Une étude menée aux États-Unis auprès de plus de 500 femmes de 35 à 55 ans montre qu’en avançant en âge et en ménopause, certains traits de colère reculent nettement.
Publiés début juillet 2025 dans la revue scientifique Menopause et relayés par l’organisation américaine The Menopause Society sur le site ScienceDaily, ces travaux apportent un éclairage inhabituel sur la façon dont la colère évolue chez les femmes à l’approche puis après la ménopause. Loin des clichés sur la « femme ménopausée irritable », les chercheurs observent au contraire une baisse de plusieurs formes de colère au fil des années, suggérant une meilleure régulation émotionnelle à mi‑vie.
Une étude de longue durée sur plus de 500 femmes américaines
Les résultats viennent de la « Seattle Midlife Women’s Health Study », une vaste étude menée aux États‑Unis auprès de femmes âgées de 35 à 55 ans au moment de leur inclusion. Plus de 500 participantes ont été suivies pendant la période dite de mi‑vie, c’est‑à‑dire les années qui encadrent la transition ménopausique.
L’objectif des chercheurs : mesurer comment différents profils de colère évoluent à la fois avec l’âge chronologique et avec les étapes de la vie reproductive, de la fin de la période de fertilité aux années suivant la ménopause.
Les scientifiques ont passé au crible plusieurs dimensions :
- la « tempérance de colère » : tendance générale à se mettre facilement en colère ;
- la « réaction de colère » : intensité des accès de colère face à un événement ;
- la colère exprimée de façon agressive ;
- l’hostilité, décrite comme un état mental proche du fait d’être « constamment prêt à en découdre » ;
- la colère réprimée, c’est‑à‑dire retenue, non exprimée.
Les données ont été analysées en tenant compte de l’âge réel des femmes, mais aussi de leur stade reproductif : fin de période reproductive, périménopause (ou préménopause tardive) et postménopause.
Quand l’âge apaise les colères les plus visibles
Les chercheurs constatent que la plupart des formes de colère – y compris les accès explosifs et l’hostilité – diminuent nettement avec l’âge et l’avancée dans la ménopause, alors que la colère réprimée reste, elle, étonnamment stable.
Selon l’analyse présentée par The Menopause Society, l’âge chronologique est « significativement lié » à la majorité des mesures de colère. Autrement dit, en avançant vers la cinquantaine puis au‑delà, les participantes rapportent :
- moins de tendance générale à la colère ;
- moins de réactions explosives ;
- moins de colère exprimée de façon agressive ;
- moins d’hostilité.
Ces baisses nettes vont dans le sens d’une amélioration de la régulation émotionnelle : les femmes semblent mieux gérer ce qui les agace ou les met en rage, et exprimer leur colère de façon moins destructrice.
En parallèle, les chercheurs notent que les stades de vieillissement reproductif jouent eux aussi un rôle. À partir des phases dites « tardives » de la vie reproductive, puis au cours et après la transition ménopausique, les niveaux de colère tendent à décroître. Cette évolution ne se résume donc pas à une simple question d’années qui passent, mais s’inscrit dans le contexte plus global du changement hormonal et de la fin de la fertilité.
Une exception de taille : la colère réprimée ne baisse pas
Un point attire particulièrement l’attention : la colère réprimée, elle, ne se trouve pas liée à l’âge dans cette étude. Contrairement à l’hostilité ou aux explosions de colère, cette forme de colère cachée reste stable, quel que soit le stade de la vie.
La seule dimension de colère qui ne change pas avec l’âge est la colère retenue, non exprimée, suggérant qu’afficher moins de colère ne signifie pas forcément en ressentir moins.
Autrement dit, si les femmes se montrent moins agressives ou moins hostiles en vieillissant, elles ne cessent pas pour autant d’éprouver de la colère intérieure. Elle semble simplement moins visible, moins exprimée ouvertement.
Les auteurs de l’étude recommandent d’ailleurs de poursuivre les recherches sur la colère des femmes dans la vie quotidienne, pour mieux comprendre comment cette émotion se manifeste en mi‑vie et comment elle influence la santé mentale et physique au long cours.
Colère, cœur et dépression : un impact bien documenté
Si ce nouveau travail s’intéresse à l’évolution de la colère au fil de la ménopause, il s’inscrit dans une longue série d’études sur les liens entre colère et santé des femmes, débutées dès les années 1980.
