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Ils mangent ce qu’ils veulent sans jamais grossir : 2 % de la population possède ce métabolisme que les chercheurs commencent à percer

Ils mangent ce qu'ils veulent sans jamais grossir : 2 % de la population possède ce métabolisme que les chercheurs commencent à percer

Manger sans compter, rester mince et en parfaite santé : ce profil métabolique très particulier concernerait environ 2 % de la population mondiale.

Ce phénomène, décrit par le média suisse NZZ, intrigue les chercheurs en Europe, du Danemark à la France. Ces personnes ultra-minces semblent défier les lois habituelles de la balance, tout en affichant des examens médicaux normaux. Les scientifiques y voient une opportunité précieuse : mieux comprendre ce métabolisme hors norme pour inventer de nouveaux traitements contre le surpoids et l’obésité.

Un profil rarissime : minces, en forme… et incompris

Les spécialistes parlent de « dénutrition constitutionnelle » ou de « minceur constitutionnelle ». Selon les estimations citées par NZZ, environ 2 % des individus seraient concernés. Ils restent en dessous du poids considéré comme normal, sans régimes, sans restrictions, et sans pathologie évidente.

Dans l’article, une Danoise de 70 ans, Ingrid Casse, illustre ce profil. Elle mesure 1,73 mètre pour 47 kilos. Son visage est fin, ses bras très maigres, ses os du poignet saillants. Pourtant, elle explique se sentir « bien et pleine d’énergie » et insiste : elle ne grossit pas, quelle que soit la quantité de nourriture ingérée.

Ces personnes restent durablement en sous-poids, avec des analyses normales, une croissance régulière dans l’enfance et sans trouble alimentaire identifié.

Le biologiste Jens Lund, de l’université de Copenhague, résume ce tableau : la minceur constitutionnelle correspond à « un sous-poids persistant sans aucune maladie associée ». Les bilans sanguins ne montrent pas d’anomalies, les organes fonctionnent normalement, et la prise de poids pendant l’enfance suit une courbe stable, simplement plus basse que celle des autres enfants. Un point de vigilance existe toutefois : une densité osseuse parfois plus faible, ce qui pourrait accroître le risque d’ostéoporose à un âge avancé.

Une minceur qui expose aussi au harcèlement

Vu de l’extérieur, ce métabolisme peut faire rêver ceux qui luttent contre les kilos. Pour les personnes concernées, la réalité sociale est souvent plus compliquée.

La Française Melina Bailly, chercheuse à l’université Clermont Auvergne, explique au NZZ que ce profil est mal connu, y compris par certains médecins. Elle indique que des diagnostics d’anorexie ou de troubles du comportement alimentaire sont parfois posés à tort.

Des personnes minces par constitution racontent moqueries, suspicions de maladie, voire accusations de se faire vomir après les repas.

Dans une communauté en ligne citée par Ingrid Casse, des membres disent craindre de simplement se rendre aux toilettes après un repas de famille, de peur d’être soupçonnés de rejeter leur nourriture. Des jeunes femmes n’osent plus se montrer en maillot de bain ou en vêtements près du corps. Certaines portent même des vêtements avec rembourrages intégrés pour camoufler leurs os apparents.

Les hommes ne sont pas épargnés. Les jeunes garçons et adultes minces sont parfois tournés en dérision parce qu’ils ne parviennent pas à se « muscler » comme leurs pairs, en dépit d’efforts à la salle de sport et d’une alimentation riche.

Deux façons de manger… pour le même résultat sur la balance

Les travaux de Jens Lund mettent en évidence deux grands profils alimentaires chez ces personnes très minces :

  • Ceux qui mangent de très gros repas plusieurs fois par semaine, dépassant largement les apports théoriquement nécessaires à leur taille et leur poids.
  • Ceux qui mangent peu à chaque repas, mais grignotent ou prennent de nombreuses petites collations tout au long de la journée.

Ingrid Casse appartient clairement à la deuxième catégorie. Enfant, elle ne finissait jamais son assiette, même lorsque sa mère la servait copieusement. Aujourd’hui encore, elle mange peu à chaque repas mais a très vite faim : elle explique avoir besoin de se restaurer toutes les deux heures et plaisante en disant connaître la plupart des cafés de Copenhague.

Un corps qui brûle plus d’énergie en permanence

Premier élément d’explication relevé par les chercheurs : le corps de ces personnes consomme plus d’énergie au quotidien.

