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Un squelette de dinosaure rarissime mis aux enchères à New York : il pourrait atteindre 8 millions d’euros

Un squelette de dinosaure rarissime mis aux enchères à New York : il pourrait atteindre 8 millions d'euros

À New York, un dinosaure presque inconnu du grand public s’apprête à être vendu aux enchères, attirant collectionneurs et chercheurs.

À la fin octobre, un squelette de dinosaure rarissime baptisé « Jodi » sera proposé aux enchères à New York par la maison Sotheby’s, rapporte l’agence de presse allemande dpa. Cette vente, estimée à plusieurs millions de dollars, intervient quelques mois après un record mondial pour un Tyrannosaurus rex et relance une polémique scientifique et éthique sur le commerce privé de fossiles majeurs.

Un dinosaure rarissime, à peine deux mètres de haut

Selon les informations communiquées par Sotheby’s, « Jodi » est un squelette de Nanotyrannus, un théropode carnivore de petite taille comparé au célèbre T-Rex. Le fossile mesure près de deux mètres de haut et environ six mètres de long. Il doit être mis aux enchères le 27 octobre à New York.

Le squelette de Nanotyrannus « Jodi », haut d’environ deux mètres et long de six mètres, est estimé entre 6 et 9 millions de dollars, soit jusqu’à environ 8 millions d’euros.

L’estimation officielle du lot se situe entre 6 et 9 millions de dollars. Converti en euros, le prix pourrait donc avoisiner 8 millions, selon le taux de change au moment de la vente. Pour un dinosaure dont le nom reste largement inconnu du grand public, la somme illustre l’engouement du marché pour les fossiles spectaculaires.

Un fossile parmi seulement trois spécimens connus

Sotheby’s insiste sur le caractère exceptionnel de cette pièce. « ‘Jodi’ est le squelette monté d’un Nanotyrannus extraordinairement rare et l’un des trois seuls squelettes de cette espèce connus de la science », indique la maison de ventes. Autrement dit, presque tout ce que les paléontologues savent de ce dinosaure repose sur un nombre infime de fossiles.

Le squelette présenté à New York se distingue par son état de conservation. Toujours selon Sotheby’s, il comprend « notamment un crâne presque complet », un élément crucial pour l’étude de l’anatomie, de la dentition et du régime alimentaire de l’animal. Les crânes articulés et bien préservés demeurent extrêmement recherchés par les musées comme par les collectionneurs privés.

Autre point mis en avant par la maison d’enchères : « Jodi » est le premier Nanotyrannus proposé à la vente depuis la confirmation scientifique de ce genre comme distinct. Pendant des années, une partie de la communauté scientifique a défendu l’idée que Nanotyrannus ne constituait pas une espèce à part entière, mais correspondait à des individus juvéniles de Tyrannosaurus rex.

Une controverse scientifique qui dure depuis des décennies

La source rappelle que cette question a longtemps agité les chercheurs : le Nanotyrannus est-il un véritable dinosaure distinct ou simplement un « adolescent » T-Rex ? Derrière ce débat se joue la compréhension de la diversité des grands prédateurs de la fin du Crétacé en Amérique du Nord.

Les analyses anatomiques et la comparaison des os ont progressivement conforté l’hypothèse d’un genre séparé, notamment en observant la forme du crâne, la proportion des membres et certains détails de la dentition. C’est dans ce contexte scientifique que la vente de « Jodi » attire l’attention : il s’agit d’un fossile clé pour affiner cette classification et pour reconstruire l’écosystème de l’époque.

Après un T-Rex record à 50 millions de dollars

L’enchère autour de « Jodi » arrive quelques mois après une autre vente spectaculaire à New York. En juillet, un squelette de Tyrannosaurus rex vieux d’environ 67 millions d’années a été adjugé pour près de 50 millions de dollars, soit environ 44 millions d’euros, rappelle dpa. Il était lui aussi passé sous le marteau dans une grande maison de ventes new-yorkaise et a rejoint la collection d’un acheteur privé dont l’identité n’a pas été rendue publique.

La récente vente d’un T-Rex à près de 50 millions de dollars a dopé le marché des dinosaures fossilisés et attisé la concurrence entre musées et collectionneurs.

Ces montants records nourrissent le « hype » autour des fossiles de dinosaures, perçus comme des objets de prestige pour des fortunes privées, au même titre que des œuvres d’art. À chaque adjudication spectaculaire, les prix de départ des fossiles comparables ont tendance à grimper, créant un cercle où la valeur marchande prend le pas sur la valeur scientifique.

