En Nouvelle-Guinée, un serpent inconnu de la science vient d’être officiellement décrit, avec un parrain inattendu venu du rock.
Un groupe de chercheurs américains et papous a révélé l’existence d’une nouvelle espèce de serpent vivant dans les forêts de Nouvelle-Guinée. Particularité de ce reptile : il porte désormais le nom de Slash, le légendaire guitariste du groupe Guns N’ Roses, en hommage à sa passion de longue date pour les reptiles, rapporte un communiqué scientifique du Field Museum de Chicago.
Un honneur scientifique pour un guitariste fan de reptiles
Le serpent a été baptisé Lielaphis slashi, surnommé en anglais « Slash’s groundsnake », soit littéralement le serpent terrestre de Slash. Les scientifiques ont choisi ce nom en référence directe au musicien, de son vrai nom Saul Hudson, connu non seulement pour ses solos de guitare, mais aussi pour son engagement en faveur des reptiles, des zoos et des musées d’histoire naturelle.
Lielaphis slashi est une nouvelle espèce de serpent de Nouvelle-Guinée, nommée en hommage à Slash, passionné de reptiles et soutien des musées.
Slash lui-même a réagi à cette annonce. « En tant que passionné de reptiles de longue date, je suis extrêmement honoré et touché que Lielaphis slashi de Nouvelle-Guinée porte mon nom. C’est vraiment excitant, je n’aurais jamais imaginé que ce moment arriverait », explique-t-il dans le communiqué.
Ce type d’hommage reste rare mais n’a rien d’anecdotique dans la communauté scientifique. Donner le nom d’une personnalité à une espèce est une manière d’attirer l’attention sur la biodiversité et sur les menaces qui pèsent sur certains milieux naturels.
Une histoire personnelle entre une chercheuse et Guns N’ Roses
Derrière ce baptême scientifique se cache aussi une histoire très personnelle. Sara Ruane, conservatrice associée en herpétologie au Field Museum et autrice principale de l’étude publiée dans la revue spécialisée Zootaxa, raconte que le groupe de Slash l’accompagne depuis l’enfance.
« Guns N’ Roses est l’un de mes groupes préférés depuis que j’étais en CP, et en CM2 j’avais déjà dit à mon enseignante que je voulais devenir herpétologue – une scientifique qui étudie les reptiles – quand je serais grande », confie-t-elle.
Vers l’âge de 12 ans, un détail l’a marquée : la couverture d’un magazine spécialisé. Elle reçoit alors chez elle un exemplaire de Reptiles Magazine avec, en une, Slash tenant son python réticulé domestique. « Je me suis dit : “Ce type est tellement cool” », se souvient-elle.
Devenue scientifique, amenée à nommer des espèces nouvellement reconnues, elle se replonge plus tard dans cette interview. Elle y lit l’amour de Slash pour les musées, les zoos, l’histoire naturelle, et ses souvenirs d’enfance à chercher des serpents dehors. « Tout cela me parlait vraiment, et m’a donné envie de donner son nom à une nouvelle espèce », explique-t-elle.
Un serpent discret des forêts de Nouvelle-Guinée
L’occasion se présente sous la forme d’un serpent brun rougeâtre d’environ 71 centimètres, collecté dans les forêts de Nouvelle-Guinée. Cette immense île du Pacifique, située au nord de l’Australie, est partagée entre l’Indonésie et l’État indépendant de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle abrite des forêts tropicales d’une richesse biologique exceptionnelle, encore mal connue.
Le spécimen à l’origine de la description a été observé en 2006 par Chris Austin, professeur et conservateur en herpétologie au musée de sciences naturelles de l’université d’État de Louisiane. De nuit, lors d’une mission de terrain, il tombe sur un serpent qu’il ne reconnaît pas immédiatement.
« Ces serpents terrestres de Nouvelle-Guinée sont nocturnes, donc le meilleur moyen de les trouver, c’est la nuit. On les rencontre en général juste après le coucher du soleil, à la base de grands arbres, lorsqu’ils cherchent de quoi se nourrir », détaille Chris Austin, co-auteur de l’étude.
Il précise aussi le contexte, loin d’être sans risque pour les scientifiques : « Quand on travaille de nuit en Nouvelle-Guinée, il faut être très prudent, car plusieurs espèces fortement venimeuses ressemblent beaucoup aux serpents terrestres non venimeux. »
Une nouvelle espèce révélée par la génétique
À première vue, rien ne distingue vraiment ce serpent des autres espèces déjà connues du même groupe. C’est le travail en laboratoire qui va tout changer. Une fois son doctorat terminé, Sara Ruane rejoint Chris Austin à l’université de Louisiane en 2016. Ensemble, ils lancent un programme visant à mieux comprendre les serpents peu étudiés de Nouvelle-Guinée.
Le premier auteur de l’étude, Tianqi Huang, post-doctorant au Field Museum, réalise des analyses génétiques poussées. Les chercheurs comparent l’ADN de ce serpent aux espèces proches, tout en examinant minutieusement ses caractéristiques physiques, en particulier le nombre et la disposition des écailles.
Les analyses montrent que Lielaphis slashi présente à la fois un profil génétique et des caractères physiques distincts, justifiant son statut d’espèce à part entière.
Les scientifiques recourent aussi à la modélisation écologique : ils étudient les conditions environnementales des lieux où le serpent a été observé et les comparent avec celles d’espèces proches. Résultat : Lielaphis slashi semble privilégier un habitat différent des autres serpents du même genre.
