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Chine : des archéologues exhument une ville de la dynastie Han vieille de 2 000 ans, avec une « porte d’eau » unique dans le pays

Vue aérienne de fouilles archéologiques révélant les vestiges d'une ville antique avec enceinte, fossé défensif et structures de bâtiments, près d'une rivière en Chine

Dans le sud-ouest de la Chine, des fouilles révèlent l’organisation d’une cité ancienne installée au carrefour des voies fluviales et montagneuses.

À Chengba, dans le comté de Quxian, à l’est de la province chinoise du Sichuan, les archéologues mettent au jour les vestiges d’une importante ville de la dynastie Han. La revue archéologique Antiquity rapporte que cet ensemble pourrait correspondre à l’ancienne cité de Dangqu, connue par les textes historiques.

Une cité fortifiée au cœur du Sichuan oriental

Le site de Chengba couvre environ 50 000 mètres carrés. Les recherches ont permis d’identifier une enceinte dotée de portes, longue d’environ 725 mètres, ainsi qu’un fossé défensif. À l’intérieur, les vestiges dessinent les contours d’une ville organisée, avec des rues et des fondations de bâtiments.

Les archéologues ont aussi relevé, autour de l’espace urbain, les traces d’un cimetière, d’ateliers de poterie et d’une zone d’accostage sur la rive. Ces éléments montrent que Chengba ne se limitait pas à une fonction militaire ou administrative. La cité réunissait activités artisanales, circulation des marchandises et lieux de vie.

Les murailles de Chengba auraient été édifiées sous les Han occidentaux, entre 202 et 141 avant notre ère, puis réparées à plusieurs reprises.

Cette chronologie est déterminante. La dynastie Han a exercé son pouvoir sur une grande partie de la Chine entre 206 avant notre ère et 220 de notre ère. Elle a constitué une période majeure pour la structuration administrative du territoire, l’essor des échanges et le développement de nombreuses villes.

Chengba représente le premier site urbain de l’époque Han identifié dans l’est du Sichuan. Les autres villes connues de cette période dans la province se concentrent surtout autour de la plaine de Chengdu, bien plus à l’ouest.

Des indices solides en faveur de l’ancienne Dangqu

Les spécialistes tentent désormais de déterminer le nom antique de cette ville. Plusieurs éléments conduisent à l’associer à Dangqu, un district mentionné dans les sources historiques de la période Han et rattaché à la commanderie de Ba, une circonscription administrative de l’époque.

Le principal indice vient de nombreuses tuiles de toiture portant une inscription avec les caractères correspondant à « Dangqu ». Leur présence, associée aux descriptions anciennes de la localisation probable du district, rend très vraisemblable l’identification de Chengba avec la ville de Dangqu sous les Han occidentaux.

Le lieu avait déjà de l’importance avant cette période. Des objets en bronze datant des Royaumes combattants, une époque antérieure à l’unification de la Chine, relient une phase plus ancienne de l’occupation à une localité appelée Cong. Des armes et des vases rituels indiquent aussi que le secteur comptait déjà parmi les centres actifs de l’ancien État de Ba.

  • des murailles et un fossé défensif ;
  • un réseau de rues et des constructions ;
  • des ateliers liés à la poterie et au travail du fer ;
  • des documents sur lamelles de bambou ;
  • une zone portuaire au bord de la rivière Qujiang.

Une « porte d’eau » qui pourrait être unique

L’élément le plus singulier se trouve au nord-ouest de la ville antique, à proximité de la rivière Qujiang. Les archéologues y ont identifié une zone d’accostage. Sa position et les renseignements contenus dans des lamelles de bambou retrouvées sur place suggèrent qu’elle pouvait servir de point de contrôle combinant accès terrestre et accès fluvial.

Dans cette hypothèse, des agents locaux surveillaient les voyageurs, les embarcations, les ressources et le transport des marchandises. Un tel dispositif aurait permis à l’administration de contrôler les flux qui circulaient entre les régions.

Si cette interprétation est confirmée, Chengba abriterait la seule « porte d’eau » de l’époque Han connue à ce jour en Chine.

La géographie explique l’intérêt stratégique du site. Chengba se situe sur la rive orientale du Qujiang, cours d’eau qui rejoint le Jialing, lui-même relié au Yangtsé. Au nord, le passage de Micang ouvrait une route à travers les monts Daba vers les plaines centrales chinoises.