Une polémique : ces fossiles échappent aux musées

L’agence dpa rappelle que ce type d’enchère fait l’objet de vives critiques dans le milieu scientifique. Une fois vendu à un particulier, un squelette de dinosaure peut quitter durablement, voire définitivement, le champ de la recherche et de la diffusion au public.

Les paléontologues soulignent plusieurs risques concrets :

  • un accès restreint ou nul des chercheurs au fossile, selon la volonté du propriétaire ;
  • un stockage inadapté pouvant fragiliser l’os fossilisé ;
  • une possible dislocation de la collection en cas de revente par lots ;
  • la perte, à long terme, d’une pièce clé pour la compréhension de l’évolution des espèces.

Les musées publics et les universités se retrouvent en concurrence directe avec des fortunes privées ou des investisseurs. Avec des prix qui montent en flèche, les institutions scientifiques disposent rarement d’un budget suffisant pour surenchérir. Les millions nécessaires pour un squelette entier dépassent de loin les marges de manœuvre de la plupart des établissements financés sur fonds publics.

Les enchères à plusieurs millions de dollars mettent souvent hors course les musées et les universités, malgré l’intérêt scientifique des fossiles.

Dans certains cas, des philanthropes ou des entreprises acquièrent un fossile pour ensuite le prêter ou le donner à un musée. Mais ce mécanisme reste aléatoire et dépendant de la bonne volonté de quelques mécènes, sans garantie sur le long terme.

Ce que cela représente pour un lecteur français

En France, les fossiles appartiennent, en principe, au propriétaire du terrain où ils sont découverts, sauf exception liée à l’archéologie préventive ou à des réglementations locales. Ils peuvent donc être mis en vente, mais les grands squelettes de dinosaures suscitent, comme aux États-Unis, des critiques quand ils partent vers des collections privées étrangères.

Plusieurs ventes organisées ces dernières années à Paris ont déjà relancé le débat. Des squelettes montés ont été adjugés à des prix de plusieurs millions d’euros. Face à ces montants, les grands musées nationaux comme le Muséum national d’Histoire naturelle ne peuvent pas toujours se positionner. L’établissement privilégie souvent les découvertes issues de ses propres campagnes de fouilles ou de collaborations scientifiques, plutôt que les acquisitions en salle des ventes.

Le marché français reste toutefois plus modeste que celui des États-Unis. Les grands ensembles de fossiles exceptionnellement complets sont moins fréquents, et la réglementation patrimoniale peut limiter certains départs à l’étranger lorsqu’un fossile est classé « trésor national ». Dans ce cas, l’État peut intervenir pour empêcher l’exportation et accorder un délai à un musée public pour tenter de réunir les fonds nécessaires à l’achat.

Comprendre ce qu’est un squelette « monté » de dinosaure

La description de « Jodi » par Sotheby’s met en avant un « squelette monté ». Cette notion mérite un éclairage pour un lecteur français peu familier avec la pratique des maisons de ventes et des musées.

Dans la plupart des cas, un squelette exposé n’est pas constitué uniquement d’os originaux. Il comprend :

Élément Origine probable
Os principaux (crâne, bassin, membres) Fossiles authentiques du spécimen
Vertèbres ou côtes manquantes Copies en résine ou plâtre, moulées sur d’autres fossiles
Structure métallique interne Armature moderne pour soutenir l’ensemble
Restauration de fragments Comblements et collages réalisés par des préparateurs

La mention par Sotheby’s d’un « crâne presque complet » montre justement l’importance de la part authentique dans le montage. Moins il y a de pièces reconstituées, plus la valeur scientifique et commerciale augmente.

Une pièce qui peut continuer à servir la recherche

Malgré les critiques, certains paléontologues collaborent avec des collectionneurs privés pour étudier leurs fossiles. Des scanners 3D, des analyses d’ADN fossile lorsque les conditions le permettent, ou des études de microstructure osseuse peuvent être menés sans que l’objet quitte définitivement sa collection d’origine.

Dans le cas d’un Nanotyrannus aussi rare, chaque nouvelle donnée – mesure précise d’un os, observation d’une particularité anatomique, comparaison avec d’autres carnivores de la même époque – peut affiner les modèles scientifiques. Ainsi, un fossile conservé chez un particulier peut encore apporter une contribution, à condition que le propriétaire accepte d’ouvrir ses portes aux chercheurs ou de prêter la pièce à un musée pour étude et exposition.

Les prochains mois diront si « Jodi » rejoindra un établissement accessible au public ou une collection privée plus discrète. Pour les spécialistes, l’enjeu dépasse la simple somme mise sur la table : il s’agit de savoir si l’un des trois seuls Nanotyrannus connus restera observable et étudiable, ou s’il disparaîtra derrière les portes d’un salon particulier.

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