Un safari qui fait rire autant qu’il fait réfléchir : au Royaume-Uni, des animaux pris en flagrant délire défient les objectifs d’un concours photo mondial.
Les Nikon Comedy Wildlife Awards ont dévoilé début octobre 2026 la liste de leurs finalistes, rapporte le média américain Smithsonian Magazine, avec une sélection d’images drôles et touchantes venues des quatre coins du globe. Derrière ces photos qui font sourire, le concours britannique revendique un objectif sérieux : utiliser l’humour pour sensibiliser à la protection de la faune sauvage.
Un concours mondial pour faire rire… et protéger la faune
L’édition 2026 des Nikon Comedy Wildlife Awards bat un record : plus de 10 000 photos reçues, en provenance de 112 pays. Des photographes confirmés, des amateurs passionnés et même des adolescents ont tenté leur chance.
Un jury composé de photographes, d’animateurs de médias et d’humoristes a retenu au final :
- 40 finalistes individuels ;
- 3 finalistes de moins de 16 ans ;
- 4 finalistes dans la catégorie portfolio ;
- 9 finalistes vidéo.
Toutes ces œuvres seront exposées du 9 au 13 décembre à la Gallery@Oxo, au bord de la Tamise à Londres. Le palmarès – grand gagnant, lauréats de chaque catégorie et mentions spéciales – doit être dévoilé le 8 décembre.
La compétition est née comme « un petit effort pour sensibiliser à la conservation de la faune » avant de prendre une ampleur mondiale, explique son cofondateur Tom Sullam, qui insiste sur l’usage de l’humour pour susciter l’empathie et, derrière, changer les comportements.
Chaque année, le concours soutient une organisation de conservation. Pour 2026, les organisateurs ont choisi la Born Free Foundation, association qui lutte contre l’exploitation des animaux sauvages et la destruction de leurs habitats à travers le monde.
Un safari au Kenya et du matériel photo en récompense
Les finalistes sont désormais départagés par le jury, qui doit examiner des scènes souvent capturées en une fraction de seconde, mais longuement préparées sur le terrain. À la clef, un lot très convoité : un safari photo dans la réserve du Masai Mara, au Kenya, avec Alex Walker’s Serian, présenté comme un véritable paradis pour photographes animaliers.
D’autres prix récompenseront les gagnants des différentes catégories, notamment des boîtiers et objectifs Nikon, ainsi que du matériel photo. De quoi encourager les lauréats à poursuivre leurs projets de terrain.
Éléphants, écureuils et suricates : les scènes les plus marquantes
Une leçon de poussière entre éléphants au Kenya
Parmi les images mises en avant par Smithsonian Magazine figure « Lessons », signée Heather Cudworth et prise dans le parc national d’Amboseli, au Kenya, au cours d’une sécheresse de quatre ans. On y voit une femelle éléphant donner un bain de poussière à un jeune, une pratique essentielle pour protéger la peau du soleil et apaiser les irritations.
Sauf que la scène tourne à la saynète comique : un nuage de poussière arrive directement dans la trompe et le visage du petit. La photographe décrit une sorte de geste préparé, « comme si elle armait son mouvement », avant d’arroser le jeune avec la poussière la plus énergique qu’il ait connue. Pour Heather Cudworth, la scène ressemble à une remontrance maternelle : « Écoute ta mère, petit. »
Un oiseau qui joue à se déguiser en Afrique du Sud
Dans la catégorie moins de 16 ans, la Sud-Africaine Phiané Oosthuizen signe une image particulièrement graphique, baptisée « Playing Dress-Up ». Elle a photographié, dans le jardin botanique national de Kirstenbosch au Cap, un souimanga à double collier aux couleurs vives, un petit oiseau nectarivore.
