EUROTEL

Le champ magnétique terrestre influencerait nos décisions à notre insu : les chercheurs évoquent un sixième sens caché

Le champ magnétique terrestre influencerait nos décisions à notre insu : les chercheurs évoquent un sixième sens caché

Une équipe sud-coréenne affirme avoir mis en évidence, en laboratoire, un effet du champ magnétique terrestre sur nos choix, en pleine Corée du Sud.

Selon un article scientifique relayé par le média Indian Defence Review, des chercheurs de l’université sud-coréenne Kyungpook National University pensent avoir capté la trace d’un « sixième sens » humain lié au champ magnétique terrestre. Leurs travaux suggèrent une influence subtile sur la prise de décision, sans que les volontaires n’en aient conscience.

Un sixième sens lié au champ magnétique terrestre ?

L’idée que les humains puissent percevoir, même faiblement, le champ magnétique terrestre fait débat depuis des années. Chez de nombreux animaux, en revanche, ce « sens magnétique » ne fait guère de doute. Des oiseaux migrateurs, des tortues marines, des saumons ou encore certains insectes utilisent des informations magnétiques pour se repérer lors de leurs déplacements sur de longues distances.

La question se pose donc : l’être humain a-t-il conservé une forme atténuée de cette capacité, enfouie dans son cerveau et inaccessible à la conscience ? La nouvelle étude, publiée en 2025 dans la revue Frontiers in Neuroscience par une équipe de Kyungpook National University en Corée du Sud, apporte des éléments en ce sens, tout en restant prudente sur la portée réelle du phénomène.

Les chercheurs sud-coréens annoncent un effet mesurable du champ magnétique terrestre sur un choix inconscient, dans des conditions de laboratoire très contrôlées.

Les auteurs soulignent que leurs résultats ne démontrent pas que les variations du champ magnétique influencent l’humeur, le sommeil ou les décisions du quotidien. Ils décrivent une modification très ciblée d’un comportement, dans un dispositif expérimental précis, et insistent sur la nécessité de reproduire ces observations.

Une expérience inspirée du jeu de Go

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont recruté 108 volontaires adultes en bonne santé, 55 hommes et 53 femmes. L’expérience s’inspire d’un rituel traditionnel utilisé avant une partie de Go, ce jeu de stratégie très répandu en Asie.

Au Go, le joueur qui utilise les pierres noires commence la partie, ce qui constitue un avantage. Pour décider qui obtient ce privilège, les joueurs peuvent recourir à une procédure fondée sur un nombre caché de pierres blanches. Comme ce nombre reste dissimulé, les participants ne peuvent pas contrôler consciemment cet aspect du tirage au sort.

Les scientifiques ont reproduit ce rituel dans une salle blindée, entourée de bobines électromagnétiques. Dans certains essais, le champ magnétique terrestre était laissé tel quel. Dans d’autres, un champ opposé venait presque l’annuler.

  • Dans un cas, le champ magnétique terrestre restait inchangé.
  • Dans l’autre, un système de bobines annulait presque totalement ce champ.
  • Les participants ignoraient en permanence la condition expérimentale.

Les volontaires ne recevaient aucune information sur l’état du champ. Toute source de repère visuel ou sonore était éliminée et la personne chargée d’analyser les résultats ne savait pas non plus dans quel contexte chaque essai avait eu lieu, afin de limiter les biais.

Quand le champ magnétique terrestre était fortement atténué, les participants recevaient les pierres noires nettement moins souvent que ne le prédit le hasard.

Fait notable, cet effet n’apparaissait que chez les volontaires à jeun, dont la glycémie se situait dans une plage relativement étroite. Le mécanisme concernait la poignée de pierres blanches cachées, non le choix volontaire des pierres noires par les participants.

Pour le principal auteur, le professeur Kwon-Seok Chae, ce résultat laisse penser que le champ magnétique agit surtout sur un composant du comportement intentionnellement incontrôlable et largement inconscient. Près de 98 % des participants ont indiqué ne ressentir aucune sensation inhabituelle ni percevoir la moindre variation de champ pendant l’expérience.

Avant de mettre en place cette tâche en laboratoire, l’équipe avait déjà analysé plus de 21 000 parties de Go professionnelles. Cette analyse statistique montrait que les joueurs de plus haut niveau obtenaient les pierres noires plus souvent que ne le laisserait supposer le hasard, un indice supplémentaire d’un biais difficile à expliquer.

