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Pris pour un mannequin de train fantôme pendant 60 ans : en 1976, une équipe de tournage découvre qu’il s’agit du corps d’un hors-la-loi tué en 1911

Le corps momifié d'Elmer McCurdy, vêtu de noir, suspendu par une corde dans un train fantôme, pris initialement pour un mannequin de foire.

Dans un parc d’attractions de Californie, une équipe de télévision tombe sur un « mannequin » si réaliste que la scène finit au commissariat.

À Long Beach, en Californie, le tournage d’une scène de maison hantée pour une série américaine va basculer en affaire macabre en 1976. Comme le raconte le site d’actualités historiques qui rapporte cette affaire, l’équipe découvre qu’une figure de train fantôme, suspendue à une corde, est en réalité le corps momifié d’un hors-la-loi abattu en 1911 : Elmer McCurdy. Une histoire qui traverse plus d’un demi-siècle et tout le territoire des États-Unis.

Une découverte glaçante sur un plateau de tournage

Nous sommes en 1976 au Nu-Pike Amusement Park, parc d’attractions de Long Beach. Une équipe de tournage de la série télévisée américaine L’Homme qui valait trois milliards prépare une séquence dans un train fantôme.

Un membre de l’équipe s’approche d’un « mannequin » pendu par une corde, censé représenter un pendu dans la maison hantée. Il veut le déplacer pour ajuster le décor.

En le tirant, l’un des bras de la figure se détache. En s’approchant, le technicien comprend que quelque chose ne va pas : à l’intérieur, il distingue un véritable os humain. L’horreur s’impose rapidement, rapportera le site de vérification Snopes.

Ce que l’équipe croyait être un simple mannequin de train fantôme était le corps momifié d’un véritable hors-la-loi, mort plus de 60 ans plus tôt.

La police est appelée. L’enquête va remonter loin dans le passé, jusqu’au début du XXe siècle, pour identifier ce corps oublié qui a longtemps servi d’attraction itinérante.

Qui était Elmer McCurdy, le hors-la-loi raté devenu « vedette » de foire ?

Elmer McCurdy naît le 1er janvier 1880, dans le Maine, au nord-est des États-Unis. Il est élevé par une mère célibataire, et ne connaîtra jamais son père. Selon la New England Historical Society, son adolescence est marquée par l’alcool : il se forge une réputation de buveur invétéré dans sa ville.

À 20 ans, sa mère meurt. Il décide de partir vers l’Ouest, comme beaucoup d’Américains de l’époque. Il enchaîne alors les petits boulots, notamment dans la plomberie et les mines.

En 1907, il s’engage dans l’armée américaine. C’est là qu’il apprend à manipuler la nitroglycérine, un explosif puissant utilisé, entre autres, pour faire sauter des structures et des coffres-forts.

Des braquages ratés en série dans l’Oklahoma

Une fois démobilisé, Elmer McCurdy se retrouve en Oklahoma, sans argent, toujours accro à l’alcool. Il bascule dans la criminalité et rejoint des petits gangs locaux spécialisés dans les braquages de banques et de trains.

Son rôle : l’expert en explosifs. Sur le papier, il est celui qui doit faire sauter les coffres pour accéder à l’argent. Dans la pratique, il accumule les fiascos.

  • En 1911, il tente de faire exploser le coffre d’un train près de Lenapah, dans l’Oklahoma. L’explosion est si mal dosée que l’argent qu’il souhaite voler, de l’argent en argent métallique, fond dans le coffre.
  • Lors d’un braquage de banque au Kansas, il parvient à ouvrir la première enveloppe de sécurité du coffre, mais le vacarme alerte toute la petite ville avant qu’il n’atteigne la seconde.

En octobre 1911, nouveau projet : attaquer un train dans l’Oklahoma qui transporterait, selon leurs informations, les paiements destinés à la nation amérindienne Osage. Le journal américain Lakeland Ledger rappellera que ces paiements attisaient de nombreuses convoitises à l’époque.

McCurdy et ses complices se trompent sur les horaires et finissent par arrêter… le mauvais train. Au lieu d’un convoi de fonds, il s’agit d’un train de passagers. Leur butin se limite à 46 dollars et deux bonbonnes de whisky.

Avec ce maigre gain, Elmer McCurdy s’enfuit vers une grange située près de la frontière entre l’Oklahoma et le Kansas. Il ne le sait pas encore, mais son équipée criminelle s’achève là.

