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Une étude mondiale a mesuré la monogamie humaine : les espèces auxquelles nous ressemblons vraiment ne sont pas celles que l’on croit

Une étude mondiale a mesuré la monogamie humaine : les espèces auxquelles nous ressemblons vraiment ne sont pas celles que l'on croit

Un vaste travail scientifique, mené à l’échelle mondiale, bouscule notre vision des couples humains en les comparant à d’autres mammifères.

Publié en décembre 2025 par le média en ligne Infobae, un article revient sur une étude internationale qui mesure la monogamie humaine à partir de données génétiques et ethnographiques recueillies sur plus d’une centaine de sociétés. Les résultats, détaillés par la BBC et signés par le chercheur britannique Mark Dyble, repositionnent notre espèce sur l’échiquier de la vie animale, loin des chimpanzés et bien plus proche… des castors ou d’un petit rongeur sud-américain.

Une étude mondiale pour mesurer la monogamie humaine

L’étude, publiée dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society: Biological Sciences, se fixe un objectif précis : évaluer, de manière chiffrée, à quel point les humains sont monogames comparés à d’autres mammifères dits « socialement monogames ».

Pour y parvenir, le docteur Mark Dyble, du département d’archéologie de l’université de Cambridge (Royaume-Uni), a rassemblé deux grands types de données :

  • des registres génétiques issus notamment de fouilles archéologiques (cimetières de l’âge du Bronze en Europe, sites néolithiques en Anatolie) ;
  • des informations ethnographiques collectées dans plus de 90 sociétés contemporaines à travers le monde.

À partir de ces jeux de données, Dyble a utilisé un modèle informatique pour estimer, dans chaque espèce étudiée, la proportion de « frères et sœurs complets », c’est-à-dire partageant le même père et la même mère, par rapport aux demi-frères et demi-sœurs.

Chez l’être humain, la proportion moyenne de frères et sœurs complets atteint 66 %, un niveau comparable à celui de plusieurs mammifères considérés comme monogames.

Ce simple chiffre place ainsi notre espèce dans un groupe de 11 mammifères classés comme « socialement monogames », c’est-à-dire présentant une nette préférence pour les liens de couple durables.

Entre castors et suricates : à quelles espèces les humains ressemblent-ils ?

Contrairement aux idées reçues qui associent souvent l’humain à ses cousins primates, ce classement rapproche davantage notre espèce d’animaux réputés pour leurs couples stables.

Les comparaisons mises en avant par l’étude sont frappantes :

Espèce Part de frères / sœurs complets Interprétation
Humain 66 % Tendance majoritaire à la monogamie sociale
Castor 73 % Monogamie sociale très marquée
Gibbon à mains blanches 63,5 % Primate monogame proche des humains sur cet indicateur
Tamarin bigarré (dit « bigoté ») 78 % Monogamie particulièrement stricte
Rat de nuit de Californie (raton-ciervo) 100 % Monogamie reproductive totale observée
Ovin Soay (Écosse) 0,6 % Système d’accouplements multiples, quasi absence de monogamie

Les castors, souvent cités comme modèle de fidélité chez les mammifères, affichent ainsi un taux de 73 % de frères et sœurs complets, légèrement supérieur à celui des humains. Les tamarins bigarrés vont encore plus loin avec 78 %.

À l’inverse, certains moutons comme la brebis Soay, sur une île écossaise, se situent tout au bas de l’échelle, avec seulement 0,6 % de frères et sœurs complets, reflet d’un système d’accouplements très multiples.

Très loin des chimpanzés et des gorilles

La surprise vient aussi des primates les plus proches de nous sur le plan évolutif, qui se situent dans un tout autre univers social.

Chez les chimpanzés, seulement 4 % des fratries sont composées de frères et sœurs complets ; chez les gorilles de montagne, 6 %.

Ces valeurs sont comparables à celles observées chez certains dauphins ou macaques, indiquant des systèmes d’accouplement nettement plus polygames. Autrement dit, en termes de structure familiale, l’humain se comporte bien moins comme un grand singe typique que comme d’autres mammifères sociaux monogames.

Dyble souligne que le basculement, dans la lignée humaine, d’organisations proches de celles des ancêtres des gorilles et des chimpanzés vers des configurations plus monogames reste un phénomène rare à l’échelle de l’évolution des mammifères.

Monogamie sociale, diversité culturelle et polygamie

Les données génétiques montrent une tendance nette à la monogamie reproductive, mais elles n’effacent pas la grande diversité des pratiques matrimoniales humaines, notamment dans les sociétés préindustrielles.

L’étude rappelle ainsi un fait souvent cité en anthropologie :

  • environ 85 % des sociétés préindustrielles documentées autorisaient la polygynie, c’est-à-dire la possibilité pour un homme d’avoir plusieurs épouses ;
  • dans ces mêmes sociétés, la plupart des unions restaient toutefois monogames dans les faits, pour des raisons économiques, démographiques ou sociales.

La coexistence de ces deux réalités – prévalence culturelle de la polygynie autorisée et forte proportion de fratries complètes – illustre la complexité des liens entre normes sociales, stratégies familiales et structures génétiques.