Après avoir plongé son bec au cœur d’une fleur pour en aspirer le nectar, l’oiseau se retrouve affublé d’un pétale resté accroché. Pendant un bref instant, il donne l’illusion d’avoir un énorme bec, comme s’il jouait littéralement à se déguiser. La jeune photographe évoque « un petit moment aussi drôle qu’inattendu » qu’elle se dit « très reconnaissante » d’avoir saisi.
Écureuil « Godzilla » et attaque aérienne en Californie
En Allemagne, à Hanovre, Udo Harms a capté une scène baptisée « Little Godzilla » : un écureuil roux la gueule pleine d’herbe, au point de ressembler à une petite créature de film de monstres. L’animal semble hésiter entre l’allure d’un monstre miniature et celle d’un voleur pris la bouche dans le sac. Le photographe raconte que l’écureuil avait « pris un peu trop dans sa bouche », avant de mâchonner vigoureusement pour tout faire rentrer.
Autre écureuil, autre ambiance : à Santa Cruz, en Californie, l’Américain Kevin Lohman a immortalisé une scène intitulée « Are You Kidding Me? ». Sur la photo, un grand-duc d’Amérique, jeune, vient à peine de se percher sur une branche lorsqu’un écureuil protecteur se jette sur lui par surprise, le projetant au sol. Les deux animaux, visiblement secoués mais indemnes, rejouent cette attaque à deux nouvelles reprises. Le grand rapace, réputé redoutable, se retrouve transformé en victime d’un petit mammifère déterminé.
Suricates en plein « contrôle coiffure » en Namibie
En Namibie, le photographe Subi Sridharan propose une image titrée « Hair Check Before the Family Photo », avec trois suricates dans une pose très humaine. L’un d’eux semble réaliser une inspection de dernière minute, presque comme un coiffeur avant une photo de famille, tandis que les deux autres tentent d’avoir l’air présentable.
Les organisateurs ajoutent un rappel nettement moins attendrissant sur cette espèce : les suricates vivent en groupes très organisés, dominés par une femelle. Dans ces sociétés matriarcales, la dominante produit la grande majorité des petits et peut aller jusqu’à tuer les progénitures concurrentes pour réserver les ressources à sa propre descendance.
Oiseaux en colère, ours polaire philosophe et élan enrhumé
Un minuscule oiseau au regard furieux en Allemagne
Avec « Angry Bird », le photographe allemand Jan Wittmer joue sur un clin d’œil au célèbre jeu vidéo du début des années 2010. Son image montre un roitelet huppé, l’un des plus petits oiseaux d’Europe, sur l’île d’Helgoland, en Allemagne. L’oiseau pèse à peine quelques grammes, mais son expression donne l’impression d’un véritable accès de mauvaise humeur.
Pour obtenir ce face-à-face, le photographe explique avoir posé son appareil au sol pour se mettre à hauteur de l’oiseau. Son cœur battait la chamade pendant que le minuscule roitelet filait dans tous les sens, avant de s’immobiliser brusquement et de fixer l’objectif. C’est à cet instant précis que l’image a été prise.
Ours polaire et mouette ivoire en Norvège
Dans « If I were just a little faster… », l’Américain Eric Boren immortalise une scène plus ambiguë dans l’archipel norvégien du Svalbard. Un ours polaire, prédateur emblématique de l’Arctique, se repose tandis qu’une mouette ivoire se tient à proximité. Les ours polaires sont friands d’œufs d’oiseaux, et celui-ci se serait approché un peu trop d’un nid.
Le photographe décrit une série d’attaques courageuses de la part des oiseaux pour tenir le géant à distance. À un moment, l’ours finit par s’allonger et une mouette se pose tout près, comme si les deux animaux se jaugeaient calmement, presque philosophiquement.
Un élan qui éternue au Canada
Dans la catégorie portfolio, l’une des séries finalistes, « Sneeze » du photographe Alexander Hormann, suit un élan sur le lac Maligne, en Alberta (Canada). L’animal, qui vient de traverser le lac à la nage, semble enchaîner des expressions très humaines : d’abord le nez qui coule, puis un éternuement spectaculaire, avant un large rictus évoquant un sourire soulagé.