À la recherche du mécanisme biologique caché

Les chercheurs se sont également intéressés à la manière dont un éventuel « sens magnétique » humain pourrait fonctionner sur le plan biologique. Une deuxième expérience s’est donc focalisée sur des molécules et signaux connus en biologie.

La piste des cryptochromes, protéines sensibles à la lumière

Dans cette seconde phase, l’équipe n’a pas modifié le champ magnétique terrestre. À la place, les participants étaient exposés à un signal radiofréquence extrêmement faible, à 1,26 mégahertz. Cette fréquence avait été choisie car elle est prédite pour perturber des protéines particulières : les cryptochromes.

Les cryptochromes sont des protéines sensibles à la lumière, présentes dans la rétine des oiseaux et des humains. Chez certains oiseaux, elles jouent un rôle clé dans la détection du champ magnétique terrestre et dans la navigation magnétique.

Une radiofréquence très faible, ciblant les cryptochromes, a reproduit en laboratoire le même effet comportemental que la suppression du champ magnétique.

Le signal à 1,26 mégahertz a, en effet, généré un effet similaire à celui observé lorsque le champ géomagnétique était annulé. Un autre signal radio à 1,89 mégahertz, lui, n’a provoqué aucun changement observable. Pour Kwon-Seok Chae, ce résultat, dépendant de la fréquence, soutient l’idée que ces protéines participent au phénomène.

L’hypothèse des cristaux de magnétite dans le cerveau

Une autre piste repose sur la magnétite, un minéral naturellement magnétique. De minuscules cristaux de magnétite ont été identifiés dans le cerveau humain. Théoriquement, ces structures pourraient jouer le rôle de capteurs de champ magnétique.

Kwon-Seok Chae rappelle que certains travaux basés sur l’électroencéphalographie, c’est-à-dire l’enregistrement de l’activité électrique du cerveau, ont été interprétés comme des indices favorables à cette hypothèse. Les signaux cérébraux semblaient varier en fonction de champs magnétiques artificiels, sans perception consciente de la part des participants.

Les deux mécanismes – cryptochromes dans la rétine et cristaux de magnétite dans le cerveau – restent pour l’instant au stade d’hypothèses. Ils pourraient coexister, ou bien seul l’un d’eux se révéler pertinent, à condition que d’autres équipes parviennent à confirmer ces observations.

Des résultats jugés « provocateurs » mais encore contestés

Les expériences sur la réponse humaine aux champs magnétiques ne débutent pas avec ces travaux sud-coréens. En 2019, une équipe du California Institute of Technology (Caltech), aux États-Unis, avait déjà mis en évidence des modifications reproductibles de l’activité cérébrale lorsque le champ magnétique terrestre était artificiellement tourné, à intensité naturelle. Là encore, les participants ne déclaraient pas ressentir quoi que ce soit.

L’équipe de Kyungpook National University a par ailleurs rapporté, dans d’autres travaux, des indices d’une détection humaine de champs magnétiques dans un contexte spécifique de lumière bleue. Ces signaux restent ténus et exigent des conditions expérimentales serrées.

Pour le neuroscientifique américain Robert Alexander, ces travaux restent « provocateurs mais non établis » et demandent une reproduction indépendante.

Robert Alexander, neuroscientifique au New York Institute of Technology, estime qu’un simple changement de tendance dans les décisions ne suffit pas, à lui seul, à prouver l’existence d’un véritable système sensoriel dédié. Il appelle à des études supplémentaires, conduites par d’autres équipes, avec des protocoles variés.

Kwon-Seok Chae abonde en ce sens : il présente les résultats de 2025 comme un ensemble de données prometteuses, mais qui nécessitent d’être confirmées. Selon lui, aucune preuve ne permet pour l’instant d’affirmer que les individus perçoivent consciemment les variations du champ géomagnétique ou que ces variations ont un effet causal démontré sur le sommeil ou l’humeur.

Ce que cela signifie pour un lecteur en France

Pour un lecteur français, ces conclusions n’impliquent aucune conséquence immédiate sur la vie de tous les jours. Aucune réglementation, aucun suivi médical, ni aucune recommandation publique en France ne tient compte d’un hypothétique « sens magnétique » humain.

