EUROTEL

Pesée contre la Bible, piqûres et gâteau d’urine : les tests de sorcellerie les plus brutaux de l’Histoire

Illustration historique représentant l'interrogatoire brutal d'une femme accusée de sorcellerie face à des juges, avec outils de torture et symboles religieux en arrière-plan.

En Europe et en Amérique du Nord, des milliers de personnes, surtout des femmes, ont été jugées par des tests de sorcellerie cruels et absurdes.

Du « gâteau d’urine » donné à un chien aux corps ligotés jetés à la rivière, les épreuves infligées aux prétendues sorcières dans l’Europe moderne et la Nouvelle-Angleterre coloniale montrent à quel point il suffisait de peu pour être condamné. Ces pratiques, détaillées par le site d’histoire anglo-saxon History Collection, éclairent une période où la peur du diable et la misogynie ont servi de carburant à une véritable industrie de la chasse aux sorcières, notamment en Angleterre et lors des procès de Salem, dans l’actuel États-Unis.

Quand la peur transforme les guérisseuses en « suppôts du diable »

Avant d’être vues comme des vieilles femmes sinistres, les sorcières étaient, dans nombre de civilisations anciennes, des figures de pouvoir. Elles servaient de prêtresses, de guérisseuses, d’accoucheuses, voire de conseillères pour les rois. Leur savoir sur les plantes, les corps et les cycles les plaçait au cœur de la communauté.

Avec la montée en puissance des sociétés patriarcales et du christianisme en Europe, ce statut se retourne. Leur influence dérange. Des dirigeant·es masculins cherchent un pouvoir sans partage. La solution trouvée est radicale : associer ces femmes à la possession démoniaque, les décrire comme alliées du diable et justifier leur élimination.

La chasse aux sorcières devient un outil politique et religieux pour contrôler les corps, les savoirs populaires et, surtout, les femmes jugées trop indépendantes.

Entre la fin du XVIe siècle et le XVIIIe siècle, le continent européen et l’Amérique du Nord sont saisis d’une véritable hystérie. En Europe, entre 40 000 et 60 000 personnes sont exécutées pour sorcellerie, souvent à la suite de procédures sommaires. Aux États-Unis, l’épisode le plus célèbre reste les procès de Salem, dans la colonie du Massachusetts, qui s’achèvent en 1693 : 19 personnes sont pendues, une est écrasée sous des pierres, cinq meurent en prison.

Le test de « nage de la sorcière » : flotter, c’est coupable, couler, c’est trop tard

Parmi les épreuves les plus utilisées en Europe au XVIe et au XVIIe siècle, un test se distingue par son absurdité cruelle : la « nage de la sorcière ». La méthode est simple et terrifiante.

Une personne accusée est emmenée près d’une rivière, d’un étang ou d’un bassin. On la déshabille jusqu’aux sous-vêtements, on lui attache les mains, parfois les pieds, puis on la jette à l’eau. Tout repose sur la croyance que l’eau, vue comme un élément sacré, « rejetterait » les individus possédés par le mal. Si l’accusé flotte, il est coupable. S’il coule, il est innocent… mais risque de ne jamais ressortir vivant.

Dans ce « jugement par l’eau », la seule issue réellement sûre pour l’accusé est d’échapper, par miracle, à l’accusation elle-même.

Le chercheur Russell Zguta, cité par History Collection, rappelle que ce « jugement par l’eau » se fonde sur une vision religieuse très répandue : l’eau, purificatrice et sacrée, refuserait le contact avec les serviteurs du diable. Face au risque évident de noyade, une corde est parfois nouée autour du torse de l’accusé pour le tirer hors de l’eau en cas de plongeon. Dans les faits, des noyades accidentelles surviennent tout de même.

Une histoire glaçante en Angleterre

Un pamphlet de 1613, intitulé Witches Apprehended, Examined and Executed, relate le cas de Mother Sutton et de sa fille Mary, accusées de sorcellerie à Bedford, en Angleterre. Les deux femmes subissent non pas un, mais deux tests de nage.

  • Elles sont amenées près d’un barrage de moulin.
  • On leur enlève leurs vêtements.
  • Leurs bras sont croisés sur leur poitrine et ligotés.
  • On les jette à l’eau.

Selon le récit de l’époque, elles flottent toutes les deux, interprété comme une « preuve » de culpabilité. Un second essai est mené, encore plus contraignant : mains et pieds sont ligotés ensemble. Les deux femmes parviennent, là encore, à rester à la surface. Résultat : emprisonnement, procès, condamnation pour sorcellerie, puis exécution.

