de ces espaces a conduit à nettoyer et reprendre des secteurs laissés de côté par les fouilles anciennes.

Dans une pièce attenante au four, les archéologues ont repéré un monticule de terre épargné par les investigations précédentes. En le retirant, ils ont mis au jour les restes de deux grands quadrupèdes, catalogués sous les codes RP1 et RP2. Les animaux gisaient le long du mur ouest, là où se trouvait autrefois une grande table de travail pour pétrir le pain, disparue au moment de la catastrophe.

Deux grands équidés, probablement des chevaux, des ânes ou des hybrides, ont été retrouvés là où se dressait la table de pétrissage de la boulangerie.

La pièce, baptisée « environnement a » par les spécialistes, mesure environ 6,30 mètres sur 3,45. Elle est contiguë à la boulangerie proprement dite, où se trouvaient les meules destinées à moudre le grain. L’équipe, dirigée par Gabriel Zuchtriegel et Valeria Amoretti, s’est entourée d’un archéozoologue, d’un archéobotaniste et d’un anthropologue médico-légal pour extraire un maximum d’informations de ces os fragilisés, partiellement brûlés et fracturés.

Deux animaux piégés sous l’effondrement

RP1, l’animal le plus âgé

Le premier animal, RP1, se situait au nord de la pièce. Son crâne reposait sur le flanc droit, orienté vers le nord-est, en direction des blocs de calcaire qui soutenaient jadis la table de travail. La mandibule et le maxillaire étaient conservés, mais les vertèbres cervicales et les membres antérieurs manquaient.

Les chercheurs ont pu suivre une grande partie de la colonne vertébrale, des vertèbres thoraciques jusqu’aux lombaires, au sacrum et à l’un des os du bassin. La patte arrière droite était complète et allongée sous le tronc, tandis que la gauche apparaissait repliée et appuyée contre le mur. Les analyses dentaires et osseuses indiquent un animal adulte d’environ 10 à 12 ans.

RP2, un individu plus jeune et plus abîmé

RP2 se trouvait plus au sud, près de l’angle sud-ouest de la pièce. Son crâne n’a pas été retrouvé. La colonne longeait le mur, avec le bassin et quelques os du cou en appui contre la paroi. Le membre antérieur était fléchi vers l’avant, les postérieurs étendus.

Ce second squelette présente un état de conservation plus mauvais, avec un degré de fragmentation élevé et des traces de combustion plus marquées au niveau des côtes, du sternum et des pattes arrière. Son âge est estimé entre trois ans et demi et environ six ans, soit un animal plus jeune mais déjà adulte.

Les os disponibles ne permettent pas encore de trancher entre cheval, âne ou mule. Les équipes prévoient des analyses biométriques détaillées et des études génétiques pour identifier précisément l’espèce.

Un collier de perles de verre qui bouleverse les chercheurs

Le détail le plus frappant se situe au niveau de RP1. Entre l’omoplate et le crâne, à la base du cou, les fouilleurs ont découvert deux petits anneaux de fer superposés, interprétés comme des éléments de harnais maintenant des courroies, aujourd’hui disparues.

À une dizaine de centimètres au nord, dans la zone médiane du cou, trois perles de collier en pâte de verre sont apparues, encore empilées : une bleue et deux blanches. Elles devaient être fixées à la crinière ou à l’équipement de l’animal.

La présence de perles de verre sur l’animal le plus âgé suggère un geste d’attachement et de soin, dépassant le simple usage utilitaire.

Aucun ornement comparable n’a été retrouvé près de RP2, ce qui laisse penser que ce collier était réservé au plus ancien des deux équidés, peut-être le plus expérimenté ou le plus apprécié. Les auteurs du rapport y voient le signe d’un lien affectif entre humains et animaux de travail, dans un cadre pourtant très fonctionnel de production de pain.

Un effondrement avant la pluie de pierres ponces

Les indices géologiques apportent un autre élément clé. Autour et sous les squelettes, les chercheurs n’ont trouvé aucun lapilli, ces petites pierres ponces qui tombent massivement au début de l’éruption du Vésuve. Cette absence indique que l’effondrement du plancher supérieur s’est produit avant que cette pluie volcanique n’atteigne la pièce.

Au-dessus des os, les fouilles ont révélé une longue poutre de bois carbonisée d’environ deux mètres de long, accompagnée de fragments de canisse et d’une grande quantité de cendres. L’analyse des charbons a montré qu’il s’agissait de bois d’érable, utilisé ici comme élément structurel du plancher, non comme simple combustible.

Selon les spécialistes, un feu a d’abord gagné cette poutre. Puis un flux pyroclastique, c’est-à-dire un nuage de gaz et de cendres très chaud mais pauvre en oxygène, a étouffé les flammes, permettant au bois de ne pas se consumer entièrement tout en recouvrant les animaux.

Une boulangerie et une écurie en plein chantier

Pour comprendre pourquoi ces équidés se trouvaient dans cette pièce et non dans leur étable habituelle, il faut revenir à un séisme antérieur, survenu entre 68 et 69 après Jésus-Christ. Ce tremblement de terre a endommagé une grande partie de Pompéi, dont la maison des Castos Amantes et sa boulangerie.