Une nuance clé : reproduction et sexualité ne se confondent pas

Un point méthodologique modifie sérieusement la lecture des résultats. Comme le souligne Infobae, l’étude s’intéresse à la « monogamie reproductive » et non à tous les comportements sexuels.

Chez l’humain, la reproduction ne reflète pas toujours la vie sexuelle, en raison de la culture et des moyens de contraception.

Dans beaucoup d’autres mammifères, chaque accouplement a une forte probabilité de déboucher sur une naissance. Chez l’homme, relations sexuelles et procréation se trouvent largement dissociées, notamment dans les sociétés où la contraception est répandue.

Un individu peut ainsi avoir des partenaires multiples au cours de sa vie, tout en n’ayant des enfants qu’avec une seule personne. Ce décalage explique que l’étude mette en avant des formes de « monogamie en série » ou de trajectoires conjugales variées, tout en constatant, au bout du compte, une majorité de fratries issues des mêmes parents.

Coopération, enfants dépendants et groupes nombreux : notre singularité

Dyble insiste sur un aspect qui distingue nettement l’être humain des autres mammifères monogames : la combinaison entre groupes sociaux étendus et relations de couple exclusives.

La plupart des mammifères monogames vivent en très petites unités familiales, alors que les humains s’organisent en sociétés complexes où de nombreux individus ont une descendance.

L’étude met aussi en avant plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer cette trajectoire :

  • la longue période de dépendance des enfants humains, qui nécessite une forte coopération des parents ;
  • la coopération élargie, au-delà du couple, avec des grands-parents, oncles, tantes ou alliés ;
  • la capacité à vivre durablement en grands groupes, tout en maintenant des liens de couple relativement stables.

Dans ce paysage, un animal fait figure d’exception : la mara de Patagonie, un rongeur d’Amérique du Sud.

Selon les données rapportées par la BBC, ce mammifère serait le seul à combiner, comme l’humain, vie en groupes stables et couples exclusifs multiples à l’intérieur de ces groupes. Une sorte de miroir zoologique inattendu de nos sociétés.

Que disent ces résultats de la monogamie en France ?

L’étude évoquée par Infobae ne se concentre pas pays par pays mais agrège des données sur plus de 100 sociétés, anciennes ou actuelles. Elle inclut toutefois des populations européennes d’époques passées, grâce aux analyses génétiques de cimetières de l’âge du Bronze.

Pour un lecteur français, plusieurs éléments permettent de mettre ces résultats en perspective :

  • en France, le code civil ne reconnaît que le mariage monogame. La polygamie y est interdite et ne peut produire d’effets juridiques, même si elle est admise dans certains pays d’origine de migrants ;
  • les formes de vie de couple sont diverses (mariage, pacte civil, union libre, recompositions familiales), mais la grande majorité des enfants naissent encore au sein d’un couple stable, au moins pendant une partie de leur enfance ;
  • les demi-frères et demi-sœurs existent, en particulier dans les familles recomposées, mais les fratries issues du même père et de la même mère restent très fréquentes.

Les travaux de démographes français, comme ceux de l’Institut national d’études démographiques (Ined), montrent que la France suit les grandes tendances observées dans d’autres pays européens : montée des séparations, familles recomposées plus nombreuses, mais maintien d’un fort attachement social aux formes de couple durable, qu’il soit marié ou non.

Sans chiffre strictement comparable à celui avancé par Dyble (66 %), ces recherches vont dans le même sens : la diversité des formes conjugales cohabite avec une réalité démographique où une large part des enfants partagent les mêmes deux parents tout au long de leur enfance.

Un outil d’analyse : pourquoi les « frères et sœurs complets » comptent autant

La méthode utilisée dans l’étude apporte un éclairage original sur la question de la monogamie, en contournant les biais déclaratifs souvent présents dans les enquêtes sur la vie privée.

En se fondant sur la proportion de frères et sœurs complets, les chercheurs mesurent les comportements reproductifs réels, et pas seulement les normes affichées.

Ce type d’approche permet :

  • de comparer directement des sociétés humaines très différentes, anciennes ou récentes, à des populations animales ;
  • d’évaluer la stabilité des unions parentales sur plusieurs générations ;
  • de distinguer ce qui relève de la culture (mariage, normes sexuelles, religion) de ce qui se traduit effectivement dans la structure familiale.
  • Pour les chercheurs, ces données aident à mieux comprendre comment la coopération, le partage des tâches parentales et l’organisation de la parenté ont façonné l’évolution humaine. Elles invitent aussi à relativiser certains stéréotypes persistants, tant sur « l’infidélité naturelle » supposée des humains que sur leur proximité supposée avec les grands singes en matière de système d’accouplement.

    Reste un point que l’étude rappelle explicitement : les humains présentent un éventail de relations très étendu, qui va de la monogamie en série – plusieurs couples exclusifs successifs – jusqu’à des formes de polygamie, en passant par toutes sortes de configurations intermédiaires. La tendance globale observée, avec 66 % de frères et sœurs complets, traduit une préférence marquée pour les unions stables, sans effacer la diversité des modèles familiaux contemporains.

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