Une mort en fusillade et une momification à l’arsenic

La police remonte rapidement jusqu’à la grange. McCurdy, probablement encore sous l’effet de l’alcool volé, choisit d’ouvrir le feu. Les forces de l’ordre répondent. L’échange de tirs lui est fatal.

Le 7 octobre 1911, Elmer McCurdy est déclaré mort. Son corps est transporté dans une entreprise de pompes funèbres de Pawhuska, en Oklahoma. L’embaumeur choisit de le conserver dans une solution à base d’arsenic, technique alors utilisée pour préserver durablement les corps non réclamés.

La famille de McCurdy est décimée, et sa réputation de malfaiteur n’incite pas les proches à se manifester. Le corps reste donc sur les bras du croque-mort qui, selon la radio publique américaine NPR, va prendre une décision aussi lucrative que morbide.

Faute de famille, le croque-mort expose le corps de McCurdy dans son salon funéraire et fait payer l’entrée : les visiteurs glissent les pièces directement dans la bouche du cadavre embaumé.

Le corps, très bien conservé par l’arsenic, devient une curiosité locale. Pendant plusieurs années, des habitants viennent voir « le bandit » figé dans son cercueil vitré.

De salon funéraire à attraction de foire ambulante

Au bout de cinq ans, deux propriétaires de carnaval entendent parler de ce corps exposé. Ils y voient une attraction potentielle pour leurs tournées à travers les États-Unis.

Le croque-mort refuse pourtant de vendre le cadavre. Les forains imaginent alors un stratagème : ils se présentent comme les frères d’Elmer McCurdy, venus récupérer son corps pour l’enterrer dignement.

L’embaumeur les croit. Il accepte de leur remettre le corps, persuadé de faire enfin ce qui aurait dû être fait dès 1911 : permettre à McCurdy de reposer en paix. En réalité, le voyage ne fait que commencer.

Les deux forains intègrent aussitôt la dépouille à leur spectacle itinérant. Ils affublent le cadavre d’un surnom accrocheur : « Le bandit qui refusait d’abandonner ». Le public se presse pour voir ce qu’on lui présente comme le corps authentique d’un hors-la-loi de l’Ouest.

Les années passent. Le carnaval finit par revendre la « momie » à d’autres forains, puis à différents exploitants d’attractions. Au fil du temps, l’origine réelle du corps se perd. Beaucoup de ses propriétaires finissent par croire qu’il s’agit simplement d’un mannequin très réaliste.

En 65 ans de pérégrinations, la dépouille passe par :

  • un parc d’attractions près du mont Rushmore, site touristique majeur du Dakota du Sud ;
  • le Hollywood Wax Museum, célèbre musée de statues de cire en Californie ;
  • plusieurs maisons hantées et trains fantômes à travers le pays.

C’est au cours de cette longue errance qu’elle atterrit finalement au Nu-Pike Amusement Park de Long Beach, où la télévision la repère par hasard en 1976.

Identification du corps et inhumation tardive

Après la découverte du bras brisé, la police de Long Beach se saisit de l’affaire. Des analyses médico-légales sont menées. L’examen du corps, l’âge apparent, la momification à l’arsenic et les éléments de contexte permettent de remonter à l’identité d’Elmer McCurdy.

Les enquêteurs établissent le lien avec les archives de l’Oklahoma et les récits de l’époque. L’histoire du bandit raté transformé en curiosité de foire ressurgit.

Plus de soixante ans après sa mort, Elmer McCurdy est enfin identifié, officiellement, comme l’homme pendu dans le train fantôme de Long Beach.

Une décision est prise : il ne sera plus déplacé, ni exposé. McCurdy est finalement enterré au cimetière de Summit View, à Guthrie, dans l’Oklahoma. Sa sépulture met fin à une « seconde vie » d’attraction itinérante qui aura duré environ 65 ans.

Que dit cette histoire sur les corps exposés et les lois américaines ?

Aux États-Unis, au début du XXe siècle, le cadre légal entourant le don de corps à la science, l’usage des cadavres pour l’enseignement ou les expositions publiques est beaucoup moins strict qu’aujourd’hui. Des dépouilles non réclamées peuvent alors être utilisées comme supports anatomiques, voire exhibées.

Le cas d’Elmer McCurdy illustre plusieurs points :

  • l’absence de réglementation claire sur la conservation des corps non réclamés à l’époque ;
  • la facilité avec laquelle un cadavre a pu être cédé, sans contrôle, à des forains ;
  • la confusion progressive entre « vraie » momie et mannequin, à force de déplacements et de changements de propriétaires.

