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La plupart des abeilles ne meurent pas après avoir piqué : les faits surprenants révélés par des chercheurs australiens

La plupart des abeilles ne meurent pas après avoir piqué : les faits surprenants révélés par des chercheurs australiens

En Australie, des chercheurs rappellent qu’une immense majorité d’abeilles survivent à leurs piqûres, à rebours d’une idée très répandue.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent en France comme ailleurs, la piqûre n’est pas forcément synonyme de mort pour l’abeille. Un article scientifique publié sur la plateforme The Conversation et relayé par l’université australienne de Wollongong remet les chiffres au clair et détaille le fonctionnement, très variable, des dards chez ces insectes.

Seules quelques espèces meurent après avoir piqué

Les chercheurs australiens rappellent un chiffre clé : sur près de 21 000 espèces d’abeilles recensées dans le monde, seules huit meurent après avoir piqué. Autrement dit, environ 99,96 % des espèces survivent à l’utilisation de leur dard.

La fameuse abeille qui laisse son dard planté dans la peau et en meurt représente une infime minorité des espèces d’abeilles connues.

Dans la plupart des cas, les abeilles peuvent piquer plusieurs fois, car leur dard ne reste pas coincé dans la peau. Et certaines espèces, plusieurs centaines selon les chercheurs, ont même totalement perdu la capacité de piquer.

L’abeille européenne, petite mais redoutable

La confusion vient en grande partie d’une espèce bien précise : l’abeille domestique européenne, Apis mellifera. Native d’Europe et d’Afrique, elle a été introduite sur de nombreux continents, dont l’Australie, où elle est aujourd’hui partout ou presque.

Les auteurs expliquent que cette abeille fait partie d’un groupe de seulement huit espèces d’abeilles à miel dans le monde. Or le genre Apis ne représente que 0,04 % de l’ensemble des abeilles recensées. C’est pourtant celle que la plupart des gens identifient et croisent au quotidien.

Chez Apis mellifera, le dard est muni de crochets, ou « barbes ». Ces aspérités empêchent souvent l’abeille de retirer son dard une fois planté dans la peau d’un mammifère. L’abeille se déchire alors littéralement en s’envolant, laissant son dard et une partie de son abdomen sur place. Elle finit par mourir de cette blessure.

Le dard continue malgré tout de pomper du venin dans la peau, ce qui prolonge la sensation de brûlure ou de douleur. Les chercheurs rappellent qu’en Australie, les piqûres d’abeilles et de guêpes, principalement celles d’abeilles européennes, constituent la cause la plus fréquente de décès liés aux animaux venimeux : 12 décès sur 19 sur l’année 2017-2018, même si seules une faible proportion de personnes présentent une allergie grave.

À quoi sert vraiment un dard d’abeille ?

Les scientifiques replacent le dard dans son contexte évolutif. Chez la plupart des abeilles, des guêpes et des fourmis, ce dard est en réalité un organe de ponte modifié, l’ovipositeur, transformé au fil du temps en arme défensive.

Les guêpes dites « aculéates », un grand groupe qui inclut justement les abeilles et les fourmis, utilisent cet appendice pour injecter du venin depuis environ 190 millions d’années. La capacité à piquer est ainsi devenue un trait central de ces insectes.

Le niveau de douleur varie fortement d’une espèce à l’autre. Les auteurs indiquent que la piqûre de l’abeille domestique européenne est déjà en haut de l’échelle : elle obtient la note de 2 sur 4 sur l’indice de douleur élaboré par l’entomologiste américain Justin Schmidt. De nombreuses autres abeilles infligent une douleur plus modérée, même si certains spécialistes témoignent d’expériences désagréables sur le terrain.

La plupart des abeilles peuvent piquer autant de fois qu’elles le souhaitent, car leur dard ne s’accroche pas à la peau, mais elles finissent par épuiser leur stock de venin.

Les abeilles sans dard : pacifiques mais pas désarmées

À l’opposé, un groupe entier d’abeilles a perdu sa capacité de piquer. On parle alors d’abeilles « sans dard », bien qu’elles disposent parfois d’autres moyens de défense.

Au niveau mondial, 537 espèces sont classées dans la tribu des Meliponini, soit environ 2,6 % de toutes les espèces d’abeilles. En Australie, les scientifiques signalent seulement 11 espèces de ce type, appartenant aux genres Austroplebeia et Tetragonula.

Ces abeilles peuvent être élevées en ruches et produisent du miel, mais elles n’injectent pas de venin. Elles défendent leurs nids en mordant. Leur nuisance reste sans commune mesure avec l’attaque d’un essaim d’abeilles à dard.

  • Les abeilles Meliponini ne piquent pas.
  • Elles vivent en colonie et fabriquent du miel.
  • Elles mordent pour se défendre, sans venin.

L’Australie abrite aussi une famille entière d’abeilles, les Stenotritidae, qui ne se trouve nulle part ailleurs dans le monde. Elle compte 21 espèces. Ces abeilles, décrites par les chercheurs comme grandes et plutôt calmes, mesurent entre 14 et 19 millimètres, soit jusqu’à deux fois la longueur d’une abeille domestique européenne. Elles n’ont pas de dard fonctionnel.