Le champ magnétique terrestre reste en revanche un élément bien connu en géophysique. En France, comme ailleurs, il sert à la navigation des avions et des navires, via les compas magnétiques, et intervient dans la protection de la Terre contre certaines particules solaires. Les travaux cités par Indian Defence Review s’ajoutent simplement à un corpus de recherches en neurosciences sensorielles, sans débouché pratique immédiat pour le grand public.

Si des chercheurs français travaillent sur des domaines proches – perception sensorielle, biologie des cryptochromes, effets biologiques des champs électromagnétiques – il n’existe pas, à ce jour, de démonstration largement acceptée d’un « sixième sens magnétique » chez l’être humain. Les agences sanitaires françaises s’intéressent plutôt aux risques éventuels liés aux champs électromagnétiques artificiels (antennes, téléphones, installations industrielles), dans une logique de santé publique, et non à une capacité sensorielle potentielle.

Un champ de recherche à la frontière entre neurosciences et physique

La recherche sur la magnétoréception humaine se situe à la croisée de plusieurs disciplines : neurosciences, biophysique, géophysique et biologie moléculaire. Chaque nouvelle étude doit faire la preuve de sa robustesse statistique et de sa reproductibilité, tant les risques de biais ou de faux positifs sont élevés dans ce type de protocoles.

Élément étudié Rôle supposé
Champ magnétique terrestre Signal environnemental susceptible d’influencer un processus décisionnel inconscient
Cryptochromes Protéines rétiniennes potentiellement sensibles au champ magnétique, modulées par une radiofréquence spécifique
Magnétite cérébrale Cristaux capables, en théorie, de servir de capteurs magnétiques dans le cerveau
Rituel inspiré du Go Situation où une partie du résultat reste hors du contrôle conscient, idéale pour tester un biais subtil

Pour le lecteur, un point clé consiste à distinguer les faits établis des extrapolations. Les scientifiques, y compris ceux qui signent ces travaux, rappellent qu’aucune influence du champ magnétique terrestre sur les émotions, la santé mentale ou les choix de consommation n’a été démontrée dans des conditions ordinaires de vie.

Ce qu’il faut retenir de ces expériences sur nos décisions

Ces recherches montrent surtout à quel point certains mécanismes de la prise de décision échappent à la conscience. Le simple fait qu’un champ magnétique ou un signal radio puisse, dans un laboratoire, infléchir légèrement la distribution d’un résultat lié au hasard illustre la sensibilité de notre cerveau à des stimuli très faibles.

Pour un usage concret, par exemple dans les technologies ou la santé, il faudrait que ces effets se révèlent robustes, reproductibles par d’autres équipes, et suffisamment puissants pour avoir un impact en dehors des dispositifs expérimentaux. À ce stade, nous en sommes encore à des indices, présentés par Indian Defence Review comme une piste intrigante vers un « sixième sens caché », mais qui n’a pas encore trouvé sa place dans le tableau officiel des sens humains.

Questions fréquentes

Comment les chercheurs ont-ils testé cette hypothèse du sixième sens magnétique?

Ils ont reproduit un rituel traditionnel du jeu de Go avec 108 volontaires dans une salle blindée équipée de bobines électromagnétiques, alternant entre un champ magnétique terrestre normal et un champ presque annulé, sans que les participants ne sachent dans quel contexte ils participaient.

Quel effet précis du champ magnétique les chercheurs ont-ils observé?

Quand le champ magnétique terrestre était fortement atténué, les participants recevaient les pierres noires nettement moins souvent que ne le prédit le hasard, mais uniquement parmi ceux à jeun avec une glycémie dans une plage étroite.

Quels mécanismes biologiques pourraient expliquer ce phénomène?

L'équipe propose deux hypothèses: les cryptochromes, protéines sensibles à la lumière présentes dans la rétine et essentielles à la détection magnétique chez certains oiseaux, ou des cristaux de magnétite identifiés dans le cerveau humain qui pourraient servir de capteurs magnétiques.

Les participants ont-ils senti quelque chose lors de l'expérience?

Non, près de 98% des volontaires ont indiqué ne ressentir aucune sensation inhabituelle ni percevoir la moindre variation de champ magnétique pendant l'expérience.

Peut-on affirmer que ce sixième sens influence vraiment nos décisions quotidiennes?

Non, les chercheurs soulignent explicitement que leurs résultats ne démontrent pas que les variations du champ magnétique influencent l'humeur, le sommeil ou les décisions du quotidien; ils décrivent une modification très ciblée dans un dispositif expérimental précis.
Défiler vers le haut