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Le prix de la marche debout : des scientifiques identifient le changement dans le cartilage qui explique pourquoi nous souffrons plus d’arthrose que les autres primates

Le prix de la marche debout : des scientifiques identifient le changement dans le cartilage qui explique pourquoi nous souffrons plus d'arthrose que les autres primates

Une équipe internationale montre, à partir de travaux menés notamment en Espagne, que notre squelette de bipède aurait laissé une empreinte fragile dans nos articulations.

Dans un article relayé par le média catalan El Nacional, des chercheurs impliqués dans un projet publié dans la revue scientifique Nature avancent une explication à la fréquence élevée de l’arthrose chez l’être humain par rapport aux grands singes. Leur piste : une singularité de notre cartilage, liée à l’évolution vers la marche debout, qui rendrait nos articulations moins bien protégées sur le long terme.

Un cartilage humain moins dense que celui des autres grands singes

Les travaux présentés par El Nacional s’intéressent aux différences entre notre squelette et celui d’autres primates, en particulier les chimpanzés, gorilles, orangs-outans et bonobos. Les chercheurs ont comparé les caractéristiques génétiques et moléculaires des os et des articulations de ces espèces.

Leur constat est net : le cartilage humain contient environ un tiers seulement des glicosaminoglycanes (GAG) présents dans le cartilage des autres grands singes. Ces molécules jouent un rôle clé dans la structure du cartilage. Elles retiennent l’eau, contribuent à son élasticité et à sa capacité à encaisser les chocs répétés liés aux mouvements.

Le cartilage humain contient près de trois fois moins de molécules amortissantes que celui des chimpanzés, gorilles, orangs-outans et bonobos, ce qui le rend plus fin et moins protecteur.

Selon l’étude, ce n’est pas la nature des GAG qui a changé au cours de l’évolution humaine, mais bien la quantité produite. Un groupe de gènes impliqués dans la fabrication de ces molécules serait moins actif chez l’homme. C’est ce moindre fonctionnement qui conduirait à un cartilage moins dense, moins riche en « amortisseur » naturel.

Un matériau qui s’use avec le temps

Le cartilage articulaire se répare très peu. Une fois usé, il se régénère difficilement. Les auteurs de l’étude rappellent que des décennies de marche, de station debout, de montée d’escaliers ou de pratique sportive finissent par attaquer cette mince couche protectrice.

Chez l’être humain, cette « réserve » de protection est déjà réduite dès le départ, puisque le cartilage contient moins de GAG. Sur la durée, cet état de départ défavorable pourrait contribuer à une usure plus rapide ou plus marquée des articulations.

C’est cette hypothèse qui permettrait d’expliquer pourquoi l’arthrose, les dégénérescences des disques intervertébraux et les hernies discales sont très fréquentes chez nous, alors que les grands singes y échappent largement, même à un âge avancé.

Une moindre capacité d’amortissement dès la naissance pourrait rendre nos articulations beaucoup plus vulnérables aux décennies d’efforts liés à la vie en position debout.

Le prix évolutif de la marche sur deux jambes

Les scientifiques cités par El Nacional s’inscrivent dans le champ de la biologie évolutive. Leur objectif : comprendre comment des changements survenus il y a des centaines de milliers d’années continuent d’influencer notre santé actuelle.

Ils avancent que cette particularité du cartilage ne serait pas un simple défaut, mais le résultat d’un « compromis » évolutif. L’hypothèse est la suivante : en rendant certaines articulations plus fines et plus souples, le squelette humain aurait gagné en légèreté et en mobilité, facilitant la marche debout et la course longue distance.

Les articulations, les os plus fins et les longues jambes auraient ainsi formé un ensemble cohérent, adapté à une locomotion bipède efficace. En contrepartie, cette architecture aurait exposé davantage nos disques intervertébraux, nos hanches et nos genoux à l’usure, notamment après la quarantaine ou la cinquantaine.

La même adaptation qui nous a permis de nous redresser et de marcher sur de longues distances nous rendrait aussi plus sensibles aux douleurs articulaires chroniques à partir d’un certain âge.

