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Des mèches de cheveux de Beethoven analysées 200 ans après sa mort : l’ADN révèle une surprise sur le compositeur

Des mèches de cheveux de Beethoven analysées 200 ans après sa mort : l'ADN révèle une surprise sur le compositeur

Deux siècles après la mort de Ludwig van Beethoven en Autriche, des chercheurs ont enfin disséqué son ADN, en quête de réponses sur sa santé.

À partir de mèches de cheveux attribuées au compositeur allemand, une équipe internationale a tenté de percer les mystères entourant sa surdité, ses souffrances digestives et les causes exactes de sa mort, rapporte le site scientifique anglophone ScienceAlert. Les résultats, publiés en 2023 dans la revue spécialisée Current Biology, confirment certaines hypothèses, en balaient d’autres et réservent au passage une révélation inattendue sur la lignée familiale de Beethoven.

Un vœu testamentaire exaucé près de 200 ans plus tard

Lorsque Beethoven meurt en mars 1827 à Vienne, il est rongé par la maladie. Cloué au lit depuis Noël, marqué par un ictère sévère, le corps gonflé, il peine à respirer. Parmi ses effets personnels, ses proches retrouvent un texte rédigé près de 25 ans plus tôt : une sorte de testament dans lequel il demande à ses frères de rendre publiques les informations sur son état de santé.

Le compositeur, déjà célèbre de son vivant, veut que le monde comprenne sa tragédie personnelle. À la quarantaine, il est presque totalement sourd, une situation dramatique pour un musicien qui dirigeait et interprétait lui-même ses œuvres.

Deux siècles après sa disparition, des scientifiques réalisent ce que Beethoven appelait de ses vœux : éclairer médicalement son calvaire.

En 2023, une équipe menée notamment par le biochimiste Johannes Krause, du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology en Allemagne, se saisit de mèches de cheveux historiquement attribuées à Beethoven. Objectif : extraire et analyser l’ADN pour retracer ses problèmes de santé.

Une enquête génétique au cœur de ses maladies

Selon les travaux rapportés par ScienceAlert, les chercheurs se fixent un but clair : mieux comprendre les pathologies dont souffrait le compositeur.

Johannes Krause rappelle que leur objectif principal était « d’éclairer les problèmes de santé de Beethoven, qui incluent notamment une perte auditive progressive, débutant à la fin de sa vingtaine et le rendant pratiquement sourd en 1818 ». Les médecins de l’époque, y compris son médecin personnel Johann Adam Schmidt, n’avaient jamais pu en déterminer la cause précise.

Les symptômes décrits par Beethoven et ses contemporains dressent un tableau lourd :

  • un début d’acouphènes dans la vingtaine ;
  • une intolérance croissante au bruit ;
  • une disparition progressive des sons aigus ;
  • une incapacité à se produire comme pianiste et chef d’orchestre.

À ces troubles auditifs s’ajoutent des douleurs abdominales intenses et des diarrhées chroniques, rapportées dès ses 22 ans, ainsi que des signes de maladie du foie au moins six ans avant son décès.

La piste du plomb définitivement écartée

En 2007, une analyse médico-légale d’une célèbre mèche attribuée à Beethoven avait laissé penser à un rôle majeur du plomb. La forte concentration de ce métal lourd dans ces cheveux nourrissait l’idée d’un empoisonnement, potentiel facteur de ses douleurs et de sa mort.

Ce scénario collait avec les habitudes de l’époque : vaisselle contenant du plomb, traitements médicaux à base de préparations plombées, consommation d’alcool issu de fûts ou récipients contaminés.

L’étude récente montre pourtant que cette fameuse mèche de 2007… ne provenait pas de Beethoven, mais d’une femme inconnue.

En comparant plusieurs mèches conservées dans des collections privées et publiques, les généticiens identifient clairement des cheveux qui ne peuvent pas être les siens. La mèche à l’origine de l’hypothèse d’empoisonnement se révèle ainsi inauthentique. La piste du plomb comme cause centrale de la mort de Beethoven perd alors toute crédibilité.

Hépatite B et risque héréditaire : ce que révèle vraiment l’ADN

Sur des mèches jugées authentiques, l’analyse génétique offre un tableau différent. Les chercheurs identifient dans le génome des traces d’infection par le virus de l’hépatite B, associées à plusieurs facteurs de risque héréditaires pour la maladie du foie.

Johannes Krause résume ainsi leurs conclusions : « Nous ne pouvons pas dire avec certitude ce qui a tué Beethoven, mais nous pouvons au moins confirmer la présence d’un risque héréditaire significatif, ainsi qu’une infection par le virus de l’hépatite B ». Les données génétiques permettent aussi d’écarter un certain nombre de causes moins probables, liées à d’autres mutations.

Combinés à ce que l’on sait de son mode de vie, notamment une consommation d’alcool jugée importante par ses contemporains, ces résultats renforcent l’hypothèse d’une cirrhose ou d’une grave atteinte hépatique. L’hépatite B, en synergie avec une fragilité génétique et l’alcool, apparaît ainsi comme un facteur majeur dans sa mort prématurée à 56 ans.