Cette pratique est utilisée à travers l’Angleterre et se diffuse ensuite en Allemagne et en Espagne. Partout, même logique : un test présenté comme « infaillible », alors qu’il ne laisse quasiment aucune chance aux accusé·es.

Le gâteau de sorcière à l’urine, donné à un chien

Autre méthode ahurissante, cette fois plutôt tournée vers l’identification des victimes prétendument ensorcelées : le « gâteau de sorcière », ou witch cake, courant dans l’Angleterre du XVIIe siècle et dans l’Amérique coloniale.

Le principe est simple et répugnant. Lorsqu’une personne semble souffrir d’un mal attribué à la sorcellerie, on recueille son urine. On la mélange à de la farine de seigle, parfois à des cendres. On forme une pâte, que l’on cuit. Ce « gâteau » est ensuite donné à manger à un chien, considéré comme familier du diable ou animal lié au monde invisible.

Si le chien tombe malade, on considère que la personne dont l’urine a servi à la recette est bien victime d’un sort, et le chien est censé aider à repérer la sorcière.

Cette pratique fait le voyage depuis l’Angleterre jusqu’en Nouvelle-Angleterre, où elle s’invite très tôt dans l’affaire de Salem.

Quand un gâteau d’urine déclenche la tempête à Salem

En janvier 1692, dans la ville de Salem, en Nouvelle-Angleterre, deux jeunes filles inquiètent la communauté. Elizabeth Parris, 9 ans, fille du pasteur Samuel Parris, et sa cousine Abigail Williams, 12 ans, adoptent des comportements jugés étranges et incontrôlables. Les médecins de l’époque n’arrivent pas à expliquer leurs symptômes.

Sur les conseils d’un voisin, les proches font préparer un gâteau de sorcière à partir de l’urine des deux enfants. Le gâteau est confectionné par les deux esclaves de la famille Parris, John Indian et sa femme Tituba, puis donné à un chien. Le but : savoir si les fillettes seraient effectivement sous l’emprise d’un sortilège.

Au lieu d’apporter des réponses, l’initiative provoque la colère du pasteur Parris, qui dénonce un recours au démon pour combattre le démon. Le voisin qui avait recommandé ce test est sanctionné par l’Église. Les fillettes, elles, accusent Tituba et deux autres femmes d’avoir jeté un sort.

Tituba avoue, probablement pour sauver sa vie. Elle est emprisonnée, mais échappe à la pendaison. Elle finira par recouvrer la liberté, avant de disparaître des archives. L’épisode du gâteau d’urine reste l’un des déclencheurs symboliques des procès de Salem, où des méthodes pseudo-magiques servent à nourrir l’accusation… contre d’autres personnes accusées de magie.

Pesée contre la Bible, piqûres, humiliations : d’autres pratiques extrêmes

Si la source consultée met surtout en avant la nage forcée et le gâteau d’urine, elle rappelle l’existence d’autres tests tout aussi brutaux ou absurdes, cités dans le titre : pesée contre la Bible, piqûres, et toute une série d’examens censés révéler la marque du diable.

Type de test Principe But affiché
Pesée contre la Bible Comparer le poids d’un accusé à celui d’une Bible ou à un seuil jugé « normal ». Détecter une prétendue légèreté surnaturelle associée au diable.
Piqûres Planter des aiguilles dans la peau pour trouver une « marque de sorcière » insensible à la douleur. Repérer le signe corporel d’un pacte avec le démon.
Nage de la sorcière Jeter l’accusé ligoté à l’eau pour voir s’il flotte ou coule. Distinguer le « corps pur » de l’innocent du « corps rejeté » du sorcier.
Gâteau d’urine Mélanger l’urine d’un malade à de la farine et le faire manger par un animal. Confirmer un ensorcellement et orienter les soupçons.

Tous ces dispositifs ont un point commun : ils ne visent pas la vérité, mais la confirmation d’une accusation déjà largement acceptée par la communauté. La moindre réaction jugée anormale, le plus petit détail corporel, la plus petite coïncidence suffisent pour transformer le doute en condamnation.

Quelle place pour les chasses aux sorcières dans l’histoire française ?

La France a elle aussi connu des procès en sorcellerie, même si l’article de History Collection se concentre sur l’Angleterre, l’Europe centrale et l’Amérique du Nord. Dans le royaume de France, plusieurs vagues de persécutions frappent surtout les campagnes, notamment dans les régions de l’Est et du Sud-Ouest.

