Vous entassez les projets inachevés et vous vous accusez de fainéantise ? Les psychologues dressent un portrait bien différent, notamment en France.
Ce comportement très courant, souvent raconté comme une simple affaire de « manque de volonté », est en réalité bien plus nuancé. Interrogée par le site d’actualité L’Internaute, la psychologue espagnole Isabel Aranda décrit un profil complexe, où curiosité, perfectionnisme et peur de l’échec se mêlent. Avec, à la clé, des pistes concrètes pour reprendre la main sur ses projets, y compris pour un lecteur français.
Un cerveau curieux, pas un esprit fainéant
Selon Isabel Aranda, les personnes qui multiplient les débuts sans jamais aller au bout ne sont pas forcément paresseuses. Au contraire, leur cerveau « aime explorer ». Elles s’enthousiasment rapidement pour une idée, un loisir, un projet professionnel, puis décrochent tout aussi vite.
Ce profil présente souvent plusieurs traits communs :
une forte curiosité intellectuelle ;
une appétence pour la nouveauté et le changement ;
une capacité à lancer facilement de nouveaux projets ;
une difficulté à maintenir l’intérêt sur la durée.
La phase de démarrage agit comme un shoot de motivation. Tout est nouveau, stimulant, valorisant. La phase de finalisation, elle, demande répétition, rigueur et parfois une part de routine. C’est précisément là que beaucoup décrochent.
Ce comportement reflète souvent un cerveau avide de nouveautés et de stimulations, plus qu’un manque de courage ou de sérieux.
Quand le perfectionnisme sabote vos projets
L’autre surprise, soulignée par L’Internaute à partir des explications d’Isabel Aranda : derrière un projet abandonné se cache fréquemment un perfectionnisme très élevé. Loin de l’image de la personne « qui ne fait aucun effort », on trouve parfois quelqu’un qui vise tellement haut qu’il finit paralysé.
La logique interne ressemble à cela : « si ce n’est pas parfait, autant ne pas le faire ». Le projet devient alors une montagne. Chaque étape demande un résultat irréprochable, chaque erreur prend des proportions énormes. Beaucoup finissent par renoncer avant d’arriver au bout.
Ce qu’on interprète comme du laxisme peut donc, en réalité, être un mécanisme d’auto-sabotage. La barre est posée trop haut, tellement haut que l’objectif devient inatteignable. Le cerveau choisit la solution « la moins douloureuse » : abandonner, puis passer à autre chose, souvent avec une pointe de culpabilité.
Une peur de l’échec… et parfois de la réussite
Pour la psychologue citée par L’Internaute, l’origine va souvent chercher plus loin : dans la peur de l’échec, et parfois même dans la peur de la réussite. Finir un projet, c’est l’exposer au regard des autres. Accepter qu’il soit évalué, critiqué, jugé.
Certains préfèrent alors rester dans l’inachevé. Un projet non terminé conserve son potentiel intact. Il peut rester « génial » dans l’imaginaire. Un projet terminé, lui, devient concret, donc forcément imparfait.
Un projet inachevé reste, en théorie, parfait. Un projet achevé devient réel, donc perfectible, donc vulnérable aux critiques.
Cette attitude trouve souvent ses racines dans l’enfance ou l’adolescence : critiques répétées, attentes très élevées de la part des parents ou des enseignants, moqueries face à un raté. On apprend alors à éviter l’échec… en évitant tout simplement d’aller au bout.
Des objectifs mal calibrés qui mènent droit à l’abandon
Isabel Aranda pointe aussi un facteur très concret : la mauvaise évaluation des objectifs. Se lancer dans un projet bien trop ambitieux, sans étapes intermédiaires, conduit presque mécaniquement à l’abandon.
Courir un marathon sans entraînement, changer complètement de carrière en quelques semaines, réorganiser tout son quotidien en une seule fois : ces objectifs sont si massifs qu’ils découragent très vite. L’enthousiasme initial fond au premier obstacle sérieux.
À l’inverse, un projet construit par étapes, avec des jalons réalistes, stimule davantage la motivation. Chaque petite avancée renforce le sentiment de compétence et donne envie de continuer.
Comment réapprendre à terminer ce que vous commencez
Identifier la vraie cause de vos abandons
La première étape consiste, selon la psychologue citée par L’Internaute, à mieux comprendre son propre fonctionnement. Est-ce plutôt :
une peur de l’échec ou du jugement des autres ;
un perfectionnisme qui rend tout objectif écrasant ;
une tendance à se disperser dans trop de projets à la fois ;
un mauvais calibrage des objectifs dès le départ.
Cette prise de conscience permet d’agir là où ça coince vraiment, et pas seulement sur « la motivation » ou « la discipline ».
Réduire le nombre de projets et fractionner les tâches
Isabel Aranda recommande ensuite de simplifier. Plutôt que de tout vouloir mener de front, choisir deux ou trois projets maximum. Cette restriction volontaire peut sembler frustrante, mais elle augmente les chances de voir au moins quelques projets aboutir, ce qui renforce à son tour la confiance en soi.