Dans de nombreux États américains, les règles se sont progressivement durcies, notamment autour du consentement et de la traçabilité des corps. L’affaire McCurdy est régulièrement citée comme un exemple extrême de ce qu’une absence de cadre strict peut produire.

En France, un encadrement bien plus strict du traitement des corps

Pour un lecteur français, l’histoire d’Elmer McCurdy tranche avec la manière dont les corps sont traités aujourd’hui dans l’Hexagone. Le code civil et le code général des collectivités territoriales encadrent de près le respect dû aux défunts.

En France :

  • un corps ne peut pas être exposé comme attraction de foire ou décor de parc d’attractions ;
  • en l’absence de famille, la commune prend en charge l’inhumation ou la crémation, dans le respect de la dignité du défunt ;
  • les dons de corps à la science reposent sur un consentement exprimé de son vivant, auprès d’une faculté de médecine ou d’un établissement habilité.

Des expositions de corps plastinés ou de restes humains, comme celles qui ont déjà suscité le débat en France, font l’objet de contrôles et parfois d’interdictions par la justice lorsqu’il n’est pas certain que les personnes aient donné leur accord de leur vivant.

Un cas comme celui d’Elmer McCurdy, utilisé pendant des décennies comme simple élément de décor, ne pourrait donc pas se produire légalement aujourd’hui en France.

Momification, arsenic et attractions macabres : quelques repères

Pourquoi l’arsenic a-t-il si bien conservé le corps ?

Au début du XXe siècle, certains embaumeurs américains utilisent des solutions à base d’arsenic pour ralentir la décomposition des corps. Ce produit toxique agit comme un conservateur puissant, en limitant l’action des bactéries.

Dans le cas d’Elmer McCurdy, cette technique explique :

  • la bonne conservation générale du corps pendant plusieurs décennies ;
  • son aspect « momifié », suffisamment réaliste pour servir d’attraction ;
  • l’illusion durable, chez ses propriétaires successifs, qu’il s’agissait d’un mannequin.

L’usage de l’arsenic pour l’embaumement a ensuite été abandonné, notamment en raison de sa toxicité pour les professionnels et l’environnement.

Trains fantômes et faux cadavres : des décors plus encadrés

Dans les parcs d’attractions modernes, en France comme aux États-Unis, les décors de maisons hantées et de trains fantômes reposent sur des mannequins en plastique, des automates ou des effets spéciaux numériques.

L’affaire McCurdy rappelle que certains parcs américains de l’époque utilisaient des objets sans réelle traçabilité, parfois acquis de seconde main, voire lors de ventes de spectacles de foire. Cette chaîne d’acquisitions successives a rendu possible l’usage inconscient d’un véritable corps humain.

Pour un visiteur, l’idée de traverser un train fantôme décoré avec un véritable cadavre, même sans le savoir, pose des questions éthiques évidentes, aussi bien sur le respect du défunt que sur la transparence vis-à-vis du public.

Questions fréquentes

Qui était Elmer McCurdy ?

Elmer McCurdy, né en 1880 dans le Maine, était un hors-la-loi spécialisé en explosifs qui a commis plusieurs braquages ratés de banques et de trains en Oklahoma avant d'être tué lors d'une fusillade en octobre 1911.

Comment le corps de McCurdy s'est-il retrouvé dans un train fantôme ?

Après sa mort, le cadavre a été momifié à l'arsenic par un croque-mort qui l'a exposé dans son salon funéraire. Deux forains se l'approprièrent en se faisant passer pour ses frères, puis l'ont intégré à leur spectacle itinérant, le revendant de main en main pendant 65 ans jusqu'au parc d'attractions californien.

Comment le corps a-t-il été identifié en 1976 ?

Après la découverte du bras détaché, la police a mené des analyses médico-légales qui ont permis, grâce à l'examen du corps, son momification caractéristique à l'arsenic et les éléments de contexte, de remonter à l'identité d'Elmer McCurdy.

Pourquoi les braquages de McCurdy ont-ils échoué ?

McCurdy, malgré sa formation militaire en explosifs, accumulait les fiascos : lors d'un braquage de train, l'explosion était si mal dosée que l'argent a fondu dans le coffre ; lors d'un vol de banque, le bruit a alerté toute la ville ; lors d'une tentative de vol de paie pour les Osages, l'équipe s'était trompée de train.

Combien de temps le corps a-t-il voyagé avant sa découverte ?

Le corps a circulé pendant environ 65 ans à travers les États-Unis, passant par un parc près du mont Rushmore, le Hollywood Wax Museum, diverses maisons hantées et trains fantômes avant d'être découvert en 1976.
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