On y retrouve des similitudes avec les pratiques évoquées :

  • recours au clergé pour interpréter les maladies et les malheurs comme des signes d’ensorcellement ;
  • présence d’« experts » autoproclamés capables de détecter les marques du diable ;
  • procès locaux appuyés par une forte pression communautaire.

Cependant, on ne dispose pas de traces aussi systématisées, en France, du test du gâteau d’urine ou de la nage forcée comme procédure standardisée, même si des « jugements par l’eau » ont existé dans l’Europe médiévale et moderne. La répression passe davantage par des interrogatoires, des dénonciations croisées et, parfois, la torture pour obtenir des aveux.

À partir du siècle des Lumières, les autorités françaises s’éloignent progressivement de ces croyances. Les accusations de sorcellerie subsistent dans les mentalités, mais perdent leur portée judiciaire. Ce recul ne se fait pas du jour au lendemain, mais montre qu’un changement de regard sur le monde – avec le développement des sciences et du droit – peut mettre fin à ce type de violences.

Ce que révèlent ces tests sur la société d’alors

Les épreuves décrites par History Collection, qu’il s’agisse de peser une personne contre une Bible, de scruter la peau à la recherche d’une insensibilité à la piqûre, ou de cuire un gâteau d’urine, dressent le portrait d’une époque où la frontière entre justice, religion et superstition est poreuse.

Ces pratiques montrent aussi comment la peur se diffuse : un symptôme médical inexpliqué, une rivalité entre voisines, un conflit d’héritage ou un simple geste mal interprété suffisent à déclencher une spirale d’accusations. Les tests ne servent pas à protéger les innocents, mais à conforter la communauté dans l’idée qu’elle combat un mal invisible.

Pour un lecteur français d’aujourd’hui, ces récits éclairent enfin certains usages du mot « chasse aux sorcières » dans le débat public. L’expression reste employée pour dénoncer des campagnes de mises en cause massives et injustes. Les épreuves subies par les accusées de sorcellerie rappellent que, derrière la formule, il y a eu des techniques très concrètes, très violentes et, surtout, pensées pour ne laisser quasiment aucune issue à celles et ceux qui y étaient soumis.

Questions fréquentes

Qu'était le test de la nage de la sorcière ?

Pratiqué surtout aux XVIe et XVIIe siècles en Europe, ce test consistait à attacher une personne accusée de sorcellerie et la jeter dans une rivière ou un étang. On croyait que l'eau, considérée comme sacrée, rejetterait les possédés du démon. Si l'accusé flottait, il était jugé coupable ; s'il coulait, il était déclaré innocent mais risquait de se noyer.

Quel était le gâteau de sorcière et comment était-il utilisé ?

Le gâteau de sorcière, ou witch cake, était un gâteau préparé en mélangeant l'urine d'une personne supposément ensorcelée avec de la farine de seigle et des cendres. On le donnait à un chien : si l'animal tombait malade, on en déduisait que la personne dont l'urine avait servi était victime d'un sort et qu'il fallait trouver la sorcière responsable.

Comment le gâteau de sorcière a-t-il déclenché les procès de Salem ?

En janvier 1692, deux jeunes filles à Salem présentaient des comportements étranges. On a préparé un gâteau de sorcière avec leur urine, donné à un chien. Au lieu de résoudre le problème, cela a provoqué la colère du pasteur Parris. Les fillettes ont alors accusé Tituba et deux autres femmes de sorcellerie, amorçant une vague de persécutions qui a mené à 25 morts.

Pourquoi les femmes étaient-elles les principales cibles ?

Les femmes, notamment les guérisseuses, accoucheuses et conseillères détenant des savoirs sur les plantes et les cycles, avaient historiquement un statut de pouvoir. Avec la montée du patriarcat et du christianisme en Europe, cette indépendance a été perçue comme menaçante. Les persécutions ont servi d'outil politique pour contrôler les corps, les savoirs populaires et éliminer les femmes trop autonomes.

Combien de personnes ont été exécutées lors de la chasse aux sorcières ?

Entre 40 000 et 60 000 personnes ont été exécutées pour sorcellerie en Europe entre la fin du XVIe siècle et le XVIIIe siècle. Aux États-Unis, les procès de Salem (1692-1693) ont mené à l'exécution de 19 personnes par pendaison, une écrasée sous des pierres et 5 mortes en prison.
Défiler vers le haut