Des questions toujours sans réponse sur la surdité

Sur d’autres aspects, la génétique se montre moins bavarde. « Nous n’avons pas pu trouver de cause définitive à la surdité de Beethoven ni à ses problèmes gastro-intestinaux », reconnaît Krause.

Aucune mutation clairement associée à des formes connues de surdité héréditaire ne ressort de l’analyse. De même, aucun gène ne pointe vers une maladie intestinale identifiée. Les hypothèses restent donc ouvertes : exposition à un bruit intense, infections, interactions médicamenteuses de l’époque, facteurs environnementaux non identifiés… Rien ne permet, à ce stade, de trancher.

Malgré la puissance des outils actuels, la surdité et les douleurs digestives de Beethoven demeurent en partie un mystère médical.

Une surprise intime : une rupture dans la lignée paternelle

Les chercheuses et chercheurs ne s’arrêtent pas à la santé du compositeur. Ils comparent aussi le chromosome Y issu de ses cheveux à celui de descendants actuels de la branche paternelle de la famille Beethoven.

Le résultat surprend : les profils génétiques ne correspondent pas. L’anthropologue biologique Tristan Begg, aujourd’hui à l’université de Cambridge au Royaume-Uni, y voit la trace d’un « événement de paternité extraconjugale » dans la lignée masculine, survenu entre la conception d’un ancêtre, Hendrik van Beethoven, vers 1572 en Belgique, et celle de Ludwig van Beethoven en 1770 à Bonn, en Allemagne.

Autrement dit, à un moment entre ces deux dates, un enfant de la lignée a été conçu avec un père biologique différent de celui considéré officiellement dans l’arbre généalogique. Impossible néanmoins de dater précisément l’événement ni d’identifier les protagonistes.

Ce que cette étude change (ou non) pour les Français

Pour un lecteur en France, cette enquête génétique constitue d’abord une illustration concrète de ce que la biologie moderne peut apporter à l’histoire. Le travail mené en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et dans d’autres pays européens s’apparente à ce qui se pratique en France dans des laboratoires publics ou privés lorsqu’il s’agit d’analyser d’anciens restes humains, comme ceux de rois, de personnages historiques ou de populations anciennes.

En France, l’hépatite B reste surveillée par les autorités de santé, avec une vaccination recommandée notamment chez les nourrissons et certaines catégories à risque. L’histoire de Beethoven illustre à quel point une infection chronique, non diagnostiquée et non traitée, peut conduire à une atteinte sévère du foie des décennies plus tard.

La question de la filiation génétique, elle, relève en France du cadre juridique très encadré des tests ADN. Les comparaisons de chromosomes Y pour retracer une lignée paternelle n’entrent pas dans l’usage courant, hormis dans des enquêtes judiciaires, des recherches scientifiques ou, plus marginalement, dans des procédures strictement encadrées par la loi.

Comment analyse-t-on des cheveux vieux de deux siècles ?

Prélever de l’ADN sur des cheveux datant de 1827 impose des méthodes très spécifiques. Les cheveux anciens sont souvent fragmentés, exposés à l’humidité, à la lumière et à des manipulations successives.

Les laboratoires spécialisés procèdent par étapes :

  • authentification historique et documentaire des mèches (provenance, lettres jointes, témoins de l’époque) ;
  • extraction très prudente de l’ADN, dans des conditions stériles, pour éviter toute contamination moderne ;
  • séquençage de fragments d’ADN, souvent très courts ;
  • reconstruction du génome à partir de milliers de petits morceaux.
  • Ce type d’analyse reste complexe et coûteux, mais il s’avère désormais suffisamment fiable pour distinguer un cheveu authentique d’un cheveu attribué à tort à une célébrité, comme l’illustre le faux cheveu de Beethoven utilisé dans l’étude sur le plomb.

    Ce que nous apprend cette histoire sur les limites de la médecine

    Le cas Beethoven rappelle que certaines maladies échappent encore à une explication unique, même avec les outils les plus avancés. La génétique met au jour des prédispositions, confirme des infections anciennes, exclut des hypothèses, mais ne remplace pas l’ensemble des informations cliniques, des examens et du contexte de vie du patient.

    Dans la surdité, par exemple, une combinaison de facteurs peut intervenir : gènes, environnement sonore, infections, traumatismes, médicaments ototoxiques. L’absence de mutation évidente dans le génome de Beethoven n’exclut pas ce type de scénario multifactoriel.

    L’étude souligne aussi la valeur médicale des souhaits exprimés par les patients. En demandant à ce que ses souffrances soient comprises, Beethoven a, sans le savoir, ouvert la voie à une enquête médicale qui se poursuit deux siècles après sa mort et éclaire encore aujourd’hui le lien entre hépatite B, alcool et maladies du foie.

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