Elles ont souvent un besoin spontané de bouger sans arrêt. Quand elles restent assises, elles remuent les pieds, croisent et décroisent les jambes, jouent avec leurs mains. Ces petits mouvements, qualifiés parfois de « nervosité motrice », finissent par représenter une dépense énergétique accrue sur la journée.

Même sans sport intensif, ces personnes dépensent davantage de calories que la moyenne, rien qu’avec leurs gestes et micro-mouvements permanents.

Ingrid Casse confirme ce besoin d’activité. Après une longue soirée assise chez des amis, elle ressent presque une obligation de rentrer à pied pour se sentir bien. Elle pratique aussi la natation, le jogging, le vélo et des exercices de musculation, ce qui montre qu’une activité sportive soutenue reste possible malgré sa minceur extrême.

Le rôle clé du « bon » gras : le tissu adipeux brun

Au-delà de l’activité physique, les chercheurs se penchent sur un tissu longtemps resté discret : la graisse brune, ou tissu adipeux brun. Melina Bailly indique que les personnes très minces par constitution semblent en posséder davantage.

Contrairement au tissu adipeux blanc, qui stocke l’excès d’énergie sous forme de réserves, la graisse brune sert à produire de la chaleur. On la trouve en petites poches le long de la colonne vertébrale, sous les clavicules ou autour des reins. Chez le nouveau-né, elle aide à maintenir la température corporelle dans les premiers jours de vie.

Type de graisse Rôle principal Effet sur le poids
Graisse blanche Stocker l’énergie excédentaire Favorise la prise de poids si elle est abondante
Graisse brune Produire de la chaleur en brûlant des calories Contribue à dépenser plus d’énergie

Chez les personnes « super-minces », ce tissu serait plus actif et consommerait davantage de graisses issues de l’alimentation. L’importance de cette graisse brune semble en grande partie déterminée par la génétique. Certaines études, notamment menées chez des bûcherons canadiens, montrent aussi qu’une exposition régulière au froid favorise son développement chez l’adulte.

Des muscles particuliers et des difficultés à « prendre »

Les muscles des personnes très minces intéressent aussi beaucoup les scientifiques. Les travaux de Melina Bailly suggèrent des fibres musculaires plus fines et une composition différente des types de fibres.

Ces caractéristiques pourraient expliquer pourquoi ces individus ont plus de mal à gagner en masse musculaire, même avec entraînement. Dans les milieux du fitness, on les qualifie parfois de « hardgainers », c’est-à-dire de personnes qui prennent difficilement du poids et du muscle.

La force globale rapportée au poids du corps reste comparable à celle d’une personne de corpulence dite normale, mais la masse musculaire pure augmente plus difficilement.

Le spécialiste du sport Julian Bergmann, de l’Académie pour le sport et la santé de Constance, décrit une stratégie possible pour favoriser la prise de muscle chez ces profils. Il recommande d’abord d’évaluer l’apport calorique habituel qui permet de maintenir le poids stable, puis d’ajouter progressivement environ 300 kilocalories par jour, associées à un programme de musculation.

L’objectif n’est pas de multiplier les repas, mais d’augmenter la densité énergétique des aliments déjà consommés, par exemple :

  • ajouter un peu plus d’huile dans les salades ;
  • incorporer du beurre ou des fruits secs dans les préparations ;
  • mettre du fromage dans les œufs brouillés ou les plats chauds.

Si, au bout d’une semaine, la balance ne bouge pas, l’apport supplémentaire est de nouveau augmenté. Ce protocole doit toutefois rester encadré et individualisé.

Un métabolisme convoité pour lutter contre l’obésité

Pour les chercheurs comme Jens Lund, comprendre ce métabolisme très dépensier ne relève pas de la curiosité théorique. L’enjeu est de taille face à la progression mondiale du surpoids et de l’obésité.

Selon lui, la régulation du poids chez ces personnes et chez les individus en surpoids suivrait des principes similaires, mais avec des effets inverses. Dans les deux cas, le corps semble doté d’une sorte de « point de consigne » interne. Quand une personne en surpoids perd des kilos via un régime ou un traitement, l’organisme tend à revenir à son poids initial. À l’inverse, lorsqu’une personne super-mince réussit à prendre quelques kilos en mangeant excessivement, ces kilos sont souvent reperdus dès l’arrêt de cette « phase de prise ».

Si l’on parvient à décrypter les mécanismes qui font brûler davantage de calories aux personnes super-minces, on pourrait s’en inspirer pour aider les personnes en surpoids à perdre durablement.