Dans la véritable écurie de la maison, les propriétaires avaient installé un râtelier en bois et un abreuvoir quadrangulaire enduit de mortier hydraulique. Peu avant l’éruption, cet abreuvoir avait été comblé avec des gravats de chantier : fragments de murs, tuiles, céramiques, mortier écrasé. Le sol était en cours de réaménagement avec une nouvelle couche de terre battue.

  • Une boulangerie endommagée par un séisme récent
  • Une écurie principale en travaux et partiellement comblée
  • Une pièce de travail réaffectée temporairement en espace pour les animaux
  • L’effondrement du plancher supérieur sur deux équidés déplacés

La boulangerie et la zone de stabulation étaient donc en pleine rénovation. Les animaux ont été déplacés de leur étable principale vers la pièce voisine, libérée par le démontage de la grande table de pétrissage. Ils y attendaient, attachés ou en liberté, que les travaux s’achèvent. C’est là qu’un violent mouvement a provoqué la chute du plancher, les écrasant avant même que les dépôts de lapilli ne recouvrent le secteur.

Une mort par écrasement, non par cendres brûlantes

L’étude des fractures permet de reconstituer le choc. RP1 a reçu un impact direct sur la tête et la mâchoire. Les chercheurs décrivent des cassures compatibles avec une compression verticale, typique d’un lourd élément tombant d’en haut. RP2, situé plus au sud, montre des fractures diffuses sur les côtes et les membres antérieurs, cohérentes avec un écrasement généralisé sous une forte charge.

Les deux animaux n’ont ni brûlé vifs ni été asphyxiés par les cendres : ils sont morts écrasés par l’effondrement du plancher supérieur.

Protégés ensuite par ces décombres, les corps n’ont pas été directement en contact avec les couches ultérieures de lapilli blanc et gris. Certaines parties du squelette manquent, en particulier les membres antérieurs de RP1, les vertèbres cervicales des deux équidés et le crâne de RP2. Ces absences peuvent s’expliquer par la violence de l’effondrement ou par des perturbations postérieures, liées aux fouilles anciennes ou à d’éventuels pillages antiques.

Ce que cette découverte raconte du lien homme-animal à Pompéi

Au-delà de la tragédie, le rapport du parc archéologique insiste sur ce que cette scène révèle du quotidien romain. Les animaux de travail, indispensables à une activité commerciale prospère comme une boulangerie, partageaient les espaces avec les humains. Ils vivaient dans les mêmes bâtiments, subissaient les mêmes séismes, les mêmes chantiers, la même éruption.

Les perles de verre retrouvées sur l’animal le plus âgé suggèrent l’existence d’un attachement qui dépasse le simple outil de travail. Les auteurs évoquent un « geste de familiarité et de tendresse » envers ce compagnon d’effort, probablement sollicité jour après jour pour tirer les meules ou transporter les charges de grain et de farine.

La question initiale – que faisaient ces équidés dans une boulangerie ? – trouve ainsi une réponse nuancée : ils y travaillaient, y vivaient, puis y sont morts lorsque les travaux les ont forcés à quitter leur écurie pour une pièce temporaire transformée en abri.

Quelle place pour les animaux de travail dans la recherche en France ?

Pour un lecteur français, cette fouille fait écho aux recherches menées dans de nombreux sites gallo-romains. En France, les archéologues s’intéressent de plus en plus au rôle des animaux dans les villes antiques : chevaux, bœufs, ânes et mules utilisés pour le transport, l’agriculture ou l’artisanat.

Dans les fouilles urbaines de villes comme Lyon, Nîmes ou Bordeaux, les services archéologiques mettent en œuvre des protocoles comparables à ceux décrits à Pompéi. Archéozoologues et anthropologues sont associés dès l’ouverture des zones sensibles, afin de documenter les restes animaux, leur âge, leur état de santé et les traces de harnachement ou de pathologies liées au travail.

Aspect étudié Pompéi Sites français
Type d’animaux Équidés (chevaux, ânes, hybrides) Équidés, bovidés, porcs, ovins-caprins
Contexte Boulangerie et maison en ville Maisons, ateliers, fermes, écuries
Analyses Biométrie, génétique, traces de harnais Biométrie, pathologies, marques de boucherie ou de harnachement

En France comme en Italie, ces études contribuent à mieux comprendre les conditions de vie des animaux de travail, la durée de leur carrière, l’intensité des efforts fournis et les liens éventuels avec leurs propriétaires. Elles participent aussi à affiner la reconstitution des économies antiques, où la force animale jouait un rôle central.

Des analyses à venir pour préciser le scénario

À Pompéi, les chercheurs annoncent la poursuite des études. Les analyses génétiques devraient permettre de préciser l’espèce exacte des deux individus. Des examens plus fins des fractures devront distinguer celles survenues au moment de la mort de celles provoquées après l’enfouissement.

Ce type d’enquête, qui combine stratigraphie, anthropologie, sciences animales et volcanologie, illustre la manière dont l’archéologie actuelle reconstitue des scènes de vie (et de mort) très précises. Pour le public, l’image de ces deux équidés enfermés dans une pièce de boulangerie en travaux, décorés de perles de verre pour l’un d’eux, rend la catastrophe de Pompéi plus concrète et plus proche.

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