Une étude menée aux États-Unis révèle que des millions d’automobilistes paient chaque mois le prix fort pour du carburant haut de gamme dont leur moteur n’a pas l’utilité.
Aux États-Unis, une enquête de l’association automobile AAA, relayée par la radio publique américaine NPR, montre l’ampleur d’un réflexe coûteux : des millions de conducteurs choisissent un carburant dit « premium » alors que leur voiture a simplement besoin d’essence ordinaire. Une habitude entretenue par le marketing des stations-service, qui se traduit par des milliards de dollars envolés à la pompe.
Une étude qui pointe un énorme gaspillage à la pompe
AAA, l’Automobile Association of America, a passé au crible les habitudes de ravitaillement des automobilistes américains. Son constat : 16,5 millions de conducteurs achètent régulièrement de l’essence premium alors que leur véhicule ne l’exige pas. L’étude porte sur l’essence essence « haute performance » à indice d’octane supérieur, l’équivalent du sans-plomb 98 en France.
Selon le rapport résumé par NPR, la facture de ce mauvais choix est colossale : 2,1 milliards de dollars auraient été dépensés en un an pour du carburant inutilement plus cher. Or, pour les véhicules concernés, les essais menés en laboratoire ne montrent pas de bénéfice tangible.
AAA conclut que, dans les voitures conçues pour rouler au carburant ordinaire, utiliser du sans-plomb « premium » ne procure ni meilleur rendement, ni gain de performance, ni baisse notable de la pollution.
Les ingénieurs de l’association ont testé différents moteurs modernes fonctionnant normalement à l’essence standard : V8, V6 et quatre cylindres en ligne. Les résultats sont restés stables, quel que soit le type de carburant utilisé, dès lors que le moteur était prévu pour de l’essence classique.
Comment l’étude a été menée sur les moteurs modernes
Pour éliminer tout biais, AAA a confié les essais au centre de recherche automobile de l’Automobile Club de Californie du Sud. Les véhicules ont été installés sur un banc d’essai spécialisé.
Greg Brannon, directeur de l’ingénierie automobile chez AAA, explique sur NPR que les équipes ont utilisé un « dynamomètre de châssis », un appareil qui s’apparente à un gigantesque tapis roulant pour voitures. Les essais ont suivi des protocoles établis par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).
Objectif : mesurer avec précision plusieurs paramètres avec carburant ordinaire, puis avec carburant premium :
- la puissance (chevaux) et le couple du moteur ;
- la consommation de carburant ;
- les émissions polluantes.
D’après Brannon, les mesures sont sans appel : aucune augmentation significative de la puissance ni de l’autonomie, et pas de baisse marquée des émissions, tant que le moteur a été conçu pour l’essence dite « regular ».
« Nous avons pu quantifier très scientifiquement la différence — ou, dans ce cas, l’absence de différence — en performance, émissions et consommation en mettant du carburant premium dans un véhicule qui ne réclame que du carburant ordinaire », détaille Greg Brannon.
À quoi sert vraiment un indice d’octane plus élevé ?
Le carburant premium se distingue principalement par un indice d’octane plus élevé. Cet indice mesure la capacité de l’essence à résister à la détonation prématurée dans le cylindre, ce que les automobilistes connaissent sous le nom de « cliquetis » ou « cognement ».
Greg Brannon le rappelle : les conducteurs plus âgés ont souvent connu des moteurs plus sensibles à ce phénomène, à une époque où les systèmes de gestion électronique étaient moins sophistiqués. Aujourd’hui, la majorité des moteurs à essence grand public sont optimisés pour fonctionner avec un indice d’octane standard.
Selon le rapport, une voiture conçue pour l’essence ordinaire ne sait tout simplement pas tirer parti de l’octane plus élevé d’un carburant premium.
Les ingénieurs dimensionnent la compression, la cartographie d’allumage et les dispositifs de contrôle pour un carburant donné. Tant que l’on fournit au moteur le carburant recommandé par le constructeur, augmenter l’octane au-delà ne change rien à ces réglages. Le moteur ne se met pas « soudainement » à développer plus de puissance.
Pourquoi autant d’automobilistes persistent à choisir le sans-plomb 98 ?
L’étude montre que ceux qui se tournent inutilement vers le carburant premium le font au moins une fois par mois. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce réflexe, qui peut paraître rationnel à première vue.
Il y a d’abord la force des mots utilisés à la pompe. Greg Brannon pointe directement le marketing :
Pour lui, tout part du terme « premium » affiché sur le pistolet : le consommateur considère spontanément qu’il s’agit d’un produit supérieur, donc meilleur pour son moteur.
Dans l’esprit de beaucoup de conducteurs, un carburant plus cher serait synonyme :
- de meilleure longévité mécanique ;
- de moteur « mieux protégé » ;
- de consommation plus basse ;
- voire de conduite plus souple ou plus silencieuse.