Les déplacements terrestres restaient difficiles dans ce relief accidenté. La combinaison des routes de montagne et du transport fluvial plaçait donc la cité à un point de passage particulièrement utile entre plusieurs espaces de la Chine ancienne.

Des archives de bambou sur la vie locale

Les documents sur bambou constituent une autre trouvaille majeure. Ils abordent des sujets variés : finances, affaires judiciaires, éducation, calligraphie, littérature et calcul. Certains concernent l’enregistrement des foyers, une catégorie de documents rarement retrouvée pour la période Han en Chine.

Ces textes peuvent éclairer le fonctionnement d’une administration locale. L’enregistrement des ménages servait notamment à connaître la population relevant d’un territoire, dans une société où les autorités devaient organiser les obligations administratives et la gestion des ressources.

Les recherches pourraient ainsi livrer des informations concrètes sur la vie quotidienne, l’enseignement et les pratiques administratives dans le Sichuan oriental il y a près de deux millénaires.

Une production de fer à grande échelle

Chengba était aussi un centre de production. Les fouilles ont livré plus de 20 000 fragments liés à la métallurgie du fer : scories, éléments de revêtement de four et tuyères. Une tuyère est une pièce qui permet de souffler de l’air dans un foyer afin d’élever la température nécessaire à la transformation du minerai.

Les datations au radiocarbone indiquent que cette activité s’est poursuivie de la fin des Han occidentaux jusqu’au milieu des Han orientaux. L’ampleur des déchets retrouvés suggère une production suivie, susceptible d’alimenter les besoins locaux et les circuits d’échanges régionaux.

Quel regard depuis la France ?

En France, les vestiges urbains de l’Antiquité font souvent l’objet d’opérations d’archéologie préventive avant des travaux d’aménagement. L’Institut national de recherches archéologiques préventives intervient, avec d’autres services autorisés, pour étudier et préserver les traces du passé lorsqu’un projet risque de les affecter.

La comparaison doit rester prudente : Chengba appartenait à l’administration des Han, tandis que le territoire de la France actuelle comprenait alors des peuples gaulois, puis des espaces intégrés au monde romain. Les fouilles chinoises rappellent pourtant une réalité commune aux grandes civilisations antiques : les villes vivaient grâce à l’artisanat, aux voies de circulation, aux autorités locales et aux échanges.

À Chengba, les prochaines campagnes devront préciser les limites de la cité et établir une chronologie plus fine de son évolution. Elles pourraient aussi aider à comprendre comment s’articulaient les quartiers résidentiels, les zones artisanales, les bâtiments administratifs et les installations fluviales dans cette ville du Sichuan ancien.

Questions fréquentes

Pourquoi Chengba serait-elle l'ancienne ville de Dangqu ?

Plusieurs tuiles de toiture retrouvées portent une inscription avec les caractères correspondant à « Dangqu ». Cette découverte, associée aux descriptions anciennes de la localisation probable du district dans les sources historiques, rend très vraisemblable cette identification.

Qu'est-ce qu'une « porte d'eau » et pourquoi est-elle unique ?

Une « porte d'eau » est un point de contrôle combinant accès terrestre et accès fluvial permettant de surveiller les voyageurs, les embarcations et le transport des marchandises. Si cette interprétation est confirmée, Chengba abriterait la seule « porte d'eau » de l'époque Han connue à ce jour en Chine.

Quelles activités se déroulaient dans la ville ancienne de Chengba ?

Chengba était un centre urbain organisé avec des fonctions variées : artisanat de la poterie, production de fer à grande échelle (plus de 20 000 fragments découverts), circulation des marchandises, activités commerciales et résidentielles.

Pourquoi Chengba avait-elle une importance stratégique ?

La ville était située au carrefour des routes de montagne et du transport fluvial. Elle contrôlait les passages entre le massif des Daba, les plaines centrales et les voies fluviales reliant le Yangtsé, plaçant Chengba à un point de passage particulièrement utile.

Qu'apportent les documents sur bambou découverts sur le site ?

Ces documents couvrent finances, affaires judiciaires, éducation et administration. Certains enregistrements de foyers, rarement retrouvés pour la période Han, peuvent éclairer le fonctionnement de l'administration locale et la vie quotidienne du Sichuan oriental il y a deux millénaires.
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