En réexaminant la séquence sur son ordinateur, Alexander Hormann dit avoir découvert une « mini bande dessinée », avec un début tragique, un éternuement libérateur et une fin joyeuse.
Quand les singes volent la vedette en Inde
La compétition ne se limite pas aux photos. En Inde, dans l’État du Maharashtra, le vidéaste Deepak Jaybhaye a capté une séquence durant la mousson d’août 2021, retenue parmi les finalistes vidéo.
Sa scène, intitulée « Can he sit here? », montre d’abord deux macaques à bonnet installés sur un parapet au bord de la route. Le photographe n’a pas le temps de sortir son matériel professionnel et commence à filmer avec son téléphone depuis sa voiture. Surgit alors un troisième singe qui tente de se faufiler entre les deux premiers, donnant l’impression d’un invité de dernière minute cherchant une place assise. Le timing, comme le mouvement, renforce l’aspect comique de la scène.
Ce que cela change pour les photographes animaliers français
Pour un photographe basé en France, les Nikon Comedy Wildlife Awards représentent une vitrine internationale accessible. Le concours est ouvert aux participants du monde entier, y compris aux amateurs, sous réserve de respecter les règles d’éthique habituelles de la photo animalière : ne pas déranger les animaux, ne pas manipuler les scènes, ne pas mettre en danger les espèces.
La France compte de nombreux terrains de jeu potentiels pour ce type d’images humoristiques, que ce soit dans les parcs naturels régionaux, en Camargue, dans les Alpes, les Pyrénées ou sur le littoral atlantique. Les équivalents français en matière de concours photo nature, comme certains festivals dédiés à la photo animalière, valorisent déjà des catégories plus légères ou décalées, même si l’humour n’y est pas le critère central comme dans cette compétition britannique.
Ce type de concours rappelle aussi le rôle que peuvent jouer les associations françaises de protection de la nature, sur un modèle proche de Born Free : certaines utilisent déjà les réseaux sociaux et l’image, parfois avec humour, pour sensibiliser à la protection des espèces emblématiques (loups, ours, lynx, phoques) ou plus discrètes (oiseaux des jardins, amphibiens, chauves-souris).
L’humour animalier, un outil de sensibilisation redoutable
Les Nikon Comedy Wildlife Awards misent sur un ressort simple : le sourire favorise l’attachement. En montrant un élan qui éternue, un ours polaire bousculé par un oiseau ou un écureuil transformé en « monstre » par une touffe d’herbe, le concours cherche à provoquer un réflexe d’empathie. Ce lien émotionnel peut ensuite se transformer en intérêt pour les causes défendues par les ONG partenaires.
Pour les photographes, saisir ces instants comiques demande souvent des heures d’observation patiente, une bonne connaissance du comportement des espèces et un strict respect des distances de sécurité. Une scène drôle ne doit jamais se faire au détriment du bien-être de l’animal. L’usage de téléobjectifs puissants, l’anticipation des mouvements et l’acceptation de revenir bredouille font partie intégrante de cette pratique.
| Élément | Rôle dans le concours |
|---|---|
| Humour | Créer un premier contact positif avec le public |
| Empathie | Favoriser l’identification aux animaux et à leurs besoins |
| Conservation | Mettre en lumière les organisations et les actions à soutenir |
| Prix et exposition | Attirer des talents et assurer une large diffusion des images |
Un photographe qui souhaite profiter de cette dynamique peut, en France comme ailleurs, travailler sur ses propres scènes humoristiques avec la faune locale : mouettes opportunistes dans les ports, renards curieux en lisière de forêt, hérons en pleine séance de pêche ratée… À condition de respecter l’éthique, ces images peuvent ensuite trouver leur place dans des concours internationaux comme celui-ci, et servir, à leur échelle, la cause de la biodiversité.