Or, les tests d’AAA ne confirment aucun de ces bénéfices pour les voitures prévues pour du carburant ordinaire. L’association insiste toutefois sur un point rassurant : utiliser du premium n’abîme pas le moteur dans ces conditions.
« Le seul dommage concerne leur portefeuille », résume Greg Brannon. En clair, l’argent dépensé en plus à la pompe ne se traduit par aucun retour mesurable pour le conducteur.
Ce que cela représente sur le budget des ménages
AAA chiffre à 2,1 milliards de dollars en un an le montant dépensé par les automobilistes américains pour du carburant premium non nécessaire. Le rapport évoque des remplissages au moins mensuels pour les conducteurs concernés, ce qui peut représenter une somme importante sur douze mois, surtout pour les gros rouleurs.
| Type de conducteur concerné | Fréquence d’utilisation inutile du premium | Impact estimé |
|---|---|---|
| Automobilistes américains ciblés par l’étude | Au moins une fois par mois | 2,1 milliards de dollars gaspillés par an |
| Véhicules étudiés (V8, V6, 4 cylindres) | Essence premium au lieu d’ordinaire | Aucun gain significatif mesuré |
Pour un lecteur français, le raisonnement est transposable : à chaque plein de sans-plomb 98 mis dans un véhicule qui ne réclame que du sans-plomb 95, la différence de prix par litre finit par peser lourd sur un budget annuel, sans bénéfice prouvé sur un moteur moderne adapté au 95.
Quelle situation pour les automobilistes en France ?
En France, les stations-service proposent plusieurs essences : sans-plomb 95, sans-plomb 95-E10 (avec jusqu’à 10 % de bioéthanol), sans-plomb 98, et parfois du superéthanol E85 pour les véhicules compatibles. Sur le principe, la logique est proche de celle observée aux États-Unis.
Les constructeurs indiquent dans le manuel d’utilisation le carburant recommandé et le carburant minimum toléré. Un grand nombre de véhicules essence récents acceptent sans problème le SP95-E10, tandis que d’autres sont homologués pour le SP95 ou le SP98. Certains moteurs très performants sont spécifiquement conçus pour fonctionner au SP98.
En France comme aux États-Unis, la règle de base reste la même : suivre l’indication du constructeur. Utiliser systématiquement du SP98 alors que le moteur a été conçu pour du SP95 n’apporte généralement pas de gain mesurable sur une voiture de grande série récente.
La différence de prix entre SP95 et SP98, régulièrement relevée par les automobilistes, peut peser sur les dépenses de carburant à l’année. Pour autant, il existe des cas particuliers : sur certains moteurs très pointus, notamment sur des véhicules sportifs ou très haut de gamme, l’octane plus élevé du SP98 permet d’exploiter au mieux les capacités de la mécanique. Dans ces cas, le carnet d’entretien mentionne clairement le SP98 comme carburant requis.
En cas de doute, l’automobiliste français peut :
- vérifier le manuel de bord ou la trappe à carburant ;
- demander conseil à un garagiste ou au service après-vente de la marque ;
- se référer aux documents officiels du constructeur.
Comment choisir le bon carburant sans se laisser guider par le marketing
La première étape consiste à oublier les appellations valorisantes inscrites sur la pompe et à se concentrer sur les mentions techniques : indice d’octane, compatibilité E10, E5 ou E85. Le véritable critère, c’est la recommandation du constructeur.
La notice de la voiture distingue généralement :
Pour la majorité des voitures particulières essence, l’essence ordinaire moderne suffit pour assurer un fonctionnement optimal. Les systèmes de gestion moteur adaptent en permanence l’allumage et l’injection au carburant utilisé, tant qu’il respecte le minimum d’octane prévu.
À l’inverse, utiliser un indice d’octane insuffisant dans un moteur qui réclame du carburant plus performant peut conduire à des cliquetis et, à long terme, à des dommages. C’est dans ce sens que la vigilance doit être maximale, bien davantage que dans celui du « surclassement » de carburant.
Un réflexe à adopter pour garder la maîtrise de sa consommation
L’étude d’AAA, relayée par NPR, met surtout en lumière un réflexe psychologique : croire qu’un produit plus cher est forcément meilleur, sans vérifier la recommandation technique. À l’heure où le coût de l’énergie occupe une place grandissante dans le budget des ménages, cette vigilance peut faire la différence.
Pour un automobiliste, la combinaison la plus efficace reste souvent assez simple : carburant adapté aux préconisations de la voiture, entretien régulier, pression des pneus correcte et conduite souple. Ces facteurs, eux, ont un impact réel et bien documenté sur la consommation et la durée de vie du véhicule, là où le choix d’un carburant premium non requis se traduit, selon AAA, uniquement par une dépense supplémentaire.









