Dans une petite boutique avignonnaise, la pause gourmande prend une tournure inhabituelle et attire les regards derrière une vitre.
Il suffit de quelques gestes sur un écran pour voir une commande se préparer sous ses yeux. À Avignon, une nouvelle enseigne mise sur l’automatisation pour proposer boissons chaudes, thés, glaces et préparations à emporter. L’adresse, ouverte depuis une semaine, suscite autant la curiosité des touristes que celle des habitants du quartier.
Une commande préparée derrière une vitre
Le fonctionnement est simple pour le client. Il choisit sa boisson ou sa gourmandise sur une borne de commande, règle son achat, puis attend face à une grande vitre. De l’autre côté, trois bras articulés prennent le relais. Ils saisissent les gobelets, dosent les ingrédients, mélangent les préparations et déposent le produit fini dans l’espace prévu pour le retrait.
La scène ressemble à une animation pensée pour les passants. L’un des appareils peut même adresser un signe de la main. Les couleurs vives, les mouvements précis des machines et le rythme de la préparation créent un petit spectacle. Pour beaucoup, c’est d’abord cette mise en scène qui donne envie d’essayer.
Le lieu ne vend pas seulement une boisson : il propose aussi quelques minutes d’observation, face à une préparation réalisée sans employé derrière le comptoir.
Une mère venue avec sa fille pour goûter une glace raconte avoir été attirée par l’aspect visuel de la boutique. D’autres clients reconnaissent être entrés par simple curiosité, parfois sans savoir exactement quel parfum ou quelle recette choisir. Les images affichées sur la borne jouent alors un rôle décisif.
Un projet lancé après un an de préparation
À l’origine de cette installation, le restaurateur Xiaoyong Xu, qui a observé le développement de ce type de commerce en Chine. Dans plusieurs villes chinoises, les outils automatisés ont déjà trouvé leur place dans certains établissements de restauration. Ils peuvent participer à la préparation d’entrées, de plats, de desserts ou assurer une partie du service.
Le modèle choisi à Avignon reste plus ciblé. Il se concentre sur les boissons, les glaces et la vente à emporter. Le créateur a consacré environ 100 000 euros à l’ouverture de cette boutique, après une année de travail sur le projet.
Sa fille, Noémy Xu, insiste sur la part moins visible du dispositif : l’informatique. Les bras mécaniques exécutent des gestes programmés, mais l’ensemble dépend aussi d’un suivi technique. Selon elle, les équipements font l’objet d’un contrôle à distance assuré par des techniciens installés en Chine.
Le client sélectionne sa commande sur une borne.
La machine lance la préparation selon la recette choisie.
Le bras articulé manipule les contenants et les ingrédients.
La boisson ou la glace est déposée dans une zone de retrait.
Une photo imprimée sur la mousse
L’enseigne mise aussi sur une option plus ludique. Pour certaines boissons lactées, les clients peuvent choisir une image à imprimer sur la mousse. Un portrait, un dessin ou une photo peuvent ainsi apparaître à la surface du gobelet. La réalisation utilise une encre alimentaire, prévue pour être consommée.
Cette personnalisation vise notamment les visiteurs de passage et les personnes qui souhaitent partager leur expérience sur les réseaux sociaux. Elle donne aussi un argument supplémentaire à un commerce qui cherche à se distinguer des distributeurs classiques.
À Avignon, l’automatisation ne se limite pas à verser une boisson : elle transforme la fabrication en attraction visible depuis la rue.
Le contact humain reste au cœur du débat
À quelques pas de cette nouvelle adresse, les cafés traditionnels regardent l’initiative avec une certaine distance. Plusieurs clients interrogés apprécient l’idée, tout en affirmant qu’ils ne remplaceraient pas une terrasse ou un établissement avec du personnel. Pour eux, prendre un café ne se réduit pas toujours au produit servi.
David, installé dans un café voisin, juge le concept amusant mais regrette l’absence d’échange. Un autre client formule la même réserve : même si la boisson est réussie, il tient au contact avec la personne qui la prépare ou la sert.
Sabrina Hafsi, employée dans un bar-tabac avignonnais, reconnaît que la nouveauté peut attirer. Elle estime pourtant que l’accueil, la convivialité et la capacité à discuter avec les habitués demeurent des atouts difficiles à reproduire par une machine.
Une concurrence encore limitée pour les cafés
Du côté des restaurateurs du Vaucluse, l’arrivée de ce commerce pose quelques questions sans provoquer d’inquiétude immédiate. Richard Hemin, président des restaurateurs du département, note qu’un achat effectué dans ce local ne se fera pas ailleurs. Il considère aussi que la fabrication scénarisée peut attirer un public venu avant tout pour regarder.
Les établissements classiques conservent des services que cette boutique ne propose pas : des tables, des sanitaires, un verre d’eau, une prise pour recharger un téléphone ou la possibilité de rester longtemps avec des proches. Ces détails pèsent dans le choix des consommateurs, surtout pour les habitués et les clients qui cherchent une pause plutôt qu’un achat rapide.
Un bras mécanique pour les crêpes cet hiver
Le créateur prépare déjà une nouvelle étape pour la saison froide. Un équipement dédié à la cuisson des crêpes devrait compléter l’offre. L’idée reste la même : permettre au public de suivre chaque étape, de la pâte versée sur la plaque jusqu’au produit remis au client.
Cette évolution montre ce que ces outils peuvent apporter à la vente à emporter : une préparation régulière, une ouverture potentiellement élargie et une démonstration visible. Elle comporte aussi une contrainte concrète. Une panne, un problème de réseau ou un défaut d’approvisionnement peut interrompre toute la chaîne, sans qu’un serveur puisse immédiatement prendre le relais.
À Avignon, les premiers jours de cette adresse donnent surtout lieu à des sourires, des vidéos et des discussions. Reste à savoir si l’effet de nouveauté se transformera, au fil des mois, en véritable habitude de consommation.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment fonctionne exactement cette boutique automatisée ?
Le client choisit sa boisson ou gourmandise sur une borne de commande, paie, puis trois bras mécaniques prennent le relais pour saisir les gobelets, doser les ingrédients, mélanger les préparations et déposer le produit fini dans une zone de retrait, tout en étant observé par le client à travers une vitre.
Qui a eu l'idée de créer cette boutique automatisée ?
Xiaoyong Xu, un restaurateur, a lancé ce projet après avoir observé le développement de ce type de commerce en Chine. Il a investi environ 100 000 euros dans cette ouverture, préparée durant une année.
Quel est le rôle de l'informatique dans le fonctionnement des machines ?
Les bras mécaniques exécutent des gestes programmés, mais l'ensemble dépend d'un suivi technique assuré à distance par des techniciens installés en Chine qui contrôlent les équipements en permanence.
Cette boutique menace-t-elle réellement les cafés traditionnels d'Avignon ?
Non selon les restaurateurs locaux : les établissements classiques conservent des services que cette boutique ne propose pas, comme des tables, des sanitaires, et surtout le contact humain et la convivialité que les machines ne peuvent reproduire.
Quels sont les nouveaux services prévus pour l'hiver ?
Un équipement dédié à la cuisson des crêpes doit être ajouté pour la saison froide, permettant au public de suivre toutes les étapes, de la pâte versée sur la plaque jusqu'à la remise du produit final.