Que sait-on du mode de vie du « serpent de Slash » ?
Pour l’instant, les connaissances sur le comportement et l’écologie de Lielaphis slashi restent limitées. Le serpent appartient à un groupe réputé discret et difficile à observer.
« C’est incroyablement compliqué d’observer les serpents dans la nature avant qu’ils ne s’éclipsent, donc nos informations sur L. slashi sont réduites », reconnaît Sara Ruane. La biologie de l’animal ne se laisse donc approcher qu’à travers quelques indices morphologiques.
Les espèces de ce genre possèdent en général de grandes dents à l’arrière de la mâchoire. Les chercheurs pensent que ces dents servent à maintenir des proies au corps lisse, comme certains lézards à fines écailles, ou encore les œufs d’autres reptiles.
Lielaphis slashi ne tue pas ses proies par constriction comme un boa ; il les saisit grâce à de grandes dents arrière adaptées à des proies glissantes.
Ce serpent n’a donc rien à voir avec la réputation de « groupe le plus dangereux du monde » parfois accolée à Guns N’ Roses. Les scientifiques précisent que L. slashi ne produit pas de venin capable de causer des dégâts sérieux chez l’être humain.
Des forêts sous pression entre plantations et mines
Si le serpent de Slash ne menace pas l’homme, c’est plutôt l’activité humaine qui pourrait le mettre en difficulté. Les chercheurs alertent sur l’état des milieux naturels où vit l’animal.
« Les habitats du serpent de Slash sont menacés par des activités comme la culture du café et l’exploitation minière », souligne Sara Ruane. Elle insiste sur le lien entre description des espèces et protection de la biodiversité : « Chaque espèce doit être reconnue pour que l’on comprenne mieux le fonctionnement des écosystèmes, la manière dont chaque élément s’insère dans l’environnement. On ne peut pas protéger ce que l’on ne connaît pas. »
En répertoriant officiellement des espèces comme Lielaphis slashi, les scientifiques enrichissent le catalogue de la biodiversité de Nouvelle-Guinée. Cela permet aussi d’identifier quelles espèces pourraient être les plus vulnérables à la déforestation ou à l’intensification des activités industrielles.
Nommer une espèce : comment ça marche ?
Dans la communauté scientifique, la désignation d’un nom latin pour une nouvelle espèce obéit à des règles précises encadrées par un code international. Le nom doit être unique, décrit dans une publication validée par les pairs, et associé à un spécimen de référence conservé dans une collection publique, souvent un musée.
- Le genre (Lielaphis) regroupe des espèces proches les unes des autres.
- L’épithète spécifique (slashi) distingue l’espèce à l’intérieur de ce genre.
- Le tout forme le nom complet : Lielaphis slashi.
Les chercheurs peuvent choisir un nom décrivant un trait physique, un lieu, une personnalité locale, ou, comme ici, une figure connue du grand public. Ce type de choix facilite la médiatisation des travaux scientifiques et peut susciter l’intérêt de personnes qui ne se passionnent pas spontanément pour la taxonomie ou l’herpétologie.
Et en France, comment sont protégés les serpents ?
La situation en France diffère évidemment de celle de la Nouvelle-Guinée, mais la logique de base reste comparable : il faut d’abord connaître les espèces pour les protéger. En métropole, l’étude et la protection des reptiles impliquent notamment le Muséum national d’histoire naturelle, les universités, des parcs nationaux et des associations naturalistes.
La plupart des serpents sauvages présents en France bénéficient d’un statut de protection. La réglementation interdit en général leur destruction, leur capture ou leur détention sans autorisation spécifique. Ces mesures sont mises en œuvre par les services de l’État compétents en environnement, avec un rôle central des parcs naturels, des réserves et des structures chargées de la biodiversité.
| Nouvelle-Guinée | France |
|---|---|
| Forte proportion d’espèces encore non décrites | Faune reptilienne globalement connue et inventoriée |
| Menaces majeures : déforestation, agriculture industrielle, mines | Pression : urbanisation, agriculture, fragmentation des habitats |
| Découvertes fréquentes de nouvelles espèces | Mise à jour régulière des listes rouges et plans de conservation |
Pour un lecteur français, l’histoire de Lielaphis slashi rappelle que même des groupes d’animaux réputés discrets, comme les serpents, continuent de livrer de nouvelles espèces à la science. Elle illustre aussi le rôle des grands musées d’histoire naturelle, qu’ils soient à Paris, Chicago ou ailleurs, dans la description et la conservation de cette diversité.
Une espèce emblématique pour sensibiliser à la biodiversité
Associer un serpent méconnu à un guitariste mondialement célèbre crée un pont entre culture populaire et recherche scientifique. Cette stratégie de communication peut paraître anecdotique, mais elle facilite la diffusion de messages sur la fragilité des milieux tropicaux.
Les chercheurs de l’étude, issus de plusieurs institutions (Field Museum, université d’État de Louisiane, Rutgers University, American Museum of Natural History, musées de Papouasie-Nouvelle-Guinée, universités américaines), montrent ainsi qu’un travail collaboratif international reste indispensable pour documenter les espèces des régions les moins étudiées.
Pour les passionnés de nature comme pour les fans de rock, Lielaphis slashi devient un symbole : celui d’un animal discret, caché au pied des grands arbres de Nouvelle-Guinée, mais désormais ancré dans la culture scientifique et populaire grâce à un nom qui parle au grand public.