Les traitements amaigrissants actuellement disponibles agissent surtout sur l’appétit, en le diminuant. Or leurs effets s’arrêtent souvent avec l’arrêt des injections ou comprimés, et les effets secondaires digestifs incitent nombre de patients à les interrompre. D’où l’intérêt d’une nouvelle génération de médicaments qui cibleraient directement la façon dont le corps dépense l’énergie, plutôt que la seule sensation de faim.

Quelle situation en France pour ces profils métaboliques ?

En France, ce type de minceur extrême est rarement nommé et peut être confondu avec des troubles du comportement alimentaire. Les médecins mesurent l’indice de masse corporelle (IMC) pour évaluer le poids, mais l’IMC ne suffit pas toujours à distinguer une anorexie d’une minceur constitutionnelle.

Dans la pratique, les personnes très minces consultent surtout :

  • leur médecin généraliste, pour un premier bilan ;
  • un endocrinologue, spécialiste des hormones et du métabolisme, lorsque la cause reste floue ;
  • parfois un psychiatre ou un psychologue, si un trouble alimentaire est suspecté.

Un profil de « super-mince » au sens décrit par NZZ se caractérise en France par des examens biologiques normaux, l’absence de restriction alimentaire volontaire et un poids bas depuis l’enfance. Quand ce tableau se confirme, l’enjeu devient moins de faire grossir coûte que coûte que de surveiller la santé osseuse, l’équilibre nutritionnel et le bien-être psychologique.

À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement médicamenteux spécifiquement destiné à reproduire chez des personnes en surpoids le métabolisme de ces 2 % de super-minces. Les recommandations françaises restent centrées sur l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée et, si besoin, un accompagnement médical ou nutritionnel personnalisé.

Que signifie exactement « métabolisme rapide » ?

Le terme est souvent utilisé dans le langage courant, mais recouvre des réalités complexes. Le métabolisme décrit l’ensemble des réactions chimiques qui permettent à l’organisme de transformer la nourriture en énergie, de maintenir la température, de fabriquer des cellules et de les réparer.

On distingue notamment :

  • le métabolisme de base, c’est-à-dire l’énergie dépensée au repos total ;
  • la dépense liée aux mouvements du quotidien et à l’activité physique ;
  • la dépense liée à la digestion et au traitement des nutriments.

Chez les personnes super-minces, plusieurs de ces composantes semblent légèrement plus élevées ou plus actives : muscles qui consomment davantage, graisse brune plus présente, micro-mouvements incessants. Ce ne sont pas forcément des différences spectaculaires prises isolément, mais leur accumulation sur des années peut suffire à maintenir un poids très bas sans effort conscient.

Pour un lecteur français, l’enjeu n’est pas d’envier ce profil souvent stigmatisé, mais de comprendre que la prise ou la perte de poids ne se résume pas à « volonté » contre « laisser-aller ». Une partie se joue dans une biologie encore mal connue, que des équipes en France, au Danemark ou au Canada tentent de décoder afin de concevoir, à terme, des approches plus justes et plus efficaces contre l’excès de poids.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la minceur constitutionnelle exactement ?

C'est un sous-poids persistant sans maladie associée ni trouble alimentaire identifié. Les personnes concernées restent naturellement en dessous du poids considéré comme normal, avec des analyses sanguines et des organes fonctionnant normalement.

Pourquoi ces personnes ne grossissent-elles pas ?

Elles dépensent davantage d'énergie au quotidien grâce à des micro-mouvements involontaires permanents, possèdent une graisse brune plus active qui brûle des calories pour produire de la chaleur, et ont une composition musculaire particulière. Ces caractéristiques sont largement déterminées par la génétique.

Quels sont les risques pour la santé de ces personnes ?

Le principal risque identifié est une densité osseuse parfois plus faible, qui pourrait accroître le risque d'ostéoporose à un âge avancé. Par ailleurs, elles souffrent souvent d'être mal comprises, diagnostiquées à tort avec des troubles alimentaires ou confrontées à du harcèlement social.

Comment les scientifiques utilisent-ils cette recherche ?

Les chercheurs étudient ce métabolisme exceptionnel pour mieux comprendre les mécanismes de la régulation du poids et inventer de nouveaux traitements contre le surpoids et l'obésité chez la population générale.

Les hommes minces font-ils face aux mêmes défis sociaux ?

Oui, les jeunes garçons et adultes minces sont parfois tournés en dérision parce qu'ils ne parviennent pas à se muscler comme leurs pairs, même avec un entraînement régulier et une alimentation riche en calories.
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