Dans une petite ville du centre du Japon, un biscuit à l’allure banale intrigue les touristes comme les habitants les plus âgés.
Ce snack atypique, raconté par le site d’actualités insolites Oddity Central, est né à Omachi, au Japon. Derrière son apparence de simple biscuit salé, il cache un ingrédient que peu de Français accepteraient de croquer sans hésiter : des guêpes entières, incluses directement dans la pâte avant la cuisson.
Un biscuit local devenu attraction culinaire à Omachi
Le « Jibachi Senbei » est un petit cracker rond, fin, qui ressemble à un classique biscuit apéritif japonais. Jusqu’au moment où l’on regarde de près : dans la pâte brun clair, on distingue nettement des guêpes noires, entières, figées dans la farine comme des inclusions.
Ce produit a commencé à faire parler de lui au milieu des années 2010. À l’origine, il ne s’agit pas d’un coup marketing d’une grande marque, mais d’une initiative très locale. Un club de passionnés de guêpes fouisseuses d’Omachi, baptisé Omachi Jibachi Aikokai, s’est associé à un boulanger de la ville pour créer un encas « qui incorpore vraiment l’essence de la guêpe fouisseuse », rapporte Oddity Central.
Ces biscuits salés contiennent de véritables guêpes fouisseuses séchées, visibles à l’œil nu et intégrées comme n’importe quel ingrédient.
L’idée de départ : proposer un produit à la fois typique, surprenant et ancré dans le territoire, capable d’attirer les curieux et de mettre en avant une pratique locale de chasse aux insectes comestibles, déjà existante dans certaines régions du Japon.
Comment sont fabriqués ces biscuits aux guêpes ?
La filière reste artisanale. Elle repose largement sur la participation de personnes âgées du coin, membres du club Omachi Jibachi Aikokai, parfois présentés comme de véritables « chasseurs de guêpes ».
- Des pièges sont d’abord installés en forêt pour capturer les guêpes fouisseuses.
- Une fois récupérés, les insectes sont bouillis, puis séchés.
- Les guêpes ainsi préparées sont ensuite apportées à un boulanger local.
- Celui-ci les incorpore directement dans une pâte à biscuit légèrement sucrée avant cuisson.
Résultat : un biscuit très visuel, parsemé de corps de guêpes noircis par la cuisson. Le contraste entre la pâte claire et les insectes rend le produit immédiatement reconnaissable sur les étals des marchés d’Omachi.
Un goût décrit comme… raisins brûlés et nourriture pour poissons
Selon les descriptions relayées par Oddity Central, la pâte de ces crackers serait « légèrement sucrée », dans la lignée de nombreux biscuits japonais qui mélangent douceur et salé.
Le goût de la guêpe, lui, surprend. Ceux qui ont osé goûter évoquent une saveur approchante de celle de « raisins brûlés ». L’odeur dégagée à l’ouverture du paquet serait, elle, comparable à celle de « nourriture pour poissons », un parfum peu engageant pour un snack censé se grignoter à l’apéritif.
Visuellement impressionnant, olfactivement déroutant, ce biscuit séduit surtout par son côté inédit plus que par son parfum.
Malgré ces descriptions peu flatteuses, les Jibachi Senbei rencontrent un certain succès comme curiosité gastronomique, notamment auprès des seniors japonais qui ont parfois l’habitude de consommer des insectes depuis l’enfance.
Pourquoi des guêpes dans un biscuit ? La logique des insectes comestibles
Les guêpes utilisées sont des guêpes fouisseuses, identifiées sous le nom scientifique Vespula flaviceps, aussi appelées Kurosuzume bachi. Cette espèce est considérée comme comestible au Japon.
Les insectes comestibles restent marginaux dans l’alimentation japonaise moderne, mais ils ne sont pas totalement inconnus. Dans certaines régions rurales, on consomme par exemple des larves d’abeilles ou de guêpes cuites avec du riz.
Dans le cas précis des Jibachi Senbei, Oddity Central rappelle un argument souvent mis en avant par les défenseurs des insectes alimentaires : leur richesse en protéines. Les guêpes figurent même parmi les insectes les plus protéinés. Le site note toutefois avec humour que cela ne changera pas grand-chose pour la plupart des acheteurs, qui ne choisissent pas ces crackers pour leur apport nutritionnel, mais pour leur aspect insolite.
Sur le papier, les guêpes offrent un apport en protéines très élevé, mais le vrai argument de ces biscuits reste leur étrangeté.
À Omachi, ces biscuits sont vendus sur les marchés locaux et dans quelques boutiques spécialisées. Certains touristes se déplacent exprès jusqu’à cette ville japonaise pour les goûter et rapporter une photo ou une vidéo de cette expérience culinaire déroutante.