Dans le vocabulaire de la biologie, ce type de situation porte un nom : un compromis évolutif. Un trait offre un avantage dans un contexte donné – ici la bipédie – tout en générant un coût dans un autre – les problèmes d’articulations tardifs.

Un travail international avec une forte participation espagnole

L’étude publiée dans Nature associe plusieurs centres de recherche, dont le laboratoire de Tomàs Marquès-Bonet, chercheur de l’institution espagnole ICREA, rattaché à l’université Pompeu Fabra de Barcelone et à l’Institut de biologie évolutive (IBE, CSIC-UPF).

Le premier auteur, Nadav Mishol, souligne que les molécules de GAG en elles-mêmes n’ont pas été profondément modifiées au fil de l’évolution humaine. Ce qui a changé, c’est leur quantité, modifiée par une régulation différente de certains gènes. Cette nuance est centrale : l’évolution ne passe pas toujours par l’apparition de nouvelles molécules, elle agit aussi en « dosant » différemment ce qui existe déjà.

Arthrose : ce que cela signifie pour un lecteur en France

Pour un public français, ces résultats apportent un éclairage sur une maladie très courante : l’arthrose. Elle correspond à une dégradation progressive du cartilage dans les articulations, entraînant douleurs, raideurs et parfois handicap. Les autorités sanitaires en France la classent parmi les maladies chroniques les plus répandues avec l’âge.

  • Les genoux et les hanches supportent le poids du corps à chaque pas.
  • Les disques intervertébraux amortissent en permanence les contraintes sur la colonne.
  • Les chevilles et les pieds encaissent les impacts de la course ou des sauts.

Les travaux présentés par El Nacional ne changent pas à court terme la prise en charge médicale en France. Ils aident plutôt à comprendre pourquoi la prévention repose autant sur la préservation des articulations : maintien d’une activité physique régulière mais adaptée, contrôle du poids, limitation des surcharges répétées, traitement précoce des blessures articulaires.

Pour un médecin français, ces données renforcent l’idée que notre squelette possède une fragilité structurelle liée à notre histoire évolutive. Les professionnels de santé insistent déjà sur la nécessité de ménager ses articulations tout au long de la vie, notamment pour retarder l’apparition de l’arthrose.

Comment fonctionne le cartilage, cet amortisseur discret

Le cartilage articulaire se situe à la jonction entre deux os. Il forme une couche lisse et brillante, lubrifiée par le liquide synovial. Les glicosaminoglycanes qui le composent retiennent l’eau comme une éponge. Lors d’un impact, cette eau se répartit et absorbe une partie de la force.

Élément Rôle principal
Collagène Donner une structure solide au cartilage
Glicosaminoglycanes (GAG) Attirer l’eau et assurer l’élasticité, l’amortissement
Chondrocytes Cellules qui entretiennent le cartilage

Avec le temps, ou en cas de contraintes trop répétées, cet assemblage se fissure. Les GAG se raréfient, le cartilage perd de son épaisseur et de sa capacité d’amortissement. L’os sous-jacent se retrouve plus exposé, ce qui cause des douleurs et une gêne fonctionnelle.

Un héritage à prendre en compte dans nos choix de vie

Comprendre que cette fragilité potentielle vient en partie de notre évolution vers la bipédie peut changer le regard sur certains troubles : ils ne relèvent pas seulement de « mauvaises habitudes modernes », ils s’inscrivent aussi dans une histoire beaucoup plus longue.

Pour un individu, cette connaissance peut encourager quelques réflexes concrets :

  • alterner marche, vélo ou natation pour limiter les chocs répétitifs sur les genoux et la colonne ;
  • éviter de porter des charges lourdes sur de longues distances sans préparation ;
  • consulter rapidement en cas de douleur articulaire persistante afin de limiter les dommages.

Ces gestes n’annulent pas le « compromis évolutif » mis en lumière par l’étude, mais ils peuvent réduire une partie des contraintes qui s’exercent sur un cartilage déjà moins riche en molécules amortissantes que celui de nos cousins primates.

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