Deuxième levier : découper les objectifs. Un grand projet devient moins intimidant quand il se transforme en une succession de petites tâches claires, datées, réalisables. Par exemple :
identifier une première étape faisable en moins d’une heure ;
bloquer un créneau précis pour la réaliser ;
valider cette étape avant d’en planifier une nouvelle.
Accepter l’imperfection comme condition pour avancer
Dernier point clé, mis en avant par L’Internaute : l’acceptation de l’imperfection. Un projet terminé imparfaitement apporte toujours plus de satisfaction et de retours concrets qu’une idée parfaite restée dans un carnet ou dans un coin de votre tête.
Un projet imparfait mais terminé apporte un vrai sentiment d’accomplissement, bien plus puissant qu’un fantasme de perfection jamais concrétisé.
Cette idée bouscule frontalement le perfectionnisme. Elle invite à considérer le projet achevé comme une étape, pas comme un verdict définitif sur sa valeur personnelle.
Ce que cela change pour un lecteur en France
Les analyses d’Isabel Aranda, rapportées par L’Internaute, concernent des mécanismes psychologiques généraux, qui valent aussi bien en Espagne qu’en France. Pour un lecteur français, ce type de comportement touche autant la vie personnelle que professionnelle : changement de poste, reconversion, formation continue, projets associatifs ou créatifs.
En France, ces difficultés sont régulièrement abordées par les psychologues et les coachs en entreprise. Ils évoquent souvent :
la surcharge mentale liée au travail et à la vie familiale ;
la culture de la performance et de l’excellence scolaire ;
la peur du regard des collègues ou de la hiérarchie ;
la valorisation des « gros projets » au détriment des petits progrès quotidiens.
Les professionnels de santé mentale en France – psychologues, psychiatres, médecins généralistes – rappellent généralement que ce type de schéma peut être travaillé en thérapie, notamment lorsqu’il entraîne souffrance, anxiété ou grande perte de confiance en soi.
Exemple concret : transformer un projet écrasant en chemin réaliste
Un exemple courant : la personne qui veut « se remettre au sport » après des années d’arrêt. Elle s’inscrit en salle, achète du matériel, prévoit d’y aller quatre fois par semaine… puis abandonne au bout de quinze jours.
En appliquant les principes décrits par Isabel Aranda, le même projet pourrait être restructuré ainsi :
Avant
Après
Objectif flou : « me remettre au sport »
Objectif concret : marcher 30 minutes deux fois par semaine
Fréquence irréaliste dès le départ
Fréquence progressive, augmentée au fil des semaines
Référence implicite à un idéal (corps parfait)
Référence à des bénéfices proches (mieux dormir, moins de stress)
Culpabilité forte au premier « raté »
Droit à l’erreur intégré dans le plan
Le fond reste le même – reprendre une activité physique – mais la manière de structurer le projet change radicalement son issue probable.
Un rapport à soi-même qui peut évoluer
L’article de L’Internaute souligne enfin un point encourageant : cette tendance à abandonner n’est pas une fatalité inscrite dans la personnalité. Il s’agit d’un rapport à soi, construit au fil du temps, que l’on peut progressivement modifier.
Travailler sur la peur de l’échec, accepter l’idée d’un progrès par petits pas, choisir ses battles au lieu de se disperser, apprendre à tolérer l’imperfection : chaque ajustement renforce la capacité à aller au bout. Projet après projet, ce qui ressemblait à un trait « gravé dans le marbre » devient un terrain d’entraînement pour une nouvelle manière d’agir et de se percevoir.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Ne pas terminer ses projets est-il un signe de paresse ?
Non, selon la psychologue Isabel Aranda, ce comportement reflète plutôt un cerveau curieux et avide de nouveautés. Les personnes concernées s'enthousiasment rapidement pour une idée mais décrochent durant la phase de finalisation qui demande répétition et routine, pas par manque d'effort mais par manque de stimulation nouvelle.
Quel rôle joue le perfectionnisme dans l'abandon de projets ?
Le perfectionnisme élevé paralyse souvent les gens avec une logique interne du type « si ce n'est pas parfait, autant ne pas le faire ». Cela rend chaque étape écrasante et finit par mener à l'abandon avant la fin, mécanisme qui peut s'interpréter à tort comme du laxisme.
Peut-on avoir peur de la réussite autant que de l'échec ?
Oui, finir un projet c'est l'exposer au jugement d'autrui et accepter qu'il soit évalué et critiqué. Rester dans l'inachevé permet de conserver le potentiel intact et de garder le projet « génial » dans l'imaginaire, tandis qu'un projet terminé devient concret et donc vulnérable aux critiques.
Comment fractionner efficacement un grand objectif ?
Il faut identifier une première étape faisable en moins d'une heure, bloquer un créneau précis pour la réaliser, puis valider cette étape avant d'en planifier une nouvelle. Cette approche par jalons réalistes stimule davantage la motivation que de se lancer dans un objectif massif sans étapes intermédiaires.
Pourquoi l'imperfection est-elle importante pour terminer ses projets ?
Un projet terminé imparfaitement apporte toujours plus de satisfaction et de retours concrets qu'une idée parfaite restée dans un carnet. Un projet imparfait mais achevé procure un vrai sentiment d'accomplissement bien plus puissant qu'un fantasme de perfection jamais concrétisé.