Les premières recherches se concentraient surtout sur les maladies cardiovasculaires, comme l’hypertension artérielle ou la maladie coronarienne. Elles avaient déjà montré que :
- une forte propension à la colère s’associe à une hausse de la pression artérielle sur plusieurs années ;
- des niveaux élevés de colère prédisent une augmentation de l’épaisseur de la paroi des artères carotides dix ans plus tard, un marqueur d’athérosclérose.
D’autres travaux ont mis en évidence des liens entre colère et dépression. Les femmes ayant des problèmes de colère présentent un risque accru de développer des symptômes dépressifs plus sévères lors de la transition ménopausique. Cette association se révèle encore plus marquée chez celles qui prennent un traitement hormonal pour leurs symptômes de ménopause.
Pour The Menopause Society, la dimension mentale de cette période reste largement sous‑estimée. L’organisation rappelle que les variations de concentrations hormonales peuvent conduire à des sautes d’humeur intenses dans plusieurs situations de la vie reproductive : après un accouchement, au fil du cycle menstruel, et à la périménopause.
« Le volet santé mentale de la transition ménopausique peut avoir un impact majeur sur la vie personnelle et professionnelle d’une femme », souligne la Dr Monica Christmas, directrice médicale adjointe de The Menopause Society, qui appelle à mieux reconnaître et prendre en charge ces bouleversements émotionnels.
Que retenir pour les femmes concernées par la ménopause ?
Les résultats de cette analyse apportent plusieurs enseignements concrets aux femmes qui approchent ou traversent la ménopause :
Pour les spécialistes, un point central ressort du communiqué de The Menopause Society : informer les femmes à l’avance sur la possibilité de variations d’humeur au cours des périodes « vulnérables » de la vie reproductive – postpartum, cycle menstruel, périménopause – et encourager une prise en charge active des symptômes peut améliorer de manière durable la qualité de vie.
Ce que l’étude américaine signifie pour les femmes en France
Les participantes de cette étude vivent aux États‑Unis, mais les grandes lignes biologiques de la ménopause restent comparables en France : baisse progressive des hormones ovariennes, arrêt définitif des règles, symptômes possibles (bouffées de chaleur, troubles du sommeil, irritabilité, baisse de moral…).
En France, la prise en charge de la ménopause s’organise principalement autour :
- du médecin traitant, en première ligne pour entendre les plaintes de fatigue, d’irritabilité ou de troubles du sommeil ;
- du gynécologue, qui suit la partie hormonale et discute, le cas échéant, d’un traitement hormonal de la ménopause ;
- du psychiatre ou du psychologue, vers lesquels une orientation peut être proposée si des symptômes anxieux ou dépressifs apparaissent ;
- de structures de suivi spécialisées, parfois intégrées à des centres hospitaliers ou cliniques.
Les lignes directrices convergent avec le message porté par The Menopause Society : ne pas réduire la ménopause à ses seuls symptômes physiques. Les variations d’humeur, l’irritabilité ou la colère, même si elles s’atténuent avec les années, méritent d’être abordées en consultation. En France, cela passe par un échange avec un professionnel de santé, l’évaluation d’éventuels facteurs aggravants (stress, charge mentale, antécédents dépressifs) et, si nécessaire, un accompagnement psychologique ou médicamenteux adapté.
Colère, émotions et régulation : de quoi parle‑t‑on exactement ?
Le terme de « régulation émotionnelle » revient en filigrane dans cette étude. Il désigne la capacité à identifier ce que l’on ressent, à comprendre ce qui déclenche ces émotions et à choisir comment y répondre, plutôt que de réagir de façon impulsive.
Avec l’avancée en âge, plusieurs facteurs peuvent favoriser cette régulation :
- une meilleure connaissance de soi et de ses limites ;
- un recul plus grand face aux conflits professionnels ou familiaux ;
- une tendance accrue à prioriser ce qui compte réellement et à laisser passer le reste ;
- un environnement parfois plus stable que durant les années de vie familiale et professionnelle les plus intenses.
La stabilité de la colère réprimée observée par les chercheurs rappelle cependant que l’absence de cris ou de disputes n’équivaut pas forcément à l’apaisement intérieur. Une colère durable mais silencieuse peut continuer à peser sur la santé mentale, voire sur la santé cardiovasculaire, comme l’ont montré d’anciens travaux.
Pour les femmes, cette étude américaine offre donc un message nuancé : le temps joue souvent en faveur d’une meilleure maîtrise de la colère et de l’hostilité après la ménopause, mais l’enjeu reste d’apprendre à reconnaître, exprimer et canaliser ce qui continue à se jouer en dedans, en s’appuyant si besoin sur les ressources médicales et psychologiques disponibles.