Un snack « de seniors » très commenté sur les réseaux
Oddity Central précise que ces crackers aux guêpes seraient particulièrement populaires parmi les personnes âgées au Japon. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : un rapport plus distancié à ce qui choque visuellement, un passé rural plus marqué, ou encore le souvenir de périodes où l’on consommait ce que l’on trouvait dans la nature.
Pour les plus jeunes ou les étrangers, les Jibachi Senbei relèvent surtout de la « nouveauté à tester une fois », un peu comme certaines spécialités locales très épicées ou fortement fermentées. On photographie le paquet, on filme la première bouchée, puis on partage l’expérience en ligne.
Cette dimension « photo choc » renforce l’attrait touristique du produit. Les guêpes, bien visibles, offrent un visuel parfait pour les réseaux sociaux, entre fascination et dégoût.
Et en France, où en est la consommation d’insectes ?
Pour un lecteur français, l’idée de mordre dans un biscuit rempli de guêpes a de quoi surprendre. Pourtant, les insectes comestibles commencent à apparaître, de manière très encadrée, sur le marché européen.
En France, la réglementation relève du droit européen sur les « nouveaux aliments ». Seules certaines espèces d’insectes ont reçu une autorisation de mise sur le marché, sous des formes précises (entiers séchés, en poudre, en ingrédients intégrés dans d’autres produits). Il s’agit principalement de vers de farine, grillons ou sauterelles.
Contrairement aux Jibachi Senbei japonais, ces produits sont souvent transformés pour rendre l’insecte moins visible :
- farines d’insectes intégrées à des pâtes, des biscuits ou des barres protéinées ;
- snacks apéritifs à base d’insectes assaisonnés, vendus en petites portions ;
- produits sportifs riches en protéines ciblant un public spécifique.
Les guêpes fouisseuses comme celles utilisées à Omachi ne figurent pas parmi les espèces couramment autorisées et commercialisées en Europe. La consommation d’insectes reste très minoritaire en France, même si des entreprises testent régulièrement de nouveaux produits, souvent présentés comme une source de protéines plus durable que la viande traditionnelle.
Quels risques et quels intérêts à manger des insectes ?
Les autorités sanitaires rappellent régulièrement que les insectes destinés à l’alimentation humaine doivent être élevés ou récoltés dans des conditions strictement contrôlées. L’objectif : éviter les contaminations, les résidus de pesticides ou les allergènes non signalés.
Les personnes déjà allergiques aux crustacés ou aux acariens peuvent présenter des réactions croisées avec certains insectes. Les recommandations invitent donc à la prudence et à la lecture attentive des étiquettes, surtout pour les produits transformés.
En contrepartie, les insectes présentent plusieurs atouts mis en avant par leurs promoteurs :
| Aspect | Insectes comestibles |
|---|---|
| Apport en protéines | Très élevé pour de nombreuses espèces, dont les guêpes |
| Surface nécessaire | Élevage possible sur de petites surfaces verticales |
| Impact environnemental | Potentiellement plus faible que certaines filières animales classiques |
| Acceptabilité culturelle | Encore limitée en Europe, plus répandue dans certaines régions d’Asie ou d’Afrique |
Manger une guêpe entière : expérience gustative ou défi psychologique ?
Dans le cas des Jibachi Senbei, la barrière principale ne vient ni des protéines ni de la technique culinaire, mais bien de la tête. L’idée de croquer dans le corps entier d’un insecte visible, avec ses pattes et ses ailes, crée un blocage chez beaucoup de consommateurs.
Au Japon, ce type de spécialité s’inscrit dans une culture qui valorise aussi les produits régionaux forts, parfois dérangeants pour les non-initiés : poissons fermentés, algues puissamment iodées, textures gluantes. Le biscuit aux guêpes s’ajoute à cette liste d’aliments qui racontent un territoire autant qu’ils se mangent.
Pour un Français curieux, goûter un Jibachi Senbei lors d’un voyage à Omachi peut s’apparenter à un petit défi personnel. Un peu comme avaler un fromage au goût très prononcé ou tester un plat extrêmement pimenté, il s’agit moins de se régaler que de dire « je l’ai fait », photo à l’appui.
Cette spécialité japonaise rappelle enfin une tendance de fond : la recherche d’expériences alimentaires marquantes, parfois plus spectaculaires que gourmandes. Entre curiosité, dégoût et intérêt écologique, les insectes comestibles, guêpes comprises, pourraient encore réserver bien des surprises dans les années à venir.