Pourquoi les mâles ne piquent jamais

Un détail anatomique change tout : comme le dard est un ovipositeur transformé, seuls les individus femelles en disposent. Les mâles, eux, possèdent un autre type d’appareil génital et ne peuvent pas piquer.

Les chercheurs expliquent que tous les mâles, chez toutes les espèces d’abeilles, sont dépourvus de dard. Certains simulent pourtant une attaque en recourbant l’abdomen, notamment lorsqu’on tente de les saisir. Chez quelques espèces de guêpes, les mâles disposent de structures capables de pincer ou de griffer, ce qui peut blesser légèrement, mais sans venin.

Quelles que soient les espèces, une « abeille » qui pique est toujours une femelle.

Pourquoi accuse-t-on toujours l’abeille domestique ?

Les scientifiques avancent deux raisons principales au fait que l’abeille européenne concentre à elle seule la plupart des piqûres signalées.

La première tient à son abondance. Ses colonies comptent souvent autour de 50 000 individus et chaque ouvrière peut parcourir jusqu’à 10 kilomètres pour butiner. À l’inverse, la plupart des abeilles sauvages ne s’éloignent guère de plus de 200 mètres de leur nid. L’abeille domestique se retrouve donc bien plus souvent en contact avec les humains.

La seconde raison est sociale. Apis mellifera vit en société très organisée et défend sa ruche de façon collective. Une ouvrière peut sacrifier sa vie pour protéger la reine, ses sœurs et les réserves de miel. La majorité des autres abeilles et guêpes sont en revanche solitaires : une seule femelle assure tout, sans ouvrières. Ce mode de vie favorise une attitude moins agressive.

Un insecte à la fois indispensable et potentiellement mortel

Les auteurs parlent d’« relation compliquée » avec l’abeille domestique européenne. Ce n’est pas une espèce native en Australie, elle peut tuer des personnes allergiques et défendre vigoureusement ses ruches. Pourtant, elle joue un rôle clé dans la pollinisation des cultures agricoles.

Le miel fourni par ces abeilles reste très recherché. Dans le même temps, les chercheurs rappellent l’existence de milliers d’espèces d’abeilles sauvages, dont plus de 1 600 déjà identifiées en Australie, qui préfèrent s’éloigner plutôt que piquer.

Type d’abeilles Capacité à piquer Comportement typique
Abeille domestique européenne Pique une fois, puis meurt Sociale, défend activement la ruche
Abeilles sauvages avec dard Peuvent piquer plusieurs fois Le plus souvent solitaires, fuient facilement
Abeilles sans dard Ne piquent pas, peuvent mordre Colonies peu agressives

Que se passe-t-il en France avec les piqûres d’abeilles ?

En France, la situation se rapproche par certains aspects de celle décrite en Australie. L’abeille domestique européenne est également partout présente, à l’état sauvage comme dans les ruchers d’apiculteurs. C’est celle que la plupart des Français croisent dans les jardins, sur les fleurs ou près des ruches.

Les services d’urgence français rencontrent chaque année des cas d’allergies parfois graves aux piqûres d’hyménoptères, un groupe qui comprend les abeilles, les guêpes et les frelons. Les autorités sanitaires rappellent régulièrement que la grande majorité des piqûres provoquent seulement douleur, rougeur et gonflement local, mais que certaines personnes allergiques nécessitent une prise en charge urgente.

Les recommandations en France rejoignent ce que la biologie des abeilles permet de comprendre :

  • un dard laissé dans la peau vient d’une abeille domestique ou d’une espèce au dard barbelé ;
  • il faut retirer rapidement ce dard sans écraser la poche de venin, par exemple en le grattant délicatement ;
  • une surveillance accrue s’impose chez les personnes déjà connues pour une allergie sévère.

Les institutions françaises chargées de la santé publique et de la sécurité des consommateurs insistent aussi sur l’enjeu de la pollinisation. L’abeille domestique, mais aussi les nombreuses abeilles sauvages présentes dans le pays, contribuent à la reproduction des cultures fruitières, maraîchères et de nombreuses plantes sauvages. Cette fonction écologique limite les interventions agressives contre les colonies, sauf en cas de risque avéré pour les personnes.

Quelques repères pratiques pour mieux réagir à une piqûre

Les explications des chercheurs australiens aident à mieux comprendre ce qui se passe lorsqu’une abeille pique :

  • Si le dard reste planté dans la peau, l’abeille est probablement déjà morte et ne peut pas piquer de nouveau.
  • Une abeille sauvage qui tourne autour de vous ne cherche pas forcément à attaquer, elle butine ou surveille son nid à proximité.
  • Un groupe d’abeilles agitées autour d’une ruche signale plutôt une défense de la colonie : mieux vaut s’éloigner calmement.
  • Cette mise au point change aussi la perception des abeilles sauvages, souvent confondues avec l’abeille domestique. La plupart des espèces préfèrent s’échapper plutôt que risquer un contact direct. Les chercheurs australiens rappellent qu’un simple bruit ou une vibration près du nid suffit généralement à les faire fuir.

    Pour un lecteur français, comprendre que presque toutes les abeilles survivent à leurs piqûres, que les mâles ne peuvent pas piquer et que de nombreuses espèces ne possèdent plus de dard aide à relativiser la peur suscitée par ces insectes. Elle met également en lumière l’importance de les protéger, tant pour la biodiversité que pour la production alimentaire.

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